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Croire pour voir et non voir pour croire

Prédication prononcée le 23 mai 2010 jour de Pentecôte, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Thomas dit qu'il veut voir pour croire (Jean 20 :24-29), mais Jésus semble critiquer sa volonté de voir en disant : « Parce que tu as vu tu as cru, heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ». Pourtant on s'identifie tous un peu à Thomas, comme lui, on ne veut pas se faire abuser dans notre foi, nous voulons trouver de l'objectif, ne pas croire sans savoir exactement en quoi l'on croit.

Je pense que cela n'est pas mauvais en soi. La foi , ce n'est pas l'absurde, la crédulité ou la naïveté. En hébreu, « Foi » vient du mot « Aman » qui signifie « ferme », « sûr et certain ». L'idée de ne pas vouloir croire n'importe quoi sans avoir de bons éléments pour le faire n'est donc pas du tout mauvaise, au contraire.

Mais Jésus a raison de dire qu'on ne peut pas voir pour croire. Parce que précisément l'objet de la foi n'est pas le visible, mais l'invisible. Comme le dit Saint Exupéry dans le petit prince : « l'essentiel est invisible pour les yeux ». Le visible, c'est le matériel, le physique, la foi, elle, recherche ce qui concerne l'invisible, le spirituel, le transcendant, l'éternel. La foi, c'est l'attachement à ce qui ne peut ni s'acheter ni se vendre, à ce qui ne se voit pas, ne se compte pas avec des mesures humaines.

C'est ce que dit Jésus dans l'Evangile de Jean (Jean 14:17) quand parle du Saint Esprit. Il dit que le « monde » ne le reçoit pas parce qu'il ne le voit pas. Le « monde », pour l'Evangile de Jean, c'est le monde matéialiste, or celui-là, en effet ne peut concevoir ni comprendre une réalité qu'on ne voit pas.

La foi, c'est l'attachement au domaine de l'esprit. Or Paul dit bien : « Nous regardons non pas aux choses visibles, mais aux choses invisibles car les choses visibles sont pour un temps et les invisibles sont éternelles » ( 2 Cor 4 :18). Donc la foi, ce n'est pas de l'absurde ou de l'irrationnel, mais c'est de toute façon de l'invisible.

Le grand scientifique athée Laplace a dit : « Dieu, je n'ai pas besoin de cette hypothèse » croyant ainsi démontrer l'absurdité du concept de Dieu, mais il n'avait juste pas compris que par définition un scientifique qui s'intéresse au visible ne peut pas avoir besoin de l'hypothèse « Dieu » puisque Dieu c'est l'immatériel, c'est ce qui est au delà de la physique, c'est le métaphysique par définition, il est d'un autre domaine.

Or ce domaine est essentiel, précisément parce que nous ne sommes pas qu'un amas de molécules ou de cellules, nous ne sommes pas que des machines animales, mais il y a dans l'homme une dimension transcendante mystérieuse, insaisissable, spirituelle qu'on appelle le divin.

Donc Dieu étant l'invisible par définition, en lui il n'y a rien à voir et tout à croire.

Mais l'homme reste fondamentalement attaché au visible, par sa nature. Le spirituel, c'est l'invisible, l'immatériel, l'éternel. Tout le travail que les disciples vont faire depuis la mort de leur Christ jusqu'à la Pentecôte sera un chemin de détachement, les menant du visible à l'invisible.

Au commencement, ils sont dans le visible, ils côtoient Jésus comme un être de chair et de sang, comme un maître instructif et aimant, ils doivent passer justement à la foi qui est d'adhérer à une vérité transcendante, spirituelle et invisible.

A Pâques, les disciples se précipitent au tombeau, ils veulent voir, toucher, adorer, ils veulent du concret. Mais voici, ils comprennent que le « tombeau est vide », autrement dit, il n'y a rien là-dedans, rien d'important, rien pour la foi, le tombeau est spirituellement vide, il n'y a « rien à voir ». Toujours dans l'Evangile de Je an (Jean 20 :3-8) on voit Pierre et Jean arrivent au tombeau. Pierre entre d'abord et voit que le tombeau est vide, ensuite Jean entre et il est dit : « il vit et il crut ». Mais qu'est-ce qu'il vit qui le fit croire ? Rien puisque le tombeau est vide. Il vit... qu'il n'y avait rien à voir. Débarrassé du visible, il pouvait enfin croire, aller du domaine du passager au domaine des idées, tu temps à l'Eternité.

