Suivez l'Étoile ! Elle vous mènera au Christ
Une étoile qui ne mène à rien
L'étoile mène-t-elle au Christ ? L'étoile des Mages... ou par analogie l’Etoile, puisque notre paroisse porte ce nom. Notre chère Etoile peut-elle nous mener au Christ, ou risque-t-elle de vous en éloigner comme certains sectaires fondamentalistes le prétendent ? Moi, je dis qu'elle peut conduire au Christ, mais pas n’importe comment !
Pour ce qui est Mages, on évoque une étoile qui les a amenés jusqu'à Jésus. On peut se questionner sur le rôle de cette étoile et sur cette démarche qui les a conduits jusqu'à Jésus, leur cheminement est très intéressant et à instructifs.
Ce récit est évidemment symbolique, il est peu probable qu’historiquement cela se soit passé comme ça. Il est déjà douteux que Jésus ait été reconnu comme le Messie dès sa naissance, peut-être a-t-il eu une enfance normale et qu’il ne se présente comme Messie qu’au début de son ministère, marqué par son baptême dans le Jourdain. Cela dit, on sait, qu’il y avait des prêtres mazdéens qui regardaient les étoiles et qui attendaient un événement extraordinaire et donc ce n'est pas absurde, non plus. Mais peu importe, ce récit est en tout cas théologiquement très intéressant.
On pense habituellement que les Mages ont été guidés par une étoile pour arriver jusqu'à Jésus, mais c’est faux ! Le récit est beaucoup plus complexe que cela : ils voient une étoile mais elle ne les mène nulle part, ils se trouvent perdus et échouent à Jérusalem, ce qui n’est pas le bon endroit.
L’Eglise, bon guide et mauvais exemple
Que vont-ils faire alors ? Ils vont s’adresser aux prêtres et aux scribes, c'est-à-dire aux théologiens du Temple. Ils leur demandent, où doit se trouver le Christ, le Messie. Ils disent, que c’est évidemment à Bethléem. Eux savent la réponse, simplement parce que ils connaissent bien l'Ecriture et trouvent un verset qui dit que c'est là que doit naître le Christ. Donc les scribes, les théologiens, les prêtres de l'époque, savaient exactement où devaient naître le Messie, c'est-à-dire le Christ. Mais curieusement, ils n'y vont pas et ils restent à Jérusalem.
Nous avons là deux enseignements absolument essentiels, un peu contradictoires, mais qui se complètent fort bien. D'abord que les théologiens, les prêtres ou les pasteurs, ils savent beaucoup de choses et ils sont tout à fait capables de vous aider dans votre recherche du Christ. Ecoutez-les donc, ils ont des choses intéressantes à dire. Mais deuxième point : ne les imitez pas, ce ne sont pas des exemples. Cela place, l’Eglise, le corps pastoral ou sacerdotal et les théologiens en général, dans une très juste position : oui ils savent beaucoup de choses, ils peuvent vous aider à trouver le Christ, mais ne les suivez pas. De toute manière c'est à vous d'aller chercher le Christ. Ce n'est pas l'Église, qui va vous apporter le petit Jésus tout prêt dans vos bras. La démarche c’est à chacun de la faire et il faut chercher par soi-même. Personne ne peut vous dispenser de ce chemin qui sera le vôtre pour aller trouver vous-même le Christ et faire votre propre rencontre avec lui.
L’étoile s’arrête !
Ensuite, si nous continuons à suivre ces Mages, ils se mettent en marche et ils vont effectivement trouver Jésus à Bethléem. Et là, le texte nous dit que dès qu'ils arrivent là où est l’enfant, l’étoile s’arrête. Etait-ce une indication précise pour trouver l'enfant ? J'ai des doutes, ce ne devait pas être très compliqué, Bethléem est un tout petit village avec très peu de maisons. Mais ce que l’on peut entendre, c'est que dès qu'ils trouvent l'enfant Jésus, l’étoile s'arrête. C'est-à-dire qu'il n'y a plus d'étoile, comme un appareil qui arrête de fonctionner. Et à partir de ce moment-là, on ne parlera plus d'étoile dans le texte. Ainsi, les Mages, sont libérés de l’étoile dès qu'ils rencontrent Jésus, il n'ont plus besoin de cette étoile, même pour les guider et d'ailleurs, il est dit qu’ils rentreront chez eux par un autre chemin.
