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Il y a un temps pour tout 

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Prédication prononcée le 22 janvier 2012, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Il y a un temps pour tout, un temps pour vivre, un temps pour mourir, un temps pour la paix, un temps pour la guerre... Dire qu'il y a un temps pour tout est une affirmation qui semble évidence, pourtant elle est plus profonde qu'on peut le croire. On trouve même une idée identique en Esaïe 28, et il est dit alors que ce n'est pas seulement une petite constatation évidente, mais un commandement de Dieu. Esaïe veut ainsi nous faire voir qu'il ne dit pas seulement l'évidence qu'il ne faut pas faire que labourer pour que quelque chose pousse, mais qu'il nous donne là une parabole pour nous faire comprendre quelque chose de fondamental.

Sans doute est-ce déjà que si il y a un temps pour chaque chose, alors, c'est qu'il n'y a pas de morale absolue possible, aucune chose n'est bonne en soi ou mauvaise en soi, tout dépend du contexte. Si chaque chose a un temps, alors pour chaque chose, il y a un temps où elle peut être bonne, et aussi un temps où elle peut n'être plus bonne. On ne peut jamais dire qu'il faut toujours faire une chose ou jamais en faire une autre, tout dépend du moment, de la circonstance, de la situation.

Cela implique que la religion qui, elle, parle de l'absolu, ne peut pas être un moralisme. Elle ne saurait donner une liste de choses interdites, ou à faire toujours. Ce qui peut être bon à un moment peut ne plus l'être à un autre. L'Evangile ne peut se réduire à une morale, ce qui compte, c'est de faire ce qu'il faut, et pour cela, il n'y pas de recette, pas de réponse simple et définitive. Pour trouver ce qu'il faut faire ou ne pas faire, il faut donc réfléchir, il faut chercher, inventer, se montrer disponible, aimer, prier, méditer. C'est la responsabilité de chacun. Chacun a des choix à faire, personne ne peut les prendre à sa place, ni juger vraiment les choix de l'autre. La force de l'homme c'est précisément de savoir s'adapter au moment et à la situation. On bat la nigelle avec le bâton et le cumin avec la baguette, dit le texte biblique, et pas le contraire. Chaque situation particulière doit donc avoir une réponse particulière.

La question est donc sans cesse de trouver ce qu'il est le meilleur de faire, mais quel critère pouvons nous avoir pour choisir ? Sans doute le critère ultime est-il celui de l'amour. L'amour n'impose pas une manière de faire, juste une attention à l'autre, une préoccupation du meilleur bien de l'autre. L'amour n'est pas une morale, par amour, peut dire la vérité ou mentir, on peut faire preuve de douceur, ou d'une certaine violence.

Pour Esaïe 28, il y a deux objectifs à garder en tête : la fertilité, et la nourriture (que l'on puisse en faire du pain). La fertilité est essentielle, il faut toujours se demander si ce que l'on fait va dans le sens de la vie ou si cela ne mène à rien, si cela a des conséquences positives ou non, si c'est constructif, positif ou pas. C'est ainsi que Paul dira : « Tout est permis, mais tout n'est pas utile... tout n'édifie pas ». L'allusion au pain, elle, dit que ce que nous faisons doit mener à la vie, comme le pain qui nourrit. Cela est vrai pour la vie physique, et plus encore pour la dimension spirituelle de notre existence, c'est le pain qui nourrit pour la vie éternelle.

Quoi qu'il en soit, donc, la réponse n'est jamais simple, et surtout, il ne convient jamais d'avoir une réponse à appliquer dans tous les cas et toujours. La fécondité vient aussi, souvent, de la diversité. Labourer toujours ne mènerait à rien, il faut labourer, mais aussi à un autre moment planter, et à un autre encore récolter. Le fait même de changer d'activité, ou de réponse est essentiel pour la fécondité. Nous retrouvons comme un exemple particulier un thème cher à la mystique médiévale avec la « respiration spirituelle ». Il ne faut pas en effet prier sans cesse, ni œuvrer sans cesse, parfois il faut prier et parfois œuvrer, et c'est l'alternance de ce qui, dans notre vie vient de Dieu et vient de nous, qui fait la fécondité de notre existence. Dire : « il faut toujours... » est aussi absurde que de dire, « il faut toujours labourer ».

