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Que la lumière soit !

Prédication prononcée le 19 avril 2020, au temple de l'Étoile à Paris,
par le pasteur Florence Blondon

Jean chapitre 20
1Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rendit au tombeau dès le matin, comme il faisait encore obscur ; et elle vit que la pierre était enlevée du tombeau.
Jean Chapitre 1
1Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. 2Elle était au commencement avec Dieu.
3Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. 4En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. 5La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas accueillie.
Genèse 1
1Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.
2La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, mais l'Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux.
3Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
4Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres.
5Dieu appela la lumière jour et il appela les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut un jour.

9Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel s'amassent en un seul endroit, et que la (partie) sèche apparaisse. Il en fut ainsi.
10Dieu appela terre la partie sèche, et il appela mers la masse des eaux. Dieu vit que cela était bon.

Psaume 119
105Ta parole est une lampe à mes pieds
Et une lumière sur mon sentier.

Que la lumière soit !
C’est au petit matin, alors qu’il fait encore obscur que Marie-Madeleine part vers le tombeau. Déjà, au début de l’Évangile de Jean (Jn 3), juste après le premier signe que Jésus à fait à Cana (Jn 2), un certain Nicodème, qui fait partie des chefs des autorités juives va rendre visite à Jésus de nuit. « De nuit », comme pour nous dire que Nicodème comme Marie-Madeleine sont encore dans l’obscurité. Certes Nicodème est dans la crainte, il ne voudrait pas que lui, un des chefs de ces autorités, se fasse voir en train de rendre visite à ce Jésus déjà si contesté. La crainte, la peur ne nous plonge-t-elle pas dans les ténèbres ? Mais si l’Évangéliste nous donne cette indication, c’est aussi pour pointer que Nicodème est dans le noir, qu’en cherchant Jésus il cherche au moins un éclairage.
Quant à Marie- Madeleine, nous ne connaissons rien des motivations qui la font partir avant l’aurore. Est-ce pour elle aussi la peur de se faire voir, ou bien son désir d’arriver la première, ou encore n’arrivait-elle pas à dormir ? La seule indication que nous avons sur elle, c’est sa fidélité jusqu’au bout au Jésus terrestre, puisqu’elle est présente au pied de la croix aux côtés, entre autre de la mère de Jésus et du disciple que Jésus aimait. Toujours est-il que lorsqu’elle se rend au tombeau le jour n’est pas encore levé. Nous sommes dans cet entre-deux, entre « chien et loup ». Dans les autres évangiles, les femmes viennent au tombeau, très tôt le matin, à l’aurore, mais aucune mention de l’obscurité. Dans cet évangile de Jean où chaque indication prend sens, cette obscurité nous dit également l’état dans lequel se trouve Marie-Madeleine. Et au-delà de Marie-Madeleine, les ténèbres ont envahi le cœur des disciples lors de la mort de Jésus en croix. Bien qu’ayant cheminé avec Jésus, ils n’ont pas encore compris ce qu’il leur annonçait. Ils n’ont pas encore reçu Jésus lumière du monde. À la croix comment comprendre celui qui dit : « je suis la lumière du monde » ?(8,12)
