Marcher sur l'eau : incroyable mais vrai ?
Incroyable mais vrai : une histoire de foi
Chers amis, avec Élise, nous avons choisi cette histoire de Jésus qui marche sur les eaux et de Pierre qui vient à sa rencontre. Et nous voilà ce matin avec une histoire donc incroyable. Et j'ai intitulé cette prédication, d'ailleurs, incroyable mais vrai.
Alors, cette histoire est-elle oui ou non incroyable mais vrai ? Alors oui, cette histoire, forcément, est tout d'abord incroyable. Notre histoire nous parle de Jésus qui marche sur l'eau et puis de Pierre qui, à son tour, tente l'exploit. Or, il est impossible de marcher sur l'eau. C'est la loi de la pesanteur et des eaux mouvantes. Nous le savons tous.
Alors que s'est-il passé sur le lac de Galilée ? On pourrait, bien sûr, imaginer une supercherie. Peut-être une tentative de surf avant l'heure. Ou peut-être un radeau qui n'est pas mentionné dans notre texte. Mais non, ce n'est pas ce qui nous est raconté. Et à l'époque, l'heure n'était pas encore au surf et encore moins au wing foil, puisque maintenant nous sommes à l'heure du wing foil. Alors si vous ne le savez pas, et bien c'est un sport nautique apparu récemment qui surélève le sportif au-dessus de l'eau et qui donne l'impression à ceux qui le voient de l'extérieur, l'impression incroyable qu'il est en train de voler sur les eaux.
Mais donc à l'époque, comme je vous le disais, pas de surf, pas de wing foil et sans doute même pas de radeau, il n'y en a pas dans notre histoire, en tout cas. Et d'ailleurs, après quelques pas, et bien Pierre coule. Et je trouve que c'est quand même plutôt rassurant. Je trouve que c'est rassurant pour notre rationalité. Alors, que faire de ces quelques pas sur l'eau ? Est-ce que ça, cela nous est raconté pour nous dire que la foi nous donnerait des pouvoirs surnaturels ?
Quand j'étais enfant, il y avait donc une émission le dimanche après-midi avec un célèbre présentateur qui s'intitulait donc incroyable mais vrai. Donc, j'ai repris ce titre-là dans dans le titre de la prédication. On y racontait toutes sortes d'histoires qui n'auraient jamais dû avoir lieu, mais qui s'étaient finalement réellement passées. C'était les prémices de la téléréalité. Mais cependant, c'est la question que nous pouvons nous poser. Si cette histoire nous est racontée dans l'Évangile, c'est qu'elle est cependant vraie.
La distinction entre le vrai et le réel
Alors comment notre histoire peut-elle être à la fois incroyable mais vraie ? Et bien, je dirais je dirais à la fois que cette histoire, non, n'est pas vraie et en même temps que oui, elle est vraie. Alors peut-être que vous allez me dire, c'est un peu raté comme réponse de pasteur et que contrairement à Pierre qui tente le tout pour le tout, et bien, on peut dire que je ne me mouille pas beaucoup avec cette réponse. Mais je m'explique.
En fait, tout dépend et c'est quelque chose de très important à comprendre pour rentrer dans la lecture biblique. Tout dépend ce qu'on entend par vrai. Je l'explique très souvent dans mes prédications donc pardon pour ceux qui l'ont déjà entendu mais je le répète. Si nous pensons que vrai veut dire réel, alors personnellement, mais vous êtes libre de penser autrement. Personnellement, je ne crois pas à cela. Je ne crois pas qu'on puisse marcher sur l'eau physiquement, à moins de toutes sortes de supercheries bien trop complexes à élaborer pour l'époque où les effets spéciaux n'existaient pas.
Et je ne crois pas non plus, et je le répète à tous ceux et toutes celles que j'accompagne, que la foi donne des super-pouvoirs tels qu'on pourrait en venir à marcher sur l'eau. D'ailleurs, si tel était le cas, et bien aucun croyant finalement ne sombrerait dans les eaux sombres et ne serait menacé de couler, car certains ont pourtant une foi à toute épreuve. Si vous prenez par exemple les musiciens du Titanic, dont on raconte qu'ils avaient tant de foi et qu'ils ont joué aussi longtemps que possible, qu'ils ont joué des cantiques, et bien malheureusement, ils ont eux aussi connu une fin dramatique. Donc non, ce récit ne relève pas pour moi du réel.
