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Jésus à 12 ans

Prédication prononcée le 21 septembre 2003, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Luc 2:41-52

Les parents de Jésus le perdent à Jérusalem pendant la fête de Pâques, et ils le retrouvent finalement dans le Temple, discutant avec les docteurs de la Loi. Cet épisode de Luc est l'unique récit concernant le Christ dans ses « années obscures » allant de sa naissance au commencement de son ministère à 30 ans. Qu'en faire ? Certains vont dire qu'il s'agit de pieuses légendes, comme tout ce qui touche au merveilleux de sa naissance. D'autres, diront que la véridicité du récit est plausible, et même probable : dans le judaïsme, il était bien vu, pour pouvoir prétendre à être le Messie (et Jésus est loin d'avoir été le seul candidat) d'avoir été un Illouï, c'est-à-dire un enfant prodige. Cela est intéressant, mais la précocité de Jésus, pas plus que la négligence de ses parents ne suffisent à nourrir la foi du croyant. Il faut donc chercher plus loin.

Les parents de Jésus sont montrés là comme ayant des qualités et des défauts. La principale qualité est de pratiquer leur religion lors des grandes fêtes, comme certains chrétiens d'aujourd'hui qui « font leurs pâques », ou vont à l'Eglise pour les grandes circonstances, les grandes fêtes. Mais leur principal défaut, est évidemment d'avoir oublié Jésus... là encore, comme peu-être certains de ces chrétiens, qui vont aux grandes fêtes, mais qui ensuite s'en retournent chez eux en oubliant Jésus. Dieu n'étant pour eux qu'une préoccupation passagère pour le temps passager de la pratique. On va rencontrer Dieu à l'église, ou au temple, mais finalement, on laisse Dieu là-bas, sans le garder avec soi le reste du temps.

La encore, il faut rendre justice aux parents de Jésus. Ils auraient pu, comme beaucoup de nos contemporains, ne se préoccuper absolument pas de cette absence de Jésus, et se dire qu'ils le retrouveront l'an prochain à la grande fête. Mais non, ils décident de le chercher. Et ça c'est formidable, excellent. On assiste alors en direct à la recherche du Christ, comme un chrétien sociologique qui voudrait retrouver le Christ dans sa vie. On voit là toutes les étapes, les essais, bons ou mauvais, et c'est fort instructif pour notre propre recherche.

La première chose que font les parents de Jésus est de le rechercher dans leur propre famille, et ils découvrent qu'il ne s'y trouve pas. Cela est bien vrai et nous met en garde contre l'une des tentations les plus courantes, aujourd'hui encore : c'est de croire qu'il soit suffisant que le Christ soit dans notre famille. Nous nous contentons souvent de l'idée que nous sommes dans une famille chrétienne, ou qu'il soit une qualité réelle pour nous que notre famille soit protestante, ou chrétienne depuis x ou x générations. Mais cela ne suffit pas à rendre le Christ effectivement présent. Finalement, ce genre d'affirmation ou de fierté cache le plus souvent le fait que le Christ, en tant que tel, est oublié ou absent. Le problème, on le voit bien là aussi, c'est qu'on ne se rend pas toujours compte du problème tout de suite. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps, qu'ils se rendent compte qu'en fait, le Christ est absent. Il est vrai qu'on ne s'aperçoit pas toujours tout de suite de l'absence du Christ dans sa vie. Et enfin les parents de Jésus vont comprendre que ce n'est pas dans sa propre famille que l'on peut découvrir le Christ, c'est en retournant soi-même vers Jérusalem, le lieu symbolique de la présence de Dieu ,et vers le Temple, lieu de la relation à Dieu. La recherche du Christ est en effet une démarche personnelle, qui nécessite une sorte d'indépendance par rapport aux liens purement familiaux, et ce n'est pas pour rien que l'on demande aux enfants d'aller à un catéchisme à l'Eglise, même pour les enfants de pasteur, et d'entendre l'Evangile de la part d'une bouche autre que celle de son père ou de sa mère. La relation à Dieu doit être une chose absolument personnelle, un choix qui n'appartient qu'à nous sans que les choix ou les traditions de nos proches interférent le moins du monde.

Les parents de Jésus vont donc « retourner » à Jérusalem. C'est là une démarche extrêmement positive et courageuse. Trop de gens, croient pouvoir sauver leur vie dans une sorte de fuite en avant. Eux, au contraire, comprennent qu'il leur faut revenir en arrière pour un temps pour retrouver ce qu'ils ont laissé de côté. Magnifique image de leur conversion. La « conversion », c'est le retour, c'est reconnaître que l'on s'est égaré loin de Dieu, c'est vouloir retourner à Dieu, c'est cette démarche formidable qui consiste à se dérouter, à abandonner peut être certains projets personnels matériels, pour essayer de retourner chercher l'essentiel dont on se rend compte qu'on l'a laissé trop longtemps de côté.

