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Jésus Christ est-il descendu aux enfers ?

Prédication du pasteur Alain Houziaux au temple de l'Etoile à Paris le 2 décembre 2001

Cette "descente aux enfers" de Jésus-Christ nous laisse perplexe pour deux raisons.

Première raison. Nous nous disons que s'il y a bien quelqu'un qui ne devait pas aller "en enfers", c'est bien Jésus-Christ. Bien sûr, nous savons bien que, trois jours après, il ressuscite. Mais quand même ! Nous avons déjà un peu de mal à accepter qu'il soit nécessaire que Jésus-Christ, le fils bien-aimé de Dieu, ait eu à mourir (et de quelle manière !) sur la croix. Et nous avons encore un peu plus de mal à accepter qu'il "descende aux enfers", c'est-à-dire au lieu oï vont les pécheurs.

Nous avons le droit d'être perplexes ! En effet, tout un courant théologique de l'Eglise chrétienne des premiers siècles, celui des Docètes, a considéré que, puisque Jésus-Christ était Fils de Dieu et Dieu lui-même, il était impensable qu'il ait eu à mourir, et, à plus forte raison, qu'il soit allé en enfers.

Deuxième raison. Cette "descente aux enfers" de Jésus nous paraît relever d'une mythologie quelque peu païenne. En effet, elle évoque la descente aux enfers d'Ulysse (dans L'Odyssée d'Homère) ou celle d'Enée dans L'Enéide de Virgile, ou celle de Thésée, ou encore celle d'Orphée qui descend aux enfers pour récupérer son Eurydice.

Et pourtant cet article du symbole des Apïtres s'est imposé progressivement à partir du quatrième siècle de notre ère, pour trois raisons d'ailleurs assez différentes.

1 - Trois manières de comprendre la descente de Jésus-Christ aux enfers.

La première raison, c'est la plus simple.

Dire que Jésus est descendu aux enfers, c'est dire, d'une autre manière, qu'il est mort, vraiment mort, avant d'être ressuscité, d'"entre les morts" (cf Mat 12, 40 et Actes 2, 24-31). En effet, les "enfers", c'est tout simplement le "séjour des morts". Même si le mot "enfers" a plusieurs significations, la première d'entre elles, c'est d'être ce que l'Ancien Testament appelle le "sheol", c'est-à-dire le "séjour des morts".

Ainsi, en premier lieu, notre article du Symbole des Apïtres énonce simplement que, après avoir été crucifié, Jésus a été vraiment tout à fait mort. Il est descendu au "séjour des morts".

Si le Symbole des Apïtres insiste sur le fait que Jésus a été vraiment mort, c'est que, à son époque, cela n'allait pas du tout de soi. Pendant les premiers siècles de notre ère, tout un courant théologique, le courant "docète", poursuivi par le courant "monophysite", a nié l'humanité de Jésus. Pour les docètes, Jésus était et était seulement Dieu sur terre et parmi les hommes. Et, en conséquence, pour ce courant, dire que Jésus, le Fils de Dieu et Dieu lui-même, était mort sur la croix, c'était une aberration et une impiété. Et c'est pourquoi, le Symbole des Apïtres, qui s'est élaboré peu à peu contre le courant docète, a voulu mettre les points sur les i et les barres aux t. Il énonce d'abord que Jésus a souffert sur Ponce Pilate, ce qui est une manière d'insister sur son humanité et son historicité. Puis il ajoute "il a été crucifié", puis il ajoute encore, pour être plus clair, "il est mort", puis il insiste encore "il a été enseveli". Puis, pour être plus clair encore, il ajoute enfin "il est descendu aux enfers", c'est-à-dire au séjour des morts. Cela fait quatre verbes pour dire la même chose, à savoir que Jésus est vraiment mort. Et le Credo précise ensuite qu'il est ressuscité "des morts".

Ainsi, alors qu'au moment oï ont été rédigés les Evangiles, il fallait plutït insister sur le fait que Jésus-Christ était vraiment ressuscité (beaucoup en doutaient et disaient que, si on avait retrouvé son tombeau vide, c'est parce que les disciples avaient enlevé et dérobé sa dépouille mortelle), quelques siècles après, à l'époque de la rédaction du Symbole des Apïtres, il fallait plutït insister sur le fait que Jésus était vraiment mort et que ce n'était pas Simon de Cyrène qui avait été crucifié à sa place.

Le deuxième sens de notre article du Credo est un peu plus difficile à saisir.