Et oui, il faut séparer le réel du vrai. Car oui, je crois par contre que ce récit est profondément vrai d'un point de vue spirituel. Et je vous invite à entrer maintenant dans cette lecture spirituelle de notre histoire. Oui, je crois qu'il y a dans ce récit une vérité, une vérité qui nous rencontre mais au fond de notre cœur et au plus profond de notre âme.
La mer comme symbole de nos peurs et angoisses
Entrons un peu plus loin dans cette histoire donc. Dans la Bible, les eaux de la mer sont souvent associées aux menaces de l'existence. Le peuple de la Bible n'était pas un peuple de marins, c'était, vous le savez, plutôt un peuple de la terre, un peuple de bergers et d'agriculteurs. Bien sûr, au bord du lac de Galilée qui était un lac poissonneux à souhait, et bien au bord de ce lac, oui, bien sûr, le métier de pêcheur était quand même bien établi. Mais les eaux profondes de ce lac représentaient cependant toujours une menace.
Cependant, on s'embarquait quand même pour aller à la pêche, le plus souvent sans trop s'éloigner, mais on s'embarquait aussi pour aller sur l'autre rive, car faire le tour du lac à pied prenait plusieurs heures. Mais donc, dans l'imaginaire collectif de l'époque, la mer représente l'inquiétude et la menace. Et de nombreux psaumes choisissent d'ailleurs l'image de la mer pour dire cette peur et cette angoisse. D'ailleurs, quand Jonas, le prophète, est aussi jeté par-dessus bord, et bien je crois qu'il connaît une chute vertigineuse dans les abîmes de l'angoisse.
Dans les récits bibliques, la mer représente tout ce qu'il y a d'incertain et de mouvant dans nos existences, tout ce qui nous fait craindre de perdre pied.
Quand les vents contraires menacent de nous engloutir
Alors, prenons le temps de réfléchir. Il y a tant de choses dans nos existences qui peuvent nous faire perdre pied dans la vie. Des difficultés de travail, des difficultés financières, une maladie, la peur de la mort, la peur de la violence si présente aujourd'hui, la peur de la guerre. Toutes ces peurs parfois, elles deviennent si fortes, oui, qu'elles menacent d'engloutir notre vie.
Me direz-vous, de quelle manière une peur peut-elle nous engloutir ? Et bien, nous le savons bien que la peur, oui, peut nous engloutir. La peur peut nous engloutir dans le sens où parfois la peur peut absorber toute notre vie. Elle peut prendre les commandes de notre existence au point de nous faire couler intérieurement. Et ceux et celles qui parfois, enfin nous tous, cela nous arrive à tous et à toutes, de nous débattre avec l'angoisse, et bien nous savons que l'angoisse, la peur, et bien est en parfois sont filés de manière impressionnante.
Et puis nous pouvons prendre l'exemple des phobies. Une phobie, eh bien, ça peut engloutir toute une vie dans le sens que c'est elle qui prend les commandes et que celui ou celle qui est victime de cette phobie, eh bien, organise finalement toute sa vie autour de sa phobie pour éviter la confrontation avec l'objet. Alors, tous et toutes, nous avons des peurs raisonnées et des peurs irraisonnées. Et chacun peut probablement en nommer au moins une.
Dans notre histoire, les disciples, oui, éprouvent la peur et Pierre éprouve la peur. Et dans notre histoire, c'est justement ce mot de phobie qui est employé en grec. Et à l'époque, il ne désignait pas une peur particulière, comme la phobie des araignées ou la phobie des ascenseurs, mais il désignait une très grande peur, une peur capable de nous faire fuir. Certains traduisent par l'épouvante ou l'effroi. Alors, je crois que cette histoire nous parle en vérité du sentiment de peur qui parfois menace de nous engloutir. Je crois que les eaux mouvantes de la mer dans notre histoire représente ces peurs, cet effroi.