Et ils vont chercher, chercher, trois jours, nous dit-on. C'est intéressant aussi cette notion de temps, on voit que la recherche même la plus sincère n'aboutit pas toujours tout de suite, il y a un cheminement à faire, une recherche qui peut durer un certain temps. La découverte du Christ n'est pas immédiate, mais demande une certaine patience, et de la persévérance.

Et quand ils trouvent enfin Jésus, ils font une découverte extraordinaire. En fait, ils découvrent un Jésus différent de celui qu'ils cherchaient. Ils se trouvent étonnés, surpris. Cela aussi c'est quelque chose de vrai. Il faut être prêt à trouver parfois un Dieu ou un Christ qui soit différend de celui de nos fantasmes, de celui que nous voulions avoir étant enfant. Nous devons être prêts à une certaine disponibilité pour trouver, au bout de notre recherche autre chose que ce que nous cherchions. Faute de quoi, notre recherche risque encore une fois de ne pas aboutir.

Ils découvrent donc Jésus dans le Temple, c'est-à-dire, finalement dans le sein même de la religion institutionnelle, et c'est important, surtout quand on connaît la critique sévère que le Christ fera lui-même de cette religion institutionnelle. Certes, elle est pleine de défauts, et de manquements, et pourtant, elle peut, je le crois, nous aider à découvrir le Christ. Et en particulier, Jésus est retrouvé « au milieu des maîtres », c'est-à-dire au milieu des docteurs, des théologiens, c'est bien là l'importance de la réflexion théologique qui peut nous permettre de redécouvrir le Christ. Peut-être justement parce qu'elle nous permet de le redécouvrir autrement, et aussi de l'entendre, et de dialoguer avec lui.

Jésus est donc là trouvé en train « d'écouter et de questionner ». Certains disent que c'est parce qu'il n'avait que 12 ans, c'est-à-dire un an de moins que la majorité religieuse pour les juifs, et que donc étant encore enfant, ce n'était pas lui qui enseignait. Mais pourtant le texte nous dit que ceux qui étaient là étaient « frappés de son intelligence et de ses réponses ». Il y a là une certaine contradiction. Alors, finalement, est-ce qu'il questionnait, ou qu'il répondait, et s'il ne faisait qu'écouter, comment ont-ils pu voir son intelligence ? Je veux croire que ce n'est pas une faiblesse de cohérence du texte, mais au contraire une affirmation essentielle : l'intelligence et les réponses même du Christ résident précisément dans le fait qu'il nous écoute et qu'il nous questionne.

L'écoute du Christ est déjà une chose essentielle.

D'abord, parce que nous voyons par là que Dieu prend en compte ce que nous sommes. Il ne nous impose pas une sorte de loi transcendante, d ' « impératif catégorique », une sorte de parole venant du Ciel et à laquelle nous ne devrions que nous soumettre. Mais la relation à Dieu que l'Evangile nous propose est de l'ordre du dialogue avec Dieu ou le Christ. Dieu nous comprend, il est à notre écoute, il prend en compte ce que nous sommes, nos forces et nos faiblesses, il compatit. Cela est vrai dans notre relation personnelle avec Dieu. Et puis, nous pourrions dire la même chose de notre relation à Dieu à travers l'Ecriture, le texte de la Bible n'est pas un livre au contenu imposé, mais dans notre lecture, ce que nous sommes est important. On y apporte nos joies, et nos peines, nos espérances, nos découragements etc... et le texte biblique opère en nous en fonction de ce que nous sommes, ou de ce que nous apportons. C'est pourquoi la lecture de la Bible est toujours renouvelée, parce que justement, la Bible n'est pas seulement un livre que l'on lit pour s'instruire, mais c'est aussi, et peut-être surtout, un livre qui NOUS lit.

Et puis le Christ interroge. Là aussi c'est très important. Parce que oui, si le Christ est actif dans nos vies, c'est beaucoup parce qu'il nous questionne sans cesse. La Bible n'est pas là pour nous écraser de ses réponses, mais plutôt pour nous poser des questions qui nous font grandir. L'Evangile est en grande partie un questionnement, et la prédication de l'Evangile a et doit garder cet aspect provocateur qui nous met en mouvement, qui nous pousse à chercher à réfléchir, à avancer.

