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56, avenue de la Grande-Armée, 75017 Paris

La Réforme : un accident de l'histoire ?

Dimanche 26 octobre à 10h30
Raphaël Georgy
Église protestante unie de l'Étoile à Paris

La Fête de la Réforme : Au-delà du Mythe de Luther

Dans quelques jours, le 31 octobre, les Protestants vont célébrer comme chaque année la fête de la Réforme, ou si vous voulez briller dans les dîners en ville, la réformation. Alors, ce jour en 1517, Luther publia ses ses 95 thèses à propos du commerce des indulgences, qui permettait contre argent sonnant et trébuchant de se voir remettre des années au purgatoire.

Comme chaque année, on donnera des conférences, des enseignements sur les enseignements de de la vie de Luther. Les protestants ont abandonné le culte des saints, mais chaque année, le grand héros, c'est Luther. Celui qui a réformé l'église contre les abus de son temps, qui a tenu tête au pape lui-même, qu'il considérait comme le premier des antéchrists, la figure du mal et de la tromperie par excellence. Les protestants font souvent de Luther une figure pieuse, un modèle de bravoure, un résistant.

Une Histoire de l'Église en Accéléré : Le Protestantisme 2.0 ?

Pour beaucoup, l'histoire de l'église, pour beaucoup de protestants, je veux dire, l'histoire de l'église commence à Jésus, va jusqu'à l'apôtre Paul, parfois s'étend un petit peu jusqu'à à Saint-Augustin au 5e siècle dans le meilleur des cas. Puis elle disparaît brutalement, cette histoire de l'église, pour ressurgir au 16e siècle dans la gloire et la victoire de Luther.

On se dit réformé comme si les protestants étaient des chrétiens augmentés 2.0, qui avaient été mis à jour, corrigés des erreurs moyenâgeuses, les autres étant considérés comme des esprits faibles qui ne pourront que reconnaître la lumière dès qu'ils la verront. Ce ne serait qu'une question de temps. On croit que les différences de doctrines s'expliquent principalement par des différences d'information, et surtout de de ne pas avoir de de mauvaise information. Pire, on attribue à tort à Luther des éléments modernes qui ne viendront qu'après lui et même qu'après Calvin.

Réformer, c'est Restaurer : Le Vrai Sens de la Réforme du 16e Siècle

Alors, pourquoi commémorer la réforme alors que des éléments essentiels du protestantisme moderne ne ne ne doivent rien ni à Luther, ni à Calvin ? Nous allons être essayer de mettre les choses au clair pour savoir finalement quelle est vraiment notre dette à l'égard de Luther et quelle leçon en tirer pour aujourd'hui. Dis-moi quelle est ton histoire et je te dirai qui tu es.

On se trompe souvent en réalité sur le vrai sens de la réforme de Luther et de Calvin. La réforme de Luther est bien une restauration. Autrement dit, un retour en arrière, ce n'est pas un bon en avant. Restaurer un christianisme qui se corrompait. De l'étymologie, on peut revenir au latin, reformare en latin, rétablir dans l'ancienne forme. Mais il a pris depuis le sens, un autre sens, celui d'améliorer bien sûr. Il y a plusieurs sens.

La réforme n'est pas toujours synonyme donc de progrès ou de modernisation. Nombre de réformes religieuses dans l'histoire ont d'abord été des mouvements de retour aux sources, voire de raidissement doctrinal, des réformes donc à tendance fondamentaliste. La réforme de Luther et de Calvin ne cherchait pas à introduire des idées nouvelles. Au contraire, ils voulaient épurer le christianisme des ajouts accumulés au fil du Moyen-Âge et revenir à la pureté de l'évangile, tel que compris dans l'église ancienne. Luther s'inspirait de Paul, de Saint-Augustin et d'autres pères de l'Église. Calvin citait abondamment ses pères de l'Église pour légitimer que ses positions n'étaient pas novatrices mais bien enracinées dans la tradition ancienne. Dans leur perspective, la réforme n'était pas une révolution vers un futur inconnu, mais un retour en arrière vers une authenticité perdue.

Une Réforme Conservatrice : Retour aux Sources et Austérité

Il faut bien le reconnaître, la réforme protestante est donc fondamentalement conservatrice sur le plan doctrinal. Un effort pour rétablir la vraie doctrine par rapport aux innovations, la théologie scolastique, le culte des saints et les indulgences surtout, jugées déviantes. Calvin est est allé encore plus loin puisqu'il est revenu à l'organisation de l'église des tout premiers siècles dans la simplicité évangélique, en se croyant en quelque sorte plus pur que les autres.

