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Que faire des exigences de l'Evangile ?

 

Ce qui est demandé aux chrétiens, c'est quand même un peu " idéaliste " ! En tout cas, c'est pour le moins " radical ". C'est accepter de " perdre sa vie " (parole reprise six fois dans les Evangiles), c'est aussi " porter sa croix " (cinq fois), " ne pas juger ", " tendre la joue gauche ", " pardonner au moins soixante-dix sept fois ", " aimer son ennemi ", " renoncer à tous ses biens ", " se rendre eunuque à cause du Royaume de Dieu ".

Les modèles de société proposés par les paraboles de Jésus feraient pâlir tous les programmes révolutionnaires : égalité de salaire pour tous les ouvriers quelle que soit la durée de leur travail ; accueil de tous, pauvres et brigands compris, au même banquet, etc...

Bien sûr, on dira " ce sont des images ", " il ne faut pas les prendre au pied de la lettre ". Ce n'est pas du tout certain. A mon sens la pire des fautes n'est sans doute pas de transgresser ces exigences, c'est de chercher, par une exégèse lénifiante, à leur ôter leur tranchant, leur caractère absolu et radical.

Faut-il donc considérer les prescriptions prêchées par Jésus comme une forme d'utopie ? Faut-il considérer Jésus comme un utopiste ? Cela me paraît peu souhaitable. En effet, dire qu'une exigence est utopique, c'est le plus souvent refuser de la prendre au sérieux. C'est dire qu'elle est inapplicable. En fait, c'est une manière de lui dénier toute efficacité et toute utilité.

Mais ce n'est pas toujours le cas : de tout temps, certains ont voulu mettre effectivement en application des prescriptions de l'Evangile. Et, dans ce cas, cela peut paraître tout à fait dangereux. L'histoire l'a montré. On a vu des hommes se châtrer afin de devenir " eunuques pour le Royaume " (ce fut peut-être le cas d'Origène), certaines communautés religieuses ont exigé le célibat comme préalable au baptême (ce fut le cas dans certains milieux intégristes syriens du deuxième siècle) et ont imposé à tous les baptisés un communisme intégral et enrégimenté (c'est ce que fit Thomas Müntzer).

Donc, que faire des exigences de l'Evangile ? Quel statut faut-il donner aux paroles de Jésus ? En fait, pour caractériser ce statut, je préfère le concept de " parole prophétique " à celui d'" utopie ". La prédication de Jésus est plus celle d'un prophète que celle d'un utopiste. C'est une provocation, une interpellation, une contestation.

 

Jésus, utopiste, idéaliste ou prophète ?

Ainsi, il faut faire la différence entre les utopistes, les idéalistes et les prophètes. Les utopistes ont souvent la tentation d'exiger de tous, et par tous les moyens, la mise en oeuvre concrète des exigences et des principes qu'ils prônent. Les utopistes ont souvent été de grands fanatiques. Pour eux, la fin justifie les moyens. Jésus n'a jamais été dans ce sens : sa fin, c'est annoncer la venue du Royaume de justice et d'égalité ; son moyen, c'est sa propre crucifixion.

L'idéaliste, lui, refuse d'utiliser des moyens qui ne sont pas en cohérence avec les fins qu'il poursuit. Il est idéaliste quant aux fins et aussi quant aux moyens. En revanche, l'utopiste, lui, dira : " Qui veut la fin veut les moyens ". L'idéaliste est aimanté par l'idéal du Royaume de Dieu, mais il sait qu'il ne pourra jamais effectivement l'instaurer sur terre. Il tend vers un absolu, mais il sait qu'il ne peut l'atteindre. Il poursuit une forme d'" asymptote " vers cet absolu.

L'utopiste, lui, est beaucoup plus paradoxal. Il construit le modèle d'un monde idéal et " utopique " (c'est-à-dire hors du monde). Mais il a la tentation de l'imposer et de le construire dans le monde. Il tente d'imposer le Royaume de Dieu sur terre. Il veut faire de son utopie une réalité. Ou bien, faute de pouvoir le faire, il se vautre dans la turpitude, à mille lieues de son utopie. Les utopistes ont été ou bien des intransigeants fanatiques, ou des laxistes sans retenue, ou quelquefois l'un et/ou l'autre, comme en témoignent les Cathares.

L'utopie est soit inutile, soit totalitaire. Ou bien, elle est considérée comme " pas applicable ", ou bien elle devient la justification d'un fanatisme suicidaire.

 

Exhorter à la conversion

La prédication de Jésus est d'abord celle d'un prophète. Il faut faire la différence entre les prophètes et les utopistes. Savonarole, Torquemada, Calvin, Muntzer et Robespierre étaient des utopistes. Mais Esaïe, Amos, Jésus et Martin Luther King étaient des prophètes.

Un prophète, au sens biblique, est d'abord un révélateur. Il dévoile le péché et il exhorte à la conversion. Il se situe à l'interface de l'utopie et du réel. Il utilise l'utopie non pas pour l'instaurer mais comme le détonateur d'une prise de conscience, d'une interpellation et d'un appel qui mettent en route. La prédication d'un prophète est dialectique et dynamique ; elle est de l'ordre de l'aiguillon. En revanche celle de l'utopiste est monolithique et fixiste ; elle est de l'ordre soit du rêve soit du joug.

Le prophète parle toujours au nom d'un Dieu ami des hommes, alors que l'utopiste parle au nom d'une théorie souvent réactionnaire et schizophrénique. La parole prophétique est de l'ordre non pas du pouvoir mais de l'autorité qui influence sans imposer, qui questionne sans détruire.

Il n'en reste pas moins qu'un juif ou un chrétien sera toujours sensible à ce que la notion d' "utopie " porte en elle-même d'appel à une vie toute autre, vraiment nouvelle et convertie à un mode d'organisation de la société qui soit celui des paraboles de Jésus.

Le chrétien ne devrait jamais se résoudre à ce que la prédication de Jésus ne soit qu'une utopie. Il devrait toujours espérer qu'un jour il aura le courage de renoncer à tous ses biens en faveur des pauvres et d'inviter chaque dimanche à sa table tous les brigands et les pauvres du quartier. Et c'est en ceci qu'il restera toujours, peu ou prou, un utopiste.

Alain Houziaux

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