Accéder au contenu principal
56, avenue de la Grande-Armée, 75017 Paris

Un été pour se ressourcer 2/4 | "Donne-moi à boire" : Jésus et la Samaritaine

Dimanche 13 juillet 2025
Nathalie Chaumet
Église protestante unie de l'Étoile à Paris

 

Une rencontre au-delà des apparences

Alors voilà notre histoire du jour. Un homme, une femme au bord du puit en quête d'eau dans la chaleur du jour. La scène se joue à l'arrêt. Elle pourrait paraître tout à fait banale. Deux personnes ont soif au désert, quoi de plus normal ? Mais là au bord du puit, à l'arrêt, un chemin spirituel va commencer.

Sans aucun doute contre Jésus et la samaritaine, une méfiance est là au premier abord. Sans aucun doute qu'ils se dévisagent. Il y a là une samaritaine et un juif, un homme et une femme, un maître, maître de la loi, et une femme sans doute considérée, comme nous allons le voir, comme pécheresse.

Dans ce contexte de défiance, en tout cas, sans nul doute pour la Samaritaine, le dialogue cristallise d'abord les différences religieuses avant soudainement de les faire voler en éclat. Comme nous allons le voir, la rencontre va faire fi des préjugés pour devenir une rencontre en vérité de soi au miroir de l'évangile.

Alors comment cette femme, cette samaritaine va-t-elle passer de la défiance sans doute première à la confiance ? Et qu'est-ce que cela veut nous dire pour notre vie à nous ? Comment cheminons-nous, nous aussi avec cette samaritaine, spirituellement donc.

Une rencontre improbable : les détails qui interpellent

Alors entrons un peu plus dans notre histoire. Peut-être avez-vous remarqué des étrangetés dans notre histoire. Première étrangeté, Jésus choisit de lui-même d'avancer en terre de Samarie, territoire donc si ce n'est hostile, en tout cas inamical. Il fait donc le choix de quitter la sécurité de sa foi intérieure pour envisager la rencontre avec les samaritains.

Deuxième élément, Jésus rencontre au bord de ce puit une femme. Me direz-vous, c'est plutôt normal parce que c'était aux femmes qu'était dévolu le fait de puiser l'eau pour les tâches quotidiennes. Voilà donc une femme qui vient puiser de l'eau, quoi d'étonnant ? Ce qui est étonnant, c'est qu'elle soit là seule et à midi. Qu'elle soit là seule, c'est étonnant, oui, car les femmes venaient plutôt en groupe pour puiser l'eau, et plutôt le matin ou plutôt le soir, aux heures les moins chaudes de la journée.

Or, cette femme vient à midi. C'est donc probablement qu'elle évite la compagnie des autres femmes, ou alors qu'elle est rejetée du groupe habituel. Sa solitude signifie donc qu'elle est possiblement au ban de sa communauté.

Voici donc une rencontre qui n'aurait sans doute dû jamais avoir lieu. Une rencontre entre un homme de foi juive et une femme de foi samaritaine. Une rencontre entre un homme et une femme dans la solitude au bord du puit, alors que hommes et femmes circulaient plutôt en groupe. Une rencontre entre celui qui à ce moment-là est considéré comme un rabbi. En tout cas, c'est ainsi qu'il est souvent appelé dans les évangiles, considéré comme un spécialiste des écritures, fin connaisseur de la loi, un maître de sagesse.

Jésus donc, qui bénéficie d'une aura certes fragile, mais d'une aura suffisante pour avoir des disciples avec lui. Et une femme au ban de sa communauté, en situation de solitude, d'exclusion. D'un côté, une figure spirituelle à la réputation croissante, dans la foi établie, et de l'autre, une femme samaritaine, dans une foi considérée comme impropre pour Jésus et les siens, comme on l'entend, hein, d'ailleurs, dans le texte, probablement qui est plus, donc, au ban de sa propre communauté.

Nous pouvons noter que cette samaritaine n'est pas nommée. Alors en terme d'aujourd'hui, on dirait qu'elle est invisibilisée. En tout cas, elle doit probablement se cacher des siens. Le texte passe allègrement sous silence son identité, une femme, une samaritaine, et sans doute une pécheresse, c'est assez.

