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Qu'est-ce qu'une vie réussie ? | Un été avec Van Gogh 5/5 | Pasteure Nathalie Chaumet

Dimanche 31 août 2025 à 10h30
Nathalie Chaumet
Église protestante unie de l'Étoile à Paris

Qu'est-ce qu'une vie réussie ?

Je vous propose de réfléchir donc à cette question aujourd'hui, qu'est-ce qu'une vie réussie ? Alors si j'ai choisi cette question, qu'est-ce qu'une vie réussie, à laquelle peut-être vous avez répondu déjà sur vos bancs, et bien si j'ai choisi cette question, c'est parce qu'en ouvrant une revue qui date d'il y a quelques années, une vingtaine d'années, et bien j'ai été frappé par ces mots. En ouverture de cette revue, première page, premier mot donc, la vie de Vincent Van Gogh fut un échec complet. Ainsi commence cette revue, donc 50 pages sur la vie de Vincent Van Gogh. Cette revue dit la vie de Vincent Van Gogh fut un échec complet.

Alors, une vie dont on a célébré le centenaire de la mort, une vie dont on n'oubliera sans doute pas de sitôt le nom, une vie dont les tableaux valent des millions, tableaux qui suscitent l'empressement des foules pour chaque exposition peut donc être considéré malgré tout comme un échec complet.

La question d'une époque

Alors, je me suis demandé qu'est-ce donc qu'une vie réussie. Je peux vous le dire d'emblée. Voilà, vous allez peut-être être déçu, mais personnellement, je n'ai pas réussi justement à répondre à la question et ce n'est pas faute de littérature sur le sujet. Alors, on dit de cette question, qu'est-ce qu'une vie réussie, que c'est une question de tous les temps. Je ne suis pas tout à fait d'accord. C'est peut-être une question de tous les temps, enfin je crois que la question de tous les temps, c'est plutôt celle du bonheur. C'est-à-dire comment être heureux.

Mais il me semble que nos sociétés modernes aujourd'hui insistent bien davantage qu'avant sur cette question de la réussite, des lauriers à gagner, des examens à réussir, du fait de pouvoir ou non couronner sa vie de satisfecit et de félicitations en tout genre. En tout cas, ce qui est certain, c'est que c'est une question de développement personnel plus que jamais à la page. Si vous allez un peu sur le net, vous verrez les 10 conseils pour réussir votre vie ou les trois règles pour réussir votre vie ou les sept étapes ou les 11 clés de la réussite ou encore la recette de la réussite, ça c'est peut-être plus simple, les ingrédients de la réussite et cetera et cetera. Libre à vous de choisir si vous voulez plutôt 11 conseils ou trois clés simples de réussite. Bref, j'en passe et des meilleurs.

Mais en réalité, cette question continue de m'échapper car aucun des conseils que j'ai pu lire dans toutes ces recettes, ces ingrédients et ces clés ne m'a réellement parlé. Beaucoup de questions se posent si on pense la vie en terme de vie réussie. Tout d'abord, à quel moment déjà peut-on dire qu'une vie est réussie ?

Alors, dans l'esprit collectif, c'est peut-être globalement au soir de la mort quand tout aura été accompli, que la question se poserait. Oui, mais alors, faut-il donc avoir une très longue vie déjà pour avoir une vie réussie ? Une vie qui serait fauchée dans la jeunesse alors ? Ce ne serait pas une vie réussie ? À quel moment vais-je pouvoir dire que ma vie a été réussie ? Si on choisit le temps du mourir, par exemple, pour faire le bilan, et bien comme je le disais, cela ne me paraît pas adapté parce qu'on meurt à des âges bien différents. Et puis, même si l'on va dans le grand âge, et bien le grand âge peut aussi nous défigurer, nous faire sombrer dans l'oubli, donner aux autres une image abîmée de ce que nous sommes, un regard faussé, et puis les accomplis d'une vie sont parfois déjà bien émoussés dans la mémoire des uns et des autres.