Et c'est là que l'histoire des religions est intéressante. Nous avons le même type de retour en arrière dans des courants par exemple de l'islam, le le salafisme, le wahhabisme. On on idéalise un âge d'or, des pieux ancêtres, c'est la signification en arabe de As-Salaf, et on on cherche à imiter les premiers et cette imitation tourne parfois au concours de virtuosité dans la foi. C'est à celui qui affichera la mine la plus austère. Je suis obligé de reconnaître que Calvin n'aimait ni la musique, ni les images, ni la danse. Bon, ça fait quelques points communs avec ces courants de l'islam. Et comme ce fut le cas dans ma région d'origine dans le pays de Montbéliard où la danse et la musique étaient interdites sous l'influence du réformateur. Tout ce que ce genre de réformes ont à apporter donc, c'est un monde en noir et blanc. C'est un point commun troublant.

Mais le problème c'est que c'est toujours impossible de reconstituer fidèlement l'histoire. Et c'est bien le sens de l'histoire qui qui distingue d'un côté ces mouvements de réforme du reste de leur tradition, car les données historiques sont sont invérifiables, elles sont lacunaires celles dont nous disposons. On ne peut pas imiter, nous n'avons pas de films, nous ne savons pas comment ils s'habillaient précisément ou on a des indices mais c'est très parcellaire. Donc cette quête de pureté est à mon avis vaine.

Les Limites du Retour en Arrière et l'Évolution Silencieuse de l'Église

Mais ça pose un deuxième problème. Comme si Dieu avait cessé d'inspirer les humains après la révélation principale. Regardez l'Église catholique. Elle ne prétend pas officiellement avoir subi de grandes réformes, de grandes révolutions et pourtant elle a avancé sur des points décisifs ces derniers siècles. D'abord la mise à disposition, je citerai que quelques exemples. La mise à disposition des fidèles de la Bible, traduite dans la langue de tous les jours. C'était un cheval de bataille de Luther. Et c'est devenu la norme dans le catholicisme.

La liberté de la recherche théologique consacrée par Vatican II. La fin d'un anti-judaïsme multiséculaire et primaire. La valeur de la conscience individuelle, même si en catholicisme, elle est toujours éclairée par je cite les enseignements autorisés de l'Église. L'abandon de la peine de mort, déclarée inadmissible en 2018. Et pour terminer, la doctrine de la justification. Le nœud au 16e siècle. Nous avons eu en 1999 la déclaration commune sur la doctrine de la justification, un document signé au plus haut niveau par les autorités luthériennes et catholiques et qui rapproche au maximum de ce qu'ils ont pu les doctrines catholiques et luthériennes sur ce différent théologique central du 16e siècle. Tous ont admis que la grâce de Dieu était première, que le croyant était justifié sans condition. Mais bien sûr, il reste des petites différences, des des différences sensibles et importantes, on ne les néglige pas, sur la manière dont la justification s'opère, notamment la valeur des bonnes œuvres.

Donc la doctrine catholique n'est pas figée, elle a continué à mûrir patiemment, sans grandes réformes spectaculaires.

La Réforme comme Mode d'Action : Le Risque de l'Émiettement Protestant

À l'inverse, certains protestants se sont fait une spécialité de de la réforme, je dirais, un mode d'action. Dès qu'un pasteur n'est pas d'accord avec son église, il a tendance à créer sa propre communauté dans un émiettement infini. C'est le principe des mouvements du réveil où le moindre désaccord doctrinal peut aboutir à une scission. Alors certes, on peut difficilement l'empêcher surtout quand on prêche ici la liberté, mais on est obligé de constater que cette quête de la pureté tourne souvent, pas toujours mais souvent, à la simplification théologique. Une réduction à quelques slogans qui tiennent lieu de théologie. Autrement dit, un appauvrissement intellectuel, et souvent une incapacité à dialoguer avec les autres croyants, surtout ceux de sa propre religion.

Et si l'Essentiel n'était pas dans l'Événement ?