Le Puits de Jacob : bien plus qu'une simple source d'eau

Alors, revenons sur un détail. Il est midi. Ce détail peut sembler anodin, mais vous le savez bien, dans toute l'écriture, aucun détail n'est anodin. Midi, c'est bien sûr l'heure la plus chaude, donc l'heure où la soif se fait sentir. Midi pourrait donc être un élément signifiant simplement cette soif, cette quête d'eau. Mais je crois que c'est bien plus.

Car midi, c'est aussi le moment où l'ombre disparaît quasiment. C'est donc, si je puis dire ainsi, une indication que va se jouer une mise en clarté, une mise en lumière de l'existence. Car le soleil, n'est-ce pas ce qui démasque crûment la réalité des uns et des autres ? À midi, pas d'ombre où se cacher. Et c'est bien une quête de vérité qui va se jouer au bord du puit.

Enfin bien sûr, ce n'est pas un hasard si la rencontre se joue justement à côté du puit. C'est là d'emblé un indicateur d'une rencontre que cette histoire va nous emmener de la soif physique à la quête spirituelle. L'eau, nous l'avons dit, rappelez, l'eau renvoie à la parole de Dieu dans la Bible et le puit aux efforts pour chercher, pour recevoir, pour accueillir cette parole.

Car lire sa Bible, comprendre le texte biblique, eh bien, ça n'est pas si évident. Parfois, il faut être accompagné, parfois, il faut chercher, se mettre en route, venir au culte, par exemple. Voilà, d'autres éléments, participer à un groupe d'étude biblique, que sais-je. Puiser l'eau dans la Bible, c'est chercher une parole de vie pour son existence. Le puit dit ici non seulement la soif des gorges, mais la soif spirituelle d'une parole ressourçante.

Mais l'eau, l'eau, c'est aussi le reflet dans lequel chacun peut se mirer. Alors au miroir de la parole avec Jésus, quel reflet d'elle-même la samaritaine va-t-elle découvrir ? Et quel reflet de nous-même allons-nous découvrir avec cette histoire ?

Enfin, comme je le disais tout à l'heure, ce puit n'est pas n'importe quel puit, c'est le puit dit de Jacob, donc un puit qui serait vieux de bien des siècles. L'histoire nous dit, le récit nous dit, la samaritaine le dit à Jésus que Jacob y a bu, lui, ses fils et ses troupeaux. Cette mention de Jacob n'est pas anodine et je crois qu'elle vient nous poser une question dans nos itinéraires de foi. Celle de la place de la tradition dans notre quête spirituelle.

Est-il possible, en puisant à une parole ancienne, puisque cette femme vient puiser au puit dit de Jacob, est-il possible d'être encore aujourd'hui spirituellement vivifié ? Ou bien cette eau, cette eau de la vie, cette eau qui vient faire sens dans nos existences, est-elle rendue inaccessible par les pierres de tradition qui seraient parfois étouffantes.

Quand la soif efface toutes les frontières

Alors, il n'y a rien d'anodin dans cette rencontre. Et le dialogue qui va se jouer est serré. Avez-vous fait attention ? Qui commence à parler en premier ? Et bien, c'est Jésus. C'est Jésus qui prend l'initiative du dialogue. Nous l'avons compris, il est plutôt en position d'ascendance sur la femme. D'ascendance par sa posture, lui le maître, elle qui n'est qu'une femme, une pécheresse sans doute.

Mais voilà qu'au désert, cette ascendance s'efface sous la chaleur du jour. Au désert, Jésus n'est ni un maître, ni un sage, ni un homme avec une communauté de disciples. Au désert, Jésus est un homme qui a simplement soif. Homme ou femme, juif ou samaritain, rabbi ou femme peut-être pécheresse, un même besoin replace l'homme et la femme de notre histoire au même niveau. Jésus et la Samaritaine, oui, sont placés à égalité. C'est peut-être la première leçon de cet évangile.

La première leçon, c'est que nos frontières sociales, religieuses, ces frontières qui, croyons-nous, nous bâtissent une identité dont on se revêt, ces frontières qui nous distinguent, croyons-nous, les uns des autres, ces frontières s'effacent dans le besoin, dans la réalité de la vie.

C'est une expérience qui est d'ailleurs souvent racontée. Si vous vous souvenez du culte que nous avons eu ici sur la reconnaissance, grâce grâce au pluriel et gratitude, ainsi s'intitulait ce texte, et bien nous avons eu lu l'histoire des dix lépreux dans l'évangile de Luc. Dans ce groupe de lépreux, il y avait des juifs et des samaritains, qui donc d'ordinaire s'évitent soigneusement. Mais lorsqu'on est malade, qu'importe finalement qu'on soit juif et samaritain. La maladie fait tomber les préjugés, il n'y a plus que des humains à l'échelle d'une même épreuve.