Alors serait-ce autant peut-être de la retraite qu'on jugerait les accomplis d'un parcours ? Peut-être. En réalité, c'est souvent vers le milieu de la vie que beaucoup d'entre nous s'interrogent soudainement et prennent à bras le corps cette question parfois vertigineuse. C'est souvent vers 40 ou 45 ans que l'on se demande si finalement, le mari, la femme, la famille que je construis, l'emploi que j'occupe, est-ce bien ce que je voulais lorsque le quand j'étais jeune, je rêvais de réussir ma vie.

Certains alors posent un grand oui sur le chemin parcouru malgré les felures. Mais d'autres tentent alors le tout pour le tout, tout quitter, quitter la grande ville ou faire le tour du monde ou recommencer une nouvelle histoire amoureuse, tant la crainte est forte aujourd'hui de passer à côté de sa vie. Et si cette question réussir sa vie est parfois un vertige dans le milieu de l'existence, il me semble que c'est une question qui est d'autant plus prégnante chez les jeunes d'aujourd'hui.

Avant, enfin en tout cas du temps de ma génération, voilà, je commence à être vieille, il me semble que les chemins semblaient peut-être un peu plus tracés. En tout cas, les parcours, ne serait-ce qu'en terme de possibilité d'études n'étaient pas aussi diversifiés. Aujourd'hui, on a des choix incroyables et c'est une bonne chose, je vais pas dire du tout l'inverse. Mais le souhait aujourd'hui de mettre en adéquation conviction et choix professionnel me paraît du coup encore plus à vivre et je le dis encore, je trouve que c'est une bonne chose, mais c'est aussi peut-être un poids un petit peu plus lourd sur les épaules.

Alors cette question de réussir sa vie, il faut quand même bien dire aussi d' peut-être commencer par cela que c'est quand même une question globalement des pays favorisés hein, parce que lorsque le quotidien est une lutte permanente pour vivre ou survivre, lorsque l'emprise de la société sur les individus empêche toute forme de projection de soi-même, lorsque la pauvreté et ça c'est vrai partout empêche de rêver l'avenir, la question n'est pas de réussir sa vie, la question c'est juste de vivre, voir de survivre, de faire face au jour qui vient. Donc déjà d'une certaine manière, nous avons de la chance lorsque nous pensons cette question réussir sa vie.

Les aléas de l'existence face à la maîtrise de sa vie

Mais comme je vous le disais, c'est difficile de répondre à cette question. C'est difficile d'y répondre parce que finalement, réussir sa vie, ça implique aussi d'en avoir la maîtrise. Alors oui, il y a des tas de choix que je maîtrise, que je peux faire, que je décide. Ces choix parfois, ils sont bons, parfois, ils sont mauvais. Alors, est-ce que je rate ma vie parce que je fais de mauvais choix ? Mais voilà, c'est le choix que j'ai fait, je n'ai pas toutes les clés en main au moment où je choisis, je ne connais pas l'avenir. Voilà. Alors, est-ce que ma vie est ratée parce que j'ai fait un mauvais choix ? Et est-ce qu'échouer ne fait pas partie de l'existence ? Est-ce que je rate ma vie parce que j'échoue ?

Puis il y a toute la question des aléas, il y a des choses que je choisis, ma vie, je la maîtrise en partie, mais il y a plein d'aléas dans l'existence, des rencontres fortuites, un accident, une maladie. Est-ce qu'on a raté sa vie parce qu'on tombe malade ? Ce serait terrible. Est-ce que sa vie n'est pas bonne pour autant, même courte ou même abîmée ou même défigurée. Il y a un petit verset biblique que j'affectionne particulièrement qui dit \"Un jour est comme 1000 ans aux yeux de Dieu.\"

Déjà voilà qui me rassure. Le temps de Dieu n'est pas notre temps si un jour est comme 1000 ans aux yeux de Dieu. Alors, une vie réussie, ça n'est pas forcément une vie longue, une vie qui va jusqu'au bout du bout. Non, pas forcément, puisque un jour déjà vaut comme 1000 ans au regard de Dieu. Mais réfléchissons encore un peu plus loin. Quel serait les critères finalement d'une vie réussie ?