L’Évangile s’ouvre dans un prologue (1,1-18) où Jésus est présenté comme la lumière. Il est dit que tous ne le recevront pas. Avant le matin de Pâques, avant que le jour ne se lève qui a déjà saisi ? Un peu plus loin dans le récit après une course poursuite entre le disciple bien-aimé et Pierre, nous apprenons que c’est à la vue du tombeau vide que le disciple que Jésus aimait croit. Donc pour l’heure il fait encore obscur et tous sont dans les ténèbres, dans le chaos. Ce passage par les ténèbres n’est-il pas nécessaire pour accueillir la lumière ? Cette lumière qui va irradier notre existence nous est offerte par le Ressuscité. La vie de Jésus, son enseignement, ses paroles, ses gestes, sont indispensables et si déjà nous pouvons entendre qu’il est prophète et répondre à son appel, cela peut nous mettre en mouvement. Mais seule la résurrection, la rencontre avec Ressuscité, peut nous offrir une vie nouvelle, nous ressusciter ici et maintenant.
Pour appuyer mon message je vous propose un petit parcours, très personnel, à partir de ce mot « lumière ». Cette lumière qui tarde à poindre au matin de Pâques, nous renvoie au premier jour de la création. C’est encore le tohu-bohu, le chaos dans la tête, dans le cœur de Marie-Madeleine. Pourtant elle ne veut pas l’abandonner, même meurtrie elle va se rendre au tombeau, et cette marche l’oriente dans le temps et dans l’espace vers la lumière : Que la lumière soit ! Y compris dans tout l’être de cette femme. Ses yeux vont s’ouvrir elle va accueillir la lumière : « Je suis la lumière du monde ! » (Jn8, 12). Si la lumière est présente dès l’ouverture de la Bible, dans la Genèse, elle est promise pour la fin, dans le livre de l’Apocalypse lors de la description de la Jérusalem céleste : « La nuit ne sera plus, et ils n'auront besoin ni de la lumière d'une lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les illuminera. »(Ap 22,5)
Et, en ce premier jour de la semaine, le travail de séparation va se faire comme au premier jour de la création. Le chaos va s’ordonner et la lumière va jaillir : Que la lumière soit ! Pour Marie-Madeleine les ténèbres vont se dissiper et elle va faire la rencontre du Christ ressuscité, l’expérience de la résurrection va la transformer : nouvelle création nouvelle naissance. Il lui faudra du temps, mais le jour se sépare peu à peu de la nuit. Au début elle ne distingue pas bien, elle voit un jardinier. Mais lorsqu’il la nomme, elle le reconnait : Rabbouni : c’est-à-dire maître. Sa parole est Parole de Vie.
Nous sommes le premier jour comme dans le Genèse, et nous sommes dans un jardin comme dans le Genèse et dans ce jardin il y a un couple, comme dans la Genèse : Marie-Madeleine et le Ressuscité. Ce couple est l’opposé de celui du jardin d’Eden. Ce couple-là fait entièrement confiance au Père. Il en vient, Il y retourne, et elle l’annonce. Elle est la messagère de la bonne nouvelle. Désormais ils ne mourront plus. Lui est déjà relevé d’entre les morts, par l’amour il a vaincu la mort. Et elle est relevée, délivrée de tout ce qui l’enfermait, par amour il l’a relevée de la mort, il l’ révélée. Elle a une mission, une direction, avec la promesse que l’amour est plus fort que la mort. Sa parole est lumière pour elle. La résurrection du Christ est résurrection pour elle.
Cette lumière nous la retrouvons aussi dans les Psaumes : « L’Éternel est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur ?» (Ps 27,1) Ici lumière et peur s’oppose. Et surtout ce verset 105 du Psaume 119 : « Ta parole est une lampe à mes pieds une lumière sur mon sentier » Les Psaumes sont des poèmes tout à fait construit, particulièrement ce Psaume 119. C’est le psaume le plus long, c’est même le chapitre le plus long de la Bible. Avec ses 176 versets, 22 strophes de 8 versets. Car il s’agit bien d’un poème et chaque strophe commence par une lettre de l’alphabet. 