Alors, je le disais, des éléments essentiels ne viennent pas de la réforme, alors qu'ils constituent aujourd'hui l'identité du protestantisme moderne. Présenter l'histoire de l'église comme si elle allait de Jésus à Augustin et de Luther à nos jours, c'est nier l'inspiration divine qui agit dans le cœur de chacun. Et justement le premier texte que nous avons lu dans le premier livre des Rois est éclairant sur la manière dont Dieu se rend présent. Le texte nous dit que l'Éternel n'était ni dans la grande bourrasque, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans un son doux et subtil. Ce texte déplace notre regard des grands événements comme nous avons aujourd'hui avec la réforme pour nous rendre attentifs aux choses plus discrètes, sous la surface, aux évolutions imperceptibles, si discrètes qu'elles passent sous les radars. Et si l'essentiel de la réforme n'était pas la réforme elle-même ?

L'Héritage Post-Réforme : Ce que le Protestantisme Moderne ne Doit Pas à Luther et Calvin

En réalité, cet héritage a continué à vivre et à évoluer, si bien que des éléments essentiels ne viennent ni de Luther ni de Calvin. Ils sont le fruit de développements postérieurs à la réforme du 16e siècle. Et si Luther et Calvin ont redéfini des doctrines clés, il reste homme de leur temps sur bien des points, et plusieurs valeurs et pratiques aujourd'hui chères au protestantisme se sont forgées plus tard, parfois en réaction même aux rigueurs des réformateurs.

D'abord, la liberté de conscience. Luther était contre le libre arbitre, la capacité de l'homme, il pensait que l'homme était incapable en dernier ressort de de choisir entre le bien et le mal et de s'améliorer par ses propres forces. Il rejette la notion de libre arbitre qu'il appelle plutôt le serf arbitre, la servitude de la volonté. Selon lui, à cause du péché originel et de la dépravation totale du cœur humain, la volonté humaine n'est pas capable de choisir le bien. Nous sommes esclaves d'une puissance qui domine entièrement notre volonté, incapable de nous tourner vers Dieu. Pour Luther, la foi d'ailleurs est la seule œuvre que Dieu fait en nous sans nous. Ce n'est pas un choix vraiment personnel. Seule la foi pour Luther agit par la grâce de Dieu, peut sauver l'homme. Et donc il s'oppose frontalement par exemple à la position d'Érasme, l'humaniste, qui défendait une forme minimale de libre arbitre où l'homme conservait une petite capacité de de choisir le bien pour son salut. C'est au terme d'un long échange donc avec la société et les courants philosophiques des Lumières en Europe que le protestantisme a intégré la liberté de conscience.

Deuxièmement, la tolérance et le pluralisme religieux. Oui, en effet, ce n'est pas un acquis de la première réforme, c'est peu de le dire. Il n'y avait pas de laïcité à Genève. Luther et Calvin étaient favorables à augmenter l'emprise du religieux sur la société. Et c'est ce qu'a fait Calvin dès qu'il en a eu l'occasion par le Conseil de la ville de Genève. Une anecdote qui m'avait été rapportée par le professeur d'histoire Pierre-Olivier Léchot, racontait que lorsque un couple souhaitait divorcer, à Genève, dans la Genève de Calvin, les époux étaient enfermés ensemble dans la même cellule et partageant le même couvert pour manger. Histoire de les inciter à revoir leur prétention à la liberté.

Calvin demande la tolérance au roi de France pour le protestantisme, mais il se garde bien de l'appliquer à Genève. À l'époque, quand une ville passait à la réforme, la messe catholique était systématiquement et tout bonnement interdite. Au 16e siècle, Luther et Calvin étaient loin d'être tolérant d'ailleurs avec leurs propres dissidents. Luther approuva la répression des anabaptistes qui deviendront les mennonites, et Calvin laissa exécuter Michel Servet pour hérésie. Il a fallu des esprits critiques comme Sébastien Castellion pour introduire l'idée que la Bible peut avoir plusieurs interprétations et qu'il faut respecter la conscience individuelle. Castellion est souvent considéré comme un précurseur de la tolérance et de la liberté de pensée en s'opposant à Calvin au nom de la miséricorde chrétienne. Ses idées ne porteront du fruit que bien plus tard, après les guerres de religion, quand l'Europe fatiguée des conflits commencera à envisager la coexistence confessionnelle.

Ensuite, le rapport à la raison et à la science. De même, ce rapport a évolué énormément après la réforme initiale. Au 18e siècle, le courant des lumières a imprégné les élites protestantes d'une philosophie plus rationaliste et humaniste, qui a donné naissance à un christianisme plus libéral. C'est ce qu'on appellera cette la théologie libérale justement du théologien allemand Friedrich Schleiermacher au 19e siècle, qui repense la foi chrétienne en accord avec la sensibilité moderne.

