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Éloge de nos limites

Nous mettons notre fierté dans les détresses, sachant que la détresse produit l’endurance, l’endurance une délité éprouvée, et une délité éprouvée l’espérance... puisque l’amour de Dieu a été répandu dans notre cœur par l’Esprit Saint qui nous a été donné. (Romains 5, 3-5)

Si, dans ce passage (Romains 5, 1-8), nous retrouvons une argumentation typiquement paulinienne, le langage de l’apôtre nous échappe, et la grâce annoncée ne semble pas au rendez-vous. Le discours paraît même scandaleux. Paul est-il en train de faire l’apologie de la détresse ? Cette lecture qui a permis bien trop souvent les pires exactions est insupportable. Ou bien, serait-ce une sorte de masochisme que ce « mettre sa fierté dans la détresse » ? Pourtant ce salut par la souffrance est certainement à l’opposé du message de Paul. Et donc, ces quelques versets méritent que nous nous arrêtions, sans céder à la facilité, pour découvrir l’ampleur de la pensée paulinienne.

Pour comprendre le discours de Paul, il faut se souvenir qu’il voit son existence bouleversée lorsque sur la route de Jérusalem à Damas, il rencontre le Christ ressuscité, celui qu’il persécutait en poursuivant ses fidèles. Ce bouleversement va le conduire à renverser toutes ses représentations. Lui qui se justifiait par son attachement, son empressement à appliquer la Loi, il découvre combien cette autojustification est vaine. Il découvre son incomplétude, sa finitude, bref la détresse humaine, toutes ses faiblesses. C’est un chemin douloureux pour lui, pour nous également, que de prendre conscience de son humanité. C’est bien cette humanité avec ses limites, ses failles, ses manques que l’on retrouve au cœur de la théologie de Paul. Lorsqu’il s’est découvert pécheur, c’est alors qu’il fait l’expérience de l’amour de Dieu. Et en effet lorsque nous pensons être tout-puissants, nous n’avons plus de place ni pour les autres, ni pour Dieu. De même lorsque nous sommes pleins de nos douleurs, enfermés dans nos plaintes, nous n’avons plus de place non plus pour laisser entrer l’amour dans notre être. Mais l’amour de Dieu est vainqueur, il réussit à s’immiscer en nous, justement parce que nous sommes faillibles. Il nous permet de passer de la détresse à l’espérance. Comme si pour accepter Dieu il fallait faire l’expérience de ses limites. Des limites que trop souvent nous percevons comme des faiblesses, mais qui sont constitutives, vitales. Dès l’ouverture de la Bible, Dieu pose des limites à l’être humain : ne pas manger un certain fruit, la femme comme limite à l’homme (et inversement). Dieu se met des limites à lui-même en se reposant le septième jour ou en déposant son arc après le déluge. Et contrairement à l’interprétation classique ces limites sont créatrices. Dieu nous les a offertes par amour. Elles nous rappellent que nous avons besoin de Dieu, besoin des autres. Laisser l’amour agir, c’est l’unique voie pour être en capacité d’accueillir Dieu dans notre existence, de comprendre que nous sommes en lien avec nos sœurs et nos frères.

C’est en interprétant son expérience à la lumière de la croix et de la résurrection, que Paul va inverser tous les discours, toutes les petites morales à l’œuvre dans sa société. Paul ne nie pas l’injustice, les difficultés, l’adversité, mais il relie tous ces maux à la mort infamante et injuste du Christ. Elle est inacceptable. Pourtant, face au rejet de celui qui est le juste par excellence, Dieu choisit de ne pas se venger. Plus, il nous ouvre un horizon en ôtant le caractère définitif à la mort ; celle du Christ, mais la nôtre également. Le sens de nos vies se trouve dans l’amour et la confiance, « l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint ».

Mais ici nulle question de volonté, Paul s’exprime au passif : « étant justifés », il sait que cela nous est offert gratuitement par Dieu. C’est dans cette dynamique qu’il s’inscrit, lui le zélé, le « parfait » découvrant ainsi qu’il se trompait sur toute la ligne. Il fait face à sa vulnérabilité, à ses manques. Cette expérience est salvatrice, car pour croire, il nous faut accepter notre incomplétude ; pour faire confiance nous devons permettre à l’amour de Dieu de pénétrer dans nos failles et de remplir notre existence.

Croire, ce n’est pas vraiment une force, c’est plutôt la reconnaissance de sa faiblesse. Il faut accepter nos manques et les confier à un autre, les remettre à Dieu. C’est lui qui nous donne force, paix et amour.

Florence Blondon 

Et si Dieu n’existait pas

Si Dieu n’existait pas... que ferais-je ? Si on me démontrait avec évidence qu’il n’y avait pas de Dieu...