Mais cela n'est pas évident, nous voulons tous du visible, et même notre foi réclame des gestes, des symboles, des signes, des objets, des lieux. Les Protestants, eux, n'aiment pas trop le visible dans la foi et dans la pratique religieuse, ils pensent que cela risque de distraire de l'essentiel, de tourner l'esprit du mauvais côté.

Pâques nous invite à purifier notre foi, à nous débarrasser de toute quête du visible pour chercher le plus possible une religion épurée qui soit effectivement une religion de l'invisible, une religion du cœur, et pas des yeux. Pâques nous invite à tourner nos préoccupations non pas vers les signes visibles, mais vers une spirituelle présence qui n'est, matériellement rien, voire qu'absence mais qui est tout dans un autre domaine.

Certes, cela n'est pas facile, pas naturel, mais la religion n'est pas là pour encourager le naturel, mais pour nous faire aller plus loin. Il n'est donc pas mauvais que la religion soit un peu contrariante.

Les disciples auront du mal d'ailleurs à faire ce travail de détachement. Le temps entre Pâques et Pentecôte montre ce travail difficile. Privés de l' « objet » de leur foi, privés d'un sauveur visible et concret, ils doivent découvrir que l'essentiel est invisible pour les yeux, que leur Dieu est « parole » et seulement parole, parole d'Evangile méditée, parole que l'Esprit susurre dans nos cœurs. Ils doivent apprendre à voir autre chose, à voir autrement.

Il ne s'agit donc pas de voir pour croire, mais du contraire, il faut croire pour être capable de voir l'essentiel qui est d'une autre nature. Cela est d'ailleurs vrai pour tout, l'essentiel ne peut être vu que si on le cherche, si on y est attentif, sinon, on ne le voit pas, on passe à côté.

De même, le Christ ressuscité n'apparaît qu'aux croyants. Il ne s'agit donc pas d'une présence contraignante objective qui pourrait confondre ceux qui n'ont pas cru en lui, mais d'une réalité d'un autre ordre qu'on ne peut voir que dans la foi, puisque la foi c'est justement se détacher du visible et du matériel pour voir l'invisible et l'essentiel.

Cela ne va pas de soi, et demande un temps de pédagogie. Pendant tout un temps, on voit les disciples perplexes, perdus, inactifs, ils attendent, espèrent des apparitions matérielles, des interventions concrètes du Christ, jusqu'à ce qu'enfin ils comprennent que le cœur de leur foi, il n'est pas sur Terre, mais dans le Ciel, c'est-à-dire dans les idées, dans l'invisible divin. Cela, c'est l'Ascension.

Et puis, une autre étape doit venir : s'étant convaincus que l'essentiel était non pas sur Terre mais dans le Ciel, ils comprennent que la Terre, c'est le lieu de l'action. Et que donc cette préoccupation de l'invisible n'est pas une raison pour se retirer du monde visible, mais que celui-ci, s'il ne peut être source de l'espérance véritable a néanmoins une importance. C'est la Pentecôte où les disciples vont se mettre à l'action dans le monde : notre foi est dans le Ciel et notre engagement sur Terre. Nous adorons le Ciel et agissons sur Terre, l'invisible est ce qui oriente notre vie et le visible ce qui lui permet de s'exprimer.

On dit que le principal « mystère » du Christianisme est l'incarnation : le spirituel divin qui se rend visible dans un homme. Mais il ne faut pas oublier que le divin ne se laisse pas enfermer ou réduire dans l'humain, ni dans quoi que ce soit d'humain. Dieu nous échappe toujours, il est toujours au-delà de toutes nos pratiques religieuses, et ne s'y laisse jamais enfermer. L'Ascension est peut-être essentielle en ce sens : le Jésus divin nous échappe, sa présence réelle ne peut être qu'invisible, insaisissable, hors de toute vue et tout geste matériel

Et la Pentecôte complète le dispositif : tout cela n'est pas une raison pour se laisser évaporer dans l'invisible, se dissoudre dans le spirituel en restant passif. Le spirituel, l'invisible, c'est la base et le fondement de notre foi, et c'est aussi le carburant, la force de notre engagement dans le monde et de notre action.

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Jean 20:24-29

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