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Une voix ténue

 

Quelle est l’image que se font nos contemporains de Dieu et de ses attributs ? Tant de siècles ont mis en avant son omniscience, sa toute-puissance. Mais,  face au monde et ses souffrances, comment concilier un Dieu d’amour, et un Dieu tout puissant ? La réponse théologique s’est longtemps appuyée sur deux « piliers » : une interprétation des récits de la création qui désigne tous les humains coupables, le « péché originel », et également la théologie de la rétribution : ceux qui sont éprouvés payent pour leurs fautes. Déjà,  le livre de  Job met en lumière  la limite de tels raisonnements. Les génocides, les catastrophes naturelles, le problème du mal d’une manière général nous invite à une autre attente, une autre rencontre avec Dieu.

A travers l’expérience du prophète Elie (1 Rois 18-19),  où on le voit se frayer un chemin où Dieu se dévoile. Le duel d’Elie, le champion de l’Eternel, contre les champions de Baal, peut nous sembler étrange et étranger. Acceptons pourtant la question exprimée ici par le prophète avec une force tumultueuse: Qui est Dieu ? Il nous dit : « jusqu’à quand sauterez-vous d’un pied sur l’autre ? », autrement dit, on ne peut servir Baal et l’Eternel. Mais alors même qu’il pose cette question, a-t-il déjà compris qui est Dieu ? Car après tout, l’initiative de ce « combat des dieux » revient à Elie. Il agit de son propre chef pour démontrer la puissance de Dieu face au Baal, le dieu de l’orage. Mais pour l’heure, le Dieu que  représente Elie, n’est pas différent de Baal, il est juste plus fort et plus puissant. Elie veut convaincre le peuple d’Israël en mettant en évidence la puissance de l’Eternel. Voilà tout l’enjeu du défi lancé, et toute l’ambiguïté dans laquelle le prophète se retrouve.

Pourtant, il a fait l’expérience d’un Dieu bien différent, chez une veuve qui habitait avec son jeune fils. Lorsque le fils tombe malade, et meurt, Elie se trouve projeté jusqu’à la limite de la fragilité humaine. La femme, tout comme Elie, interprète cette mort que comme punition de la faute. Rien ne nous est dit de la faute de la femme, mais elle en a forcément commis, d’ailleurs qui donc d’entre nous n’a jamais commis de faute ? La femme et le prophète imaginent un Dieu qui est dans une relation donnant-donnant : la vie contre l’obéissance ; la mort pour la faute ! Mais Dieu se révèle tout autre, il est un Dieu de vie, un Dieu qui va ranimer l’enfant par son souffle, et cela contre rien, comme ça, gratuitement. Le prophète  pourrait alors se trouver détourné de son désir de prouver coûte que coûte la puissance Dieu. Il vient de rencontrer un Dieu différent, qui connaît la fragilité de l’être humain, et se révèle également au cœur même de cette fragilité.

Pourtant,  Elie organise le duel divin sur le mont Carmel. C’est non sans sarcasme qu’il va défier le dieu Baal sur son propre terrain : ses prophètes prétendent qu’il est le Dieu de l’orage, alors voyons si les éléments lui obéissent. Elie va ridiculiser les prophètes de Baal, il désire démontrer la toute-puissance du Seigneur sur Baal. Mais il se méprend sur  Dieu, il le croit non pas différent des faux dieux, mais supérieur. Le Dieu que nous présente Elie, n’est autre qu’un super-Baal !

Mais, malgré l’incompréhension d’Elie, l’Eternel démontre de manière éclatante qu’il est bel et bien le Dieu d’Israël. Devant la démonstration de force, et la puissance de son Dieu, le peuple semble retrouver la parole et la foi. Mais quelle est cette foi qui les motive, si ce n’est la peur ! Ainsi le peuple a quitté la domination de Baal, pour se retrouver sous celle d’Elie, la belle affaire ! Cette démonstration n’engendrera que la violence, et Elie est obligé à nouveau de fuir.

Pourtant c’est au cœur de cet exil qu’il va découvrir que Dieu ne se manifeste pas que dans la puissance, et que la relation entre l’homme et Dieu n’est pas de l’ordre du donnant-donnant. Ainsi, ironie suprême, alors que dans l’épisode du Mont Carmel, la preuve que Baal est un faux dieu, est son silence, son refus de répondre, Elie va devoir reconnaître la présence de Dieu dans le silence : « un calme, une voix ténue ». Elie comprend, il peut entendre la voix de Dieu. Il devient le serviteur de ce Dieu différent des ses attentes, dont la puissance se révèle dans le dépouillement et le silence. Il repart sur les chemins du désert qui peu à peu émerge de la nuit, il s’en va, seul, avec le sentiment étrange d’être accompagné.

Parfois nous ne comprenons pas, parfois nous aimerions que Dieu se manifeste avec fracas, mais, pourtant, pour nous aussi il existe un souffle léger qui traverse nos vies. Le souffle de l’Esprit de Dieu, une brise légère. C’est par ce souffle que Dieu ouvre nos cœurs à l’amour, à la confiance à l’espérance, que nous apprenons que nous ne sommes pas abandonnés de Dieu.

Le cri de Christ en croix, reprenant les paroles de psalmiste : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » loin de nous couper de Dieu, nous oriente vers une relation à Dieu dans un dialogue, même conflictuel, il nous incite à ne pas l’attendre systématiquement dans une manifestation glorieuse, mais à le discerner au cœur de la fragilité et de la vulnérabilité.

 

Florence Blondon   

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