On peut en tirer plusieurs enseignements. D'abord, en reprenant cette petite parabole tout-à-fait anachronique, sur laquelle je me suis lancé tout à l'heure en parlant de l’Etoile, notre paroisse. L’Etoile comme les autres paroisses est un peu comme le Temple de Jérusalem : nous prêchons la parole de Dieu, et nous pouvons vous aider à trouver le Christ. Mais dès que l'on découvre le Christ soi-même, on a plus besoin de personne, théoriquement même, plus besoin d’Eglise, ni prêtre, ni de pasteur ! Moi, quand je prêche, ce n'est pas pour vous rendre dépendant de la paroisse de l'Etoile comme si ce n'était que là que vous pouviez trouver le Christ. Le but, ce n’est pas de trouver l’Eglise, ni d’y rester, mais d’aller au Christ ! Cela a été dit d'une façon assez radicale par le grand théologien Dietrich Bonhoeffer, résistant au nazisme et mis à mort par les nazis pendant la guerre. Bonhoeffer disait que l'Eglise elle-même était une sorte de pédagogue de la foi et que l'idéal serait même de pouvoir se passer de l'Eglise. Parce que si on est dans la plénitude de la foi, simplement en présence du Christ, on n'a plus besoin de l'Eglise. Quand on est en relation directe avec Dieu, on n'a plus besoin de sacrement, ni de pratique, ni de rites.
Mais méfiez-vous quand même, et n’allez pas trop vite à vouloir vous passer de toute pratique ! Personne n’a jamais une foi suffisante, ou une pleine communion permanente avec le Christ. Nous sommes toujours en chemin et il ne faut jamais se croire arrivé. Il y aurait un danger de se contenter d'une foi un peu bancale, bricolée, ou minimaliste et ce serait une grave erreur de prétendre pouvoir se passer de toute Eglise ou de ne rien transmettre à ses enfants. L'Eglise peut nous aider à découvrir le Christ, mais le but n'est pas de découvrir l'Eglise, c'est d'aller au-delà de l'Eglise et de découvrir le Christ qui y est le but.
Le Christ nous libère des fausses croyances
Mais bien sûr, ce texte nous dit beaucoup plus que cela, parce que l'étoile dont sont débarrassé le Mages n’est pas la paroisse de l'Etoile, elle renvoie à autre chose, sans doute à la pratique de l’astrologie. Ces Mages, prêtres mazdéens étaient évidemment astrologues, ils croyaient lire dans les astres ce qui allait se passer, le cours du monde et de l'histoire. Et l'astrologie dans l'ancien testament était considéré commune abomination. Ces mages, étaient simplement d'abominables païens idolâtres. Donc en fait, cette étoile n’était pas bonne du tout ! Aujourd'hui dans le christianisme, on aime l’étoile, et les prédicateurs s’émerveillent devant cette étoile menant au Christ. Mais en fait, d’un point de vue biblique, c'est une horreur, abomination, symbole du paganisme et de la superstition. Et précisément, ce texte ne valorise pas l’étoile, mais il ne fait que confirmer qu’elle ne sert à rien. D'abord, elle ne les mène nulle part, où au mieux au mauvais endroit, et ensuite, ils en sont débarrassés dès qu'ils ont trouvé Jésus, libérés qu’ils sont de ces croyances païennes et superstitieuses. Certainement, Jésus nous libère de tout ce que représentent ces croyances païennes : de la crainte de l'avenir, des déterminismes, comme si tout était écrit. Non il n'y a pas de déterminisme. Le Christ nous libère de l'idée que l'on pourrait prévoir l'avenir pour s’en inquiéter. Or l’avenir est par essence surprenant et imprévisible, n’ayez donc pas peur ! Quand on est face au Christ, il n'y a pas à avoir crainte de l'avenir, et il n’y a pas besoin d’inventer des subterfuges pour essayer de se rassurer.
