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L'Eternel des Armées est-il violent?

 Prédication prononcée le 19 janvier 2014, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

(En présence de la musique territoriale de l'Armée du Salut)

Parmi les noms de Dieu, en est un dans la Bible qui fait frémir : l’ « Eternel des Armées ». Et cela va dans le sens de l’idée que nous avons de l’Ancien Testament comme étant fondamentalement guerrier, contrairement au Nouveau plus dans le sens de la paix et de la non-violence.

Il est vrai qu’il y a beaucoup de guerres dans l’Ancien Testament, des batailles, des conquêtes, Saül et David étaient des rois guerriers. David, même, pour avoir sa femme tuera 200 philistins et présentera une montagne des prépuces de ses ennemis à son futur beau père (1Samuel 18:26-27). Dans les Psaumes également, il est demandé à Dieu d’exterminer nos ennemis, et même de fracasser le crâne de leurs enfants sur le rocher.

A l’opposé, on voit dans le Nouveau Testament un Jésus plus pacifique, déjà il ne fait pas la guerre (alors qu’il était dans un pays en guerre), et ses propos sont souvent très fondamentalement non violents. En particulier, au début de Matthieu, dans le « sermon sur la montagne », Jésus dira : «Si on te frappe sur la joue droite, tends aussi l’autre », ou encore : «ne résistez pas au méchant... si on te prend ta tunique, donne aussi ton manteau ...» (Mat.5:39). Et à la fin de l’Evangile, lors de son arrestation, Pierre veut prendre son épée pour défendre son maître, mais Jésus l’en empêche en disant: « Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. »  (Mat 26 :52).

Ce débat sur « violence ou non-violence » dans la Bible peut sembler très théorique, pourtant il est essentiel sur bien des points.

D’abord, parce que cela va de pair avec une certaine théologie. Une importance donnée à la guerre et à la violence comme dans l’Ancien Testament va logiquement avec une théologie de la rétribution, des punitions, de la justice, et des menaces. Il faut bien dire que les discours des prophètes sont pleins de cela. Et au contraire, une vision pacifiste comme celle de Jésus entraîne naturellement une théologie de la grâce, du pardon, et de la tendresse.

Et puis, cela va également avec toute une attitude dans la vie par rapport aux autres : Dieu, ou ce en quoi l’on croit, est aussi notre idéal, ce que nous croyons ultime, et finalement ce qui inspire notre vie et modèle l’attitude que nous avons avec les autres. Si l’on croit dans un Dieu de violence, alors on finit par agir avec force et violence dans le monde, et si l’on croit dans un Dieu de pardon, de grâce et de tendresse, alors nous pourrons être ainsi pour les autres.

Et cela modèle aussi pour nous la manière avec laquelle nous pouvons réagir par rapport au mal, à l’adversité, à l’épreuve, aux difficultés de la vie. Comment réagir dans l’adversité ? Par la violence, le combat, ou par la douceur, la tolérance, acceptant tout en se laissant faire ? Il n’est pas facile de savoir quelle est la bonne méthode. La réponse n’est pas simple, et la diversité même de la Bible le confirme. Il n’y a sans doute pas de recette miracle, mais néanmoins, on peut discerner très schématiquement que le Nouveau Testament opte très résolument pour la grâce, la paix et même la non-violence. C’est la grand originalité de la religion évangélique par opposition à bien d’autres religions que d’insister tout particulièrement sur un Dieu non pas de violence, de jugement, de force, mais un Dieu de tendresse, de douceur et de grâce.

Et sans doute que la prédication même de Jésus devrait nous inciter à avoir la plus grande méfiance pour la violence. La violence, bien souvent, ne fait qu’aggraver la violence, et vouloir résoudre la violence par une autre violence est toujours dangereux. Et il y a bien d’autres armes que la violence, armes non matérielles et non violentes que l’on peut trouver préférable. La non-violence à fait ses preuves, même comme solution politique, et on peut aimer cette solution, comme l’on peut préférer Gandhi à Dien Bien Fu, ou aux tortures de la guerre d’Algérie.