Autre élément, la lecture historique et critique de la Bible. C'est un développement bien postérieur à Luther là aussi. Luther prônait le retour certes à l'écriture seule, mais il lisait la Bible dans une optique de foi traditionnelle, convaincu de son inspiration littérale. Et ce n'est qu'au 19e siècle qu'en Allemagne émergera la critique biblique moderne. On applique au aux textes sacrés les mêmes méthodes que pour les textes profanes, notamment avec l'école de de Tübingen. Là encore, c'est une transformation silencieuse, de long terme, et non un don direct des réformateurs qui définit le protestantisme actuel, du moins une bonne partie.

Et on pourrait multiplier les exemples rapidement, l'abolition de l'esclavage, le rôle des femmes dans les églises aujourd'hui, pasteurs, théologiennes, leaders laïques dans beaucoup de communautés protestantes, qui sont le fruit des évolutions des 19e et 20e siècles, alors que à l'époque de Luther c'était tout bonnement inconcevable. De même, l'engagement œcuménique, le dialogue interreligieux ne trouve pas leurs sources chez les réformateurs du 16e siècle. C'est surtout pas mais bien dans un long cheminement au 20e siècle vers plus de fraternité.

Et pour terminer, un détail ou pas, la musique. Si on était resté à Calvin, on chanterait toujours des psaumes à une seule voix, sans aucun instrument de musique. Luther lui-même a plutôt mis la pédale douce sur l'orgue en l'incitant à ne pas être un mugisseur sans intelligence. La réforme de 1517 alors apparaît comme l'origine de l'identité protestante mais c'est pas vraiment cela, c'est c'est plutôt une étape comme vous le voyez, une étape certes décisive, dans une histoire plus longue et plus complexe.

Pour une Juste Mémoire : Éviter les Caricatures et Reconnaître les Échecs

Alors quels enseignements en tirer pour une juste mémoire aujourd'hui ? D'abord, éviter les caricatures pour cesser avec un anti-catholicisme primaire et rendre justice à Luther. Luther ne se voyait pas comme le fondateur d'une nouvelle religion, d'une nouvelle église. Les 95 thèses sont d'abord un débat. Je vous rappelle qu'elles sont publiées en latin, la langue de l'université, surtout pas pour faire une polémique dans les médias. Luther n'était pas anti-catholique, il s'inscrivait dans le christianisme d'Occident. Il s'opposait certes au pape, mais il était si peu anti-catholique qu'il a lui-même appelé à la tenue, l'ouverture d'un nouveau concile.

Alors qu'en 1517 lorsque Luther publie ses thèses, le concile de Latran 5 vient tout juste de s'achever, un concile long et compliqué, et Luther appelle à un nouveau concile, à remettre le travail sur le métier. Ce qui va rouvrir les débats. De fait, sans Luther, le concile de 30 n'aurait pas eu lieu. Certes, Luther, oui, n'est pas pour la liberté de conscience absolue, vous l'avez compris, mais il a fait quand même preuve d'une extraordinaire indépendance d'esprit. Appuyé sur la conviction que le chrétien est à la fois libre et esclave, éclairé par les enseignements de la Bible. Cette liberté par rapport à la loi dont parle Paul dans l'épître aux Galates que nous avons lu, je cite, \"Car en Jésus-Christ, ce qui a de la valeur, ce n'est ni la circoncision ni l'incirconcision, mais la foi qui est agissante par l'amour.\"

Tout cela lui donne une extraordinaire force intérieure pour résister aux autorités de son temps. Il fallait un certain courage qui est reconnu d'ailleurs même par les catholiques. Tout le sérieux avec lequel on voit ensuite, pardon, tout le sérieux pour bien être précis, avec lequel l'Église catholique a considéré l'affaire Luther. Le fait qu'elle ait envoyé un de ses meilleurs théologiens, le cardinal Cajetan, pour discuter avec Luther en octobre 1518. Certes, euh ce sera un échec, ils ne parviendront pas à se comprendre, les deux ayant des des cultures et des formations différentes, mais à noter que dans dans ce dans ce cet échange entre Luther et le cardinal Cajetan, nous n'avons à ma connaissance que le récit de Luther. Et l'histoire en quelque sorte a été écrite par les protestants sur cet épisode. De ce point de vue, il s'agit d'un échec collectif, une occasion manquée, un malentendu, une une occasion manquée de de rencontre et de compréhension.

