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Pourquoi tant d'échecs en amour ?

Pourquoi tant d'échecs en amour?

Je voudrais présenter trois causes parmi d'autres, d'échecs en amour et plus précisément dans la vie de couple. Et je vais les préciser par référence aux trois tentations qui ont été présentées à Jésus-Christ par Satan. Cela peut surprendre puisque Jésus n'a pas connu la vie de couple. Mais, en fait, les tentations auxquelles Jésus a été soumis constituent le paradigme de toutes les tentations.

· La première tentation proposée à Jésus-Christ par Satan, c'est de changer les pierres en pain.

Bien des couples connaissent cette tentation. Ils veulent faire naître ou renaître le « pain » de l'amour avec des « pierres », c'est-à-dire avec autre chose que de l'amour. Ils se disent : « Certes notre couple est bancal, sans fondations solides. Mais, faisons un acte « positif » : on va s'acheter une maison en commun et ces pierres communes nous empêcheront de nous séparer. Elles seront le pain de nos retrouvailles ». On pourrait multiplier les exemples.

Mais ce genre de remède est quelquefois pire que le mal. La maison en commun, bien loin de conforter le couple, peut être une occasion supplémentaire de divisions.

Il faut se rendre à l'évidence. L'amour, c'est comme le mercure dans la main ; si je la garde ouverte, il y restera ; si je la referme, il file entre les doigts. Et ouvrir la main, en amour, c'est souvent renoncer à l'amour propre. L'amour peut renaître par une forme de lâcher prise.

· La deuxième tentation que propose Satan à Jésus, c'est de se laisser tomber du haut du Temple, pour montrer ainsi combien il a confiance en Dieu.

Et, de même la deuxième tentation dans la vie de couple, c'est de s'octroyer le droit de se laisser aller, de se laisser glisser, en se disant « je ne risque rien, notre couple ne risque rien, l'amour nous sauvera toujours ».

Mais si l'amour excuse tout, il ne doit pas pour autant servir d'excuse. On commence par dire : « je la trompe, elle m'excusera puisqu'elle m'aime ». Et on dit ensuite : « je la trompe, et je peux me le permettre puisque je l'aime ».

Il ne faut pas mettre à l'épreuve l'amour. L'amour permet de passer les épreuves justement si on ne le met pas à l'épreuve.

L'amour est comme un tapis roulant. Si on le laisse fonctionner de lui-même, il vous porte, sans qu'on y prenne garde, plus loin que les épreuves, et ainsi il vous permet de les dépasser. Mais si on saute dessus pour tenter de prouver qu'il fonctionne bien, cela bloque le fonctionnement.

· La troisième tentation que propose Satan à Jésus, c'est de lui proposer de parvenir à ses fins (l'instauration du Royaume) en imposant son autorité. C'est la tentation du despotisme éclairé. Cette tentation est aussi très présente dans les couples.

C'est la tentation de vouloir faire d'autorité le bonheur de l'autre et du couple. C'est la tentation du « c'est moi qui sait ce qui est bien pour nous deux ».

Il y a, en amour, une forme particulièrement pernicieuse du despotisme « pour la bonne cause ». Et c'est, justement, le despotisme que l'on exerce au nom même de son amour. En effet, l'amour est naturellement possessif, jaloux et exclusif. Et c'est pourquoi, c'est souvent l'amour qui est lui-même la cause de l'échec en amour. Et c'est peut-être ce constat qui fait la vertu des mariages de sagesse et de raison.

Un livre récemment paru a pour titre Si tu m'aimes, ne m'aime pas. Ce titre n'est paradoxal qu'en apparence. A mon avis, il veut dire ceci : « Si tu m'aimes vraiment, laisse-moi du champ et de la liberté, ne sois pas exigeant et possessif avec ton amour, agis de telle manière que l'on pourrait supposer que tu ne m'aimes pas ».

Et on pourrait ajouter ceci : « Si tu m'aimes vraiment, n'exige pas de moi que je t'aime autant que tu dis m'aimer. N'exige pas que je t'aime à ta manière à toi d'aimer ».

Lévinas écrit : « Dans l'amour - à moins de ne pas aimer d'amour -, il faut se résigner à ne pas se sentir aimé comme on le voudrait ». En effet, l'amour met à nu la difficulté de communiquer. Et c'est pourquoi l'échec en amour ne vient pas forcément de la non-communication. Il est dû à la non-acceptation de cette difficulté de communiquer, même lorsque l'on s'aime, et peut-être surtout lorsque l'on s'aime.

· On considère souvent que l'amour doit aller de pair avec le bonheur. Et si l'amour ne conduit pas au bonheur, on le considère comme un échec, et on se sépare. Mais l'amour conduit plutôt à une vie « extraordinaire » qu'à une vie « heureuse ».

Quand Jésus pose la question « que faites-vous d'extraordinaire ? » (Matthieu 5:47), la réponse pourrait être : « aimer ». Et j'ajouterais : peu importe que nous ayons ou non une vie heureuse ; fondamentalement, il importe davantage que nous vivions une vie « extraordinaire ». Et ceci l'amour le permet. L'amour est aventure, risque, passion, masochisme, et transgression. Et c'est bien ainsi.

La Rochefoucault l'a écrit : « l'amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel. Et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer et de craindre ».

L'échec en amour, c'est peut-être de vouloir l'ignorer.

Alain Finkielkraut va dans le même sens. Il explique que : aimer l'autre « comme son prochain », ce n'est pas forcément l'aimer comme un proche mais comme « le prochain » (comme on dit le prochain rendez-vous). C'est l'aimer aujourd'hui comme celui que l'on espère rencontrer et connaître demain, c'est-à-dire le jour « prochain ». C'est l'aimer comme horizon toujours à venir. C'est l'aimer comme promesse, de la même manière que l'on aime Dieu.

Alain Houziaux

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