Cela montre la stérilité du moralisme et de l'intégrisme qui fonctionnent avec des principes immuables. Les principes sont mauvais et stériles. Un seul principe est possible, et il nous est donné par l'Evangile de Jean : « In principio erat verbum » c'est le verbe éternel qui est Dieu lui-même, la parole créatrice que le Christ a incarnée et qu'il nous a révélé.

Tout absolu moral est une idolâtrie. De toute façon, si Dieu seul est éternel, tout ce que je fais, est de l'ordre du passager et du conditionné, et tout ce qui m'arrive aussi. Même la paix ou la guerre, la santé ou la maladie, la vie ou la mort physique, ce sont des choses secondaires et passagères, nous ne devons pas nous en préoccuper plus qu'il n'en faut. Aucun acte n'est bon en soi, ou mauvais en soi, ce qui compte, c'est le contexte, et surtout le résultat. Ce qui compte, c'est l'ensemble des actes, leur cohérence, et que l'ensemble conduise à quelque chose de positif. Là est l'essentiel : pas tant les petits actes ponctuels de notre vie, bons ou mauvais, mais l'ensemble, la logique de notre vie. Si la vie est faite d'actions désordonnées, sans but, elle peut être stérile, même si il y a de belles choses dedans.

Donc l'essentiel, ce n'est pas tant des principes ou des critères simples de morale, du bien et du mal, mais qu'il y ait un principe unificateur. Il est grave si il n'y a pas de principe central dans notre vie, alors elle devient un divers pur, un fatras, éparpillement, un chaos stérile. C'est comme un jardin, sa beauté, ne tient pas tant àce qu'il y a dedans, mais à son agencement. Si il est plein de broussailles, tout en désordre, même si il y a une belle plante au milieu, cela ne vaudra pas grand chose. De même, une vie faite d'actions désordonnées sans but, peut être stérile, même si il y a de belles actions dedans. Ce qu'il faut, c'est trouver une harmonie qui conduise à la fécondité, trouver un sens.

C'est une des signification de ce que l'on appelle « le salut par la foi et non par les œuvres ». La foi, ce n'est pas là le sentiment religieux, mais le principe unificateur de la vie, la visée, la conviction, l'idéal, ce qui donne du sens à une vie, qui donne une direction globale forte dans laquelle peuvent s'inscrire toutes les actions, et toutes les décisions. L'Evangile, le Christ sont des principes unificateurs formidables.

Nous avons même là une critique très puissante de ceux qui affirment que nos actes ont une valeur éternelle, un poids infini. Dans une théologie des œuvres on pense une comptabilisation des actes qui demeurent éternellement. Mais non, les actes sont passagers, l'erreur et le pardon sont possibles, la conversion aussi. Il n'y a pas de poids éternel de notre passé. L'important, c'est comment nous l'intégrons dans un ensemble plus vaste dans lequel le passé, quel qu'il soit, puisse trouver une issue, une nouvelle cohérence. Si on se trompe, ce n'est pas très grave, puisque c'est l'ensemble qui compte, on peut intégrer même ses erreurs de parcours dans un ensemble qui peut être harmonieux. Dieu est spécialiste pour ça, et la Croix, la mort de Jésus, n'est pas le moindre exemple.

De toute façon, tout ce qui arrive ici bas est vanité et poursuite du vent. Aucun acte, aucun événement n'a de poids éternel. Les actes sont liés à l'espace. Les actes sont dans le temps, liés à la temporalité, or ce que recherche la religion c'est l'éternel, l'intemporel, non pas le visible, mais l'invisible. Quand la religion se mêle de matériel, elle fait fausse route, que ce soit de politique, de morale sexuelle ou d'économie, elle perd sa dignité, sa vocation, elle s'écarte de sa nature même, tombe dans l'idolâtrie et se décrédibilise.