Et cela nous est aussi donné par l'indication temporelle du récit. Car vous l'avez entendu, c'est la 4e veille de la nuit, ce qui signifie que les disciples sont dans ce temps juste avant l'aube où l'obscurité est profonde. Ce qui, au milieu du lac, doit être extrêmement impressionnant. Et puis le récit nous raconte aussi que le vent est contraire. Autrement dit, que les forces de l'existence semblent s'aligner contre les disciples. Et oui, parfois nous pouvons avoir le sentiment que dans nos vies, les vents sont contraires, que tout s'aligne contre nous et nous pouvons avoir le sentiment de ne plus savoir comment diriger notre barque, de faire au mieux du surplace là, au milieu du lac, sans plus savoir vers où ou vers quoi avancer. Et cela peut nous arriver à n'importe quel moment de notre existence.
Alors, un personnage qui a écrit de très beaux textes sur la peur, c'est Martin Luther King. Martin Luther King raconte comment il a eu lui-même si peur dans sa vie que la peur a failli l'emporter. En effet, il avait bien raison d'avoir peur, puisqu'il recevait ni plus ni moins des menaces de mort alors qu'il luttait pour la reconnaissance des droits civiques. Et vous savez qu'il a fini par être abattu. Mais à un moment donné de son ministère et de sa lutte, et bien les menaces qu'il recevait ont fini par avoir raison de ses forces, raison de son combat, raison de son énergie. Il a fini par avoir si peur qu'il ne parvenait plus à mobiliser son auditoire pour le combat dans la justice. Alors, je vous raconterai tout à l'heure comment il a réussi à surmonter sa peur.
Mais tout cela pour vous dire que je crois que cette histoire est vraie, dans le sens où elle nous parle de ce que nous éprouvons tous et toutes un jour ou l'autre. Elle nous parle de la peur, elle nous parle de la difficulté de faire face à la peur dans nos dans notre vie. Elle nous parle des tempêtes de l'existence et elle nous parle des vents contraires qui nous donnent parfois l'impression que le mauvais sort s'acharne contre nous, comme lorsqu'il nous faut affronter la maladie, le deuil ou simplement tous ces temps où nous avons le sentiment d'être un peu perdu. D'être dans une obscurité profonde au cœur de la nuit. Et oui, cela nous arrive à tous.
Plus que la peur de mourir : la peur de vivre
Mais peut-être aussi, peut-être aussi que ce récit nous parle d'une autre peur. Non pas seulement ces grandes peurs de la mort, des drames, des menaces, peurs bien réelles, mais peut-être aussi que ce récit nous parle d'une autre peur, de notre peur de vivre, tout simplement. Car parfois, je crois que nous avons tout simplement peur de nous-mêmes, peur d'oser vivre avec joie, peur d'oser vivre avec espérance, peur peut-être, qui sait, de découvrir que nous sommes bien plus capables que nous n'aurions pu le croire.
Une peur qui nous fait finalement hésiter, douter de nous-mêmes, ne pas oser, préférer, voilà, essayer telle ou telle chose. Une peur qui nous fait rester sur la couette en définitive, sur le rivage de nos habitudes. Il y a un petit indice qui me fait expliquer le texte de cette manière-là. C'est que l'histoire nous dit que Jésus oblige les disciples à partir dans la barque. En voilà une bien drôle d'idée. À quoi bon obliger celui qui n'en a pas envie à prendre le large ? Et s'il voulait rester eux sur le bord de l'existence ?
Et bien, je crois qu'en invitant les disciples à prendre le large, Jésus leur dit que la vie est à vivre et qu'elle est à vivre malgré tous les risques que la vie comporte, malgré toutes les difficultés, malgré toutes les épreuves. Oui, il faut parfois prendre son courage à deux mains et naviguer bon gré, mal gré. Je crois que ce récit nous dit \"Vas-y, vas-y, prends ta barque et navigue. Et oui, il faut que tu le saches, il y aura des vents contraires. Il y aura des moments où tu seras au milieu du lac et tu ne sauras plus quoi décider, que faire. Mais celui qui n'ose rien n'a rien.\" Je crois que Jésus nous dit que notre vie est une traversée sans cesse renouvelée. Une traversée de l'enfance, une traversée de l'adolescence, une traversée des examens, n'est-ce pas ? Une traversée des premiers emplois, une traversée de nos histoires de famille et que dans toute cette traversée, et bien c'est la réalité parce que l'évangile, ça n'est pas, voilà, du tout sucre si je puis dire. Et bien dans toutes ces traversées, oui, nous sommes au risque des vents contraires. Mais c'est cela la vie. La vie, c'est une traversée sans cesse renouvelée où il nous faut tenir vaille que vaille le gouvernail de nos existences et affronter la mer de nos vies. Et je crois que ce récit est une manière pour Jésus de nous dire \"Courage, allez, embarquez, vous n'êtes pas seuls, je suis de toutes vos traversées et je marche à votre rencontre.\"
Le courage d'oser, pas l'invitation au déraisonnable
Alors, faisons une petite pause, une petite pause quand même un petit peu nécessaire, puisque je m'emballe et que je vous dis \"Allons, osons, lançons-nous, il faut faire les traversées de notre vie, il faut choisir de risquer dans l'existence, et cetera.\" Cependant, je fais une petite nuance, mais elle est essentielle. Ce récit nous invite certes au courage de vivre, au courage d'être, mais ce n'est pas parce que ce récit nous invite au courage d'être, qu'il est une invitation au déraisonnable. Il y a là une grande différence entre le courage et le déraisonnable.
