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L'amour plus fort que la mort

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Prédication prononcée le 26 juillet  2015, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

 

Dans nos confessions de foi, nous disons souvent : « Je crois à l’amour plus fort que la mort ». La chose est belle et semble biblique, or il n’y a en fait aucun verset disant cela textuellement. La seule source se trouve dans le Cantique des Cantiques (8 :6) où il n’est pas exactement écrit cela, mais : « L'amour est fort comme la mort » ce qui n’est pas tout à fait pareil.

Cela dit, le sens est à peu près le même, et l’ajout du « plus » est tout à fait évangélique : Paul en particulier en 1 Cor. 13 dit bien que tout est passager, tout passera, mais qu’il n’y a que trois choses qui demeureront : « la foi, l’espérance et l’amour, mais la plus grande c’est l’amour ». C'est évidemment une fort belle affirmation qui résume en elle-seule toute l'espérance chrétienne et la bonne nouvelle de l'Évangile du salut et de la résurrection. La seule chose qui puisse nous faire surmonter la mort, c'est l'amour. L'amour est le seul antidote à la mort, c'est en lui seul qu'il y a éternité, et la vie éternelle c'est tout ce qui est amour en nous, amour de Dieu autant qu'amour du prochain. Les liens d'amour sont éternels. Si l’amour peut être dit fort comme la mort, c’est parce qu’il est une puissance aussi radicale que la mort, mais inversée. La mort fait passer de l’être au néant, et l’amour fait passer du néant à la vie.

L’amour d’une certaine manière donc donne la vie et fait naître d’en haut, et de nouveau, ainsi qu’il est dit à Nicodème (Jean 3), il fait changer de nature, peut être justement parce que l’amour est tout sauf le matériel, c’est le spirituel pur. La mort, c’est la puissance du matériel, l’amour, c’est la puissance qui fait sortir du matériel pour la vie Eternelle.

Mais le Cantique des Cantiques continue par une autre affirmation parallèle : « Le zèle (ou la jalousie) est dur comme le Shéol », et cette affirmation est plus difficile à comprendre. La tendance la plus naturelle est de penser que ces deux affirmations sont parallèles, et que donc, nous avons là deux notions qui transcendent la mort. L’amour, et le zèle. Certes, dans bien des traductions, nous avons « la jalousie », ce qui n’est pas une notion positive a priori, mais le mot hébreu peut être traduit soit par « jalousie », soit par « zèle », et n’a pas forcément de connotation négative. Ainsi c’est ce mot qu’on trouve dans le Psaume 69 (v. 10) : « le zèle de ta maison me dévore ». Cette notion de zèle se retrouve souvent dans l'ancien comme dans le nouveau Testaments, pour désigner la vigueur de l'attachement à Dieu. C'est ce dont il est question en particulier quand Jésus chasse les marchands du temple (Jean 2:17) et que l'on cite à ce propos: le Psaume 69 (v. 10). Toujours le même mot hébreu avec sa traduction grecque de « zèlos » se retrouve également en maints passages, comme en 2Rois 10:16: «Vois mon zèle pour Dieu... » où Jéhu parle de l’ardeur qu’il a à défendre son Dieu. On peut donc penser que ce passage ne parle pas tant du défaut de la jalousie que d’un zèle positif pour Dieu, et de même qu’il a été dit que l'amour est aussi fort que la mort pour dire que l'ardeur de l'homme pour Dieu, le zèle qu'il a à le servir et à le défendre est en vérité la seule arme possible, avec l'amour, contre la mort.

Ce zèle complète l'amour qui commençait le verset pour lui donner une dimension d'action. Une fois de plus, on voit que la théologie du Cantique des Cantiques est une théorie de l'amour actif, de la foi qui œuvre, et non pas d'un détachement du monde. Dans la tradition chrétienne, on a condamné très tôt l’« akedia », ou la paresse jusqu’à en faire l’un des sept péchés capitaux. Cette paresse n’est pas celle ordinaire que nous connaissons tous, mais le désengagement, l’absence de volonté d’agir pour Dieu, l’abandon dans le laisser aller.

