Dimanche de Pâques : vive l'espérance !
Chers amis, comme nous traversons parfois de grandes peines, de grands chagrins, eh bien nous expérimentons aussi de grandes joies, des moments même fugaces qui soudainement transcendent l'instant, transcendent le quotidien.
Alors pourriez-vous vous souvenir ce matin d'un moment de très grande joie, qui un jour, une fois, vous a habité ? Un sentiment qui vous a submergé, un moment si fort que vous vous en souvenez encore. Un de ces moments où la joie vous a transporté, ne serait-ce que quelques secondes, loin des tracas, loin des soucis, loin des batailles de la vie. De cette joie qui, dans un quotidien parfois déprimant, parfois lourd, parfois décourageant, redonne soudain le goût de vivre et d'espérer.
Ce sentiment de très grande joie peut éclore pour bien des raisons. Ce peut être une bonne nouvelle qui remise les difficultés, les peines et les chagrins. Ce peut être un saisissement devant une beauté à couper le souffle. Ce sentiment de très grande joie peut naître aussi d'un sentiment d'accomplissement : ça y est, nous y sommes, nous l'avons fait ! Une joie mêlée de fierté. Mais ce sentiment de très grande joie peut naître aussi dans des moments très simples. Un moment d'amitié partagé — vous l'avez tous éprouvé. Peut-être un temps de culte, qui sait. En tout cas, l'écoute d'une musique qui soudainement nous aide à fermer la porte aux amertumes, aux ressassements, comme ce matin la magnifique musique de Lisbeth vient chasser nos ténèbres.
Tous et toutes, vous avez, je l'espère, le souvenir ne serait-ce que d'un moment de joie, un moment où vous avez ri aux éclats peut-être, un moment où simplement une parole vous a mis du baume au cœur, un moment où vous vous êtes serrés dans les bras, non pas pour vous réconforter mais pour dire la vie, la vie qui nous emmène vers demain.
Ce matin, c'est bien de joie que nous allons parler. Nous allons parler d'une joie particulière qui vient irriguer toutes nos joies. Cette joie particulière, c'est celle de la Résurrection — la Résurrection avec un grand R, comme je le dis parfois —, celle du Christ, cette grande espérance que nous avons proclamée depuis dix heures trente, celle que nous chantons : que la vie est plus forte que la mort. Alléluia !
Mais cette espérance pourrait nous rester lointaine, réservée à la fin de notre existence comme quelque chose que l'on garderait pour plus tard, pour demain, pour un jour peut-être. Mais alors, quel intérêt pour aujourd'hui ? Or, justement, cette Résurrection, cette grande Résurrection, ne concerne pas seulement un après. Elle vient nous rejoindre ici et maintenant. Elle vient murmurer au cœur qu'il est possible, oui il est possible, de se relever, de se défaire du malheur. Elle vient nous appeler, au cœur même du chagrin, à ne pas rester enfermés au cœur de ce qui nous enferme.
Cette grande Résurrection, cette grande espérance avec ses lettres majuscules ne nie pas la peine, ne supprime pas la douleur, mais elle vient ouvrir un passage, un passage d'espérance, un passage vers la joie.
Deux résurrections
Chers amis, oui, il y a deux résurrections. Il y a cette résurrection que j'appelle avec toutes ces majuscules possibles, la résurrection en mode majeur, comme un immense bouquet de fleurs, comme un magnifique sommet enneigé, comme une magnifique musique qui résonne. Cette grande Résurrection, à la manière dont le printemps claque parfois avec insolence la porte de l'hiver par un jaillissement de fleurs et de verts de toutes sortes.
Cette grande espérance, c'est que Christ a vaincu la mort. Mais cette grande espérance doit bien aussi transformer notre quotidien, s'imprimer en nous, nous murmurer qu'il est possible, oui il est possible, de ressusciter — peut-être avec de petits r cette fois-ci — mais de ressusciter au cœur de nos existences.
Ce matin, c'est bien dans cette double espérance que nous allons entrer, et nous allons le faire avec ce récit de l'évangile de Luc qui conjugue à merveille ces deux résurrections.