Oui, c'est parfois, et c'est un peu triste malheureusement, l'épreuve qui fait tomber les barrières sociales. Lorsqu'il faut unir ses forces, lorsqu'une même épreuve secoue les uns ou les autres, et bien les étiquettes tombent. Une communauté de destin surgit qui rappelle aux uns et aux autres leur commune humanité.

Et là, tout rabbi, tout juif qu'il soit, Jésus demande à boire. Il est peut-être le maître, mais c'est la femme qui est munie d'un seau. Voilà donc que il y a un renversement si l'on peut dire dans notre histoire. Et si vous regardez un petit peu les tableaux ou les voilà les sculptures qui ont parfois été réalisées sur ce sujet, et bien, c'est souvent la femme qui est placée en hauteur de Jésus, pour marquer sans doute ce renversement. Car oui, c'est elle, c'est elle au bord du puit qui a le seau. Mais cependant, cette samaritaine perçoit l'audace de Jésus et la souligne, mais tu es juif. Comment oses-tu me demander à boire à moi une samaritaine ?

Au désert, il a suffit de quatre petits mots. Donne-moi à boire pour que Jésus fasse voler en éclat tous les tabous. À ce stade de l'histoire, toutes les frontières de classe, de genre, de tradition s'effacent dans la la rencontre qui surgit. Une parole va pouvoir s'échanger, une parole qui va chercher en profondeur la vie, cette vie relationnelle qui naît de l'échange.

De l'eau du puits à l'eau vive : un dialogue qui élève

Alors d'emblée, dans notre échange, qui va surgir donc, Jésus va tenter d'emmener la femme sur le plan spirituel. Il lui dit si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit donne-moi à boire, c'est toi qui aurais demandé de l'eau et il t'aurait donné de l'eau vive.

La Samaritaine semble rester terre à terre. Elle dit \"Seigneur, tu n'as pas de seau et le puit est profond.\" Alors d'où aurais-tu donc cette eau vive ? Mais en réalité, elle cherche déjà à comprendre car elle lui dit \"serais-tu plus grand que notre ancêtre Jacob qui a donné ce puit et qui a bu lui-même de son eau ainsi que ses fils et ses troupeaux ?\" Déjà, notre samaritaine a compris qu'il y avait au bord de ce puit, dans cette rencontre inédite, une question identitaire. Et elle se pose cette question. Qui donc est cet homme qui fait fi de toutes les conventions ? Se prend-il, se prendrait-il pour plus grand que Jacob ? Serais-tu plus grand que Jacob ?

Alors évoquer cet ancêtre, c'est un peu dangereux dans notre rencontre. La Samaritaine prend un risque, je trouve, en relisant cette histoire, bien des siècles après. Voilà. Quel besoin d'en référer à Jacob alors que cet homme lui demande simplement à boire. Voudrait-il dire, insinuer que l'eau du puit serait réservée aux samaritains et que Jésus peut-être n'y aurait pas le droit ?

La figure de Jacob peut être pierre d'achoppement et la rencontre pourrait mal tourner. Car oui, mentionner Jacob peut se révéler clivant. Est-ce manière de dire, comme je vous le disais, Jacob est notre ancêtre et c'est nous qui sommes ses dignes héritiers spirituels. Cependant, la figure de Jacob peut aussi rapprocher Jésus de la Samaritaine. Car après tout, pour les juifs et pour les samaritains, la figure de Jacob est une figure d'enracinement pour les uns et pour les autres. Voilà, notre rencontre est à risque, clivage ou rapprochement, pierre d'achoppement ou pierre de fondation.

La tradition face à la foi vivante d'aujourd'hui

Oui, la rencontre peut faire resurgir des tensions. Jésus va choisir alors de déplacer cette femme. Nous allons quitter soudainement l'hier de la foi pour entrer dans l'aujourd'hui, l'aujourd'hui de la quête spirituelle. Jésus lui dit : « Toute personne qui boit de cette eau aura encore soif. Mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif. L'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. »

Jésus propose à la femme donc de puiser là dans leur rencontre, une parole propre à renouveler son existence. Jésus quitte Jacob, il quitte le passé, le poids des traditions, et il l'oriente vers le futur. C'est à la grâce de Dieu aujourd'hui qu'il s'agit de s'ouvrir. Aujourd'hui, ça n'est pas Jacob qui a soif, ni ses fils, ni ses troupeaux. Aujourd'hui, c'est lui, c'est elle qui sont appelés à boire, à se ressourcer.

