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Y avait-il un boeuf et un âne à la crèche ? 

Tradition ou Ecriture ?
Dans nos crèches, nous mettons toujours un bœuf et un âne autour du petit Jésus. Le théologien rigoureux ne peut que s’en offusquer : aucun de nos évangiles ne parlent de ces animaux dans la crèche. Ce n’est qu’un texte apocryphe et très tardif qui évoque cela.

Retirez-moi ces bêtes de la crèche !
Mais donc si on s’en tient à l’Écriture, point de bœuf ni d’âne. C’est important parce que tout a un sens, et que les premiers adorateurs du Christ soient un bœuf et un âne est absurde. Dans la Bible, ces animaux sont l’image de l’animalité pure, sans intelligence, n’existant que d’une manière servile et instrumentale. Or le chrétien n’est pas ainsi. Si nous pouvons adorer Jésus, ce n’est pas servilement comme des bêtes de somme, mais comme des individus libres, responsables, autonomes. Ce n’est pas à l’obéissance servile que nous sommes invités, mais à la coopération libre avec Dieu qui nous a créés, non pas comme des êtres inférieurs, mais à son image. La religion nous aide à grandir, à devenir maîtres de nous- mêmes, nous libère, c’est tout le contraire d’un dressage qui asservit.
Et ce n’est pas bêtement, mais avec intelligence, finesse, recherche et réflexion que nous sommes invités à adorer Dieu. D’ailleurs quand Jésus cite le commandement d’amour de l’Ancien Testament : « tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force », il ajoute un terme qui n’y était pas : « et de toute ton intelligence ».
Quant aux bêtes, Jésus les chassera du temple (Jean 2:14), ces animaux n’ont rien à faire dans le Temple. Bien sûr, nous avons aussi une dimension animale mais ce n’est pas par elle que nous somme spirituels ! Ce que dit Paul est clair : « c’est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu » (1 Cor. 15:50).
Donc non ! Les premiers adorateurs du Christ ne peuvent être un bœuf et un âne. Ils symbolisent un type de relation à Dieu qui n’est pas du tout celui que développera l’Evangile.

Alors que mettre dans la crèche ?
On peut comprendre les choses autrement à partir d’une lecture historico-critique et voir le bœuf et l’âne non pas comme une image de l’animalité pure, mais comme représentant le quotidien de la vie des habitants d’Israël à l’époque. Ils vivaient avec eux, ils étaient leurs outils de travail, leur compagnie et leur entourage quotidiens.
Il faudrait donc transposer, aujourd’hui ce serait notre ordinateur, notre voiture, notre téléphone portable... Certes, rien de cela ne peut avoir une adoration active du Christ, mais tout peut être mis au service du Christ. L’adoration n’est pas juste une posture religieuse ou liturgique, c’est une façon de vivre, de servir, de reconnaître qu’il y a quelque chose ou quelqu’un de plus grand que soi. En tant que chrétien, je veux que toute ma vie soit une adoration du Christ. Tout ce que je possède, mon travail, mon quotidien, tout mon environnement, je le mets au service du Christ, pour faire grandir dans ce monde ces valeurs de l’Évangile que sont la grâce, le service, le pardon, la fraternité, la paix et l’amour.


Bon d’accord, laissez le bœuf et l’âne !
Certains fabricants proposent aujourd’hui des santons très contemporains. Pourquoi pas, la religion n’est pas un folklore. La crèche, elle est chez nous, avec des gens comme nous, c’est là que Jésus doit reposer ! Mais jusqu’où aller ? On aime aussi le traditionnel, une crèche « à l’ancienne » est plus jolie qu’une représentation de lit d’hôpital dans une clinique.
Et puis justement parce que la plupart d’entre nous sont devenus urbains, nous avons soif de nature. Le bœuf et l’âne sont aussi cette part de la création de Dieu dont nous avons tant besoin et qui disparaît sous notre béton. La nature est belle, précieuse, elle dit la grandeur de Dieu, elle lui rend gloire. L’homme qui perd son rapport à la nature se perd. On ne peut écarter la nature, ni la nier et il est bien qu’elle soit au premier rang devant le Christ, tout en restant au service d’un projet qui la dépasse.