La force de Dieu, les armes du chrétien, ce sont l’amour et la parole. Et même l’ « Eternel des Armées », s’il était à l’origine sans doute guerrier est montré dans la Bible comme ayant pour armée les anges. Et si ces anges pouvaient avoir des épées dans l’Ancien Testament, la tradition chrétienne a eu raison de dire qu’ils étaient comme des petits bébés joufflus. L’Eternel a pour lutter dans le monde une armée d’angelots vulnérables, des petites têtes d’amour qui laissent pantois le monde. Ces anges bébés ne sont pas directement bibliques, même dans le Nouveau Testament, les anges sont adultes, mais ils sont une déclinaison du message de la nativité aux bergers : le Dieu des Armées se révèle dans un petit bébé totalement vulnérable et inoffensif qui laisse pantois le monde ! Ainsi le Psaume 8 avait bien raison de dire : « O Eternel notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu'aux cieux ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits rempart que tu opposes à l'adversaire, et où l'ennemi se brise en sa révolte. »

Et en théologie de même, la réalité, centrale de la prédication doit être une seule chose : la grâce. Même au risque de l’injustice, notre seule richesse, c’est le pardon, voilà le cœur de tout. Il n’y a donc pas à prêcher de rétribution, pas de menace, pas de jugement, pas de crainte de l’enfer ou de la perdition, pas de culpabilisation, l’Evangile est seulement la prédication de la grâce et de l’amour. Et ce n’est pas de la naïveté, le Christ lui-même a accepté de subir la plus grave des injustices : être condamné à mort comme un infâme alors qu’il n’avait fait aucun mal, il a accepté de mourir, injustement... mais pour dire que la seule chose qui compte, c’est l’amour et la grâce, quel que soit le prix.

Et puis cette vision non violente de la religion doit nous inciter aussi à comprendre que la religion n’est pas un combat. La foi n’est pas un combat, c’est une confiance, un abandon dans l’amour, c’est la réception d’un don. Nous ne sommes pas dans une vision héroïque, de l’homme dans sa vie par rapport à Dieu, mais dans la simplicité de la confiance, de l’amour et de la paix. La foi, c’est opter pour cela, rien d’autre.

Et cet amour, nous sommes, bien sûr appelés à le vivre avec les autres, pardonner, ne pas se venger, bénir au lieu de maudire, ne pas juger même... Et pourrions-nous dire, même avoir de l’amour pour la vie avec toutes ses dimensions, avec tous les événements qui nous atteignent. Aimer la vie, ce n’est pas aimer seulement les bons moments de la vie, comme aimer son prochain, ce n’est pas aimer que celui qui est aimable. Le chrétien pacifiste est appelé à cesser de lutter contre ce qui lui arrive pour l’intégrer dans la paix. Il n’y a donc pas a vivre sa vie comme un combat permanent, une guerre contre la menace des épreuves, mais au contraire, à se dé-préoccuper, à laisser dire, s’adapter, pas de combat, mais de la patience. La patience est une très grande vertu chrétienne. De toute façon, rien ne sert de se dresser contre l’inévitable, contre les événements, on se blesse soi même et on ajoute du mal au mal. Il faut aimer sa vie, comme elle est, aimer les autres comme ils sont...  Aimer.... tout le reste est peu de chose.Alors que ferons nous de l’Ancien Testament ? Peut-être est-il important qu’il équilibre notre vision des choses. Parce que certes nous sommes aimés et pardonnés, mais parfois nous devons aussi partir en lutte dans le monde, pour défendre le plus faible, pour combattre le mal.