Il y a deux manières assez différentes de comprendre la raison de la mort de Jésus sur la Croix. On dit en général que Jésus-Christ était parfaitement pur, saint, juste et innocent, et que c'est cette sainteté qui rachète les fautes des pécheurs. Il s'est offert lui-même en sacrifice à la place des pécheurs. Il est l'"agneau immaculé" qui meurt à la place des pécheurs (Apoc 7, 14).

C'est là la pensée qui est le plus souvent exprimée dans le Nouveau Testament. Mais il y a une autre manière de penser la mort et la crucifixion de Jésus. Et celle-ci fait de Jésus non pas un "agneau immaculé" mais un "bouc émissaire".

Cette notion de "bouc émissaire" date des origines du peuple d'Israël (cf Lev 16, 20 et 36). Lors de la fête juive des Expiations, on chargeait un bouc, ou plutït deux boucs émissaires, de tous les péchés d'Israël. L'un était envoyé au fin fond du désert, on pourrait dire "au Diable" ou "aux enfers" (en effet le désert, c'était "un enfer", c'était le lieu des démons) et l'autre était "pour Dieu". De la sorte, les péchés d'Israël étaient en quelque sorte expulsés, "portés dehors et voués à la mort.

Et, sans ce que cela soit dit clairement, cette image de Jésus-Christ "bouc émissaire", chargé de tous les péchés du monde, se retrouve dans le Nouveau Testament (cf Gal 3,13 "Christ a payé pour nous libérer de la malédiction en devenant lui-même malédiction pour nous"). Jésus-Christ s'est chargé de nos péchés (cf Esaïe 53, 11). "Il a été fait péché celui qui n'a pas connu le péché" (II Cor 5,21). Il les a pris sur lui pour nous en libérer. Sur la Croix, il a souffert à notre place un châtiment qui était celui réservé aux maudits (Deut 21,23 ; Esaïe 53,5 ; Gal 3,13). Et certains théologiens, peu nombreux il est vrai., ont ajouté que Jésus est descendu aux enfers en "portant dehors" nos péchés, pour qu'ils disparaissent dans le gouffre sans fond des enfers. Et les enfers, dans cette deuxième interprétation de notre article du Credo, ce n'est plus le "sheol", le séjour des morts, c'est plutït ce que, au début de notre ère, on appelait la "géhenne", c'est-à-dire un lieu oï étaient évacués les déchets et les péchés du monde.

Il est clair que nous avons du mal avec cette idée de Jésus-Christ comme bouc émissaire qui nous "débarrasse" de nos péchés en les portant "aux enfers" Et pourtant, c'est bien ce que nous proclamons lorsque, à la suite de l'Evangile de Jean, nous disons que Jésus-Christ est venu "ïter le péché du monde".

Comment, aujourd'hui, peut-on comprendre cette idée ?

On peut comprendre que la violence que les hommes ont exercée à l'encontre de Jésus en le crucifiant (et qu'ils continuent à exercer en réitérant symboliquement cette mise à mort lors du sacrifice de la messe en particulier, mais aussi par la formulation de certaines confessions des péchés) a une forme d'effet cathartique, c'est-à-dire de "purgation". Notre violence à l'encontre de Jésus nous débarrasse de notre violence. Ainsi, en acceptant d'être crucifié par la violence des hommes, Jésus-Christ les a libérés de leur violence.

Selon René Girard, toute religion inclut en elle une forme de violence. Mais la religion chrétienne, en plaCant au centre de sa foi la violence de la mise à mort de Jésus, permettrait l'éradication et l'expulsion (dans les enfers !) de cette violence.

Troisième raison.

C'est certainement celle qui a eu le plus de poids pour que l'article de la "descente de Jésus aux enfers" s'impose dans le Credo. Et nous allons voir que cet article du Credo, dans cette troisième interprétation, est tout à fait fondamental, et qu'il est de plus extrêmement audacieux. En effet, cet article exprime que le salut offert en Jésus-Christ n'est pas réservé à ceux-là seuls qui ont la foi en Jésus-Christ. Bien au contraire, selon cette troisième signification de notre article du Credo, le salut doit être considéré comme universel et promis à tous, chrétiens ou non, pécheurs ou non.