Louis Pernot

Le Christ naît à Cana

« De commencement en commencement »
« Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » (Jean 2, 11) C’est ainsi que se termine l’épisode des noces de Cana au cours duquel Jésus change l’eau en vin. Un mot nous interpelle
« commencement ». Il nous renvoie au début de l’évangile de Jean : « Au commencement était la parole...» (Jean 1,1). Dans les évangiles, seuls Matthieu et Luc nous rapportent la naissance de Jésus. Matthieu inaugure le Nouveau Testament avec la généalogie de Joseph, ensuite il nous raconte la naissance plutôt le point de vue de Joseph, et enfin ce sont les mages qui viennent adorer l’enfant. Luc nous fait le double récit de l’annonce puis de la naissance de Jean-Baptiste puis de Jésus, et nous offre la voix de Marie. Jean, par contre, ouvre son évangile par un long poème qui donne le ton, il nous invite à le lire comme un chant, pour en percevoir la dimension poétique et symbolique.
Ce prologue (1, 1-18) nous parle bien de la naissance lorsqu’il énonce « La parole a été faite chair » (1, 14). Dans la pensée hébraïque, la parole est également action. C’est ce qui intervient lorsque la mère de Jésus est invitée à des noces.

Essayons d’entendre ce récit avec toute sa dimension symbolique qui s’inscrit dès l’ouverture : « Or, le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée. » (2,1) Chaque indication oriente :
- Le troisième jour : c’est le jour de la résurrection, il y a déjà en germe une nouvelle étonnante qui va être révélée. D’autant que le lecteur attentif sait que nous sommes également le septième jour après le témoignage de Jean-Baptiste. Ce récit s’inscrit donc sous le signe de la plénitude, de l’accomplissement. Et enfin le troisième jour dans le livre de la Genèse est le seul jour où Dieu dit deux fois que « c’était bon ». C’est pour cette raison que la tradition juive incitait à célébrer les mariages le troisième jour. Car le cadre de ce récit est bien une noce. Et, la noce dans l’Ancien Testament est l’image même de l’Alliance, de l’Alliance où Dieu est l’époux, et Israël l’épouse.
- Le lieu Cana : lieu inconnu, mais qui pourtant renvoie à un verbe hébreu qui signifie « créer », « former », « acquérir ». Comme pour nous dire que ce récit est peut- être un récit de création.
- Signe : l’évangile de Jean n’emploie jamais le mot « miracle », mais toujours celui de « signe », et ces signes sont au nombre de sept, de Cana à la résurrection de Lazare. Sept, chiffre fortement symbolique. Et en tant que signe, l’évangéliste nous introduit dans un chemin d’interprétation, dans la quête du sens. Voilà bien des indices qui nous font porter une attention toute particulière sur ce qui va se passer.

Un signe pour rien ou un signe pour tous ?
En effet, si l’on lit ce récit comme étant un miracle, c’est-à- dire une manifestation de puissance de Jésus, on ne peut que s’étonner : quel est l’intérêt de donner du vin à des convives qui sont déjà passablement éméchés ? Pourtant la mère de Jésus s’émeut. Elle remarque ce manque : « ils n’ont pas de vin ». Et ce manque, qui en soi n’a rien de dramatique, prend alors une dimension nouvelle, cruciale. Le vin qui manque, c’est l’élément sans lequel la fête ne peut continuer. Nous ne sommes pas de purs esprits, pour que la fête perdure, c’est à boire qu’il nous faut, du vin et du bon. C’est à nouveau la mère de Jésus qui va rendre possible la suite lorsqu’elle commande aux serviteurs d’obéir à son fils. Alors, les cuves destinées à la purification deviennent des cuves destinées aux libations. On entend une polémique, celle de la disqualification des rites de purification, qui pointe un manque. Et la transformation de l’eau en vin de qualité en abondance, place l’alliance sous le signe de la nouveauté et de la joie. Cette nouvelle alliance où le Christ est l’époux et nous sommes l’épouse. Avec le Christ, le monde a de quoi se désaltérer définitivement, le monde a de quoi continuer à faire la fête, car l’eau peut devenir vin. Le monde est au bénéfice de cette transformation
accomplie par Jésus et proposée à tous les êtres humains.
La mère de Jésus dans cet évangile si particulier n’accouche pas d’un petit enfant, mais elle met au monde le Christ.

Florence Blondon

Dans la Bible, si le vin est le symbole de la joie, certains récits pointent aussi les dangers de sa consommation excessive, particulièrement dans l’épisode où Noé s’enivre ce qui provoque une malédiction sur un de ses fils (Gn 9).

 

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