Très subtilement, dans un échange qui est très finement construit, et bien, Jésus va inviter la femme non pas à faire fi de sa tradition, mais à ne pas s'enfermer au passé, à chercher aujourd'hui, dans l'aujourd'hui de son existence, ce qui est source de vie et d'espérance. Et dans l'aujourd'hui de son existence, et bien Jésus est là devant elle et il cherche à partager une parole de vie, une parole d'espérance avec elle.

Alors, l'échange entre Jésus et la femme ressemble, me semble-t-il, à une maïeutique à la Socrate. Patiemment, l'échange se déplace de l'eau du puit, de la foi des ancêtres à la quête spirituelle de cette femme, dans la vérité de son être. Alors bien sûr, cette femme va s'accrocher à sa tradition. Elle va dire \"Non, mais vous, vous, les juifs, vous adorez Dieu sur le mont, à Jérusalem, mais nous, nous adorons Dieu sur le mont Garizim.\" Elle s'accroche à sa tradition, à son passé, à ce qui fait l'histoire de son peuple. Mais elle lui dit, Jésus, ce qui compte, ce n'est pas d'adorer Dieu ici ou là. Ce qui compte, c'est d'accueillir son esprit aujourd'hui et maintenant. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent le fassent par l'esprit, lui dit Jésus.

Se découvrir en vérité : la maïeutique du Christ

Pour que cette femme puisse se saisir de cet esprit, pour qu'elle puisse rentrer dans l'ici et le maintenant de la rencontre, Jésus va l'entraîner vers les profondeurs. Non pas les profondeurs de l'histoire depuis Jacob, des crispations et des tensions. Non pas non plus les profondeurs du puit matériel, mais les profondeurs intérieures. Jésus va s'ouvrir aux méandres de son existence. Et et ce faisant, c'est à nous qu'il parle aussi d'une certaine manière. Il s'ouvre aux méandres de notre vie, à ce que nous cachons soigneusement sous les apparences, sous la surface de l'eau, ce que nous cachons derrière nos reflets, sous nos faux semblants, la foi apprêtée, empruntée à nos ancêtres peut-être.

L'échange avec Jésus va conduire à la mise en lumière de la vie de cette femme, une vie qui se révèle complexe, difficile. Car cette femme a eu cinq maris. Cinq alliances ratées ou inachevées. Que s'est-il passé ? Peut-être certains de ces maris sont-ils décédés ? Peut-être a-t-elle été répudiée ? Si oui, pourquoi ? Peut-être ne pouvait-elle pas avoir d'enfant ? Toujours est-il que toutes les alliances ont échoué au point que sa quête d'amour reste aujourd'hui sans alliance, car l'homme avec qui elle vit n'est pas son mari et donc on comprend que cette femme est probablement au ban de sa communauté, comme je vous le disais.

Alors, nous avons vu la semaine dernière que le thème de l'alliance renvoyait à l'alliance spirituelle. Alors, les échecs de ces amours de cette femme sont-ils une manière de nous dire qu'elle se sent finalement exclue de toute alliance religieuse, exclue de Dieu, en marge des siens, en marge de la grâce de Dieu, parce que sa vie n'a pas été aussi droite qu'il aurait fallu qu'elle soit.

Et je vous disais aussi que le puit est symbole de l'interprétation qu'il nous faut faire parfois pour découvrir le sens d'une parole. Au bord du puit, c'est aussi sa propre vie que cette femme est appelée à interpréter. Et c'est pour cela que je dis que le Christ tisse ce dialogue un peu comme une maïeutique à la Socrate. Il invite un peu cette femme à accoucher d'elle-même si je puis dire, à chercher par elle-même, au regard de l'évangile, le sens de sa vie.

