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56, avenue de la Grande-Armée, 75017 Paris

7 questions sur les Rameaux

Dimanche 29 mars 2026
Louis Pernot, Phoebe Woods
Église protestante unie de l'Étoile à Paris

Chers amis, le texte que nous avons entendu à l’instant est celui des Rameaux, aussi intitulé dans nos Bibles « l’entrée de Jésus à Jérusalem » ou « l’entrée triomphante de Jésus à Jérusalem ». On est à une semaine avant Pâques. On a cette image de Jésus qui arrive à dos d’âne, à Jérusalem, acclamé par une foule en liesse qui crie « Hosanna, Hosanna ! » et qui agite des roseaux, des rameaux, des branchages de palmiers. C’est le top départ de la Semaine sainte, et dans beaucoup d’églises, on voit des célébrations assez démonstratives, des processions, de vrais branchages de rameaux. On offre souvent d’ailleurs des rameaux, des palmiers, que les gens gardent dans leur Bible en marque-page.

Avec Louis, on s’est penché sur ce texte cette semaine, et on s’est demandé : est-ce qu’on le connaît vraiment si bien que ça ? Alors au lieu de vous offrir des rameaux ce matin, ce seront plutôt des questions que nous allons poser avec vous sur ce texte. Nous allons vous offrir des questions, et je pense que c’est plutôt une bonne chose, parce que méditer le texte biblique, parfois c’est ça : c’est donner des questions à nos réponses.

Alors d’abord, l’un des aspects les plus repris de ce texte : le hosanna que nous venons de chanter. Hosanna, qu’est-ce que ça veut dire ? Beaucoup de personnes pensent que c’est un cri de louange à Dieu. Mais en fait, c’est la reprise d’un terme du psaume 118 au verset 25 : hosanna vient de l’hébreu hoshia-na, qui veut dire « sauve donc ! ».

« Sauve donc ! » — ce n’est pas un cri d’allégresse, mais un cri urgent de besoin.

Sauver de quoi ? La résurrection au cœur du Hosanna

Mais sauver de quoi, au juste ? Pour comprendre, il faut regarder la question à la lumière de la résurrection. Vous allez me dire que je parle déjà de Pâques, mais en réalité, chaque dimanche de l’année est une célébration de Pâques pour nous. Avec cette histoire de la Résurrection, le Christ nous invite à croire que cette histoire ne se termine pas sur la mort, mais qu’on est bien remis debout, sauvés de nos propres morts. Le verbe grec sôzô, ça veut dire « maintenir en vie, maintenir une relation saine, d’espérance ». Nous croyons que le Christ nous relève, tous les jours dans nos vies. Ce qu’on peut croire indépassable est en fait bien dépassable : il nous invite à vivre vraiment.

Oui, nous avons besoin de Dieu, mais pourquoi ? Parce que nous sommes une humanité fragile. Et on comprend mieux cet appel quand on sait dans quelles circonstances cet événement a eu lieu. On croit que les gens se sont rassemblés pour célébrer Jésus entrant à Jérusalem, mais pas du tout ! Les gens étaient déjà à Jérusalem en train de célébrer une fête : la fête de Souccot, la fête des huttes ou des cabanes. Tout le peuple était déjà en train de faire des processions, déjà en train de crier « Hosanna ! » et d’agiter des rameaux.

Souccot et les Rameaux : un récit théologique, pas historique

Cela pose un problème de chronologie : l’évangile situe cet événement une semaine avant Pâques, alors que Souccot a lieu en automne, pas au printemps. Le problème est simple : l’évangile n’est pas un récit historique mais un récit théologique. Que ce soit à l’automne ou au printemps, l’important c’est le sens de cet événement.

Souccot célèbre la sortie d’Égypte. Le peuple était maltraité et on lui promet la liberté en traversant le désert vers la terre promise. Mais la liberté, c’est angoissant : parfois c’est confortable d’avoir quelqu’un qui vous dit ce qu’il faut faire, ce qu’il faut croire, ce qu’il faut penser. La règle de Souccot, c’est de construire des cabanes avec un toit de branchage suffisamment mal fait pour qu’il ne protège de rien du tout — on voit le ciel au travers. Tout cela pour dire : vous pouvez essayer d’assurer votre propre sécurité, mais elle est illusoire. Vous ne pouvez que compter sur Dieu lui-même.

Oui, Seigneur, sauve-nous ! Parce que nous sommes en route dans notre vie et que cette liberté que nous sommes tellement heureux d’avoir est parfois difficile à assumer. Nous avons tellement besoin d’un sauveur, tellement besoin d’un roi.