Impression d'espérance au soleil levant
Mais avant d'entrer dans ce récit, je fais un petit aparté, car certains sont parfois rebutés par les différences entre les récits de résurrection. Oui, la même bonne nouvelle est annoncée — le tombeau est vide —, mais ensuite il y a de multiples petites différences. Parfois c'est juste Marie-Madeleine qui va au tombeau, d'autres fois il y a les deux Marie et puis il y a Jeanne. Parfois les femmes entrent dans le tombeau, parfois elles restent à l'extérieur. Parfois la pierre est déjà roulée, parfois elle va être roulée devant elles. Alors qui croire ? Qui a raison ?
Eh bien, pour comprendre ces récits, il faut avant toute chose nous souvenir qu'ils ne sont pas seulement un compte rendu descriptif. Ils cherchent à dire l'espérance intérieure des femmes, des disciples, des croyants de génération en génération jusqu'à nous aujourd'hui. Oui, c'est facile de décrire les événements, mais comment transmettre l'espérance ? Comment raconter la joie pour qu'elle touche le cœur des croyants de génération en génération ? Est-il possible de transmettre cet insaisissable ?
Alors pour réfléchir à cette question de la transmission, voilà une petite histoire que je partage avec vous. Le 13 novembre 1872, à 7h35 du matin, au Havre, au 41-45 Grand Quai, un peintre jette sur la toile ses impressions du moment. Le soleil se lève sur le petit port du Havre et la toile s'appellera Impression, soleil levant, par Claude Monet. Le peintre ne le sait pas — car la toile sera boudée par la critique — mais elle deviendra par la suite la toile de référence qui marquera le début de l'impressionnisme.
Pourquoi cette histoire ? Parce qu'elle nous parle de transmettre l'insaisissable. Car oui, le soleil qui se lève sur l'avant-port est une réalité insaisissable. Même la meilleure photo, la meilleure peinture ne rendra jamais la réalité de l'instant. Mais le spectacle est quand même si saisissant que le peintre veut le transmettre, alors il tente de refléter ce qu'il voit. Et le savez-vous ? Sa peinture, paraît-il, aurait été suffisamment fidèle pour qu'un physicien, des années plus tard, se soit targué de retrouver exactement le jour et l'heure du moment où ce tableau a été réalisé : le 13 novembre 1872 à 7h35 du matin.
Cette peinture est donc suffisamment fidèle pour que nous puissions retrouver le jour et l'heure de sa réalisation, et en même temps elle est parfaitement infidèle, puisqu'elle n'est pas la réalité — elle est la représentation de ce que le peintre voit et de la manière dont lui-même a habité cette réalité. Voilà un tableau donc parfaitement fidèle, mais aussi parfaitement infidèle.
Ainsi, le peintre va tenter de dire par petites touches la manière dont le spectacle auquel il assiste s'est imprimé en lui. Eh bien, c'est cela les récits de la Résurrection. Une tentative par chaque évangéliste de dire comment, à partir du tombeau vide, la grande espérance d'une mort vidée de son sens s'est imprimée en eux. Et c'est pourquoi il y a des différences. Et il est bon qu'il y ait des différences, car cette grande espérance, nous la vivons de différentes manières.
Matthieu va décrire la résurrection comme un événement d'une force incroyable, une force qu'il va nous décrire par des morts qui vont sortir de leur tombeau. Marc, lui, va nous raconter la peur, la peur qui saisit les femmes ce matin-là. Jean racontera le souffle, le souffle d'élan, de paix et d'envoi qui surgira de la résurrection. Et Luc, donc ? Eh bien, Luc va s'intéresser tout particulièrement à la manière dont cette espérance retourne les chemins de mort en chemins de vie, à la manière dont cette espérance est source pour nous aujourd'hui d'une joie profonde.
Ce matin, donc, nous avons la résurrection, impression d'espérance au soleil levant par Luc. Car Luc n'était pas là ce matin-là. Ce qu'il nous raconte, c'est l'histoire qui se transmet déjà au cœur des croyants, la manière dont l'espérance s'imprime en leur cœur. Et ce qu'ils cherchent à nous transmettre, oui, plus que les faits, c'est la joie, la joie intérieure qui découle de cette grande espérance.