Cet article du Credo répond à deux questions toujours très actuelles. Première question : Si Jésus-Christ est venu seulement pour sauver les chrétiens et ceux qui le confessent comme seigneur, qu'en est-il de tous ceux qui, depuis Adam et Eve, n'ont pas pu le confesser, et ce tout simplement parce qu'ils ont vécu avant Jésus-Christ. Et, deuxième question : qu'en est-il de ceux qui, bien qu'ils aient connu la prédication de Jésus-Christ, sont néanmoins restés des pécheurs et des mécréants. Oui, qu'en est-il de tous les pécheurs et de tous les mécréants qui sont promis à l'enfer si l'on en croit tous les portails du Jugement dernier inscrits au fronton de nos églises ?

Rappelons d'abord que, à l'époque de Jésus et aussi à celle l'époque de la rédaction du Credo, les "enfers" désignent à la fois d'une part le "séjour des morts" (le sheol") oï reposent, depuis Adam et Eve, tous les morts et en particulier ceux qui n'ont pas connu Jésus-Christ ; et ils désignent aussi, d'autre part, la géhenne oï sont enfermés les pécheurs et les mécréants.

Et, dans ce lieu, tous ces bannis et ces maudits sont coupés de Dieu. Ils sont dans un monde oï Dieu lui-même n'a aucun pouvoir.

Certes, dans le Judaïsme plus tardif, en pense généralement que, en attendant le Jugement dernier, Dieu accorde aux bons et aux méchants deux sorts différents. Mais le Paradis, réservé aux bons, fait cependant partie des enfers.

Voyons maintenant les deux textes du Nouveau Testament sur lesquels s'appuie notre article de foi. Ce sont deux passages de la première Epître de Pierre.

D'abord I Pi 3,18-20 : "Le Christ lui-même est mort une fois pour toutes pour les péchés, en tant que juste pour les injustes, le Christ s'en alla prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire... aux jours oï Noé construisit son arche". Ainsi selon ce texte, Jésus descendit dans la "prison aux esprits" oï, bons et méchants, justes ou injustes, sont rassemblés, et il proclame la délivrance de sorte que tous, même les mécréants et les pécheurs les plus irréductibles (ceux qui avaient été engloutis par le déluge à l'époque de Noé à cause de leur désobéissance) sont atteints par la prédication du salut.

Et le second texte, c'est I Pi 4,5-6 : "Même aux morts a été annoncée la Bonne Nouvelle, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu dans l'Esprit". Et ici encore Pierre rappelle l'universalité du salut rapporté par Jésus-Christ y compris pour les "morts spirituels", c'est-à-dire pour les infidèles et les pécheurs.

Bien sûr, cette prédication du salut universel par la descente aux enfers de Jésus-Christ (qui est d'ailleurs corroborée par d'autres textes du Nouveau Testament, cf Rom10,6 et Eph4,8) a suscité bien des débats contradictoires pendant les premiers siècles de l'histoire de l'Eglise. Elle a été défendue par Clément, Origène et Grégoire de Nysse. Mais bien des théologiens ont préféré dire que Jésus avait seulement prêché la conversion à tous ces non-chrétiens et à tous ces pécheurs, et qu'il n'avait délivré réellement que ceux qui s'étaient repentis. C'est la ligne qui en général a été suivie par l'Eglise catholique.

Quant aux théologiens protestants, ils ont été en général assez déconcertés par l'aspect quelque peu mythologique de notre article du Credo. Calvin pensait que l'oeuvre du Christ avait été révélée aux morts afin de fortifier chez les réprouvés le sentiment de leur perdition et d'accroître chez les élus la connaissance de leur salut. Ceci montre bien que les Réformateurs protestants peuvent être aussi réticents que le magistère catholique au message de Jésus-Christ qui annonce qu'il est venu sauver non les bien-pensants mais les personnes de mauvaise vie.

Je sais bien que cette question (le salut est-il pour tous ou non ?) est un point qui tourmente bien des croyants et qui aussi les divise. Mais, à mon avis, la prédication de Jésus va clairement dans le sens d'un pardon accordé aux pécheurs, même s'ils ne se sont pas explicitement repentis (cf en particulier le pardon à la femme adultère de Jean 8 et à celle de mauvaise vie de Luc 7, 36-49).

2 - La Résurrection de Jésus-Christ commence par sa descente aux enfers.

Une fois de plus, ce sont peut-être les Eglises orthodoxes d'Orient qui ont le mieux compris la portée extraordinaire de notre article du Credo.

