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Je suis qui je suis

Prédication prononcée le 9 juin, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot pour les confirmations

Quand Moïse demande à Dieu qui il est, celui-ci répond par une affirmation qui a fait couler beaucoup d’encre : « Je suis celui qui suis », trois mots en hébreu qui recellent tout le mystére de la nature divine. Le hasard fait d’ailleurs que la référence de ce verset dans la Bible est Exode 3,14, or « 3,14 », c’est le nombre Pi, et comme Pi est la clé du calcul du cercle, Exode 3,14 est la clé de toute la Bible. Pourtant le sens de cette affirmation est bien mystérieux, déjà elle est traduite de bien des manières différents : « je suis qui je suis », ou « je suis qui je serai», ou « je suis l’être»...

Va te faire cuire un œuf

On peut en faire plusieures lectures. La première et la plus évidente, dont tous les professeurs de théologie disent qu’elle est fausse, est que Dieu répond à Moïse en quelque sorte : « je suis qui je suis... et va ta faire cuire un œuf ». Autrement dit : « Peu importe qui je suis, cela n’a pas d’importance, moi je te demande d’aller aider le peuple à se sortir de sa mauvaise situation, d’aller libérer tous ces gens qui souffrent. Mon nom, ou qui je suis on s’en fiche, ce qui compte, c’est l’action, de faire le bien ». Sans doute est-ce assez vrai, peu importe comment vous appelez Dieu, que ce soit l’Eternel, Allah, le grand architecte, ou l’esprit du monde, peu importe tant que votre croyance vous pousse à libérer, à aider, à accompagner, à annoncer la grâce, alors c’est bien. On pourrait même penser que d’une certaine manière, la théologie ne sert à rien, c’est de l’intellectualisme pur, on peut en faire par curiosité, mais ce n’est pas l’essentiel. Et même, prétendre « croire en Dieu », ou « ne pas croire en Dieu », finalement est-ce important tant qu’on aime son prochain qu’on est prêt à pardonner et à servir?

L’onto-théologie

A l’inverse, on peut faire une interprétation forte de notre verset, une interprétation ontologique, parce que le verbe « être », quand il est utilisé en hébreu l’est toujours au sens fort. Et on peut donc penser que ce n’est pas de la part de Dieu une fin de non recevoir, mais au contraire, une réponse : « je suis l’être » (comme l’a compris la traduction grèque des Septantes : « ego eimi o ôn »). Cela, c’est l’onto-théologie représentée en particulier par Thomas d’Aquin au XIIIe siècle. Pour simplifier, l’idée, c’est que dans le monde, il y a des choses qui sont : ce bulletin est, moi je suis, or tout ce qui « est » participe à quelque chose de commun qui est l’être. Cet être, c’est ce qu’a en commun tout ce qui est. Mais qu’est-ce que l’être en tant qu’être ? Puis-je imaginer l’être pur sans quelque chose qui soit ? C’est la question de la métaphysique, ou de l’ontologie, et la théologie médiévale a dit que cet être auquel participe toute chose, c’est Dieu. Dieu est ainsi l’être en soi, ce qui est et ce qui fait être chaque chose, ce qui donne l’être à tout ce qui est. Plus près de nous, des théologiens modernes ont dit que Dieu était « la puissance d’être », ce qui pousse toute chose à être et à plus être, à mieux être.

Mais le livre de l’Exode voulait-il faire de l’ontologie ?

L’inaccompli hébraïque

Alors une autre lecture plus hébraïque est de se demander à quel temps il faut le traduire : Dieu dit-il : « je suis qui je suis », ou « je suis qui je serai ? ». C’est compliqué, parce qu’en Hébreu, il n’y a pas de temps comme en français, il y a juste un accompli pour les actions passées, et un inaccompli pour une action qui se prolonge dans le futur, qu’elle soit passée présente ou future. Donc le « Eheyé » hébreu  peut se traduire par « je suis », « j’étais », ou «je serai », et en fait c’est les trois à la fois. Dieu dit donc : « je suis celui qui était, qui est, et qui sera ». C’est ce qu’a compris l’Apocalyspe, qui appelle Dieu ainsi. L’idée est bonne : tout dans ce ce monde est passager, un jour n’était pas et un jour ne sera plus. Mais tout ne peut pas être passager, qu’est-ce qui est l’intemporel, ce qui demeure, la structure du monde, l’absolu, la transcendance ? C’est cet absolu que nous appelons Dieu. C’est d’ailleurs de là que vient le nom de YHWH (Yahweh, ou Yéhova) que les protestants ont eu l’idée de traduire par: «l’Eternel ». C’était une très bonne idée : Dieu, c’est l’intemporel par définition, ce qui est hors du temps, hors de tout processus de génèse et de corruption. Et croire en Dieu, c’est s’attacher à l’éternel, fonder sa vie sur l’intemporel, sur l’absolu et le transcendant.