L'aube profonde
Alors suivons Luc, qui tente de nous entraîner dans cette joie. Pourtant aucune joie au début de notre histoire. Tout commence par la stupéfaction, une stupéfaction d'effroi. Sur la croix, Jésus a été crucifié ; avant, il a subi le martyre d'une souffrance extrême. Le troisième jour, quelques femmes se rendent au tombeau. À ce stade de l'histoire, elles ne sont pas encore nommées.
Luc nous raconte qu'elles se rendent au tombeau à l'aube profonde. Voilà une drôle d'expression, l'aube profonde. Chez Marc, le soleil s'est déjà levé ; chez Matthieu, la lumière commence à luire ; chez Jean, il fait encore nuit. Luc, lui, a cette drôle d'expression : l'aube profonde. On parle plutôt d'obscurité ou de ténèbres profondes. Alors pourquoi cette aube ? Comment une aube peut-elle être profonde ?
Eh bien, je crois que c'est la manière pour l'évangéliste d'exprimer un point de bascule. Entre la nuit, profonde, et le jour qui pointe : l'aube. Oui, nous sommes encore dans la profondeur de la nuit et pourtant c'est l'aube. C'est ce moment où parfois, dans notre existence, il nous faut choisir. Laisser l'obscurité nous happer dans le chagrin et dans la peine. Ou bien basculer du côté des vivants — malgré, avec la peine — mais oui, choisir la vie. La vie qui pointe le bout de son nez. La vie qui nous appelle.
Le tombeau, un souvenir qui se remplit d'espérance
À ce stade de notre histoire, la joie est très loin. Car aller parler de joie à quelqu'un qui est dans la peine, ce serait d'une violence inutile. À ce stade de l'histoire, Luc nous dit la tristesse infinie qui peut parfois recouvrir l'âme dans le temps du deuil, comme ces femmes qui sont en deuil. Cette tristesse infinie, telle qu'elle en devient parfois une seconde peau, comme des ténèbres qui recouvrent tout.
Avec une immense délicatesse, l'évangéliste nous indique le jour qui pointe. Et l'histoire que Luc va nous raconter est une invitation à nous défaire en douceur du malheur, pour reprendre goût à la vie, pour retrouver la saveur de la joie.
Avez-vous remarqué que Luc nous raconte que les femmes ont préparé, le soir même de la mort de Jésus, les aromates ? D'une certaine manière, elles ont préparé l'espérance. N'est-ce pas une drôle d'idée de dire qu'on peut préparer l'espérance ? Eh bien, je crois qu'on le peut. Je crois que le récit de Luc est une manière de nous dire qu'il faut, avec obstination parfois, prendre soin de la vie, parfois prendre soin de la vie jusque dans la mort. C'est une manière de protéger l'espérance.
En préparant les aromates, ces femmes cherchent à poursuivre la vie. En prenant soin du corps, de la dépouille, elles veulent dire d'une certaine manière, par leur geste, l'amour plus fort que la mort. Peut-être cherchent-elles déjà à donner, par-delà cette odeur âcre du « jamais plus » que la mort peut dégager, au contraire un parfum d'espérance, un parfum entêtant qui dit que les vivants refusent de céder.
Mais voilà que les femmes arrivent au tombeau et elles y entrent. Tous les évangiles ne racontent pas cette entrée dans le tombeau. Je crois que par cette entrée, Luc vient nous dire de manière extrêmement signifiante que le chagrin est une force puissante qui peut nous enfermer, oui, au tombeau, qui peut nous paralyser, qui peut nous pétrifier, qui peut nous momifier. La mort, le chagrin sont des inhibiteurs de vie. Ils ôtent tout goût, tout désir — nous l'avons tous expérimenté un jour ou l'autre. Et vivre paraît alors impossible.
Le savez-vous ? Le premier sens du mot tombe, tombeau en grec — là où les femmes se rendent ce matin — eh bien, le premier sens, c'est « souvenir ». Donc en réalité, les femmes se rendent dans un souvenir. Sens premier de ce mot ; second sens : signe pour ce souvenir ; troisième sens : urne, tombe.
Ce récit nous dit que les femmes marchent dans leurs souvenirs au passé. Elles vont se figer dans ce souvenir qui enlise, ce souvenir qui est une tombe.