Dans les sondages sur cette question, il apparaît clairement et je trouve que c'est très heureux que les interviewer distinguent, distinguent bien la réussite d'une vie réussie. C'est-à-dire que alors que la société nous pousse à réussir à tout prix, que la société nous pousse à faire superposer les réussites et la vie réussie, alors que grande est la pression quand même sur les épaules des enfants en ce temps de reprise scolaire et que fleurissent les manuels, comment aider votre enfant à réussir, les meilleurs outils de la réussite scolaire et cetera et cetera. Et bien cependant, cette sagesse, je dirais presque populaire est là qui distingue parfaitement la réussite d'une vie réussie. Et dans les sondages, par exemple, la réussite professionnelle, en tout cas dans un sondage de 2017, et bien la réussite professionnelle apparaissait bien après la famille, l'amitié, le temps libre, et cetera. Donc vie réussie et réussite ne se superpose pas.

Van Gogh : Portrait d'un échec annoncé ?

Pour autant dans l'esprit général, une vie réussie c'est souvent une vie qui coche plus ou moins toutes les cases. C'est-à-dire que c'est souvent une vie qu'on considère comme harmonieuse, équilibrée, un peu de famille, un peu d'amis, un bon travail, du temps libre, des vacances et cetera et cetera. Alors si l'on considère les choses ainsi, oui, les auteurs de cette revue ont raison. La vie de Vincent Van Gogh fut un complet échec. Et c'est vrai, c'est vrai que la vie de Vincent Van Gogh est particulièrement émouvante.

Pourtant, sa vie pouvait paraître prometteuse en tout cas, je dirais par le cadre de sa naissance. Il est né, vous le savez, dans une famille pastorale en Hollande au milieu du 19e siècle. Alors, je ne sais pas si naître dans une famille pastorale est une chance. Voilà, je laisse mes enfants se prononcer sur la question. Voilà, mais en tout cas, pour l'époque, c'était en tout cas naître dans un milieu suffisamment favorisé pour pouvoir avoir accès à l'école, pour pouvoir apprendre à lire, pour pouvoir réfléchir au sens de sa vie. Voilà, c'était grandir loin des misères physiques des ouvriers ou des paysans de l'époque. En plus sa famille était très ouverte sur l'art et c'est d'abord dans une galerie d'art que Vincent Van Gogh est envoyé à 16 ans lorsqu'il lui faut commencer à travailler.

Mais la vie de Vincent va aller de d'échec en échec, il faut bien le dire. Après des débuts prometteurs dans le monde de l'art où il est même augmenté, une déception amoureuse le fait tomber dans une profonde dépression. Premier échec amoureux et premier échec professionnel puisqu'il est incapable alors de travailler et qu'il se voit congédié.

Après une période où il donne des cours, il tâtonne quant à son avenir, alors il est de plus en plus habité par une ardeur de foi qui l'incite à devenir pasteur comme Louis vous l'a raconté. Mais peut-être que l'ombre de son père et de son grand-père pesait trop lourdement sur ses épaules puisqu'il a échoué donc dans ses études de théologie. Quand cela ne tienne et Louis vous l'a dit aussi, il a persisté et est parvenu à force de persuasion à être envoyé en tant qu'évangéliste dans la région du Borinage auprès des ouvriers miniers. Là encore, un échec cuisant. Ces messieurs de l'institution ne furent pas tendres avec lui, s'ils ont reconnu son grand cœur, ils ont dit qu'il n'avait vraiment pas le don de la parole.

En amour non plus, ce ne fut pas vraiment réussi. Après son expérience dans le Borinage, il est tombé amoureux d'une cousine, mais qu'il l'a rapidement conduit. Alors, il a abrité chez lui une femme qui venait de la prostitution avec ses enfants. Il a même envisagé de se marier avec elle, mais les pressions familiales de part et d'autre étaient fortes et la misère dans lesquelles dans laquelle ils vivaient tous les deux était aussi très importante. Cette relation donc n'a finalement pas abouti. Cependant, je dirais que cet amour, aussi compliqué qu'il fut, malgré les difficultés matérielles et les pressions familiales, cet amour qui s'est donc terminé par une séparation, n'a sans doute pas été un échec complet car les Vincent écrit de très très belles lettres sur cette femme lorsqu'il vit avec elle, des lettres d'amour où il exprime où il dit qu'il se sent simplement chez lui au côté de cette femme.