D’ailleurs, on ne peut assimiler tout simplement l’Evangile du Christ à la non-violence. Il y a quelques passages dans l’Evangile qui vont dans l’autre sens. Certes ils ne sont pas nombreux : il y a ce que Jésus dit : « Je ne suis pas venu apporte la paix mais l’épée » (Matt 10 :34) et puis son attitude avec les « Marchands du temple » dans Jean où il renverse les tables et se fait un fouet avec des cordes pour chasser tout le monde. Mais ces deux ou trois passages sont suffisants pour qu’on ne puisse dire que la non-violence soit toujours la solution, il y a des cas où il faut peut-être recourir à la violence. Mais il faut garder les proportions : l’Evangile c’est 99% de paix et 1% de violence...

Cela dit, on ne peut nier que la vie du Chrétien soit aussi une lutte dans ce monde : il faut lutter contre le mal, contre l’injustice, contre le mensonge, contre la tristesse, contre le matérialisme... La vie du Chrétien est une lutte permanente. Et la tradition protestante du XIXe siècle l’a bien mis en avant, avec des œuvres comme l’Armée du Salut qui se bat encore contre l’exclusion et la misère, et des cantiques guerriers comme le célèbre «  Debout sainte cohorte ». Mais ces combats sont des combats pacifiques. Les soldats de l’Armée du Salut, qu’ont-il pour lutter ? Leur Bible, une trompette, un trombone, une marmite à Noël. Voilà qui n’est pas bien offensif matériellement. Et pourtant ils mènent un vrai combat.

Le combat physique est moyen-âgeux, et l’issue n’est pas toujours la bonne. Il n’est pas évident que le bon soit toujours plus fort physiquement que le méchant, c’est même sans doute le contraire que l’on peut craindre, et si l’on a bien fait de supprimer les duels totalement absurdes, puisque ce n’était pas le plus juste qui gagnait, croire que le droit devrait toujours prévaloir par la victoire militaire est bien hasardeux, on peut plutôt même craindre que les plus méchants et dénués de scrupules gagneront toujours matériellement sur les bons. La force de la civilisation, c’est le dialogue, l’intelligence, et si il y a un combat à mener, il faut le faire avec les armes du Chrétien, Paul les liste : ce sont la vérité, la justice, la foi, le salut, la Parole de Dieu et surtout la prière (Eph. 6 :10-19).

Donc admettons que le Chrétien puisse être en guerre, mais pas n’importe comment et pas avec n’importe quels moyens, et surtout avec un état d’esprit particulier.

C’est d’ailleurs ce que l’on voit dans l’Ancien Testament qui n’est pas si belliciste que ça en fait. C’est une apparence : il y avait des guerres partout à cette époque là, et il y en a plutôt moins dans l’Ancien Testament qu’ailleurs. Il n’y a d’ailleurs pas de grande bataille fondatrice d’Israël dans l’Ancien Testament. La plupart des états modernes se fondent sur des grandes victoires, les fêtes, les jours de commémorations se font à partir de victoires et de combats mémorables, mais pas pour Israël. La référence pour Israël, ce n’est pas un combat, mais une situation d’humiliation et de défaite : l’esclavage en Egypte. Sans cesse Israël dit à ses enfants: « souviens toi que tu as été esclave en Egypte » (Deut. 5 :15).  Le fondement, ce n’est pas une situation de domination, mais de dominés, c’est unique dans le monde. Et cela pour dire : « Quoi que tu fasses, souviens toi que tu es bien peu de chose, et que sans Dieu tu ne serais rien ! ».

Et même la sortie d’Egypte est un modèle de réaction pacifiste : ils étaient opprimés, réduits en esclavage et qu’ont-ils fait ? Une révolte ?, Une guerre ? Des assassinats ? Non, ils sont simplement partis ailleurs sans faire de bruit, laissant leurs tortionnaires à eux-mêmes. Cela est semblable au conseil du Christ quand il envoie ses disciples en mission, ils leur dit : «  si on ne vous reçoit pas, n’insistez pas, allez ailleurs, et secouez la poussière de vos chaussures».