Mémoire morte et mémoire vive
Mais il est une autre mémoire, une mémoire vivante, à laquelle ces deux hommes invitent les femmes à puiser. Il ne s'agit pas d'embaumer la mémoire, de la figer. Il s'agit de puiser une parole de vie.
Car il est, oui — ce sont les informaticiens qui nous le disent — une autre mémoire, une mémoire vive, dynamique. En langage informatique, on parle de mémoire morte et de mémoire vive. La mémoire morte, c'est ce qui est stocké de manière stable, ce qui est inscrit, ce qui est conservé, ce qui nous aide par exemple à ouvrir notre ordinateur. Mais la mémoire vive, elle, c'est ce qui est en train de fonctionner lorsque nous allons sur internet, que nous changeons d'application, lorsque nous travaillons sur notre ordinateur : ce qui est activé, utilisé dans le présent. Autrement dit, la mémoire morte conserve, mais la mémoire vive fait vivre, nous inscrit dans le temps présent.
Eh bien, je crois que dans nos existences, il y a deux types de mémoires. La première, c'est le souvenir. Le souvenir, c'est l'hier révolu. Le souvenir, c'est le serviteur de la nostalgie et du chagrin. Il fait grandir le puits de la peine, il ajoute de l'eau au moulin du chagrin. Il pétrifie le regard vers le passé. C'est l'histoire de la femme de Loth, changée en statue de sel pour un regard en arrière. Le souvenir, il est important, mais si je n'en fais rien, si je ne l'utilise pas dans ma vie aujourd'hui, il se fige et parfois il me fige.
Mais ces hommes au tombeau vont rafraîchir la mémoire des femmes, c'est-à-dire qu'ils vont leur donner d'entrer dans un travail de relecture de la mémoire, du passé, pour habiter le présent, pour rendre le présent habitable, pour ouvrir l'avenir.
« Être fidèle à ceux et celles qui nous ont quittés, ce n'est pas s'enfermer dans la douleur. Être fidèle à ceux et celles qui sont morts, c'est vivre comme ils auraient vécu, c'est les faire vivre en nous, c'est transmettre leur visage, leur message aux autres. » — Martin Gray
Alors Luc nous dit que les femmes reviennent du tombeau, en rapportant non pas des aromates mais tout ce qu'elles y ont vécu, en rapportant des paroles de vie. Elles reviennent du tombeau avec une mémoire vive, portée par l'élan de la vie retrouvée.
Vive l'espérance !
J'ai intitulé ce culte « Vive l'espérance ! » Eh bien oui, à ce moment-là, je crois que l'espérance est en marche, et c'est cela que Luc essaie de nous transmettre : la joie d'espérer. Vive l'espérance ! Elle est un moteur puissant de vie, et nous avons tous et toutes tant besoin d'espérance.
Vive l'espérance ! Mais cependant, n'est-ce pas forcer un peu le trait ? Car vous l'avez entendu : cette belle espérance va aussitôt se dégonfler, car voilà que les disciples refusent de croire les femmes. Ils prennent leurs paroles pour des sornettes, des balivernes, des délires, nous dit la traduction œcuménique de la Bible.
Chers amis, il faut dans la vie nous méfier des rabat-joie de l'existence, de ceux et celles qui tiennent plus à leurs principes qu'à la joie qui soudain vous saisit, vous habite. Et il faut nous garder — et ce n'est pas si facile — d'être nous-mêmes des rabat-joie, car nous avons tant et tant besoin, justement au contraire, d'espérer, besoin de croire, besoin de nous tenir dans cette joie.
Alors les discours raisonnables et railleurs des disciples vont-ils avoir raison de l'espérance ? Eh bien, comme je vous l'ai raconté, Luc n'en a pas fini. La parole des femmes, pour raillée qu'elle soit, va ouvrir un espace, un petit doute chez Pierre qui va courir au tombeau. Et puis les pèlerins d'Emmaüs ont discerné la présence du Christ et rejoignent les disciples déjà relevés d'espérance, car ils sont entrés dans cette grande espérance. Et puis Jésus va apparaître aux disciples réunis.
Ainsi, des replis du tombeau, l'espérance déplie les mémoires, elle retourne les chemins, elle relie les disciples, elle déverrouille les cœurs, elle ouvre un horizon. Une communauté d'espérance se forme.