Et au total, entre Dieu et nous, (ou entre la Bible et son lecteur), se trouve un dialogue. Il n'y a pas une sorte de relation à sens unique comme celle qui serait entre un professeur et un élève, ou entre le chef d'une secte et un adepte. Dieu nous considère comme des adultes, il ne nous impose pas des ordres, des lois, ou des croyances, pas plus que des réponses aux grandes questions parce que nous sommes responsables de nos propres réponses, et de nos propres choix. La seule chose importante, c'est que nos réponses soient de vraies réponses, faites à partir d'une réflexion personnelle, d'un dialogue et non de pétitions de principes rapides et irréfléchies.

Pourtant, la redécouverte de Jésus par ses parents ne sera pas une réussite complète.

D'abord, leur recherche n'était pas joyeuse, le texte dit qu'ils le cherchaient « dans la tristesse et l'angoisse », une telle recherche ne peut vraiment aboutir à quelque chose de positif. La recherche du Christ doit avoir quelque chose de désintéressé et de gratuit, ce doit être une recherche dans la confiance. On comprend humainement la réaction des parents de Jésus, mais transposée dans le domaine spirituel, ce n'est pas très bon.

Ensuite, quand ils trouvent Jésus, au lieu de se réjouir de leur rencontre, ils l'agonisent de reproches. C'est malheureusement souvent ainsi dans le domaine de la foi, combien de gens, plutôt éloignés de Dieu, quand ils en parlent, au lieu d'en parler avec reconnaissance et joie, le font l'objet de mille reproches : « Dieu... mais s'il avait été là, le mal n'aurait pas eu lieu, il n'y aurait pas tant de souffrance... ». Cette attitude est malheureusement un obstacle à la foi réelle. Il faut comprendre que Dieu est une source extraordinaire de joie, de confiance, de paix et d'espérance, et pour cela, il faut trouver une autre piste que celle qui consiste à le rendre responsable de tous nos malheurs.

Et puis ils considèrent que le Christ est leur propriété privée, qu'il leur appartient. Là encore, nous reconnaissons une attitude fréquente et dangereuse chez un certain nombre de chrétiens. C'est celle qui consiste à penser que l'on détient soi-même la vérité, au lieu d'accepter que le Christ, fondamentalement nous échappe toujours. Il appartient à Dieu, et non à nous. Christ n'est pas une propriété privée de notre petit système théologique ou de notre propre Eglise, toujours le Christ nous échappe et est au-delà de ce que nous pouvons en dire ou en comprendre. De même le texte nous dit que le Christ leur est « soumis »... sans doute pourrions-nous préférer le contraire, être soumis au Christ, plutôt que le Christ, ou Dieu soit soumis à nos propres petits désirs.

Tout cela semble conduire en fait à un échec, ce Christ qu'ils croient avoir retrouvé repart bien avec eux, mais comme un Christ encore embryonnaire, un Christ qui n'agit pas, qui n'a pas d'autonomie, ni de pouvoir réel. Pourtant, l'échec n'est pas complet parce que le Christ est quand même là avec eux, présent dans leur vie et leur famille, et qu'il pourra grandir, et cet épisode si marquant de Jésus dans le Temple qui indique la vraie nature de ce qu'est le Christ reste dans leur coeur.

Certes, ils ne sont pas totalement bien convertis, mais patience... En fait, il faut même plus de trois jours pour trouver le vrai Christ. Il faut parfois, des dizaines d'années pour que le Christ grandisse en nous. Si nous avons un Christ, même tout petit, dans notre coeur, et que nous le laissons grandir sans l'oublier dans un coin, sans se contenter de le laisser à ses proches, ou aux professionnels de la foi, alors il pourra grandir. Il pourra un jour devenir notre salut, devenir adulte, agissant, guérissant, nous donnant la vie, la paix, la joie, l'harmonie et la lumière.

Amen.

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Luc 2:41-52

41Ses parents allaient chaque année à Jérusalem, pour la fête de la Pâque.
42Lorsqu’il eut douze ans, ils y montèrent selon la coutume de la fête. 43Puis, quand les jours furent écoulés, et qu’ils s’en retournèrent, l’enfant Jésus resta à Jérusalem, mais ses parents ne s’en aperçurent pas. 44Pensant qu’il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin et le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. 45Mais ils ne le trouvèrent pas et retournèrent à Jérusalem en le cherchant. 46Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les questionnant. 47Tous ceux qui l’entendaient étaient surpris de son intelligence et de ses réponses. 48Quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement ; sa mère lui dit : Enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Voici que ton père et moi nous te cherchons avec angoisse. 49Il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? 50Mais ils ne comprirent pas la parole qu’il leur disait. 51Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur.
52Et Jésus croissait en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.

Luc 2:41-52

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