Nous voulons un roi, mais quel roi ?

Les disciples acclament Jésus comme celui qui va les sauver. Mais qu’attend-on exactement de Dieu ? Comment va-t-il nous sauver ? Autrement dit : nous voulons un roi, mais quel roi ?

Il y a un petit malentendu entre ce que la foule attend et ce que Jésus entend par sa venue. Il y a comme un alignement émotionnel collectif qui se produit, mais sur une interprétation peut-être erronée. Le peuple israélite attend un messie depuis longtemps, avec une attente très politique : depuis l’exil au sixième siècle avant Jésus-Christ, ils attendent un messie qui va les libérer des différentes oppressions. Mais Jésus arrive en messie avec une compréhension beaucoup plus spirituelle.

Au verset 10-11, toute la foule est en émoi et pourtant certains disent encore : « Qui est-ce ? » Et peut-être que nous aussi, comme la foule, nous savons reconnaître notre besoin de Dieu, mais savons-nous vraiment qui nous acclamons ? Il y a deux bonnes nouvelles à ce moment-là du texte : d’abord que Dieu, lui, est stable — Jésus arrive et chemine à dos d’âne. Ensuite, que Dieu ne fait pas peser sur nous le poids de notre incompréhension.

Peut-être pouvons-nous jubiler sans même parfaitement comprendre. Dieu ne mesure pas notre fidélité à notre compréhension. On est invité à entrer dans une relation enthousiaste avec Dieu sans être dans la certitude de comprendre absolument tout.

L’âne, le cheval et la paix

Ce texte nous enseigne que Dieu n’arrive pas toujours comme on le croit. Il arrive assis sur un âne et sur l’ânon. Le texte dit même que Jésus est assis sur les deux ! Il doit être un peu bancal sur cette ânesse et son ânon. Dieu ne nous sauve pas comme nous le pensons souvent, d’une façon imposante ou puissante dans nos vies.

Tout indique que le roi incarné par Jésus n’est pas un roi puissant qui agirait politiquement sur terre. On peut se demander pourquoi les gens agitent des rameaux. À l’origine, la fête de Souccot était une fête pour demander la pluie — une fête païenne. Le peuple faisait des processions en espérant qu’il pleuve pour que les récoltes soient bonnes. Ils agitaient des branches de palmiers, ces arbres qui demandent beaucoup d’eau pour pousser, comme pour dire : « Tu vois, Seigneur, si tu veux que les palmiers poussent, il va peut-être falloir faire quelque chose ! »

Petit à petit, le peuple d’Israël a compris que Dieu n’était pas celui qui faisait pleuvoir ou pas. Ils ont spiritualisé la fête : ce qu’on attend de Dieu, c’est bien de l’eau, mais pas de l’eau matérielle — une eau qui nous fasse vivre, une eau spirituelle, une eau intérieure. C’est d’ailleurs ce que Jésus dit dans l’évangile de Jean :

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture. » (Jean 7, 37-38)

Jésus est une source d’eau, mais pas d’eau matérielle. Jésus est la lumière du monde, mais ce ne sont pas des kilowatts. L’attente que nous pouvons avoir n’est pas matérielle, mais spirituelle : une puissance d’esprit qui nous vivifie. L’esprit, c’est le souffle, c’est ce qui nous remet en forme, en vie. D’ailleurs, Jésus est acclamé comme roi, mais lors de son dernier dialogue avec Pilate, celui-ci lui dit : « Tu es donc roi ? » Et Jésus répond : « Oui, mais mon royaume n’est pas de ce monde. »

Pourquoi Jésus a-t-il besoin d’un âne ?

L’eau est magnifique, mais elle a besoin de terre pour donner quelque chose. L’eau toute seule ne fait rien : elle est merveilleuse quand elle tombe sur une terre et libère toutes les potentialités qui s’y trouvent. C’est ce que nous signifierons d’ailleurs après le culte par le baptême de la petite Joséphine. L’eau est bonne, mais elle suppose quelqu’un qui la reçoit. L’action de Dieu et le secours que Jésus donne sont importants, mais Jésus a besoin de nous, il a besoin d’autre chose. Il a besoin d’un âne.

Jésus dit très explicitement : « Allez chercher un âne. » Et il ajoute : « Si on vous demande pourquoi, vous direz : le Seigneur en a besoin. » Ce n’est pas un caprice de confort : il en a absolument besoin. Sans cet âne, il ne peut rien faire.