Pour les Eglises d'Orient, la manifestation de la victoire de Jésus-Christ sur la mort, ce n'est pas sa sortie du tombeau vide, c'est sa descente aux enfers. Le Christ descend aux enfers un peu comme on parle d'une "descente de police", brise les verrous des portes de la mort, foule aux pieds Satan vaincu et délivre les morts et les pécheurs que Satan avait enchaînés. Puis il remonte au ciel, auprès du Père, en tirant derrière lui les morts qu'il a libérés. Tout ceci doit bien sûr être entendu de manière plus ou moins symbolique !

Ainsi, le Christ descend aux enfers (un peu comme Orphée) pour libérer ceux qu'il aime de l'emprisonnement et de la main mise du Prince des ténèbres.

Ainsi, alors que l'Eglise latine d'Occident a bien souvent compris notre article du Credo en le rattachant aux articles qui le précèdent ("Il a été crucifié", "Il est mort", "Il a été enseveli"), l'Eglise d'Orient a, au contraire, compris que l'article "Il est descendu aux enfers" devait être rattaché aux articles qui le suivent ("Il est ressuscité", "Il est monté au ciel", "Il s'est assis à la droite de Dieu le Père tout puissant").

La "descente aux enfers" de Jésus, ce sont les prémices de son Ascension. "Celui qui est descendu, c'est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les cieux afin de remplir toutes choses" (Eph4,8-10).

Avant la descente de Jésus aux enfers, il y avait un lieu, le "sheol" qui échappait et qui résistait au pouvoir de Dieu. C'était une forme d'enclave et de forteresse oï Dieu n'était pas Seigneur. Et il y avait là des êtres, des pécheurs et des impies qui ignoraient la Bonne Nouvelle du Christ et qui étaient détenus en esclavage par le Prince des ténèbres.

Mais le Samedi saint, tout a basculé. Oui, je dis bien "le Samedi saint" et non pas "le jour de Pâques". Le Christ, au nom du Père a pris possession du dernier bastion qui échappait à son pouvoir et à son amour. Dès lors, Christ peut être "tout en tout". L'ensemble de l'univers peut être réconcilié en un seul Plérïme, une seule unité pleinement réconciliée, sauvée, et animée par l'esprit du Christ. Il n'y a plus de lieu exclu de la seigneurie de Dieu. Le Christ triomphant détient les clés du séjour des morts (Apoc 1,18).

Et, comme le dit Phil 2, 10, "tout genou peut fléchir devant le Christ dans les cieux, sur la terre et sous la terre".

Dès lors, dans la pensée et la liturgie des Eglises orthodoxes, les images peuvent se multiplier pour dire la proclamation de la victoire du Christ. Dans le séjour des morts, c'est-à-dire dans les enfers, il y avait d'abord Adam. Et Adam symbolise toute l'humanité qui a précédé la venue de Jésus-Christ et qui, de ce fait, était morte sans baptême. Mais Adam symbolise aussi l'humanité toute entière, par delà les différences d'époque, de lieu, de confession et de morale. Et voici que, par la grâce de la descente de Jésus-Christ aux enfers, Adam retourne au Paradis dont il avait été chassé.

Comme le disent les matines de l'Ascension de l'Eglise Orthodoxe : "Etant descendu du haut des cieux sur terre, ayant comme Dieu relevé la race d'Adam qui gisait humiliée dans les prisons de l'enfer, par votre ascension, ï Christ, Vous l'avez fait remonter au ciel".

Les grands peintres ont souvent mieux compris que les Eglises l'extraordinaire portée de ce salut universel. Au pied de la Croix de Jésus à Golgotha, ils ont souvent représenté un crâne, celui d'Adam. De fait, on a quelquefois dit que la Croix de Jésus-Christ avait été dressée là oï Adam était mort. Mettre le crâne d'Adam au pied de la Croix, c'était affirmer que Christ était mort et qu'il était descendu aux enfers pour permettre le salut de toute la race d'Adam, c'est-à-dire le salut de l'humanité toute entière, puisque "Adam" en hébreu, signifie tout simplement "l'homme".

On constate que notre troisième interprétation (Jésus libérateur de ceux qui sont en prison dans les enfers) diffère nettement de la seconde (Jésus portant nos péchés en enfer pour qu'ils y soient relégués), même si, dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'affirmer le rïle rédempteur de Jésus.

Quoi qu'il en soit, toutes ces images, tous ces symboles, et même toutes ces affirmations théologiques peuvent nous saisir par leur grandeur, par leur audace et par leur munificence. Mais elles peuvent aussi nous laisser perplexes. Qu'est-ce que cela signifie ?