Alors les auteurs de l'article auraient peut-être pu dire quand même que Vincent Van Gogh avait réussi en peinture. Mais ce succès, il est vrai que l'artiste ne l'a pas connu. Durant son existence et bien il a vécu de manière très difficile. C'était très difficile sur le plan matériel, il était, vous le savez financièrement entretenu par son frère Théo qui lui envoyait de l'argent régulièrement et à qui il renvoyait très scrupuleusement la liste de toutes ses dépenses. Il désespérait de parvenir à vendre, il écrit c'est une perspective assez triste de devoir se dire que jamais peut-être la peinture que je fais aura une valeur quelconque. Il l'écrit encore, je n'y puis rien si mes tableaux ne se vendent pas. Le jour viendra où l'on verra que cela vaut plus que le prix de la couleur et de ma vie, en somme très maigre.

Bon, de temps en temps, Vincent Van Gogh parvenait à conserver l'espoir et espérait encore que peut-être un jour il serait reconnu. Malheureusement, ce jour-là, il ne l'a pas connu. Matériellement, donc, je vous l'ai dit, c'était pour lui très difficile. Et lorsqu'il est parti à Arles, lorsqu'il a voulu fonder un atelier d'artiste avec d'autres peintres et qu'il a réussi à convaincre Gauguin de le rejoindre, et bien là aussi, il faut le dire, échec complet puisque Vincent avait des crises plus ou moins d'hallucination et cetera et que à la suite d'une dispute avec Gauguin, il se coupe l'oreille, et donc que Gauguin repart après quelques semaines à peine de tentative de vie partagée. Et la suite de son existence à Arles, puis à Saint-Rémy, puis à Auvers-sur-Oise est marquée par la maladie, par des temps où il est submergé par les épisodes hallucinatoires, d'autres où il est pris par des accès de mélancolie terribles. L'un et l'autre donnant lieu à des hospitalisations voire des internements d'office. Voilà une vie donc qui fut particulièrement difficile.

Au-delà de l'échec, la lumière d'une œuvre

Et si l'on se dit qu'une vie réussie, je reviens à notre question, voilà après le chemin dans la vie de Vincent Van Gogh. Si l'on se dit que une vie réussie, c'est une vie où on coche plus ou moins toutes les cases, et bien on peut dire oui que Vincent Van Gogh a échoué. Non, il n'a pas réussi ni sur le plan humain, ni sur le plan relationnel, ni sur le plan amoureux, ni sur le plan professionnel et même sur le plan de l'art en son temps, et bien tout semble un échec et oui, les auteurs de cette revue ont raison, la vie de Vincent Van Gogh n'a coché aucune case.

Et pourtant, pourtant, peut-on dire de la vie de Vincent Van Gogh qu'elle fut un échec ? N'aurait-il laissé qu'une seule de ses toiles que sa vie ne serait-elle pas déjà une réussite dans la lumière, dans la sublimation du réel qu'elle donne à apercevoir. Et je ne suis pas d'accord avec les auteurs de cette revue. Je crois, comme je vous le disais, qu'une journée vaut 1000 ans aux yeux de Dieu et je crois qu'une seule des journées de peinture et de joie que Vincent a connu lorsqu'il était occupé à peindre et il aimait profondément cela, il était animé par le désir de créer, je crois qu'une seule de ces journées est en soi déjà une réussite.

Vincent qui a eu des hauts et des bas dans sa foi, il a eu aussi des jours, des jours de doutes, c'est vrai, des jours de tristesse, des jours de larmes, des jours de maladie, mais il a eu aussi des jours où il était porté par une incroyable espérance qui transfigurait sa vie, qui lui permettait de regarder l'existence d'un autre regard avec ses belles couleurs qui comme le disait Louis, transforme une petite église de campagne en un bijou, un coucher de soleil en un feu ardent d'espérance.

Le regard qui juge : Qui peut définir le succès d'une vie ?