L’âne est un animal très symbolique. Pour nous aujourd’hui, il évoque la bêtise ou l’entêtement. Mais pour les Hébreux de l’époque, c’est un animal fort, endurant, capable de boire de grandes quantités d’eau et de tenir longtemps. Il est aussi associé à la sagesse : souvenez-vous de l’ânesse de Balaam en Nombres 22, qui voit l’ange du Seigneur que le prophète ne voit pas.

On dit souvent que Jésus arrive à dos d’âne parce qu’il est humble, alors qu’un roi entrerait à dos de cheval. Sauf qu’en temps de paix, les rois aussi montaient à dos d’âne : c’est la monture des temps ordinaires, des temps de paix. Jésus nous invite, avant toute chose, à accueillir sa paix. Il dira d’ailleurs plus loin : « Je vous laisse ma paix, je suis avec vous tous les jours. » Jérusalem, c’est aussi la ville de la paix — il y a le mot shalom dans son nom. Pour être remis debout et vivre comme Jésus le souhaite pour nous, il faut d’abord accueillir cette paix, même quand on pense ne pas la mériter.

Et surtout, Jésus dit : « Détachez-le. » Chaque mot est important : la première chose qu’il demande, c’est de libérer. Détacher, libérer l’âne qui est en nous. Et l’âne, ce n’est pas l’imbécile : c’est la dimension pacifique, les forces de paix qui sont en nous.

En hébreu, l’âne se dit hamor, et la matière se dit homer. Dans la tradition juive, l’âne représente la dimension matérielle de notre vie : la dimension corporelle, physique. Jésus chemine dessus : j’avance avec mon corps. Si je n’avais pas de corps, je ne pourrais pas parler, bénir, aider. Notre vie matérielle et corporelle n’est pas mauvaise — elle est bonne en soi, et le Seigneur en a besoin. Mais il commence par dire : « Libérez cet âne. » Jésus n’ajoute pas des interdits, des contraintes, du moralisme : il commence par libérer notre vie physique et dire simplement « vous êtes libres » — mais que cette vie physique serve à porter le Christ.

Libérons avec le Christ notre vie concrète et faisons-la entrer avec lui dans Jérusalem. Pour se rapprocher de Dieu, il ne s’agit pas de mettre à l’écart sa vie physique, affective, familiale. On prend l’âne, l’ânesse, l’ânon — toute la famille.

Jeter ses vêtements : se libérer du regard des autres

Pourquoi les gens jettent-ils leurs vêtements devant Jésus ? On pourrait y voir une reconnaissance royale, comme en 2 Rois 9, quand Jéhu arrive pour être roi. Mais c’est plus que cela. Le vêtement, dans la Bible, c’est l’habit extérieur, l’apparence, l’image que l’on donne aux autres, le statut social. Le riche est habillé en riche, le pauvre en pauvre, le pasteur en pasteur, le postier en postier.

Une des choses à faire pour accueillir Jésus, c’est peut-être de jeter son vêtement — non pas aux orties, mais par terre, et de le laisser être piétiné par le Christ. Tout dans cette histoire est une histoire de libération : le peuple est libéré d’Égypte, Jésus libère l’âne, et maintenant c’est une invitation à se libérer des apparences, de la crainte du regard de l’autre, de toutes nos prétentions à paraître, de nos barrières sociales. La vraie libération comporte aussi la libération par rapport au regard des autres et aux jugements sociaux.

La septième question, c’est la vôtre

Voilà cette entrée à Jérusalem, la ville centrée sur Dieu, centrée autour du Temple, la ville de la paix. Nous aussi, nous sommes invités à entrer dans la paix en acclamant Jésus comme notre roi spirituel, notre sauveur, notre source d’eau vive. Nous sommes invités à cheminer avec lui lentement, pacifiquement, avec toute notre vie concrète, avec notre famille et toute la communauté de ceux qui, autour de nous, simplement se réjouissent ensemble.

La septième question, c’est la vôtre. Nous vous invitons à continuer à poser des questions sur ce texte, à ne pas vous en tenir à ce que vous avez compris ou retenu du catéchisme, mais à continuer à regarder de plus près, parce que ces textes sont riches symboliquement et encore pleins de petites questions et de choses à en tirer.

Le Seigneur est notre lumière, il est notre salut, il est la source d’eau vive. Que Dieu lui-même vous sauve et qu’il vous conduise dans la paix, avec la communauté d’une grande nuée de témoins, et qu’il nous permette d’avancer avec lui sur notre âne et de cheminer dans cette joie des Rameaux. Amen.

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