Une foi fausse peut être bonne si elle est ouverte
Mais pourtant, cette critique de la foi non orthodoxe des mages n’est pas aussi radicale que ce que l'on pourrait penser. En effet, l'évangile de Matthieu les a précisément choisis pour être les premiers adorateurs du Christ. Il aurait pu prendre des gens connaissant bien la Bible, ayant une pratique juste, ou juste de bons juifs comme c’est le cas dans l’évangile de Luc ou les premiers adorateurs sont des bergers. Mais les premiers adorateurs du Christ dans Matthieu, ce sont des prêtres astrologues et idolâtres. Ç'est évidemment délibéré, et en fait très provocateur. Finalement, tout n’était pas si mauvais que ça dans cette étoile, certes elle ne les a pas amenés au bout, mais elle les a quand même mis en route. Leur croyance populaire astrologique et païenne les a mis en mouvement et leur a permis d'arriver jusqu'au Christ. Ainsi, ces Mages avaient certes une mauvaise religion, une foi mal positionnée, mais néanmoins, cela les a poussés à avoir une certaine quête de quelque chose. C'est rassurant pour tous ceux qui pensent ne pas être de bons croyants ou ne pas avoir une foi exemplaire sans tout croire comme on pense qu’il faudrait. Sans doute n’est-ce en fait pas si grave, l'important est que cette foi, bonne ou mauvaise, mette en mouvement et montre qu’il y a quelque chose à chercher, il y a une quête à avoir. Toute foi, même imparfaite est bonne si elle ne laisse pas sur place à se contenter de ce que l’on est ou de ce que l’on croit, mais invite à chercher, à questionner, à se déplacer et à aller écouter les autres. Même nos fausses croyances ou nos fausses pratiques, nos fausses adhésions ecclésiastiques peuvent être bonnes si elles nous mettent en marche et nous ouvrent sur les autres.
Et cela n'est possible que s’il y a une qualité dont font preuve les Mages, qui est une ouverture spirituelle incroyable, ces Mages se mettent en mouvement grâce à leur étoile, mais ils sont prêts à aller chercher en dehors de leur pays et de leur dogme habituel. Ils restent en permanence des chercheurs de vérité, des quêteurs d'espérance, ouvert à de nouvelles façons de voir les choses. Le texte nous montre que le seul obstacle rédical à la véritable découverte du Christ n’est pas la foi mauvaise, mais l’intégrisme, le fait d’être sûr de sa croyance et de penser n’avoir rien à découvrir en dehors. Les prêtres et les scribes de Jérusalem ne découvrent pas le Christ, ce n’est pas leur théologie qui est en cause, ni leur connaissance de la Bible, elle est excellente, mais ils sont là, campés, sur leurs certitudes comme un coq sur son fumier. Quant à Hérode, il représente un autre danger, il veut conserver le pouvoir ! Il n’a qu'une idée, c’est de faire disparaître celui là qui pourrait remettre en cause sa tranquillité, son autorité et son établissement. On peut se tromper, les seuls obstacles réels à la découverte du Christ sont l'intégrisme, le dogmatisme et l’égocentrisme.
Ainsi ce texte de Matthieu est très remarquable précisément en tant qu’il montre que les premiers adorateurs ne sont pas ceux que l'on aurait cru, mais des personnes rejetées par la bonne religion établie. Cela va dans le même sens que la parabole du bon Samaritain, où Jésus donne en exemple de foi et de miséricorde vis-à-vis du blessé, non pas le bon pratiquant, le scribe, le pharisien ou le prêtre, mais le Samaritain, incarnation de l’étranger qui ne croit pas ce qu’il faut et ne pratique pas d’une manière correcte. Ici de même, l'exemple est trouvé chez des prêtres idolâtres. L'évangile est cohérent, il est toujours dans l'ouverture, contre l'intégrisme, contre le repli identitaire et toute forme de traditionalisme rigide et autoritaire. Il faut toujours cheminer vers le Christ en pour essayer de faire cette rencontre authentique.
Que faire quand Dieu est là ?
