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Après les ténèbres, la lumière !

Post Tenebras Lux
C’est la devise de la ville de Genève, et aussi celle de la Réforme, on la retrouve également en France sur des bâtiments datant de cette époque. Certains disent que la Réforme a pris cette devise pour affirmer qu’elle était la pleine lumière enfin trouvée, s’opposant à l’obscurantisme romain. Mais il y a, avant tout, une affirmation théologique centrée sur le Christ qui est « la lumière du monde », « la lumière qui a brillé dans les ténèbres »... Ainsi, être chrétien, c’est croire dans cette lumière du Christ qui luit dans ce monde ténébreux où règnent tant de mal et d’obscurité.
À Genève, Calvin n’a fait que transformer la devise qui était à l’origine : « Post tenebras spero lucem » (« après les ténèbres, j’espère en la lumière »), citation du livre de Job (17:12) d’où il aurait retiré le « spero », « j’espère ». C’est d’une grande importance théologique : il n’y a pas à vivre dans l’espérance d’un salut hypothétique, mais dans la certitude absolue qu’il est déjà offert. Nous n’espérons pas seulement la lumière, nous sommes sûr qu’elle vient. Et même, qu’elle est déjà là !

Demain on rase gratis
C’est là un débat considérable en théologie de savoir s’il faut vivre dans l’attente ou non. Que la lumière vienne après les ténèbres, on le sait : après la pluie le beau temps, après l’hiver le printemps, après une guerre, il y a la paix... et après une épidémie, bien-sûr, il y aura un moment où ça ira mieux ! Mais cela nous console-t-il pour autant ?
Oui, peut-être : il est bon de savoir que les malheurs ne durent pas toujours. Alors dans la difficulté, battons-nous et faisons le gros dos en attendant des jours meilleurs. Ce n’est qu’à moitié joyeux... Parce qu’on sait aussi qu’après le beau temps il peut y avoir encore du mauvais temps, et après la lumière une nouvelle nuit. On est donc en droit d’attendre une vraie bonne nouvelle qui ne soit pas une rémission provisoire.
Alors la religion s’en mêle ! Elle dit : après toutes ces difficultés terrestres, vous attend un Royaume extraordinaire, de paix, de lumière, d’espérance et de vie, et ça c’est pour l’éternité. Ah bien ! Ainsi les juifs attendent le Messie ! Et les évangéliques le « retour du Christ » : moment extraordinaire où Dieu réglera toute chose ! C’est certes rassurant... Mais c’est un futur apparemment lointain... En tout cas, ça fait 2000 ans que certains chrétiens attendent cette parousie... qui n’arrive jamais. Et on est toujours dans les ténèbres en attendant !
Alors certains pensent que la prédication du Christ n’est pas ce renvoi à l’infini d’une espérance que nous ne verrons jamais s’accomplir sur Terre, mais qu’il prêche une bonne nouvelle pour aujourd’hui. Il ne dit pas : le Messie va venir, mais je suis le Messie. Il ne dit pas que le Royaume de Dieu arrive, mais qu’il est déjà présent. Ainsi oui, nous n’attendons pas la lumière, nous sommes dans la lumière. Mais néanmoins quand-même dans les problèmes!
Et bien qu’étant le Messie, Jésus n’a pas accompli toutes les promesses de Dieu sur Terre ! Alors ?

Déjà là et pas encore
Alors, les chrétiens font bien de fêter Noël le 25 décembre. L’été ne vient pas d’un coup ce jour à minuit... il arrive progressivement. Ainsi les promesses de Dieu viennent comme un grain qui lève. Le Royaume s’installe progressivement dans le cœur du croyant.
Ensuite, le peu que nous voyons déjà est signe d’un bien qui peut s’installer plus complétement. Comme l’étoile du berger dans la nuit : peu de lumière certes, mais par elle, il sait que la lumière existe, que la nuit n’est pas toute-puissante, et que la lumière vient ! Et puis les promesses de Dieu s’accomplissent pleinement... mais pas d’une manière terrestre. Certes Jésus est lumière, mais pas en kilowatts. Il est lumière intérieure que Dieu nous donne en plénitude quand nous nous mettons dans sa présence. Dieu nous guérit intérieurement malgré les virus, et il nous donne la paix dans le cœur, même s’il y a la guerre. Avec lui, même privés de tout, nous sommes les plus riches du monde, et jeunes comme des enfants pleins de joie et de vie contre notre corps qui nous fait croire usés, cacochymes et égrotants.
Oui, la lumière est là. Toute-puissante, écrasant la ténèbre, ridiculisant tout mal et réduisant toute souffrance à néant. L’Éternel est ma lumière et mon salut, je ne crains rien !