L’amour en tant que tel ne suffit pas, il faut qu’il mène à l’action concrète, pour l’autre, pour accomplir le plan de Dieu, pour œuvrer à l’avénement de soin royaume sur la Terre. On ne peut pas se contenter de dire de loin qu’on aime tout le monde, ou qu’on aime Dieu si on ne va pas agir dans le monde d’un amour concret et agissant. Certes, l’action n’est pas première, c’est l’amour qui est le point de départ de tout, mais l’amour sans action est incomplet. Nous avons un débat du même ordre dans les épîtres du Nouveau Testament entre la foi et les œuvres. Paul milite pour l’importance de la foi, et l’épître de Jacques dit que la foi sans les œuvres n’est rien. On a cru qu’ils s’opposaient, mais non, il ne dit pas qu’il puisse y avoir des œuvres sans la foi, mais que la foi sans les œuvres serait incomplète.

La notion de zèle peut même aller très loin, car lorsqu'il en est question dans l'Évangile de Jean, c'est lorsque Jésus fait des fouets avec des cordes et qu'il renverse les tables des changeurs au moment des marchands du Temple. Il s'agit là du passage le plus clair dans lequel le Christ fait œuvre d'une certaine violence, et ce seul passage suffit à empêcher de faire du christianisme une religion de la seule non violence. Il faut savoir agir pour Dieu, et même éventuellement être prêt à faire preuve de violence pour défendre le Royaume, même si toute cette action doit toujours être sous-tendue par l'amour.

Et c'est l'ensemble de ces deux réalités: amour et zèle qui sont « ardeurs d'un feu qui est flamme de Dieu ». La flamme est toujours le symbole de la présence de Dieu, comme au buisson ardent, ou le visage du Christ transfiguré. Ainsi, cet amour pour Dieu suivi du zèle qu'il entraîne sont en eux-mêmes des signes de théophanie, des signes de présence de Dieu dans ce monde. Le croyant devient une image de Dieu agissant dans le monde, il devient lui-même la flamme divine du buisson ardent ou le visage resplendissant du Christ. La flamme de Dieu peut en effet avoir plusieurs qualités essentielles, comme de procurer de la lumière et de purifier.

Cela dit, on pourrait garder la notion de « jalousie » qui n’est pas forcément mauvaise. Si elle n’est pas excessive, suspicieuse, ou systématiquement négative, elle peut aussi être un qualité quand elle oriente l’amour en empêchant que l’être aimé soit déshonoré. C’est cette jalousie spirituelle pour Dieu qui refuse que l’on s’offre à quelqu’un d’autre qu’à Dieu. Ainsi Paul écrit-il aux corinthiens : « je suis jaloux à votre sujet d’une jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure » (2 Cor. 11 :2) pour dire qu’il faut avec rigueur rester strictement fidèle à son Dieu, et ne pas se donner à d’autres. Autrefois, on parlait d’idoles, aujourd’hui nos idoles sont l’argent, le pouvoir, le profit, l’égoïsme, la santé physique ou autres. Cela est même dans les dix commandements: « Je suis un Dieu jaloux »  (Exode 20:5) pour dire de n’adorer rien d’autre que lui. Dans ce sens, le « zèle » de Jésus avec les marchands  du temple était aussi un peu de la jalousie pour Dieu en luttant contre l’idolâtrie que les pharisiens avaient ajoutée. Jésus dira aussi : « nul ne peut servir Dieu et Mammon » (Luc 16 :13), Mammon étant la représentation du désir matériel, de possession, le Dieu de l’argent. Il montre donc que l’amour de Dieu ne peut pas se partager, on ne peut pas avoir plusieurs Dieu, au risque de s’écarteler, ou de perdre l’un ou l’autre. Il ne peut y avoir qu’une seule direction dans notre vie, qu’une foi, une visée, un seul idéal qui donne son sens et oriente toute notre vie.