Et puis le dernier enseignement de ces Mages qui se montrent bien exemplaires, c'est que nous voyons ce que l'on doit faire lorsque l'on rencontre le Christ, et aussi ce que cela change dans la vie de celui qui va expérimenter cette rencontre.
Que faire si on se trouve en présence du Christ ? Et même si on était face à Dieu ? Probablement que la plupart d’entre nous aurions beaucoup de choses à demander ! Il y a tant de problèmes dans nos vies, ou dans le monde, tant de violence, d’injustices, de malhonnêteté, de souffrances. Or les Mages ne demandent rien, c’est eux qui viennent offrir ce qu’ils ont : de l’or, de l’encens, et de la myrrhe, ce qu’ils avaient, leur richesse à eux. Et voici : le plus juste rapport l'on puisse avoir vis-à-vis de Dieu n'est pas de se demander ce que l’on pourrait obtenir de sa part, mais que peu-on donner soi-même. Cela change toute la perspective de la foi. En effet, le propre de toute religion païenne a toujours été d'essayer d'obtenir de la divinité des avantages, moyennant des prières, des pratiques ou des sacrifies. Là, rien n'est demandé à Dieu, c’est l’homme donne gratuitement sans rien attendre en retour. Il en va de même dans nos rapports aux autres, l’idéal est de ne pas se demander sans cesse ce qu’ils pourraient bien nous apporter, mais de chercher ce que l’on pourrait faire pour eux. Cela change toute la vie, et ce secret de l’existence est donné dès le début de l’évangile.
Les Mages offrent trois cadeaux : l’or, l’encens et la myrrhe. Cela a été souvent commenté, et représente tout ce que nous pouvons offrir, à Dieu et aux autres. L’or, c’est la richesse matérielle, on peut mettre à disposition de Dieu ou des autres ce que l’on possède. L’encens c'est dans la Bible le symbole de la prière, que l’on peut aussi offrir à Dieu et pour penser aux autres. Et la myrrhe, c’est ce qui servait embaumer les corps, et donc offrir vie, ce que l’on est, son temps, son être, le mettre au service de Dieu et des autres.
Rencontrer le Christ change la vie
Et cela va aussi changer la vie des Mages : le texte nos dit qu'ils rentrent chez eux par un autre chemin. Qu’ils rentrent « chez eux » est intéressant : l’Evangile ne dit pas que les Mages auraient dû aller s’installer à Jérusalem ou devenir juifs, ils reviennent chez eux... mais par un autre chemin, autrement. Ainsi celui qui rencontre le Christ n’a pas à changer toute sa vie, il reste là où il est ayant été appelé, mais il revisite autrement sa vie et trouve une autre manière de l’habiter, ou de faire son travail.
Et en passant, on remarquera qu’ils ont la sagesse de ne pas repasser par Hérode qui évidemment leur voulait du mal. Voilà un bon conseil : éloignez-vous de ceux qui vous nuisent ou qui s’opposent à votre idéal et à votre foi.
Ainsi voyons-nous que cette histoire est bien plus qu’un simple récit mythologique. C’est le premier texte qui nous est donné après la naissance de Jésus, et dès le commencement, on est dans une vision totalement subversive de la religion : les premiers adorateurs montrés en exemple sont des païens, des étrangers. C’est sans doute rassurant pour nous : si vous vous considérez comme des mauvais croyants, alors bienvenue, Jésus Christ est venu pour vous, il n'est pas venu pour ceux qui sont nés dans la bonne religion, pour les bien-pensants de la foi, mais pour ceux qui sont peut-être éloignés au départ, mais qui cherchent ! Et ces Mages vont faire un chemin absolument formidable. Certes, ils reviendront chez eux, mais transformés, ils vont habiter leur propre existence autrement, leur propre façon de croire, ils auront découvert une lumière intérieure qui les dispensera de tout autre artifice de pratique inutile ou de superstition pour trouver simplement un sens à leur vie. Ils ont découvert simplement dans leur existence une source d'amour, de lumière, de tendresse, de douceur et d'espérance, c'est tout ce dont nous avons besoin pour vivre. Et cela nous le trouvons par le Christ quand nous cherchons et que nous trouvons le sens du don.