Et n'est-ce pas là finalement d'une richesse infinie ? Nous aussi, lorsque nous lisons un récit biblique, nous pouvons rester à l'extérieur du récit biblique que nous que nous lisons. C'est-à-dire que nous pouvons faire une conférence sur le texte biblique, un peu comme j'ai fait juste avant la prédication, je vous ai rappelé voilà qui étaient les samaritains, le puit de Jacob et cetera. Voilà, on peut lire le texte de manière complètement extérieure, de manière historique, théologique, c'est nécessaire pour le comprendre, mais cela a donne le fait de parfois rester complètement à l'extérieur du texte. Et puis, nous pouvons aussi faire l'inverse, c'est-à-dire, enfin l'inverse, en complément, c'est-à-dire, nous pouvons laisser la parole nous rejoindre, nous parler, nous faire cheminer spirituellement, nous permettre d'interpréter, de relire nos vies pour y découvrir peut-être comme cette samaritaine va le faire, pour y découvrir une parole qui fait sens pour nos existences, qui va nous permettre d'orienter nos vies différemment.

De l'exclue à la messagère de la grâce

Au bord au bord du puit, à midi, à l'heure où l'ombre disparaît, où il n'y a nulle part où se cacher, voilà que Jésus rencontre cette femme en vérité d'elle-même. C'est à elle, avec ses échecs, ses déboires sentimentaux, ses alliances ratées, son sentiment d'indignité sociale et peut-être religieuse, c'est à elle qu'il s'adresse. C'est elle qui est digne de parole. En lui demandant à boire, il lui redonne toute sa place, toute sa dignité d'enfant de Dieu.

Au bord du puit par quatre petits mots, donne-moi à boire, il lui donne à elle une parole de vie. Et elle, la rejetée, l'indigne, se trouve rejointe en vérité, en vérité de son existence. Alors, cette femme venue au puit, découverte d'une certaine manière devant Jésus dans la vérité de sa vie, va découvrir dans cette parole qui lui est adressée une joie intérieure, une grâce profonde.

Et c'est elle, c'est elle qui va alors courir, courir vers les villageois. Elle qui était l'exclue, c'est elle qui va se relier. Et soudainement, sa foi, ça n'est plus la foi d'une tradition, la foi des ancêtres. C'est une foi vivante. C'est une foi qui la fait courir vers les autres pour accueillir avec tout le village, celui qui vient incarner la grâce de Dieu.

L'Évangile, miroir de la grâce sur nos vies

Au miroir de l'évangile, dans la vérité de sa vie, la Samaritaine se découvre accueillie. Et elle n'éprouve pas Dieu comme le juge de loi, voilà, sur sa vie. Elle se sent simplement reconnue pour elle-même. Et je crois que c'est toute la grâce de l'évangile, cet appel qui nous est adressé aujourd'hui, tel que nous sommes, avec nos quêtes, nos quêtes spirituelles parfois hésitantes, tel que nous sommes, nous sommes accueillis par Dieu.

Et cette histoire nous dit que l'évangile est un miroir. Pas n'importe quel miroir. C'est un miroir qui nous met à nu, si l'on peut dire devant Dieu en vérité de nous-même avec toutes ces soifs que nous tentons parfois d'assouvir, parfois dans des quêtes vaines, parfois dans toutes sortes de boulimie, boulimie d'amour comme cette femme, boulimie d'argent, de bien, de possession. Mais c'est un miroir, je crois, déformant. C'est-à-dire que je crois que l'évangile, oui, est un miroir sur nos vies déformant. Déformant parce que Dieu nous y regarde dans la vérité de nos existences, mais avec un parti pris, le parti pris de la lumière de sa grâce qu'il pose sur nos vies pour nous envoyer en nouveauté, en renouvellement de nos existences.

Oui, je crois que le Christ vient nous rencontrer sans fard ni ombre où nous cacher. Mais la parole qu'il pose sur nous n'est pas de jugement sous le soleil écrasant, c'est une parole de bénédiction. C'est nous ce matin qui sommes envoyés en nouveauté de vie. Et je crois que si cette femme n'est finalement pas nommée, ce n'est peut-être pas tant pour l'invisibiliser, mais que pour pour que nous puissions nous reconnaître en elle-même d'une certaine manière. Oui, je crois qu'au bord du puit, c'est nous, c'est nous qui venons chercher une eau ressourçante.

Au bord du puit, nous voici appelés à rencontrer le Christ dans sa grâce et dans son amour. Et son regard n'est pas un regard de jugement, mais un regard de bénédiction sur nos vies. Une bénédiction qui sans cesse nous relève, nous envoie pour que nous ayons l'audace et la joie de nous relier les uns aux autres dans nos existences, pour que nous partagions cet accueil que nous recevons en plénitude. Oui, la vie est à vivre et à partager, et la grâce du Christ que cette femme découvre est une source sans fin pour nos vies. Amen.

À découvrir également
Dernières séries