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Peut-on apprendre à être heureux (2008)

 

Mais d’abord, faut-il vraiment être heureux ? Cela n’est pas indispensable, le but de notre vie, c’est d’être utile au monde, de servir à quelque chose, que notre vie ait un sens, pas notre petit confort.

Jésus a-t-il eu une vie heureuse ? Et Calvin, Saint Augustin, Bach, Mozart, Napoléon... ? On sent bien que ce n’est pas la question, et la valeur de leur vie n’a rien à voir avec leur éventuel bonheur. On pourrait dire que cette recherche du bonheur ou du confort personnel est une quête moderne et égoïste.

Pourtant le bonheur est partout dans l’Evangile et dans l’Ecriture en général : c’est le premier mot des Psaumes, le premier mot de l’enseignement du Christ d’après Matthieu avec les Béatitudes, et aussi l’un des derniers, juste avant sa mort : résumant son enseignement par la nécessité de se sentir serviteur des autres il dit : « Si vous savez cela, vous êtes heureux... » (Jean 13:17).

Le bonheur donc, c’est important. Ne serait-ce que parce qu’on ne peut vraiment faire bien quelque chose que si on en est heureux. Un bon musicien est heureux quand il joue, un médecin qui n’aime pas ce qu’il fait ne peut être un bon médecin, et comment un pasteur «triste» annoncerait-il la «bonne nouvelle» de l’Evangile ?

Il y a donc un paradoxe : l’Evangile nous enseigne que notre propre plaisir n’est pas la question... et en même temps il nous promet le bonheur. Il nous demande de nous sacrifier... et pourtant il nous dit qu’ainsi nous aurons nous-mêmes la vie...

La solution est simple : l’Evangile, c’est, en effet, de ne pas rechercher son propre bonheur... et en fait, c’est comme cela qu’on le trouve : le bonheur ne se trouve que si on ne le cherche pas... « Qui veut sauver sa vie la perdra, et qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera... » (Marc 8:35).

Il ne s’agit, bien sûr, pas de fuir le bonheur, de faire exprès de se rendre malheureux... mais de ne pas faire du bonheur l’objet de sa quête.

D’où peut venir alors le bonheur ?

Le message de l’Evangile est clair, on le trouvera dans deux passages-clés : le Lavement des pieds (Jean 13) déjà cité et dans une agrapha du Christ, c’est-à-dire une parole transmise ailleurs que dans l’Evangile : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Actes 20:35).

Ainsi peut-on voir que le bonheur consiste à sortir de soi, de son égoïsme, pour se tourner vers les autres. C’est au sens propre de l’« extase », au sens philosophique de se tenir hors de soi-même.

C’est pour cela qu’on ne peut trouver le bonheur en le recherchant, parce que chercher son bonheur, c’est rester dans une démarche purement égoïste.
Cela montre aussi que le bonheur, ce n’est pas un état personnel mais une démarche, un mouvement hors de soi pour aller vers l’autre. On sait d’ailleurs qu’en hébreu, le mot « Heureux » vient d’un verbe signifiant « être debout et en marche ». Le bonheur n’est donc pas une sorte de chef-d’oeuvre en péril à sauvegarder contre de tristes événements possibles, pas une forteresse à garder contre les agressions extérieures, mais c’est s’adapter, avancer, changer, se transformer, muter, muer, vivre en accueillant une réalité extérieure. Le bonheur, c’est une réalité dynamique.

Le bonheur, ce n’est pas un état, ou la possession de quelque chose ou d’une situation, mais une démarche : se tourner vers les autres, et se dé-préoccuper de soi-même.
Les Béatitudes vont d’ailleurs dans ce sens : il y est dit : « heureux ceux qui procurent la paix » et non pas « ceux qui vivent en paix », « heureux ceux qui ont le coeur pur... qui sont humbles et doux » et non pas « ceux qui sont entourés de gens au coeur pur, humbles et doux», « heureux ceux qui font miséricorde » et non pas : « heureux ceux qui ont la chance qu’on leur fasse miséricorde... »

Là aussi donc nous sommes bien toujours non pas par rapport à soi, mais par rapport à ce que l’on peut apporter aux autres.

Les autres béatitudes dites « négatives » vont encore plus loin dans ce sens : si ce sont ceux qui sont « pauvres en esprit » qui peuvent être heureux, c’est que le bonheur, c’est précisément ne pas posséder quelque chose, mais avoir de la place pour accueillir, c’est savoir qu’on n’a pas grand chose. Peut-être que le bonheur, c’est même de pleurer, parce que cela signifie que l’on s’est engagé, préoccupé de quelque chose, ou de quelqu’un, que l’on sait compatir. Le bonheur, ce n’est pas l’absence de malheur ou de souffrance, mais c’est être dans une dynamique de la vie. Les « persécutés » aussi sont dans ce voyage, parce qu’ils font leur mission, qu’ils veulent servir pour les autres, même au prix de leur propre confort, voire au prix de leur propre vie... Et ceux qui ont faim et soif, ce sont ceux qui désirent, qui veulent avancer sans se contenter de là où ils sont et de ce qu’ils ont. Le bonheur, c’est donc tout le contraire de ce que l’on enseigne dans la sagesse populaire en disant que ce serait d’apprendre à se contenter de ce que l’on a.

Peut-on apprendre donc à être heureux ? Oui, en apprenant à se déposséder de soi-même, à se libérer de son égoïsme, à s’ouvrir aux autres, c’est le chemin de l’Evangile et en fait, ce n’est rien d’autre que le chemin de l’amour

 

Louis Pernot 

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