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« Je suis la servante du Seigneur »

 

La grâce féconde

Lorsque je fais une lecture attentive du récit de l’Annonciation dans l’évangile de Luc (1,26-38), et que j’essaie de m’extraire des siècles de tradition, il m’apparaît que l’enjeu de ce texte n’est pas la manière dont Jésus a été conçu. D’ailleurs, qui se pose la question dans les autres naissances étonnantes qui jalonnent l’Ancien Testament ? Ce qui m’interpelle c’est la visée profonde de ce texte et la foi qui s’y exprime. J’y découvre un projet fou de Dieu, et dans ce projet, il y a une toute jeune femme. On perçoit également dans ce dialogue, que l’essentiel nous échappe, et pourtant cela advient. C’est l’intuition de Bernardin de Sienne lorsqu’il écrit sur toute une page : « Dieu vient dans l’homme, le Créateur dans la créature, l’éternité vient dans le temps, la mesure dans la démesure, l’in ni dans le ni... »

Les artistes l’ont bien saisi, ce récit les a toujours inspirés. À l’aube de la Renaissance, en Italie, en cette période de basculement, où l’on change de monde, ces nombreuses représentations peuvent également nous interpeller théologiquement. C’est un tournant dans l’histoire de l’art : la naissance de la perspective, et c’est à travers les représentations de l’Annonciation qu’elle apparaît. D’ailleurs ce récit n’ouvre-t-il pas une perceptive inouïe ? La vie de Marie va être orientée vers l’imprévu. La jeune fille promise à Joseph va voir sa destinée réorientée.

Une inscription dans les d’histoires qui nous précédent

Cette naissance « miraculeuse » s’inscrit dans une longue lignée de naissances improbables, des femmes âgées ou stériles, de Sarah à Elisabeth la parente de Marie, vont enfanter contre toute attente. Mais, ici il s’agit d’une toute jeune fille. Et cette, jeune fille nous renvoie à une autre annonce, celle faite par le prophète Esaïe au roi de Juda : «Voici que la jeune fille est enceinte, elle enfantera un fils, et lui donnera le nom d’Emmanuel» (Es7,11). Cette annonce s’adresse à un roi bien précis : Achaz, puis ensuite elle va être lue comme l’annonce du Messie qui, comme Achaz, sera un descendant de David. Ainsi Marie nous est présentée comme celle par qui la prophétie peut s’accomplir.

Histoire d’un mot

Et dans l’histoire de la transmission il y a parfois des glissements, ici c’est un mot qui va orienter notre lecture, ce mot c’est « alma », toute jeune fille en hébreu. Il n’y a pas de notion ici de sa virginité, mais lorsque le mot va être traduit en grec, il va se transformer en « parthénos » qui peut signifier également vierge. La tradition chrétienne fera le reste. Gardons l’image de Marie dont la seule qualité est d’être très jeune, en effet rien ne nous est dit d’elle sur ses capacités ou ses manques, et pourtant elle « trouve grâce auprès de Dieu »(1,30).

Du péché а la grâce

Dans certains tableaux de la Renaissance on aperçoit quelques mots qui échappent de la bouche de l’ange et de Marie. L’ange prononce Ave Maria... « Ave » c’est l’anagramme, le retournement d’Eva. Comme si avec Marie, nous allions inaugurer une nouvelle ère, presque une nouvelle création. Depuis l’épisode du jardin d’Eden, la fécondité, ou plutôt la reproduction était placée sous le signe du péché, mais désormais avec Marie elle est sous le signe de la grâce. La fécondité est une grâce. Elle s’ancre dans le désir de Dieu.

« Je suis la servante du Seigneur » (1,38)

La réponse de Marie apparaît également dans de nombreux tableaux. Elle n’est aucunement une marque de soumission. Au contraire elle est le signe de sa souveraineté. Elle préfigure tout le message de l’Évangile, qui nous invite non pas à soumettre, ni à dominer, ni à humilier, mais à nous mettre au service, c’est ce qu’enseignera son fils : «C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir» (Mt 20,28). Ainsi Marie accepte le service comme une grâce. La grâce reçue lui permet de donner un sens à son existence.

Cette mise au service de Dieu et des hommes n’est elle pas la voie de la fécondité ?

Florence Blondon

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