Si Jésus lance les disciples dans la barque, c'est qu'il sait qu'ils sont pêcheurs et qu'ils savent naviguer et que donc rien ne va leur arriver. D'ailleurs, si les vents sont contraires, les disciples ne sont pas en danger dans cette histoire. Ce n'est pas le récit de la tempête apaisée, ça serait une autre histoire. Mais si ce récit nous parle de peur, des grandes peurs de nos vies, et puis peut-être aussi de cette drôle de peur d'oser vivre pleinement notre existence, d'avoir le courage des traversées qu'il nous faut entreprendre, il nous parle de confiance, de foi, de ce qui rend notre vie solide, de ce qui nous permet de marcher sur les eaux mouvantes de notre peur et nous allons l'explorer un peu plus. Mais il ne nous invite pas au déraisonnable, c'est-à-dire qu'il ne nous invite pas à tout risquer et puis dire \"Eh bien, débrouille-toi, Seigneur, vas-y, gère à ma place. Moi, j'ai fait n'importe quoi, mais bon, c'est pas grave, tu vas bien me récupérer d'une manière ou d'une autre.\" Non, si Dieu nous a donné une intelligence pour peser les pour et les contre de nos choix, et bien c'est pour que nous puissions aussi les assumer, pour que nous puissions évaluer les situations dans lesquelles nous nous embarquons.
Marcher sur l'eau : un message d'espérance pascal
Mais je vous disais, ce récit nous parle de peur, mais il nous parle aussi de confiance. Il nous parle de ce qui nous permet d'avancer sur nos dans nos existences, sur ces eaux mouvantes. Alors, en réalité, cette histoire est déjà, à sa manière, un message de Pâques. Vous le savez, les histoires bibliques ont été écrites après les événements, bien après l'histoire de Jésus. L'histoire, l'évangile de Matthieu a sans doute été écrit à peu près 60 ans après la mort de Jésus. Et je crois que Matthieu choisit de donner avec cette petite histoire un avant-goût de la résurrection à ses lecteurs.
En effet, celui qui lit l'évangile de Matthieu depuis son début et qui ne connaît pas la fin de l'histoire, alors que Jésus n'a pas encore été crucifié ni même arrêté, et bien je crois que Matthieu lui donne de choisir déjà la confiance en la vie malgré la mort. Je crois que déjà, il lui annonce la grande espérance de la résurrection. Car oui, si la mer représente tout ce qui menace nos vies, Jésus marchant sur les eaux est l'image de la vie plus forte que la mort. C'est la grande espérance chrétienne de la résurrection qui est déjà subtilement signifiée par Matthieu. Mais cette grande espérance de la résurrection, elle est aussi source de confiance pour faire face à toutes nos peurs dans nos vies.
La foi, un ancrage solide et un élan de vie
Tous et toutes, nous avons besoin d'un ancrage pour nos existences, d'une embarcation solide pour avancer non seulement sur les grandes eaux de la mort, mais déjà simplement sur les grandes eaux de notre vie. Alors pour avancer sur les grandes eaux de notre vie, il y a toutes sortes de points d'appui. Certains, et nous le voyons tout particulièrement ces derniers temps, font de la haine un point d'appui. Car la haine, c'est un moteur extrêmement puissant qui permet de se dresser, qui donne l'illusion d'être fort, de pouvoir dépasser les peurs par la force de destruction qu'elle contient. Pourtant, la haine est un mirage car en réalité, la haine est toujours force de mort et l'on détruit en nous-même ce qu'il y a d'humain au travers de la détestation.
