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A-t-on encore besoin d'une religion ? (2007)

 

La question est pertinente pour plusieurs raisons. On n'a pas besoin d'une religion pour avoir « de la morale » puisque les gens qui fréquentent les églises et les temples ne sont ni plus ni moins moraux que les autres. On n'a pas non plus besoin d'une religion pour être heureux puisque les croyants ne sont ni plus ni moins heureux que les agnostiques et les athées. Et l'on n'a pas non plus besoin d'une religion pour avoir une famille spirituelle, et ce parce que nous sommes de plus en plus individualistes.

Dans ce cas, pour quelles raisons pourrait-on avoir encore besoin d'une religion ? J'en vois trois.

• D'abord, nous avons besoin d'un langage qui nous permette d'exprimer un certain sens de l'infini, de la transcendance, du mystère, du divin, de l'au-delà qui est en nous. Et nous avons aussi besoin d'un langage pour dire la culpabilité, l'espérance, le sentiment d'être un exilé dans ce monde, le désir d'aimer et d'être aimé.

Je suis frappé de voir combien d'écrivains même agnostiques (tels que Camus, Gide, Valéry ou Malraux) recourent constamment à un langage emprunté à la Bible, à ses mythes, à ses symboles et à son vocabulaire pour exprimer le sens qu'ils ont de l'aventure humaine et du mystère de la vie. Les titres de leurs ouvrages en témoignent (La Porte étroite, Si le grain ne meurt, L'Exil et le royaume, La Chute...). Même si ces écrivains n'ont pas à proprement besoin d'une religion, ils ont néanmoins besoin qu'il y ait des religions.

Ainsi le langage des religions est une boîte à outils précieuse et même, semble-t-il, indispensable pour permettre l'expression de besoins fondamentaux de l'homme. Le langage qu'offrent les religions est infiniment plus riche et plus évocateur que celui de la psychologie et la philosophie.

Se priver du langage religieux et des ressources qu'offrent les religions, c'est s'amputer de la possibilité d'exprimer la face invisible de l'homme et du monde.

• Autre raison : nous avons à tout âge besoin de nous sentir aimés, compris, protégés, je dirais même « maternés ». En fait, ce besoin me paraît être plus fondamental encore que le besoin d'être heureux. Et alors que la religion ne peut pas vraiment répondre au besoin d'être heureux, elle peut répondre à ce besoin d'une forme de protection et de bénédiction sur nos souffrances, nos faiblesses et nos misères.

Les religions nous donnent des exemples et des modèles de héros et de saints qui ont souffert comme nous. Et ces « serviteurs souffrants » deviennent des compagnons et des soutiens pour nos propres itinéraires.

Nous avons besoin d'une religion de proximité et de compassion plus encore peut-être que d'une religion d'évasion et de rêve.

Nous avons besoin de Cantiques et de Psaumes qui nous permettent d'exprimer notre plainte, notre solitude et notre prière et qui nous annoncent aussi que nos appels sont entendus, même si nous ne nous en rendons pas compte. Le livre de l'Exode (qui est le récit d'une marche au désert), le livre de Job (qui exprime la plainte des hommes), et le récit de la Passion de Jésus sont pour nous bienfaisants et secourables. Ils nous accompagnent, ils nous rassurent, ils nous fortifient, et c'est l'essentiel.

• Troisième raison. Aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin d'émotion et aussi de partager ces émotions. En fait, le besoin de Dieu est une émotion, et la foi est d'abord une forme d'affectivité. Et les célébrations religieuses sont le lieu privilégié de l'expression de cette émotion.

Même si nous sommes devenus individualistes, nous avons besoin de fraternité émotive. Ce qui me frappe dans les grands rassemblements charismatiques et de style JMJ, c'est que l'on prie ensemble sans pour autant prier par des prières stéréotypées identiques. Autrement dit, le besoin d'une religion n'est plus le besoin d'un dogmatisme uniforme ni celui de la soumission à des rituels identitaires. Il est plutôt le besoin d'une affectivité chaleureuse et contagieuse qui permet, le temps d'une célébration, d'un rassemblement ou d'une fête, d'oublier la solitude et le stress des rapports de forces du quotidien. Et les religions, même les religions traditionnelles, se sont bien adaptées à ce « new âge » de l'effusion, de la convivialité et de l'appétit de spiritualité.

Ainsi, au XXIe siècle, plus encore qu'au XXe, nous aurons besoin d'une religion.
 

La fonction régulatrice de la religion

Au XXIe siècle, plus encore qu'au XXe siècle, les hommes auront un besoin d'absolu, de consécration et même de sainteté. Ils auront un besoin d'idéal, d'engagement. Mais cela comporte des risques. Le besoin d'absolu peut devenir absolutisme, totalitarisme et même fanatisme. Le besoin d'idéal peut devenir idéalisme, aveuglement, refus des réalités. C'est pourquoi ces besoins doivent s'exprimer dans des structures régulatrices. Et les religions traditionnelles ont un rôle à jouer dans ce domaine.

Sans les structures, les enseignements, les rituels et les médiations des religions traditionnelles, le besoin d'absolu peut virer au terrorisme. Ainsi les religions traditionnelles auront demain un rôle éducatif. Elles auront pour fonction de prolonger l'esprit des Lumières et de la tolérance dans un monde où le besoin d'irrationnel va sûrement s'amplifier, que ce soit dans l'orbite du Judaïsme, ou dans celles du Christianisme ou de l'Islam.

Il me semble que les religions traditionnelles, après s'être opposées à l'esprit des Lumières, seront, au XXIe siècle, le meilleur vecteur de ce qu'il restera de cet esprit. Et c'est pourquoi leur rôle sera indispensable.

Alain Houziaux

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