Cependant, il est vrai que l'homme religieux est écartelé entre le temporel et l'éternel. La tentation de la religion, c'est de coller les deux, de mélanger, c'est la solution de facilité : faire des commandements moraux des commandements de Dieu immuables. Or c'est une tentation coupable et fausse. Il ne faut pas confondre le Ciel et la Terre. Le Ciel, c'est l'absolu, et l'éternel, c'est l'amour, la Terre, c'est la morale, c'est le divers, ce sont les circonstances complexes, là où il n'y a pas de réponse éternelle, et où le bien et le mal restent, quoi que l'on fasse, mélangés.

C'est pourquoi le Christ n'a jamais donné de commandements moraux, mais des idéaux : aimer, pardonner, servir, donner. Ca c'est le sens global. Pour l'application pratique, c'est chacun qui êtes responsable, alors réfléchissons, choisissons, et assumons, avec sentiment de responsabilité... tout en nous sachant sous la grâce.

Il ne faut pas, en effet, se sentir écrasé par cette responsabilité qui semble immense, parce que ce n'est pas tant à nous de donner un sens à notre vie, que de savoir que Dieu lui-même a déjà donné un sens à notre vie.

Le sens, ce n'est pas à nous de le créer, de l'inventer, il existe et il est donné. Même la vie la plus humble, la plus imparfaite est sauvée par grâce. C'est en effet Dieu qui donne le sens. Et le seul sens d'une vie c'est l'amour. C'est le fait d'être aimé qui donne sens à une vie. On le voit chez le nourrisson qui a une drôle de vie dont nous ne voudrions pas, sans autonomie, sans liberté, sans action possible, et pourtant il est merveilleux. Pour une personne très âgée, c'est la même chose en fait.

Et si l'amour reçu donne du sens à une vie, l'amour comme idéal lui donne son sens en tant qu'orientation. Nous devons tendre à aimer.

L'amour est à la fois notre idéal et notre socle. Notre but et notre force.

Tout est passager et poursuite du vent... Sauf l'amour qui est éternel.

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Ecclesiaste 3:1-8

Il y a un moment pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel :

Un temps pour enfanter et un temps pour mourir ;

Un temps pour planter et un temps pour arracher le plant ;

Un temps pour tuer et un temps pour guérir ;

Un temps pour démolir et un temps pour bâtir ;

Un temps pour pleurer et un temps pour rire ;

Un temps pour se lamenter et un temps pour danser ;

Un temps pour jeter des pierres et un temps pour ramasser des pierres;

Un temps pour étreindre et un temps pour s'éloigner de l'étreinte;

Un temps pour chercher et un temps pour perdre;

Un temps pour garder et un temps pour jeter ;

Un temps pour déchirer et un temps pour recoudre ;

Un temps pour se taire et un temps pour parler ;

Un temps pour aimer et un temps pour haïr ;

Un temps de guerre et un temps de paix.

Esaïe 28:23-39

Prêtez l'oreille, écoutez ma voix ! Soyez attentifs, écoutez ma parole !

Celui qui laboure pour semer laboure-t-il toujours ?

Ouvre-t-il et herse-t-il (toujours) son terrain ?

N'est-ce pas qu'après en avoir aplani la surface

Il répand de la nigelle et jette du cumin,

Il met le froment par rangées,

L'orge à une place marquée

Et l'épeautre sur les bords ?

Son Dieu lui a enseigné la marche à suivre,

Il lui a donné ses instructions.

On ne foule pas la nigelle avec le traîneau,

Et la roue du chariot ne passe pas sur le cumin;

Mais on bat la nigelle avec le bâton

Et le cumin avec la baguette.

On doit broyer (le blé pour avoir) du pain,

Aussi n'est-ce pas continuellement qu'on le bat et qu'on le rebat :

Si l'on y pousse la roue de son chariot et ses chevaux

Il n'est pas broyé.

Cela aussi vient de l'Éternel des armées ;

Admirable est son conseil,

Et grandes sont ses ressources.

Luc 10:25-29

Et voici qu'un docteur de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l'épreuve :

Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?

Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ?

Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même.

Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras.

Ecc. 3:1-8, Luc 10:25-29

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