Alors qui peut dire ? Oui qui peut dire qu'une vie est réussie. Quel regard serait un juste miroir sur nos vies ? Est-ce les autres qui disent si ma vie est réussie comme les auteurs de cet article qui disent que la vie de Vincent Van Gogh fut un échec complet ? Non, bien sûr que non parce que personne ne peut juger l'autre de l'intérieur. Nous ignorons tout de ses émotions, de ce qui l'habite, de ce qu'il ressent, du pourquoi de ses actes.

Alors, est-ce nous-même qui serions les bons juges d'une vie réussie ? Alors, je ne sais pas pour vous, mais moi je crois que nous sommes plutôt de terribles juges pour nous-même. Nous peinons quand même bien souvent à trouver grâce à nos propres yeux. Il y a toutes ces petites voix intérieures de l'injonction, tu devrais, tu aurais dû, recommence, des petites voix parfois terribles, des petites voix du remord ou du regret, si j'avais su, j'aurais fait ceci et cetera. Il n'est pas certain du tout que nous soyons aussi bien placés pour juger si notre vie est réussie ou non.

Alors Van Gogh lui-même, c'est vrai, n'était pas tendre sur son existence, il était tout à fait conscient de ses faiblesses, de sa maladie et certaines de ses lettres sont poignantes. Mais son regard était aussi et c'est cela peut-être le plus triste, c'est que son regard était nourri de ce que les autres disaient de lui. Il dit, il écrivait \"Je me sens vieux chaque fois que je songe que la plupart des gens qui me connaissent me considèrent comme un raté.\" Donc finalement, le regard qu'il posait sur lui-même, un regard parfois découragé, était nourri du regard des autres sur son existence et c'est vrai que ses parents s'arrachaient les cheveux, ils ne savaient plus à quel saint se vouer, bien qu'il n'y ait pas de saint chez le protestant, mais voilà, par rapport à ses errances professionnelles. Mais pourtant, à d'autres moments, il dit qu'il se sent comme une énergie nouvelle, que la vie est devant lui, qu'il lui reste peut-être 30 ans à vivre et qu'il a encore temps à accomplir.

La Bible face à la quête de réussite

Alors oui, je crois que personne ne peut juger de la réussite d'une vie, ni les autres, ni nous-même. Alors qui le peut ? Dieu lui-même. Oui mais si moi-même je vois des failles dans ma vie, alors comment Dieu lui me jugera-t-il? Et bien fort heureusement, je crois que la Bible vient nous délivrer. Enfin, je le crois, je crois que la Bible vient nous délivrer de cette question et que cette question est une mauvaise question, une question qu'il ne faut pas nous poser.

Que c'est une question finalement très narcissique. Est-ce que je réussis ma vie ou est-ce que je ne la réussis pas ? Que c'est un dialogue infini avec nous-mêmes, un dialogue très autocentré, quelque chose qui me fait tourner en rond sans cesse avec moi, qui me met une pression de dingue, finalement, il faut que je réussisse ma vie. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Je vous disais, qu'est-ce que ça veut dire une vie réussie lorsqu'on échoue ? Qu'est-ce que ça veut dire une vie réussie lorsqu'on traverse la maladie, l'épreuve ? Qu'est-ce que ça veut dire une vie qui s'éteint plutôt que prévu, étant tant de choses ? Et puis dans toutes nos vies, ce n'est jamais noir et blanc. Il y a des réussites et des échecs, il y a des succès et des moments difficiles. Rien n'est jamais noir et blanc. Et parfois voilà, nous avons une belle vie amoureuse et plus difficile sur le plan professionnel et à d'autres moments c'est l'inverse, rien n'est jamais équilibré dans nos existences.

Cette question, elle est terrible parce qu'elle fait peser un jugement. Elle relève du jugement que ce soit sur les autres finalement ou sur soi-même et elle nous place en comparaison les uns les autres parce qu'une vie réussie oui mais réussi par rapport à qui ? par rapport à quoi ? Ma vie est-elle plus réussie que celle des autres, que celle de mon voisin ?

