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Le jugement dernier, faut-il en avoir peur?

Prédication du pasteur Louis Pernot au temple de l'Etoile à Paris le 28 octobre 2001

 

L'idée d'un jugement après la mort est répandue dans toutes les religions païennes ou non, et le christianisme n'y a pas échappé. Le plus évident est de penser à un jugement sur les actions : sont pesées les bonnes et les mauvaises actions, et suivant le bilan, le défunt est dirigé vers un Enfer ou vers un Paradis.

Cette solution est, bien sûr, angoissante, et nous apparaît évidemment comme injuste. Certains ont au départ plus de chances que d'autres, et celui qui aurait été méchant pendant une bonne partie de sa vie n'aurait plus aucune chance de se racheter, même s'il se convertissait de tout son cœur.

Alors le Christianisme a inventé le salut par la foi : ce qui est jugé, ce ne sont pas vraiment les œuvres, mais la foi, la volonté profonde de faire le bien. C'est déjà mieux... mais cela reste inquiétant, si nous sommes jugés sur notre foi, sommes nous sûrs d'avoir une foi suffisante ? et que penser des peuplades qui n'ont pas été évangélisées, ou qui n'on pas eu la chance d'avoir eu un discours prêchant l'amour et le service de l'autre ?

C'est là qu'apparaît la doctrine de la grâce. Dieu a le moyen de sauver quelqu'un, même quand, dans le fond, un jugement objectif ne pourrait que le condamner. C'est la doctrine de la prédestination de Calvin : voyant qu'il n'est pas satisfaisant de faire dépendre le salut de l'homme lui-même, autant le faire dépendre de Dieu seul. Mais l'on aboutit là aussi à des difficultés, comment admettre cet arbitraire divin qui voudrait donner sa grâce et son pardon à l'un et qui les refuserait à l'autre ?

Alors aujourd'hui, la plupart de nos contemporains règle la question par l'universalisme : tout le monde est sauvé par la miséricorde infinie de Dieu. Cela revient en fait à nier l'existence d'un quelconque jugement. Certes, cela est bien rassurant pour ce qui est de notre propre sort... mais pour généreuse qu'elle soit, cette doctrine est intenable. Tout d'abord, elle est tout sauf évangélique, dans l'Evangile, il y a des bons et des mauvais, il y a un enjeu du salut, certains qui sont sauvés et d'autres qui ne le sont pas. On n'est pas obligé de croire comme l'Evangile... Mais il me semble de toute façon que si l'on réfléchit un peu, cette doctrine est absolument révoltante. Comment imaginer que Dieu se fiche de tout, qu'il valide tout, qu'il ne fasse finalement aucune distinction entre le bien et le mal, que l'opprimé n'ait jamais de réparation, et que son oppresseur comme lui se retrouvent à égalité dans une sorte de royaume prétendument idéal où se côtoieraient Hitler, Jésus-Christ, Néron, Saint François d'Assise, Gengis Khan et Abraham... Si Dieu sauve vraiment tout le monde de la même manière, alors il n'est plus possible de croire en lui. Il ne peut pas garder pour l'éternité le mal, la violence, la jalousie, le crime, l'injustice...

Donc si Dieu sauve tout le monde, il ne peut pas tout sauver dans tout le monde, forcément, dans la vie de chaque être, il y a des choses qu'il sauve et d'autres qu'il écarte. Probablement que Dieu ne garde que le meilleur de chaque vie, oui, cela je veux bien le croire. Et peut-être d'ailleurs est-ce la voix pour bien comprendre ce qu'est le Jugement.

En effet, ce qui est peut-être faux au départ, c'est cette idée traditionnelle que la limite de démarcation entre salut et perdition doive passer entre les individus. Certains étant sauvés (totalement), et d'autres perdus (totalement). Ca c'est forcément injuste. Si c'est sur les œuvres que nous sommes jugés, alors que penser du "premier collé", celui qui aurait presque pu être sauvé, mais qui est perdu, celui dont il aurait suffit qu'il donne un jour 5 centimes de plus à un pauvre pour qu'il soit sauvé, qu'il fasse un sourire de plus à ses enfants, pour qu'il ne partage pas le même sort qu'Hitler, qu'il hérite du châtiment éternel de l'Enfer. Ou si c'est la foi qui nous sauve, c'est pareil, deux frères jumeaux dont l'un aurait douté un quart de seconde de plus que l'autre se trouveraient l'un en enfer et l'autre au paradis ? Non, on ne peut admettre que Dieu simplifie les choses à ce point de vouloir classer toute l'humanité dans seulement deux catégories.

Alors le Moyen Age a inventé une théorie astucieuse : le Purgatoire. Le Purgatoire permet justement d'éviter cet aspect révoltant d'un jugement binaire et radical : il y a les très mauvais qui sont perdus, les très bons qui sont sauvés, et entre les deux, toute la masse qui sera traitée proportionnellement à sa bonté, la masse qui peut être sauvée... mais pour laquelle ce n'est pas évident... Il y a donc une chance, et finalement une certaine justice, ce qui me semble indispensable concernant une action de Dieu. Mais pour ma part, je ne peux me satisfaire de cette échappatoire. D'abord elle n'a aucun fondement biblique, et d'autre part, cela est pour moi trop contraire à l'idée que j'ai de Dieu. Comment imaginer un Dieu qui voudrait bien sauver les hommes, mais qui n'accepterait de le faire qu'au prix de leur souffrance. En leur faisant "payer" leurs fautes. Si Dieu est un père, et qu'il nous aime, qu'il nous sauve, il n'a pas besoin de notre souffrance prétendument réparatrice, pas plus que de la prière des vivants. Je ne crois pas qu'après la mort puisse avoir lieu un espace de "purification" ou de "perfectionnement", je crois qu'en fait notre vie se joue ici-bas sur Terre.

