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Responsable, mais pas coupable

 

Responsables mais pas coupables.

Non, ce n’est pas moi qui ai crucifié Jésus Christ

Notre société ne cesse de nous culpabiliser ! Nous sommes coupables de la pollution, du réchauffement climatique, de ces islamistes qui nous en veulent... Alors on se tourne vers l’Église, mais là ce n’est guère mieux : les églises se vident dit-on (pas chez nous), et c’est de notre faute, parce que nous serions de mauvais chrétiens manquant de ferveur. Alors on se tourne vers l’histoire pour essayer de comprendre, mais c’est là pire encore : depuis quelques années la mode est à la repentance publique. Et en demandant pardon pour le passé, on entretient l’idée que nous en serions responsables. Ainsi, le pape demande pardon pour l’inquisition, les catholiques pour la Saint-Barthélemy, les protestants pour la mort de Michel Servet, la France pour la colonisation... Certes, c’est sympathique et montre qu’on souhaite se démarquer d’une erreur passée, mais c’est aussi terriblement dangereux, car si on demande pardon, c’est qu’on pense qu’on est coupable. Mais comment pourrait-on être coupable de fautes commises alors qu’on n’était même pas né ?

Cette mode de rendre coupables des gens d’une faute qu’auraient fait leurs ancêtres ou leurs prédécesseurs n’est pas nouvelle. La théologie classique allait déjà dans ce sens avec le péché originel d’Adam et Ève : comme si nous devions, de génération en génération, porter la culpabilité de cette faute primitive. Mais non, le péché originel, c’est l’archétype de la faute qui menace tout être humain : vouloir se prendre pour Dieu et se mettre soi-même au centre de toute décision, ce n’est pas une culpabilité héréditaire. Certes donc nous héritons par notre naissance d’une imperfection fondamentale, d’une capacité à pécher, mais pas de la culpabilité de nos parents ou ancêtres.

Pourtant la théologie classique a continué de véhiculer cette idée perverse de la culpabilité originelle dont on hérite. On en a même enseigné que s’il fallait baptiser les enfants c’était pour les laver de la faute originelle. Mais le baptême d’un tout-petit ne véhicule pas d’horreur pareille : le baptême, c'est un « sacrement », le signe visible de la grâce invisible de Dieu, le signe de l’amour de Dieu pour tout être, sans condition de mérite, et qui dépend juste de la volonté libre de Dieu d’aimer ses enfants. Alors là, le baptême est une bonne nouvelle : un amour inconditionnel nous précède et nous accompagne toujours.

Pourquoi faudrait-il sans cesse se sentir coupables ? Dès que l’on entre dans une église, on nous rappelle que nous sommes pécheurs, que Dieu seul est parfait, qu’il est tout, qu’il est le bien, et que nous, nous devrions nous annihiler devant lui, pour qu’il brille mieux dans nos vies. Mais pourquoi ? Certes Dieu est grand, il est la source de vie, il est le bien éternel. Mais dans la Bible Dieu fait confiance à l’homme, il « fait alliance » avec lui. Quant au Christ, il libère d’une loi infantilisante pour le responsabiliser, il le considère capable de discerner lui-même la meilleure façon d’optimiser son existence en vue du meilleur bien possible.

Loin de là, dès que Pâques approche, reviennent des discours bien-pensants avec encore la culpabilité à l’horizon. On a dit que Jésus sur la croix emportait avec lui tous nos péchés à la destruction. Cette interprétation sacrificielle de la mort du Christ suppose une conception archaïque d’un Dieu exigeant des sacrifices animaux contre son pardon, ce qui est difficilement acceptable ; un Dieu qui aurait besoin de la mort de son propre fils pour nous pardonner ne serait qu’un Dieu pervers dont finalement l’amour ne serait pas tout-puissant. Alors certains catéchistes essayent de rendre édifiante la mort du Christ en invitant le croyant à s’identifier à ceux qui ont condamné Jésus : la passion du Christ montrerait le péché de l’humanité auquel nous participons, et chaque fois qu’on fait le mal, ce serait comme si nous crucifiions un peu Jésus.

Et nous revoilà coupables, même de la mort du Christ ! Comme si tout cela était de notre faute.

Mais non, il y en a assez qu’on nous culpabilise, ce n’est pas moi qui ai crucifié Jésus, ce n’est pas moi qui mangé le fruit défendu de l’Eden, ce n’est pas moi qui ai brûlé Michel Servet, ni cassé le vase de Soisson.

L’Évangile, c’est une bonne nouvelle, nous nous sentons déjà assez coupables de tant d’erreurs que nous ayons besoin qu’on nous charge encore davantage. La bonne nouvelle de l’Évangile n’est pas de nous rappeler sans cesse : « vous êtes coupables », mais de nous dire : « vous êtes sous la grâce, vous êtes aimés, vous êtes pardonnés, vous êtes libérés, ayez un cœur reconnaissant, libre et joyeux ! ».

Bien sûr, être sous la grâce ne veut pas dire avoir carte blanche pour faire n’importe quoi. Aimé, je suis invité à aimer, et libéré, je dois d’autant plus me sentir responsable. Mais l’esprit libre, je peux réfléchir, et agir avec mon intelligence et mon attention aux autres pour essayer de faire au mieux.

Louis Pernot

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