Louis Pernot

 

Vivants !

À propos de Matthieu 5 versets 3 à 12
« Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés ». Jésus prend en compte nos deuils. Et, comme une impulsion positive, ces quelques versets nous orientent vers la vie. « Heureux », ce simple mot nous renvoie à l’ouverture des Psaumes : « Heureux l’homme... ». Ce mot qui en hébreu se dit « acher » est le plus souvent traduit par « heureux ». Il a certes le sens du bonheur, mais aussi celui de la marche. On peut encore le rattacher à une autre racine qui signifie être droit, juste. Cela nous ouvre une toute autre perspective. Il s’agit
ici d’un bonheur dynamique. Il faut donc entendre simultanément bonheur, mise en marche, juste attitude. Le bonheur est déjà là, même s’il n’est pas pleinement accompli. Le Royaume fait déjà irruption dans le présent. Aucune traduction n’étant satisfaisante, nous pouvons nous permettre d’oser. Je retiendrai la proposition d’Elian Cuvillier : Vivants ! « Vivants ceux qui ont faim et soif de justice ».
Car, les Béatitudes disent le bonheur nos limites, malgré notre finitude. Elless’opposent aux images conventionnelles du bonheur et nous rappellent que nous sommes des êtres vulnérables. L’oublier nous conduit, soit à mépriser l’autre, soit à nous mépriser nous-même. Les paroles de Jésus nous disent la promesse sans jamais viser l’inatteignable. Elles subvertissent les attendus. Si, dans notre monde, les premiers ont tendance à écraser les derniers, Dieu, lui, prend soin des petits, des rejetés. Elles viennent nous souffler que Dieu est là, présent à nos côtés, dans notre quotidien, jusque dans nos failles, nos douleurs. Il est notre consolation. Que nous soyons dans le chagrin ou bien dans le combat, dans le manque ou bien le rejet, nous pouvons expérimenter la douceur de Dieu.

« Vivants ! » oui, mais qu’est-ce qui peut nous rendre vivants ?
Non pas vivants au sens biologique. La période que nous traversons nous incite à nous questionner sur ce qu’est la vie. Que signifie « être vivants » ? Faut-il protéger les gens à tout prix d’un virus ? C’est-à-dire protéger leur vie « biologique », quitte à les isoler, à les enfermer. Ou bien, le lien avec les autres, avec ceux que nous aimons est-il plus essentiel ? Ce qui peut s’exprimer autrement : notre vie sociale, amicale n’est-elle pas plus importante que la biologie? D’ailleurs cette vie-là est dépendante de nos relations. Nous sommes des êtres de relation.

Ainsi, nous sommes vivants malgré nos limites, malgré notre finitude, malgré notre humanité. Avec les Béatitudes, Jésus va plus loin. On pourrait presque dire que nous sommes vivants « grâce » à notre finitude. Ce poème donne sens à l’absurde. « Seuls les endeuillés seront consolés », nous dit Paul Ricœur. Le deuil fait partie de notre condition humaine et il n’est pas sans lien avec la gaité. Sans faire l’apologie du deuil, nous sommes conduits à l’acceptation du m a n q u e . Dans les Béatitudes, le manque est au cœur de ce qui nous rend vivants. Que l’on soit pauvres de cœur, doux, en larmes... cela décrit des situations de manque. Nous pouvons nous retrouver dans l’une ou l’autre de ces situations et désormais, nous pouvons les appréhender positivement. Car lorsque nous sommes dans le trop plein, plus de place pour l’autre, plus de place pour Dieu. Plus rien ne peut nous mettre en marche, nous n’avons plus la capacité de combattre, d’un combat qui vient redonner du sens, du prix à l’existence humaine.

Les Béatitudes nous dynamisent. Elles commencent par promettre ce bonheur de manière paradoxale à ceux qui sont dans la souffrance, mais plus on avance, plus elles s’adressent à ceux qui s’engagent, quelles que soient les conséquences : les artisans de paix, les défenseurs inconditionnels de la justice. Nous passons ainsi d’une situation passive à une situation active. Leurs mouvements nous projettent dans la vie et nous invitent à changer de statut, à celui de victime nous substituons celui d’acteur. Nous pouvons combattre pour un monde plus juste. C’est ce qui nous rend « vivants ! ».

Florence Blondon

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