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Vanité des vanités

 

Vanité des vanités certes, mais sous le soleil !

 

Le livre de l'Ecclésiaste décline ce qu'il y a de plus profond dans la mélancolie et le mal de vivre : le « rien ne sert à rien ». Ne pas savoir pourquoi l'on vit. C'est le sentiment de l'absurde, quand bien même on aurait « tout pour être heureux ». Vanité des vanités et tout est vanité. Tout est vain, inutile et absurde, même le bonheur.

Tout est vanité signifie « tout est bulle de savon, feu de paille, vapeur vaporeuse ». Tout est passager, tout disparaît, tout s'évapore, le bonheur comme le malheur.

On s'est demandé comment le livre de l'Ecclésiaste, avec un tel message, a pu être accepté dans le canon des Ecritures saintes du Judaïsme et du Christianisme. Mais, notons-le, l'expression « tout est vanité » a quelque chose d'évangélique. L'ouvrier de la onzième heure et celui de la première recevront le même salaire. Vanité du travail, vanité des efforts, vanité de la bonne volonté. Le bonheur, le malheur et aussi la grâce atteignent de la même manière ceux qui font des efforts et ceux qui n'en font pas, ceux qui sont pécheurs comme ceux qui sont saints. « Dieu fait lever son soleil de la même manière sur ceux qui sont justes comme sur ceux qui sont injustes » (Mat 5, 45).

Au fond, le message de l'Ecclésiaste est peut-être le préalable à la compréhension de l'Evangile. D'ailleurs la plupart des conversions les plus radicales ont souvent été précédées par une conscience aiguë de l'absurdité de toute chose. C'est le cas en particulier pour Saint Augustin et Pascal.

Notons ensuite un autre point. S'il est vrai que le « vanité des vanités » est le refrain du livre, on y trouve également très fréquemment l'expression « sous le soleil ». Elle revient vingt-neuf fois. Vanité des vanités, et tout est vanité, mais c'est « sous le soleil ». « Sous le soleil », c'est l'éternité faite chaleur et lumière. L'Ecclésiaste nous conduit insensiblement du « vanité des vanités, tout est vanité » au « sous le soleil, tout est vanité ». Il prend au sérieux le sentiment de la vanité. Il ne l'escamote pas. Bien au contraire, il prend appui sur lui pour faire découvrir la dimension du soleil et de la transcendance.

Comment se fait cette évolution ? Celui qui dit « vanité des vanités » découvre qu'il y a aussi une forme de vanité du sentiment de la vanité. Tout est vain, y compris le sentiment de la vanité. Celui qui dit « tout est vanité » est lui-même pris à son propre piège et découvre que, sous le soleil, il y a une vanité de tout, y compris de la vanité.

Dire « sous le soleil, tout est vanité », c'est une autre manière de dire « tout est vanité », mais c'est aussi une manière autre. C'est par référence à ce soleil que l'Ecclésiaste dit « tout est vanité ». C'est la référence au soleil éternel et somptueux qui conduit à un sentiment de petitesse, de relativité et de fugacité de toutes choses. Le soleil, c'est en quelque sorte le regard de l'Eternel qui voit avec quelque distance, quelque hauteur et quelque sourire, le sempiternel labeur des petites fourmis que sont les humains qui oeuvrent en grignotant le temps, qui s'agitent, se prennent au sérieux, se disputent, s'impatientent et se croient le centre du monde.

L'absurde est le plus sûr levier de la transcendance. C'est le sentiment de l'absurde, beaucoup plus que celui du sublime, qui conduit à une sorte de vertige qui nous ouvre à l'infini et à l'éternité. Pascal, entre autres, l'a bien compris. L'absurde de notre petit monde, perdu, tel une bulle de savon, dans l'infini fluide et vierge, conduit à un sentiment d'infini. Il nous rend attentifs à l'infini éternel qui est au-dessus et au-delà de toutes choses.

Dans la tradition juive, le livre de l'Ecclésiaste est lu lors de la fête de Souccoth. Souccoth, fête des cabanes, des huttes, des abris provisoires et fragiles. Chacun doit édifier sous le soleil puis sous les étoiles sa dérisoire hutte. Une fois par an, il faut abandonner toutes les possessions, tous les biens, toutes les sciences, toutes les sagesses, bref toutes les vanités et, pour toute une semaine, vivre sous une simple hutte. Et cette fête de la fragilité et de la précarité est aussi celle de la joie.

Le lendemain du dernier jour, on reprendra la vie quotidienne, et il faudra continuer à faire ce que l'on a à faire, comme si de rien n'était. « Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec la force que tu as », mais sache que tout est soumis au jugement de la vanité (Ecclésiaste 9,10).

Quelle différence y -a-il entre le « vanité des vanités » du mal de vivre et le « vanité des vanités sous le soleil » de l'Ecclésiaste ? Le « vanité des vanités sous le soleil », c'est l'absurde transfiguré en gratuité. La vie est alors vécue comme une aventure gratuite, généreuse et festive.

Aimer la vie comme cela, sans raison, même si cela paraît absurde. Aimer sa dulcinée, sans savoir pourquoi. Travailler, semer et moissonner, sans savoir pourquoi. Partager et donner, sans savoir pourquoi. Oublier les offenses, sans savoir pourquoi. Mettre au monde des enfants, sans savoir pourquoi. Retrouver sa lune de miel à cinquante ans passés, sans savoir pourquoi. Raconter sa part de rêve à ses petits-enfants, sans savoir pourquoi. Et enfin quitter ce monde, sans savoir pourquoi, en disant seulement..: « C'était bien. Amen et merci ».

Alain Houziaux

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