La joie, rivière souterraine de l'Évangile
Et enfin, tout au bout de ce périple, surgit, comme vous l'avez entendu, la joie. C'est presque le dernier mot de l'évangile de Luc, comme au terme d'un chemin, comme quelque chose qui a grandi presque en silence.
L'évangile de Luc est souvent appelé l'évangile de la joie parce qu'il commence avec la joie de Zacharie, puis la joie de Marie, la joie des anges la nuit de Noël, celle des bergers, la joie du Père du fils prodigue. Même Jésus est rempli de joie. Eh bien, c'est justement par la joie que l'Évangile va se clore. Comme si du début à la fin une même source traversait l'Évangile. Cette joie qui jaillit est une rivière souterraine à la fin de ce long chapitre 24.
« Ils retournèrent à Jérusalem pleins de joie, et ils étaient dans le temple à bénir Dieu. » (Luc 24,52-53)
L'Évangile de Luc nous dit que le chagrin n'est pas de toujours. Il nous dit que la joie peut renaître, que cette joie a pour racine la grande espérance, celle de la Résurrection, mais que cette grande espérance n'est pas pour demain, ou seulement pour demain, qu'elle vient nous rejoindre aujourd'hui, qu'elle vient nous inviter à nous relever de tout ce qui nous enferme au tombeau.
Cette joie, cette grande espérance nous murmure que rien ne peut effacer l'amour vécu, qu'il y a dans l'amour reçu, donné, partagé, une citadelle, une source vive que nul ne pourra enterrer. Un feu peut être réduit à une braise, mais nul ne pourra l'éteindre.
Et c'est alors qu'une joie intérieure peut se lever, une joie qui n'enlève pas le chagrin, qui n'oublie pas l'être cher, une joie teintée d'inconsolable parfois, mais une joie de savoir que rien, rien, n'effacera ce qui a été donné, et qu'il est en Christ une puissance de vie qui vient nous appeler à vivre, une joie nourrie de paix et d'espérance pour accueillir le jour qui se lève et la vie qui s'offre à nous.
La résurrection, un récit de naissance
Chers amis, et ce sera là ma conclusion, en réalité la résurrection est un récit de naissance : la naissance de la mort à la vie, mais une naissance aussi au cœur de nos existences, une naissance à l'espérance.
Et j'en veux pour preuve les personnages qui sont nommés dans ces évangiles de la mort et de la résurrection. Avez-vous remarqué que c'est un Joseph qui descend Jésus du bois de la croix, comme Joseph le charpentier a accueilli dans ses bras le nouveau-né ? Avez-vous remarqué qu'il y a bien des Marie, selon les évangiles, au pied de la croix ? Est-ce là seulement un hasard ou une manière redoublée de faire le lien entre la naissance de Jésus et sa mort, de nous inviter à vivre, à croire la résurrection comme une nouvelle naissance, source d'espérance et de joie que les évangélistes cherchent à nous transmettre ?
Comme nous aimons chercher ici tous les sens du texte, je me suis intéressée au sens des prénoms. Joseph, cela veut dire « il ajoutera ». Jeanne, qui est citée dans l'évangile de Luc, cela veut dire « Dieu fait grâce ». Marie, c'est plus ambigu : cela peut venir de l'hébreu Myriam qui signifie « amertume, révolte » ou d'une racine égyptienne qui signifie « aimer », au sens d'être aimé.
Alors pourrions-nous dire ce matin que Dieu ajoute de la vie dans la mort ? Pourrions-nous dire que la mort nous plonge dans l'amertume, mais aussi dans la force de l'amour qui a été partagé ? Pourrions-nous dire que Dieu fait grâce ?
Au cœur même de nos vies, au cœur de nos joies et de nos peines, quelque chose demeure. Une vie plus forte que tout, une espérance qui insiste, une joie parfois fragile mais réelle. Une joie qui ne nie pas la nuit, mais qui annonce l'aube. Alors, puissions-nous ce matin accueillir cette vie, cette espérance qui nous appelle à laisser grandir en nous, puissions-nous chanter l'espérance avec joie. Amen.