Cette petite histoire, elle, nous invite avec une grande simplicité finalement, à faire de la foi, de la confiance en Dieu un ancrage intérieur solide. Une foi portée par cette espérance que notre vie n'est pas la disparition dans les flots du néant. D'ailleurs, l'ancre était pour les premiers chrétiens un symbole de l'espérance, de l'espérance chrétienne. Et l'ancre est une image magnifique pour réfléchir à la manière d'ancrer notre vie. Mais l'ancre a aussi un petit problème. Le problème de cette image de l'ancre, c'est qu'elle implique quelque chose de statique. Or pour moi, la foi et l'espérance relèvent certes de l'ancrage intérieur mais aussi du mouvement, de l'élan.
La foi, c'est la confiance qui me permet de faire face à la peur et d'oser essayer, vaille que vaille. Et si j'échoue, et bien qu'importe. Qu'importe si j'échoue, au moins, j'aurais essayé. Pierre coule, il tente d'aller à la rencontre de Jésus et il coule. Et pourtant, pourtant, il crie vers Dieu et Dieu lui tend la main.
Une parole et une main tendue pour vaincre la peur
Alors, oui, notre vie est une traversée, traversée susceptible parfois de vent contraire. Mais la foi est cette confiance qui nous donne d'oser aller, d'oser avancer, de dépasser. Voilà, nos peurs et tout ce qui parfois nous enlisent ou nous fait sombrer. Alors, qu'est-ce qui sauve Pierre dans notre histoire ? Revenons un peu plus d'un peu plus près à notre histoire. Jésus s'approche et que fait-il ? Jésus va poser une parole et un geste pour sortir les disciples et Pierre de la peur. Cette parole, c'est vous l'avez entendu, courage, c'est moi, n'ayez pas peur.
Pour dépasser nos peurs, pour oser vivre, nous avons besoin de paroles qui nous encouragent. La parole, vous le savez, je le répète très souvent, elle est performative. En disant courage, n'ayez pas peur, Jésus rappelle les disciples à leur métier de vivant et d'humain en quête d'espérance. Tout à l'heure, je vous ai raconté que Martin Luther King avait été un temps saisi de peur et d'effroid au point que sa prédication perdait toute conviction. Alors comment sa peur s'est-elle résolue, car les menaces, elles, jamais n'ont cessé ? Et bien, un soir, une participante, une dame très fatiguée et très âgée est venue à sa rencontre. Elle lui a dit simplement qu'il n'était pas seul et que Dieu prenait soin de lui. Et c'est tout. Et ces quelques mots tout simples lui ont redonné le courage de se redresser et d'avancer sur les eaux mouvantes des menaces et des insultes.
Parfois, dans nos vies, pour retrouver le courage d'être, il suffit d'une seule parole, il suffit de quelques mots qui nous sont donnés pour que nous puissions l'élan de nous redresser. Et puis, Jésus va joindre le geste à la parole. Au moment où Pierre est englouti par la peur, par l'angoisse, au moment où il perd pied, où il ne sait plus que faire, il se tourne vers Jésus dans la prière, parce que c'est une forme de prière et nous pouvons tous dans nos moments de désespoir ou de découragement nous tourner vers Dieu dans la prière, et Jésus le saisit par la main. Il le relève.
La solidarité : ce qui rend la vie vraiment solide
Alors, me direz-vous, euh, personne n'a jamais vu Dieu euh sortir euh du haut des cieux, descendre une main du ciel et nous saisir par la main pour nous remonter sur le bord du bastingage. Mais je crois que nous pouvons et que nous sommes appelés tous les uns les autres à nous tendre la main réciproquement pour manifester cet amour de Dieu. Je crois que c'est notre vocation d'humain que d'être aussi solidaire que possible, notre vocation de chrétiens bien sûr puisque nous sommes appelés à partager l'amour les uns avec les autres, mais aussi simplement notre vocation d'humain.
Je crois que bien loin des chemins de la haine, ce qui rend la vie pour tous plus solide, c'est la solidarité. J'aime beaucoup ce petit mot de solidarité, parce que vous l'entendez, il contient le mot de solide. C'est la solidarité qui rend la vie solide. Une vie solidaire est une vie plus solide. C'est la langue elle-même qui nous le dit et c'est aussi ce que nous raconte cette histoire.