Il faut donc être exigent sur ce à quoi on donne son amour, ou ce que l’on adore. Il ne suffit pas de prétendre adorer Dieu si l’on se tourne vers autre chose que le Dieu de la révélation de Jésus Christ qui est amour, paix, liberté, grâce et pardon. L’« amour de Dieu » donc ne suffit pas, la foi peut être mal orientée, ou se tromper d’objet, comme dans l’intégrisme ou différentes dérives sectaires de la religion, il faut aimer Dieu et être jaloux avec Dieu en n’adorant que le Dieu d’amour, de pardon, d’esprit et de grâce et rien d’autre.

Mais on pourrait prendre une option toute autre, en effet, ce que l’on traduit par « dur » est l’adjectif « QaCHéH », qui signifie « rude», « pénible », et ce toujours négativement. Peut-être qu’il ne faudrait pas chercher à adoucir le premier terme en « zèle » ou en « jalousie positive », pour forcer le parallèle avec la stique précédente, et penser au contraire qu’il y a entre les deux affirmations une opposition : l’amour est fort, plus que la mort, mais la jalousie, c’est pénible, dur autant que l’enfer. On pourrait alors voir là la mise en garde contre la perversion de l’amour qui serait une relation fusionnelle exclusive faite de mauvaise jalousie. C’est bien d’aimer Dieu, mais si cet amour empêche d’aimer les autres, ou de supporter que d’autres aussi aiment Dieu, alors on n’est plus dans une démarche de vie, mais dans un chemin de mort. Cela est en particulier illustré par l’histoire de la jalousie de Caïn vis-à-vis d’Abel, Caïn refusant de partager son amour de Dieu avec son frère. Et les « flammes » de Dieu, ne sont plus là de bonnes flammes comme celles du buisson ardent qui ne consument pas, mais les flammes de la colère de Dieu dont il est aussi question dans d’autres passages de l’Ecriture. C’est d’ailleurs une des difficultés du croyant, d’accepter que d’autres puissent aussi être dans l’amour de Dieu, alors qu’ils sont différents, ou peut être croient ou pratiquent différemment de soi. Et c’est important de le dire, surtout dans un contexte où la religion est trop souvent utilisée aujourd’hui pour exclure, et même tuer.


Peut-être d’ailleurs que l’ambiguïté de ce passage est voulue, parce qu’elle montre l’ambiguïté de la foi elle-même. La foi peut en effet être la meilleure ou la pire des choses suivant l’orientation. Il faut donc avoir une vigilance extrême pour en éviter les perversions. De même le feu peut être la meilleure des choses parce qu’il éclaire et réchauffe, mais il peut aussi donner la mort en brûlant et en ravageant tout. Jouer avec la foi, c’est jouer avec la vie, mais aussi avec le feu, et l’histoire ancienne comme contemporaine montre suffisamment que la foi peut être au service du bien ou du mal.

Et toujours chercher à avoir un amour actif, plein de zèle, mais en même temps toujours prendre garde que notre zèle notre volonté de défendre notre foi conviction, ne devienne pas un feu qui brûle et fasse du mal aux autres, exclue, blesse...

L’amour lui-même peut être mortifère si il oublie la seule chose qui est l’attention à l’autre, et don de liberté, et le zèle qui travaille pour la liberté et la vie de l’autre sans le détruire.

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Cantiques des Cantiques  8:6

Car l’amour est fort comme la mort,
  Le zèle (la jalousie) est dur comme le séjour des morts ;
  Ses ardeurs sont des ardeurs brûlantes,
  Une flamme de l’Éternel.
  Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour,
  Et les fleuves ne le submergeraient pas ;
  Quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour,
  On ne ferait que le mépriser.

2 Corinthiens 11:2-3

Car je suis jaloux à votre sujet d’une jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure. Toutefois, de même que le serpent séduisit Ève par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne s’écartent de la simplicité [et de la pureté] à l’égard de Christ

Cant. 8:6

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