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Stop aux jérémiades

 

…L’espérance, dit Dieu, voilà qui m’étonne moi-même. Ça, c’est étonnant. (Charles Péguy)

Guerres, attentats, famine, scénario catastrophe, semaine de cauchemar, jeudi noir… Le vocabulaire apocalyptique, les métaphores effrayantes, tout y est dans le discours de l’angoisse dont les médias se font le relais. Et s’il est bien un monde auquel on ne rêve pas c’est celui qu’ils nous proposent. L’ambiance est à la morosité, les visions pessimistes, l’humeur dépressive.

C’est vrai que nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes, mais ce monde a-t-il jamais existé ? Est-t-il souhaitable ?

De tout temps des voix se sont élevées pour nous inviter à ne pas nous résigner.
Il y a un peu plus de 40 ans, Martin-Luther King commençait ainsi son discours : « J’ai fait le rêve d’un monde… », inaugurant un avenir nouveau pour la population noire des Etats-Unis ; il y a encore du chemin à faire, mais la candidature de Barak Obama à l’investiture suprême est signe de changement radical.

Plus loin de nous, le prophète Jérémie est bien connu pour ses plaintes, ses lamentations, un livre entier dans la Bible ! Elles ont même un nom : « jérémiades » qui est passé dans le langage courant.

Il faut dire que sa vie a été plus que pénible, il n’a eu de cesse d’annoncer les malheurs qui allaient s’abattre sur Jérusalem, il sera persécuté pour cela. Mais pourtant, lorsque tout ce qu’il a annoncé arrive, lorsque Jérusalem est encerclée par les Babyloniens, que la famine décime la population, le prophète va prononcer des paroles folles, insensées, et au lieu de triompher de dire : « J’avais raison ! », au contraire, il annonce l’espoir en plein cœur de la désespérance, et il proclame: « Ainsi parle l’Eternel, dans ce pays, on achètera encore des maisons, des champs et des vergers…. Ils seront mon peuple, Et je serai leur Dieu. Je leur donnerai un même cœur et une même voie…Pour leur bonheur et celui de leurs enfants après eux. Je traiterai avec eux une alliance éternelle…Je prendrai plaisir à leur faire du bien, Et je les planterai véritablement dans ce pays, De tout mon cœur et de toute mon âme. » (Jérémie 32)

Quelles promesses !

Alors que tout semblait devoir finir et s'effondrer, Jérémie témoigne d'un avenir qui repose en Dieu, et il joint le geste à la parole, il va faire un geste dément, un geste aberrant: il va acheter un champ au moment même où l’ennemi s’apprête à détruire la ville. Ainsi, le prophétisme de Jérémie passe par la parole et aussi par le geste, il a fait ce signe, acheté un champ, quelque chose d'un peu fou, à rebours du bon sens, mais qui venait de Dieu. Et la force de l’acte prophétique tient beaucoup aux circonstances dans lesquelles elle s’accomplit. Globalement, Jérémie accomplit son achat de terrain alors qu’il est doublement enfermé, prisonnier dans une ville assiégée. L’acte peut sembler absurde, ridicule, inutile si l’on prend en compte le double enfermement du prophète dont la vie est menacée par la guerre et par ses adversaires à l’intérieur de Jérusalem.

Mais l’acte prophétique est clairement orienté vers un avenir qui dépasse les événements en cours. Au moment même où le peuple va être dépossédé de sa terre, un petit lopin de cette terre devient la propriété du prophète, la folie du geste prophétique atteste que tout n’est pas perdu. Il a montré quelque chose de l'avenir que Dieu préparait. « On achètera encore des champs » Il a acheté un champ quand plus personne n'y pensait, ni ne le croyait possible.

Il a comme planté une promesse. Voilà le vrai prophète, celui qui n'annonce pas seulement l'avenir, mais qui offre un signe, une parole d'espérance. Toute prophétie qui ne contient pas de promesse, de signe de l'amour de Dieu n'est pas de Dieu. On peut annoncer le jugement, la vérité, c'est vrai, mais aussi la bonté de Dieu. Jérémie n'a ni cultivé la nostalgie d'un temps où le peuple n'était pas compromis, ne s'est pas contenté du présent tel qu'il était, cherchant simplement à tirer son épingle du jeu et éviter dans la mesure du possible les aléas de l'existence. Il s'est engagé au nom des promesses de Dieu, en a fait un signe et les a annoncées.

Aujourd’hui nous sommes invités à acheter un champ, même si la situation paraît désolée, acheter un champ d'espérance. Dieu nous invite à nous tourner résolument vers l’espérance, à oser des gestes fous, alors même que l’avenir semble résolument bouché. Il nous invite à redonner du sens à notre monde où l’on ne croit plus en grand chose. On ne croit plus en Dieu, mais et peut-être est-ce encore plus grave (et c’est d’ailleurs probablement indissociable), on ne croit plus en l’homme.

Pourtant au milieu de ce modèle dominant, il existe de nombreuses initiatives qui émergent et qui nous offre une vision du monde en décalage avec celle qui nous est proposée majoritairement. J’apprécie les actions relayées par reporters d’espoir, qui loin de l’angélisme ou de l’utopie nous proposent des actes porteurs de solutions, dans tous les domaines, de la culture à l’environnement en passant par le social. Des initiatives locales, des nouveaux réseaux d’entraide… autant de signes qui s’opposent au conformisme inquiet et qui redonne le goût de l’optimisme.  Ces initiatives nous permettent de changer notre regard sur le monde et sur l’homme. Une vision qui nous est proposée un peu à la manière d’un souffle prophétique.

Nous pouvons les relayer, mais encore mieux, nous pouvons imaginer ensemble, afin que l’Eglise aussi soit un lieu où le souffle passe. Et, nous devons être prêts aujourd’hui à nous laisser entraîner par ce souffle à contre-courant.

Ne jérémions pas, mais comme Jérémie, soyons porteurs d’espérance.

Florence Blondon

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