Je le reconnais, le fait que l'homme de Neandertal, mort il y a quelques millénaires, ait été délivré en l'an trente trois de notre ère de l'esclavage du séjour des morts dans lequel Satan le tenait, cela me laisse un peu perplexe et même, pour tout dire, dire un peu indifférent.

Par contre, ce qui me paraît fondamental, c'est de proclamer

  • que l'humanité depuis ses origines et sans doute jusqu'au terme de son passage de notre planète constitue une seule et même famille dans laquelle les distinctions que nous faisons (en particulier les différences de morale et de religion) sont tout à fait secondaires aux yeux de Dieu.
  • que la meilleure image que l'on peut se faire de Dieu soit celle d'un homme qui s'est inscrit au plus profond de la souffrance des hommes pour pouvoir aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus.
  • que le rêve que l'on puisse se faire du Royaume de Dieu ne soit pas celui d'une caste réservé à quelques privilégiés ni d'une secte de bien pensants, mais bien celui d'un monde oï, selon le mot de Dante, ce serait l'amour qui conduirait le mouvement du soleil et des autres étoiles.

3 - Dieu descend dans les enfers de l'homme.

Je quitte maintenant le registre de l'explicitation du sens théologique de notre article du Credo pour dire ce qu'il évoque pour moi dans le domaine de l'expérience spirituelle.

Cela se résume ainsi : Dieu descend dans nos enfers. Il manifeste sa présence dans nos enfers, c'est-à-dire dans nos passions, dans nos vices et dans nos souffrances. Et j'ajoute même il est présent d'abord dans nos enfers.

Dostoïevski, Bernanos, FranCois Mauriac, Julien Green et bien d'autres montrent que l'expérience de Dieu la plus forte et la plus vraie se fait plus dans le vice que dans la vertu, plus dans l'inconscient que dans le conscient, plus dans le cauchemar que dans le rêve, plus dans le tragique que dans le bonheur, plus dans le désespoir que dans l'espérance, plus dans le châtiment que la bénédiction.

Si l'on considère que l'ordre de la succession "Descente aux enfers, Résurrection sur la terre et Ascension au ciel" est significatif, cela signifie que Dieu s'expérimente d'abord dans nos bas-fonds, ensuite dans nos actions et nos décisions, et enfin seulement dans nos élévations vers le ciel. Dieu s'expérimente d'abord dans le "Ca", ensuite dans le "moi" et enfin seulement dans le "sur-moi".

Il s'exprime d'abord quand nous faisons l'expérience du remords, du dégoût et de la violence. Il s'exprime dans le désir de guérir et de se convertir. Il s'expérimente dans notre besoin de nous sauver de nos aliénations, de nos pulsions et de nos mauvais vouloirs.

Oui, Quelqu'un, en moi, s'attaque à mes boues noires, à mon limon, à mes caves obscures, à mes souterrains secrets.

Quelqu'un, en moi, lutte, intransigeant. Je l'appelle le Seigneur mon Dieu. Il lutte désespérément pour vaincre ma solitude, ma mort, mes oublis, mes carapaces et mes indifférences.

Dans cet assaut, au creux du sillon de ma vie, sera-t-il victorieux ? Ou sera-t-il étouffé ?

Oui, je le sais, en moi Dieu se risque, ouvrier de passion, dans l'incertain de mes entrailles d'argile. Il avance, il me travaille, il me déchire, il me dévore, il me malaxe pour tenter de me donner Son visage.

Il crie en moi : "Je veux te faire homme de souffle, je veux passer en toi. Oui, brise-toi, meurs chaque jour, ressuscite par moi seul".

L'essence de mon Dieu, c'est la lutte. Il lutte à l'intérieur de moi, et c'est pourquoi éclatent en moi la douleur, la soif, le désir.

Dieu n'est sûr ni de sa défaite, ni de sa victoire. Il se risque. En moi et en chacun. Il est, en chacun d'entre nous, le souffle premier qui s'exerce et s'acharne. Il veut se libérer de moi. Il veut me libérer en Lui. En moi, Dieu veut surgir. Son Etincelle bondit dans la matrice de ma chair et de mon sang, et elle me brûle avec elle.

En mes souterrains, en mes caves, en mes alcïves, en mes soupentes, Dieu se hasarde, il tremble, il combat. Il est chef couvert de blessures. Oui, en moi, Dieu est en péril.

En moi Dieu est en danger. Dans ma gorge, Dieu, le Cri, monte, il chancelle, il tente d'ouvrir la trappe de la nuit. Il me crie "au secours, sauve-moi" !

Amen.

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