Abraham fera de même, quand il sera en conflit avec son beau frère Lot, ils se disputaient les terres. Abraham, le père des croyants lui dit : « choisis en premier, si tu vas à gauche, j’irai à droite... ». Incroyable ! Ca c’est notre patriarche, notre puissant ancêtre... Oui, et c’est le père des croyants qui a encore beaucoup à nous apprendre.

Et même dans le grand combat de David contre Goliath qu’avons nous ?  Un combat sans arme, sans armure, sans bouclier, par un enfant, juste par la foi et l’intelligence.  (1Sa 17:45) «David dit au Philistin: Tu marches contre moi avec l’épée, la lance et le javelot; et moi, je marche contre toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu de l’armée d’Israël, que tu as insultée. ». Et voilà bien l’ « Eternel des Armées ».... mais sans arme !

Et puis encore Gédéon : qui gagne la victoire contre les Madianites avec une poignée d’hommes : ce n’est pas une guerre avec des troupes immenses, au contraire, Dieu se donnera bien du mal pour montrer à Gédéon qu’il faut que son armée soit la plus petite et la plus faible possible, voilà un curieux bellicisme

Et le mieux sans doute : le livre d’Esther : (Cf Armand Laférrère : « La liberté des Hommes » chez Odile Jacob) livre essentiel qui est lu lors de la fête de Pourim dans le Judaïsme, qui montre comment Esther parviendra à sauver tout son peuple de la guerre et de l’anéantissement qui le menaçait sans une arme, et sans verser une goutte de sang, seulement par l’intelligence, la finesse et la foi.

Alors cet « Eternel des Armées », sans doute au départ était-il un peu guerrier, mais en fait il ne l’est pas tant que ça. D’autant que le mot hébreu que l’on traduit par « Armées » signifie aussi les « Etoiles ». L’Eternel des Armées, c’est le Dieu des étoiles, le dieu du Cosmos, le Dieu qui a la puissance sur tout, le « pantocrator » (et non le « tout puissant » comme on l’a traduit à tort). Et ses armées, elles ne sont pas terrestres, mais célestes. Ses soldats, ce sont les étoiles. Mais quelle est la puissance d’une étoile sur le cours du monde ? Pas d’arme, pas de violence, peu de chose en fait, sauf d’être une petite lumière dans la nuit. Et malgré son intensité lumineuse dérisoire, l’étoile change tout dans le monde, parce qu’elle ne laisse pas l’obscurité victorieuse, grâce à une seule étoile, on sait que la lumière existe et que la nuit, le mal ne sont pas tout puissants. C’est ça la victoire de l’Etoile : « Prends courage petit troupeau, j’ai vaincu le monde !  » dit le petit Rabbi galiléen qui n’avait ni arme ni puissance.  Et la puissance par laquelle le monde matérialiste, est vaincu c’est notre foi. Seigneur, augmente notre foi ! (Luc 17 :5).

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Luc 2:6-14

 Pendant qu'ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-né. Elle l'emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.

Il y avait, dans cette même contrée des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. Un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d'eux. Ils furent saisis d'une grande crainte. Mais l'ange leur dit: Soyez sans crainte, car je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie qui sera pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche.

Et soudain il se joignit à l'ange une multitude de l'armée céleste, qui louait Dieu et disait :Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée !

 

Ephésiens 6:10-19

 Au reste, fortifiez-vous dans le Seigneur et par sa force souveraine. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les manœuvres du diable. Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d'ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes.

C'est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour et tenir ferme après avoir tout surmonté. Tenez donc ferme : ayez à vos reins la vérité pour ceinture ; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussures à vos pieds les bonnes dispositions que donne l'Évangile de paix ; prenez, en toutes circonstances, le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin ; prenez aussi le casque du salut et l'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu.

Priez en tout temps par l'Esprit, avec toutes sortes de prières et de supplications. Veillez-y avec une entière persévérance. Priez pour tous les saints et aussi pour moi...

Luc 2:6-14, Eph. 6:10-19

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