Et bien la Bible, elle, ne nous parle pas de vie réussie. Elle nous parle de grâce. Elle nous parle d'être aimé pour ce que nous sommes, avec nos réussites et avec nos ratés, avec nos failles et avec nos joies, avec nos larmes et avec nos fou rires. Je crois que si nous pensons cette question, réussir notre vie au regard de Dieu, et bien alors nous ne pouvons que tomber, car si Dieu est celui qui pèse nos réussites et nos échecs pour évaluer nos vies, quelle pression finalement, quelle peur, quelle angoisse.

Et d'ailleurs, dans la Bible, si on se réfléchit un petit peu, de quel personnage pourrait-on dire que la vie a été réussie ? Je sais pas à qui vous à qui vous pensez ou vous diriez tel personnage biblique a vraiment bien réussi sa vie. Abraham, peut-être, parce qu'il a su se mettre en route à un âge canonique, il a espéré encore et encore. Peut-être, oui, mais je dirais non, parce qu'il a aussi été incapable de gérer les jalousies entre Sarah et Agar. Il a même renvoyé dans le désert Agar et Ismaël qui ont manqué d'eau, qui auraient pu mourir. C'est ça une vie réussie ?

Alors David, David le roi conquérant, oui, il nous a légué les belles prières des psaumes, mais il a fait aussi tuer Hurie en première ligne pour pouvoir batifoler avec sa femme Betsabée sans culpabilité. C'est ça une vie réussie, une vie de pouvoir qui permet de prendre la vie de l'autre ? Alors Salomon, le roi de tous les fastes, mais est-ce qu'avoir tant de choses, c'est réussir sa vie ? Dans le livre de l'Ecclésiaste qu'on attribue, alors c'est certainement une légende, mais qu'on attribue à Salomon, et bien l'écrivain semble plutôt désabusé.

À l'inverse, alors, on peut peut-être réfléchir s'il y a des personnages dont la Bible dit que la vie fut ratée. Alors il y a un personnage à qui cela colle un peu à la peau, c'est le personnage de Judas. Mais cette trahison, cette trahison de Judas, est-ce que c'est toute la vie de Judas finalement ? Est-ce qu'il n'y a pas eu avant des années d'amour, de fidélité dans cette suivante du Christ ? Et Jésus n'aurait-il pas été arrêté de toute façon ? Alors faut-il donc ne regarder Judas qu'au regard de cette trahison ?

Alors nous pouvons peut-être penser à Paul l'apôtre. Et bien, oui, Paul qui a évangélisé, qui a lancé le christianisme, oui bien sûr, mais Paul aussi qui a persécuté les premiers chrétiens, qui a assisté aux meurtres d'Étienne et cetera. Paul qui a été persécuté pour sa foi, qui a été battu à coup de fouet, emprisonné. Je ne sais pas si on peut dire que cela est une vie réussie. Paul qui confesse lui-même avoir une épine dans la chair, comme vous l'avez entendu.

Alors je crois que oui et contrairement à ce qu'on trouve parfois sur le net parce que si vous allez sur le net, vous verrez qu'il y a des sites où on vous propose de lire la Bible pour bien réussir votre vie et donc d'y trouver des tas de conseils pour bien réussir votre vie. En tout cas, moi je crois que personnellement ce n'est pas la question biblique. Je crois que lorsqu'on y parle de réussite dans la Bible et bien les récits bibliques se font même un malin plaisir de renverser les catégories de pensées. Vous l'avez entendu, vous voulez réfléchir en terme de réussite, Pierre dit bah on t'a suivi, on a tout abandonné pour toi, on aimerait bien avoir quelques lauriers ensuite. Jésus lui dit \"Ouh là là, mais souviens-toi, les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers. Donc si on veut penser en terme de réussite devant Dieu, et bien Dieu renverse toutes nos catégories de pensées.