22 strophes pour les 22 lettres de l’alphabet hébreu de Aleph à Tav. « Le chaos s’ordonne » (Ps 33) : la forme et fond sont indissociable. Ce psaume par sa composition même est un instrument de lutte contre le chaos. Et cette forme alphabétique est également un apprentissage comme on apprend l’alphabet à un enfant, le psaume nous enseigne comment prier comment nous mettre à l’écoute de la parole de Dieu. Tout dans ce psaume nous parle de la loi et de la Parole. Ce verset 105 ouvre la 14e strophe. Il commence par la lettre Noun, et les huit vers de cette strophe commenceront par le lettre Noun. Huit versets cela nous renvoie à une plénitude, et aussi pour nous chrétiens au matin de Pâques qui est le huitième jour. Et, Noun à comme valeur 50. C’est très significatif. D’une part le mot qui signifie « tout » en hébreu (kol) a pour valeur 50. Et 50 c’est aussi l’année du jubilé c’est-à-dire l’année de la remise de dette, une année de joie. Avec la venue du Christ qui est lumière nous pouvons entendre à la fois cette plénitude qui est inscrite dès l’ouverture de ce verset, et également cette remise de dette, l’annonce du pardon inconditionnel qu’il n’aura de cesse de prêcher et la joie qui nous est promise.
Allons encore plus loin, car la lettre Noun représente le poisson (chaque lettre de l’alphabet avait une signification, ou plus exactement était une représentation). Or, le poisson vit dans les profondeurs et apparait à la lumière. Il est caché et se dévoile à la lumière. Le caché est mis en lumière. Et dans la tradition rabbinique, le poisson est aussi l’imagine du Messie eschatologique. Dans le récit de la création il y a deux évènements cosmiques : la séparation de la lumière et des ténèbres le premier jour ; et la séparation de la mer et la terre le troisième jour. Tout ce qui est dans la mer est caché. Mais également ce qui vit dans l’eau est purs. L’eau symbolise la Torah. Le poisson est caché mais pur, baignant dans le parole. Ce n’est certainement pas un hasard si le poisson est si présent dans les évangiles, si Jésus choisi pour disciples des pêcheurs, et si les premiers chrétiens ont choisi comme signe de reconnaissance un poisson qui se dit Ichtus en grec et qui est l’acronyme de Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur. La Parole c’est lui, la lumière c’est lui qui nous éclaire et nous transmet. Et dans ce temps post-pascal il nous dit : à vous de jouer ! À vous d’éclairer : « vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14) Il donne son esprit de lumière à ses disciples.
Et la tâche est vaste ! Être lumière, c’est s’opposer au chaos, aujourd’hui entre autre s’opposer aux forces de division, c’est-à-dire aux forces diaboliques qui habitent notre quotidien, Dans cette période où nous devrions nous épauler, nous soutenir, redécouvrir le vrai sens des fraternités. Je suis frappée par tous les discours, voire les actes de rejet de l’autre, par les oppositions, les stigmatisations : les urbains contre les ruraux, ceux qui courent contre ceux qui marchent, ceux qui savent (ou croient savoir) contre ceux qui ignorent, les pauvres les riches, les malades les bien- portants, les jeunes contre les vieux. Apprenons à faire « avec », au lieu de toujours faire « contre », à soutenir ceux qui en ont besoin. C’est un bel élan qui applaudit chaque soir celles et ceux qui nous font vivre. Qui pour la plupart sont des petits des oubliés des sans voix, et je devrai le mettre au féminin, car le pourcentage est femmes parmi ceux-là est plus que majoritaire. Pouvons-nous œuvrer que ces élans soient plus fort que les forces de division, que nous puissions construire sur ce qui nous relie ?
L’amour qui se décline en soutien, en prières, en solidarité, en écoute, en accueil…C’est le chemin pour un monde harmonieux, lumineux. Trouver le sens de la solidarité et également le sens de l’humilité. Accepter de ne pas tout maitriser, de ne pas tout connaitre. Au matin de Pâques Marie-Madeleine fait une rencontre qui va la déplacer, la faire renaître, et pourtant aucune explication ! Juste une parole, sa Parole. Le Christ ressuscité à le pouvoir de faire remonter le caché divin qui est en nous. Sachons être des instruments de paix, apprenons à faire remonter le divin qui est dans l’autre.
Nous sommes des enfants de lumière, des forces anti chaos !
Amen

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