Pierre, figure du baptisé entre foi et doute
Alors bien sûr, cette histoire, et j'en finis là, peut aussi être lue comme une histoire de baptême. Bien sûr. Et j'aime particulièrement la figure de Pierre dans ce récit. Alors, le savez-vous, c'est le seul évangile où Pierre apparaît, où nous est raconté cette histoire de Pierre qui marche sur l'eau. Dans les deux autres évangiles où cette histoire nous est racontée, dans l'Évangile de Marc comme dans l'Évangile de Jean, et bien, il n'y a que Jésus qui marche sur l'eau et l'épisode de Pierre est passé sous silence. Il n'y a que Matthieu qui nous le raconte.
Alors, pourquoi Matthieu met-il en avant le personnage de Pierre ? Vous savez que dans l'Église catholique, la figure de Pierre a pris une importance considérable, puisque le pape est considéré comme le successeur apostolique de Pierre. Et bien dans l'église protestante, la figure de Pierre est aussi une figure importante avec ses élans de foi et de doutes, mais elle nous renvoie simplement à nous-même. Et je trouve magnifique que Matthieu nous raconte cette histoire de Pierre parce qu'elle nous permet de dire sans culpabilité, nous aussi, nos peurs et nos doutes, nos interrogations et nos cris de détresse. Pierre, finalement, c'est cet homme qui va être traité par Jésus d'homme de petite foi pour un personnage principal, et bien oui, Pierre lui-même a été homme de petite foi.
Alors, pour demander le baptême, certains pensent qu'il faut avoir une foi solide, aboutie, construite. Parfois on vient me voir et on me dit \"Je voudrais être baptisé, mais je ne suis pas sûr d'avoir suffisamment de foi parce que je doute.\" Et bien Pierre lui-même a connu le doute et sa foi n'était pas si grande. Pierre lui-même a eu bien des questions et même dans l'élan de sa foi, il a douté. Le baptême, ce n'est pas un diplôme, pour une fois, ouf, un lieu où il n'y a pas de diplôme. Le baptême, ce n'est pas un diplôme de foi pour les croyants qui seraient bien affermis.
D'ailleurs, nous baptisons les adultes et les petits enfants, et les petits enfants n'ont encore rien fait, c'est donc bien que le baptême n'est pas un diplôme qui validerait une foi qui aurait obtenu les félicitations du jury de Dieu là-haut dans les cieux, bien sûr. Le baptême, c'est un double mouvement, un peu comme ce double mouvement qui nous est raconté dans cette histoire. C'est un mouvement où nous nous élançons vers Dieu, vers le Christ, et où le Christ lui-même s'avance à notre rencontre. Mais le savez-vous, c'est d'abord, et ça c'est de la théologie protestante, c'est d'abord Dieu qui en tout temps, de toute manière, s'avance vers nous, car c'est le Christ qui marche à la rencontre des disciples et c'est nous qui tentons de répondre par notre élan de foi comme Pierre le fait, plus ou moins bien, avec nos doutes, avec nos peurs et parfois nous sombrons, parfois nous nous demandons où notre foi a bien pu passer et puis dans la prière, nous retrouvons parfois la présence de Dieu à notre côté.
Oui, le Christ s'avance dans notre vie et c'est à nous d'essayer tant bien que mal de le reconnaître et les disciples même ont du mal puisqu'ils hésitent, ils se disent est-ce un fantôme finalement qui s'avance vers moi ? Ce n'est pas toujours facile de nommer la présence de Dieu dans notre vie. comme Élise le fera tout à l'heure, mais comme nous tentons tous de le faire. Oui, ça n'est pas facile de dire qui est Dieu pour nous. Mais c'est ce à quoi nous sommes appelés et que nous puissions ou non le faire, le savons-nous, Dieu est toujours là, il marche vers nous.
Alors le baptême, ce n'est pas l'assurance qu'il n'y aura jamais de tempête ou d'épreuves dans la vie. Le baptême nous dit simplement que Dieu est à nos côtés, qu'il marche à notre rencontre pour embarquer avec nous et nous donner cette force intérieure, ce courage d'être envers et malgré tout et nous appeler à choisir la joie, la paix et l'espérance, à choisir aussi la solidarité avec toutes les mains tendues possibles. Amen.