Porter du fruit : Une autre vision de l'existence

Je crois que la question de la Bible, ça n'est pas la réussite de nos vies, la question de la Bible, c'est de nous découvrir simplement aimés devant Dieu, tel que nous sommes. Et s'il y a un message biblique, c'est celui de nous décrisper de cette question pour vivre dans l'esprit de Dieu et donner tout ce que nous pouvons. Je crois que s'il y a une question biblique, ça serait plutôt celle de porter du fruit. Vous l'avez entendu, Jésus appelle ses disciples à porter du fruit, des fruits d'amour, des fruits de joie, des fruits d'espérance. Cela est beaucoup plus intéressant de réfléchir comment porter du fruit, comment faire grandir la vie, comment faire grandir l'amour plutôt que de réfléchir si notre vie est réussie ou non.

\"Le Semeur\" de Van Gogh : une parabole d'espérance

Alors, je vous propose de terminer avec un joli tableau de Van Gogh que vous avez peut-être sous les yeux qui vous a été distribué à l'entrée, un tableau qui s'intitule Le semeur. Alors il y a deux tableaux. Van Gogh a réalisé plusieurs tableaux du semeur, mais ces deux-là datent de l'année 88, lorsqu'il était donc à Arles. Et voilà le semeur qu'il réalise. Donc le premier semeur, celui que vous avez en haut, c'est un tableau dont le pape Léon XIV a dit que pour lui, il représentait l'espérance. Alors pourquoi pour le pape Léon XIV, le nouveau pape donc, ce tableau représente-t-il l'espérance ? Et bien parce que le semeur sème, mais derrière, on voit le blé qui est déjà mûr. Donc quelque part, et bien, ce tableau dirait, le message de Van Gogh serait un peu que voilà ce que la parole de Dieu porte des fruits, la parole semée portera nécessairement des fruits et cela nous fait entrer dans l'espérance.

Mais je vous invite à nous intéresser peut-être d'un peu plus près à ce dernier tableau, ce semeur du bas là que vous voyez, ce tableau qui date de novembre 88. C'est un très beau tableau parce qu'il un tableau qui évoque, comme vous le voyez, le soleil couchant ainsi que dans l'autre tableau et qui pourrait peut-être paraître un peu voilà déprimé, nous faire penser au soir de notre vie et aux réussite ou non de notre existence. Et bien pourtant, ce soleil couchant irradie tout le tableau d'une lumière incroyable. Et le ciel est jaune, jaune de cette lumière immense. Alors ce disque solaire représente-t-il pour Van Gogh Dieu ? C'est possible. En tout cas, cela fait partie des interprétations.

Ce semeur que vous voyez, il reste dans l'ombre, on ne voit pas son visage. C'est un semeur que Van Gogh a repris de Jean-François Millet, le peintre, il a repris son dessin du du semeur, il était très inspiré par le peintre Millet. Mais donc ce semeur qui reste dans l'ombre, il a quand même quelque chose de particulier, je ne sais pas si vous le voyez. Ce qu'il a de particulier, c'est que ce soleil forme comme une auréole au-dessus de sa tête. Peut-être pour nous dire, alors, on peut l'interpréter de différentes manières. On peut se dire que et bien, ce semeur, c'est peut-être la figure du Christ qui sème sa parole, à moins que Van Gogh ne cherche à sanctifier les choses de la vie ordinaire et nous dise que nous pouvons trouver du sens, de l'espérance même dans ce geste simple des semailles.

En tout cas, ces semailles nous donnent à espérer puisque devant ce semeur, vous voyez un grand arbre, voilà un arbre qui paraît d'une certaine manière mort et pourtant pourtant il y a des fleurs, il y a des bourgeons qui qui émergent, qui poussent et peut-être que cet arbre peut nous faire penser. Alors là, c'est moi qui interprète mais peut nous faire penser au bois de la croix de Jésus. Jésus dont la vie ne fut pas vraiment une réussite puisqu'il est mort sur la croix mais dont la vie pourtant a porté du fruit jusqu'à nous aujourd'hui encore. Et puis vous voyez que toutes les couleurs sont transfigurées. La terre est bleue comme si le ciel était sur la terre, comme si voilà, les couleurs du ciel étaient transposées sur la terre. C'est peut-être à cela que le peintre nous appelle, non pas à chercher à réfléchir si notre vie est réussie ou non, mais plutôt à transfigurer notre vie d'espérance, de joie et d'amour."

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