Notre vie est faite de bien et de mal, de choses bassement terrestres et contingentes, et de choses merveilleuses, spirituelles et éternelles. S'il doit y avoir un jugement, ce ne peut être que pour faire le tri entre ces deux dimensions. Si en effet je suis sauvé, j'espère bien que je n'aurai pas pour l'éternité mes petites mesquineries, mes maux de têtes, mes mauvaises humeurs, et toutes ces choses qui pourrissent ma vie et celle de mes proches, je pense que Dieu ne gardera de moi que le meilleur, que ce qui lui est attaché en fait. Dieu ne se souvient que du meilleur de nous-mêmes, et le reste, il est envoyé dans la Géhenne. Et la Géhenne, ce n'est pas une sorte d'enfer particulièrement pénible, non, c'est un lieu géographique qui d'ailleurs existe encore à Jérusalem, c'est la décharge publique, un gros tas sur lequel on mettait toutes les ordures, les choses inutiles et mauvaises, les cadavres de chiens, et on y mettait le feu. C'est cela l'enjeu du jugement, non pas la félicité éternelle ou la souffrance, mais le souvenir en Dieu, ou l'oubli, le néant. L'Enfer, c'est le retour au rien, ce qui ne vaut rien va dans le rien et c'est bien ainsi.

C'est d'ailleurs la théologie de Paul quand il exprime en 1Cor 3 que nous construisons notre vie avec différents éléments, du foi, du bois, de la paille et aussi du métal et des pierres précieuses, et que le jugement agit comme un feu pour brûler la paille et garder le meilleur. Il conclut même qu'en fait, tout le monde est sauvé "mais comme au travers le feu"... qui ne laisse subsister que ce qui vaut quelque chose. De même parmi toutes les images que l'on a pu trouver du jugement l'Evangile prend celle de la moisson, on prend tout, on sépare le grain de la paille, puis on jette la paille et on garde le grain, ou encore la très belle image du pressoir souvent utilisée dans la théologie chrétienne, il s'agit là encore de séparation, d'un jugement en quelque sorte, et c'est ainsi qu'agit la mort, on écrase tout, d'un côté sort le jus excellent qui est conservé, quant au reste, il ne vaut rien, on le jette.

Mais cette dimension purement physique de notre vie n'est pas mauvaise pour autant, elle est juste provisoire, il serait mauvais et dangereux de prétendre vouloir s'en passer ici-bas. On ne peut avoir d'épi de blé sans tige, et la chair du poisson ne pourrait venir à maturité sans les arêtes qui forment son ossature... Nous n'avons pas à opérer nous-mêmes le jugement. Celui-ci doit rester "dernier". Parce qu'à vouloir ici-bas n'être que spirituels, nous risquons de ne plus être rien du tout. Nous sommes dans le monde, incarnés, non pas pour vivre comme des anges, mais comme des pneumatophores, des porteurs de spirituels. C'est en quelque sorte le message de la parabole du bon grain et de l'Ivraie, oui, dans notre vie, il y a du beau et du bassement matériel... laissons les cohabiter, le Jugement Dernier fera le tri.

Ainsi, la limite entre ce qui est sauvé et ce qui est perdu, ne passe pas entre les hommes pour les séparer les uns des autres, mais en chacun de nous. Cette théologie d'un salut en quelque sorte proportionnel n'est certes pas très répandue, et en choque certains aujourd'hui, pourtant, elle me semble la seule acceptable, la seule juste. Et d'ailleurs, l'Evangile n'a jamais dit que nous serions tous égaux dans le Royaume de Dieu, au contraire, les propos constants de Notre Seigneur, sont pour dire qu'il y a dans le Royaume de Dieu des grands et des petits, de premiers et des derniers.

Et du coup même, nous avons une théologie compatible avec la théorie de l'Evolution : si en effet l'homme est issus du singe, si nous pensons que les animaux sauvages a priori n'ont pas de vie éternelle, comme l'homme en est issus d'une manière continue, à partir de quand Dieu aurait décidé de sauver un homme préhistorique et de perdre ses parents, sans doute pas très différents de lui ? Là, le problème est résolu, la dimension spirituelle est apparue petit à petit, et à chaque fois c'est ce spirituel, cet amour, ce désintéressement, cette gratuité qui fleurit dans ce monde de brutes que Dieu sauvegarde.

Paul nous offre encore d'autres images permettant de bien comprendre tout cela, par exemple quand il dit en IICor 4:18 : Nous regardons non pas aux choses visibles mais à celles qui sont invisibles, car les visibles sont pour un temps et les invisibles sont éternelles, il dit la même chose, il y a du visible et de l'invisible dans nos vies, et seul l'invisible peut hériter de la vie éternelle. Il dit aussi: Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite pas l'incorruptibilité (ICor 15:50). Ou encore, dans cette même lettre aux Corinthiens dans le très célèbre chapitre 13, il nous explique que tout ici bas est passager, seul demeureront éternellement trois choses dont la plus grande est l'amour. Oui, Dieu ne garde que l'amour.

Ainsi, le Jugement Dernier n'est-il pas une chose terrifiante, risquant de nous envoyer tout entiers en Enfer, c'est au contraire la meilleure des bonnes nouvelles: Dieu ne gardera de nous que le meilleur, et il oubliera le reste, c'est fort heureux, et une grâce pour tous.

Amen.

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