Comment être Fidèle à la Réforme Aujourd'hui ?

Alors, comment être fidèle à la réforme aujourd'hui ? Et ben d'abord en en connaissant bien l'histoire pour en tirer les justes conclusions. Luther a bien distingué dans ses 95 thèses ce contre quoi il s'opposait. La liberté, il a pris une liberté par rapport à ce qui était communément admis. Et donc, si vous pensez pouvoir apporter quelque chose, éclairer les autres, alors il faut prendre la parole et exercer cette liberté d'expression y compris et surtout dans la religion aujourd'hui. Un autre enseignement c'est que il faut on accepte toujours d'être bousculé, d'être mis en mouvement, se corriger soi-même, se réformer soi-même, et accepter la remise en question.

Parce que dans dans les églises protestantes et comme dans beaucoup de communautés religieuses aujourd'hui, la pluralité des expressions fait que on ne sait jamais ce que l'autre que l'on rencontre en face de soi croit. On est d'abord à l'écoute quand on rencontre un autre chrétien. On ne part jamais du principe que l'autre croit de la même manière. Les églises protestantes modernes ne sont pas des endroits rassurants où l'on trouverait des gens qui nous ressemblent, mais elles ont vocation à être accueillantes, où le commun des lieux où le commun se recrée sans cesse avec les nouveaux venus.

Au-delà de l'Événement : La Puissance des Transformations Silencieuses

Et pour terminer, j'aimerais prendre un peu de recul. En réalité, cette obsession de l'événement, vous voyez, j'ai j'ai mis en perspective la l'événement de la réforme par rapport à tout ce qui s'était produit après. Notre en réalité, notre obsession de l'événement est typiquement occidentale. C'est ce que montre le philosophe François Julien, spécialiste de la pensée chinoise, pour qui un messie venu comme un événement tombé du ciel est tout simplement inaudible dans la pensée chinoise. Une pensée chinoise dans laquelle les transformations silencieuses sont l'essentiel. On y lit l'histoire totalement différemment. On va voir l'essentiel où là où où ça où cela bouge en continue, sous la surface, et non pas dans les grands événements spectaculaires des films américains. Donc ne soyons pas comme les enfants de dont le regard est happé par le mouvement. L'essentiel n'est pas dans les événements spectaculaires.

Aujourd'hui, les protestants honorent la mémoire de Luther et de Calvin tout en vivant une foi et des pratiques largement modelées par l'après-réforme. Ils chantent \"C'est un rempart\", le cantique de Luther, tout en défendant la liberté religieuse chère à Castellion et John Locke. Ils lisent la Bible comme seule autorité, tout en la soumettant à l'analyse historico-critique héritée du 19e siècle. Ils sont les héritiers d'une histoire vivante, faite de continuité et de changement. Probablement que Luther ne se reconnaîtrait pas dans le protestantisme moderne avec ses femmes pasteurs, sa liberté de conscience, la recherche historique et critique sur la Bible. Les chrétiens ne sont pas les mêmes aujourd'hui qu'il y a un siècle. Et les musulmans qui vivent en France aujourd'hui également. Nous entendons beaucoup aujourd'hui demander une réforme, une grande réforme de l'Islam en Europe.

En réalité, les les musulmans vivent exactement la même chose que les chrétiens ici, la l'évolution des mœurs, des pratiques car la religion est d'abord ce que les hommes et les femmes en font. Petit à petit, les musulmans s'acculturent à la civilisation européenne, et donc il faut renforcer les échanges, créer des proximités intellectuelles dans la formation par exemple. Ces choses-là se font naturellement et surtout pas en se coupant de l'héritage intellectuel de l'Islam qui est très riche et très divers. Mais par un développement continu et surtout en lui laissant suivre son propre chemin. Voilà ce qu'on peut offrir de plus grand à nos concitoyens musulmans, un terreau fertile où la conscience se confronte à d'autres esprits en toute liberté. Voilà qui à mon avis, donnera les fruits les plus spectaculaires bien plus que n'importe quelle grande réforme prétendue. Alors, nous aurons contribué à faire advenir ce que l'évangile appelle le royaume de Dieu. Oui, comme le progrès de l'esprit humain, la réforme n'a jamais cessé. À nous de la porter toujours plus loin. Amen.

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