Mais Dieu voulait-il jouer sur les temps avec Moïse ?

L’existentialisme

Et puis, il y a ceux qui donnent un sens plus faible au verbe «être », comme les existentialistes. Pour eux, il y a deux choses différentes : être et exister. Exister, c’est pour les choses, les objets, ce qui est matériel et visible. Et pour eux : Dieu n’existe pas, il est. Dieu, en effet, n’est pas un objet, pas une chose, il n’a pas d’existance comme vous ou moi ou quelque chose. Mais il est.

La théologie apophatique

Alors me direz-vous, il est quoi ? C’est une fausse question, il est, tout court, il est, sans «quoi». Je reconnais que c’est difficile à imaginer, voire même impossible.

Et peut-être est-ce là l’essentiel : Dieu, c’est difficile à penser, c’est compliqué, et dire brutalement : « je crois en Dieu », « Dieu existe », ou « Dieu n’existe pas » ne peut se faire qu’à partir d’images souvent enfantines et préconsues de Dieu. Donc finalement, ma première idée du « va te faire cuire un œuf » n’était pas si bête et mes professeurs avaient tort, d’une certaine façon, Dieu refuse de répondre : on ne peut pas donner un nom à Dieu, ni dire exactement ce qu’il est. Le nommer, c’est l’enfermer dans images humaines, or Dieu est ce qui dépasse tout, il est l’indiscible, l’au delà de tout, le « tout autre ». Pour les juifs, son nom est même imprononcable et inconnaissable. Dieu, c’est l’indiscible. Cette idée, c’est ce qu’on a appelé la « théologie apophatique », et elle a raison : dire quelque chose de Dieu, c’est forcément dire quelque chose de faux. L’important, c’est comment l’idée que l’on en a nous fait vivre, et ce qu’elle génère en nous d’amour, de générosité et d’action positive dans ce monde.

Donc Dieu est, parce qu’il y a du bien à accomplir dans ce monde, quand à dire ce qu’il est vraiment, je ne saurais le dire.

Et donc je me tais.

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Exode 3:1-16

Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; il mena le troupeau au-delà du désert et se rendit à la montagne de Dieu, à Horeb. L'Ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda, et voici que le buisson était tout en feu, mais que le buisson ne se consumait point. Moïse dit : Je vais faire un détour pour voir quel est ce spectacle extraordinaire, et pourquoi le buisson ne brûle pas. L'Éternel vit qu'il faisait un détour pour voir ; et Dieu l'appela de l'intérieur du buisson et dit : Moïse ! Moïse ! Il répondit : Me voici ! ...

L'Éternel dit : J'ai bien vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu son cri à cause de ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays découlant de lait et de miel... Maintenant le cri des Israélites est venu jusqu'à moi, et j'ai vu l'oppression que leur font subir les Égyptiens. Maintenant, va, je t'envoie vers le Pharaon ; fais sortir d'Égypte mon peuple, les Israélites.

Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, pour aller vers le Pharaon et pour faire sortir d'Égypte les Israélites ?

Dieu dit : Je suis avec toi ; et voici quel sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie : quand tu auras fait sortir d'Égypte le peuple, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne.

Moïse dit à Dieu : J'irai donc vers les Israélites et je leur dirai : le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?

Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : c'est ainsi que tu répondras aux Israélites : (Celui qui s'appelle) “ Je suis” m'a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux Israélites : l'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob m'a envoyé vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà comment je veux être invoqué de générations en générations...

 

Apocalypse 1:4-8

Jean aux sept Églises qui sont en Asie : Que la grâce et la paix vous soient données de la part de celui qui est, qui était et qui vient, de la part des sept esprits qui sont devant son trône, et de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né d'entre les morts et le souverain des rois de la terre ! A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, et qui a fait de nous un royaume, de prêtres pour Dieu son Père, à lui la gloire et le pouvoir aux siècles des siècles ! Amen !

Voici qu'il vient avec les nuées.Tout homme leverra, même ceux qui l'ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à son sujet.Oui, amen ! Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.

Ex. 3:1-16, Apoc. 1:4-8

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