En tant que pasteur, devrais-je me mettre au chômage ? En fait non, je ne changerais rien ! Je continuerais à prêcher l’amour, le pardon, le service, la fraternité, l’accueil et la paix. Devrais-je tout à coup proclamer que le but de la vie est de s’enrichir en écrasant les autres ? Que l’apparence vaut mieux que la qualité de l’être ? Non, certainement pas. Le pardon est la seule manière de vivre harmonieusement les uns avec les autres, et l’amour la seule voie pour vivre heureux et en paix avec les autres et soi-même. Et je voudrais continuer à l’enseigner aux enfants, donc à offrir des catéchismes où les jeunes peuvent réfléchir aux vraies valeurs. Je continuerais à présider des mariages pour que des jeunes couples puissent se dire solennellement leur amour devant ce qui est le fond du sens de leur vie et qu’ils disent sur quelles valeurs fondamentales ils veulent construire leur foyer. Je continuerais de présider des services funèbres pour rappeler qu’une vie n’est pas annulée par sa fin, qu’on peut être reconnaissant pour tout le bien vécu et partagé qui ne périt pas. Je continuerais de célébrer des baptêmes pour dire à un petit enfant que dès sa naissance il est aimé inconditionnellement d’un amour qui le précède.

Et si j’étais simple fidèle, me priverais-je d’aller au culte le dimanche ? Non. Quoi de meilleur que de prendre un temps de pause dans une semaine surchargée ou au contraire d’avoir un rendez-vous essentiel pour celui qui est désœuvré ? Rencontrer des frères et sœurs avec qui partager des convictions fortes sur le sens de la vie. Entendre un discours me rappelant l’essentiel dont la vie courante et matérialiste m’éloigne. Je continuerais aussi à lire la Bible, quel livre passionnant ! Bien sûr, il y a aussi d’autres textes intéressants et je ne me prive pas de les lire. Mais dans la Bible, je trouve des textes d’une richesse in nie, qui font réfléchir, ouvrent des horizons et éclairent ma route. Quelle joie si en plus je peux travailler ces textes avec d’autres qui les aiment aussi !
Et puis je continuerais à servir des repas pour les SDF, à aider les chercheurs d’emploi et à organiser un vestiaire... Bref avec ou sans Dieu, je continuerais à faire tout ce que je fais.

Et la foi ?
Mais me direz-vous, qu’en est-il de cette foi qui vous habite ? Ah oui, c’est important pour moi. Devrais-je y renoncer aussi ? Non ! Certains me diront qu’elle n’est qu’une construction mentale, un fantasme, voire une névrose... et alors ? Cette foi me fait du bien, elle ne fait de mal à personne, au contraire, elle me rend plutôt sociable et pacifique ; alors pour- quoi devrais-je m’en priver ? Je continuerais donc non seulement à l’aimer, mais aussi à l’entretenir et à chercher à la développer ! Et si prier me fait du bien... Pourquoi m’en priverais-je ? Peu importe comment la prière fonctionne, mais elle m’apporte tant ! Alors vive la prière !

Et Dieu merci, Dieu existe !
Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’effet sans cause. Ma foi ne peut être qu’une projection fantasmatique. Les gens qui vivent dans l’imaginaire ne font rien de bon dans ce monde et vivre dans ses délires ne mène jamais à quoi que ce soit de positif. Tout simplement parce que le délire n’est pas adapté à la réalité. Alors donc, un matérialiste déterministe athée me dit que ma foi n’a pas de cause ? Voilà qui est étonnant, parce que moi j’expérimente quelque chose et on voudrait me faire croire que cela ne viendrait de rien ?
Et de même pour le monde. Je crois que l’univers est soutenu par un dynamisme créateur qui l’oriente et le pousse dans une direction créatrice dont nous observons le résultat et que j’appelle « Dieu », pour- quoi pas. Le véritable athée me dira : ce n’est que le fruit du hasard. Il faut vraiment avoir une foi dans le hasard alors ! Parce que le hasard ne fait jamais bien les choses sur le long terme, il défait un jour ce qu’il a fait la veille. Une mouche peut-elle écrire le Requiem de Mozart en marchant au hasard sur une partition ? Ou peut-on obtenir un tableau de van Gogh en jetant au hasard de la peinture sur des toiles ? Et le monde, ses merveilles, l’intelligence, la pensée... fruits du hasard ? Hum...
Et pour moi, je sais qu’il y a une puissance qui ne vient pas de moi et qui me transforme. Ma foi me fait vivre, elle m’a sans doute sauvé la vie. Or il n’y a aucun mouvement sans moteur, ni effet sans principe actif. Heureusement que Dieu existe, sinon moi-même je n’existerais même pas, ou je serais déjà mort, ou fou, ou en prison !

Dieu existe, grâce à Dieu, vive Dieu et merci mon Dieu.

Louis Pernot

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