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Le petit battement d'ailes d'un papillon

Dimanche 29 décembre 2024
Gilles Castelnau
Église protestante unie de l'Étoile à Paris

Dans sa prédication pour ce dernier dimanche de 2024, le pasteur Gilles Castelnau tisse un parallèle entre « l'effet papillon », théorisé par le mathématicien Edward Lawrence en 1972, et l'impact du ministère de Jésus en Galilée. Comment un simple prédicateur itinérant, dans une province reculée de l'Empire romain, a-t-il pu déclencher un mouvement qui résonne encore deux millénaires plus tard ? À travers des épisodes emblématiques — la guérison du paralytique, la femme adultère sauvée de la lapidation, la multiplication des pains — le pasteur montre comment de petits actes, en apparence insignifiants, peuvent générer des transformations majeures lorsqu'ils sont portés par un « souffle créateur ». Une réflexion particulièrement pertinente à l'aube de 2025, où Castelnau invite à reconsidérer l'essence du message évangélique au-delà des dogmes et des interdits, pour retrouver ce « dynamisme créateur, apaisant et tonique » qui continue d'inspirer des initiatives, illustrant la force vivifiante de cet humble « battement d'ailes » initial.

Le battement d'aile d'un papillon en Galilée

Jésus lui-même compare son ministère en Galilée à une petite graine qui, parfois ne produit rien, mais peut aussi produire au centuple. C'est comme un minuscule battement d'aile de papillon dans cette lointaine Galilée, un mouvement sympathique et heureux qui surgissait autour de Jésus-Christ. Il n'était alors qu'un rabbin juif obscur, un prédicateur ambulant sur les chemins d'une partie reculée et méprisée de l'Empire romain.

Ce petit battement d'aile, cette petite graine jetée au vent, est pourtant un message qui résonne encore aujourd'hui, des milliers d'années plus tard.

Des actes aux conséquences inouïes

Ce mouvement a commencé par des gestes simples, mais profonds. Jésus avait pardonné les péchés d'un paralysé qui, apporté devant lui, ne demandait rien et pensait peut-être seulement à sa guérison. Sans attendre le rituel de Kippour et son exigence de repentance, il lui avait dit : \"Tes péchés sont pardonnés, va en paix.\" Il lui avait rendu l'usage de ses jambes, le faisant bondir dans une vie nouvelle. En vérité, c'était peu de choses dans l'immense empire romain, juste une petite graine jetée au vent.

Il avait aussi dit à ceux qui voulaient lapider la femme adultère : \"Que celui qui est sans péché jette la première pierre.\" Face à ces paroles, tous ont compris qu'il valait mieux abandonner leurs pierres de mort et repartir, plutôt que de risquer d'être eux-mêmes condamnés. Le peuple entier avait abandonné les pierres de la loi de Moïse, telle que les pharisiens la comprenaient. Un autre petit battement d'aile, mais dont l'écho nous parvient encore.

Il avait également déclaré : \"Ce qui entre dans la bouche ne souille pas. Ce qui souille, c'est ce qui sort de la bouche.\" Par ces mots, il invitait à cesser de chercher à manger casher ou pur, affirmant que rien de tout cela ne souille l'être humain. Un petit battement d'aile de papillon qui a traversé les siècles.

Devant une foule de 5000 hommes, alors que ses disciples n'avaient que cinq pains et deux poissons, il leur avait dit : \"Donnez-leur vous-mêmes à manger.\" Et ils l'avaient fait. C'étaient des paroles que l'on n'avait pas l'habitude d'entendre, l'esprit oublié des anciens prophètes qui était prononcé à nouveau, suscitant l'enthousiasme et la surprise de ceux qui écoutaient.

L'Effet Papillon : Une intuition devenue théorie

Ces événements, en apparence mineurs dans la grande histoire mondiale, ont eu un destin singulier. Jésus fut d'ailleurs vite rejeté et crucifié, un petit battement d'aile dans le vent au fond d'une province éloignée de l'Empire. Mais cette image du battement d'aile de papillon prend tout son sens à la lumière des découvertes plus récentes.

En 1972, lors d'une conférence scientifique, le scientifique américain Édouard Lorenz a suscité l'émoi en déclarant : \"Le battement d'aile d'un papillon au Brésil peut provoquer l'enchaînement d'une tornade au Texas.\" Cette théorie illustre parfaitement ce qui s'est produit avec le message de Jésus.

La tornade spirituelle qui a balayé le monde

Jésus, ce prédicateur insignifiant, a vu son message, sa présence, sa vie et son enseignement se transmettre rapidement dans le monde entier. Son dynamisme créateur, rapidement traduit en grec, s'est répandu dans tout l'empire. Un grand vent s'est mis à souffler sur toute la Méditerranée et bien au-delà. Ce message, qui aurait dû être oublié depuis longtemps, continue de vivre 2000 ans après, et notre présence ici en témoigne.

Aujourd'hui, sur la terre entière, ce petit battement d'aile insignifiant provoque une tornade. Toute l'Europe en a entendu parler. Bien sûr, comme Jésus l'avait prédit, tout le monde n'écoute pas. Souvent, cette petite graine de blé jetée sur la terre ne produit rien. Et pourtant, bien souvent, elle produit aussi au centuple.

De la Russie aux États-Unis, de l'Amérique du Sud à l'Afrique, et jusqu'en Chine où, nous dit-on, une nouvelle paroisse protestante est construite chaque jour, le souffle perdure. Et parmi nous, aujourd'hui, ne ressentons-nous pas, sinon une tornade, du moins un souffle léger qui nous a amenés dans ce temple ? Un souffle qui parle à nos cœurs, nous relève et nous guérit.

C'est un souffle créateur qui s'est transmis jusqu'à nous, qui régule notre stress, nos émotions, contrôle nos peurs, nos colères et nos ruminations. Tranquillement, il installe la paix dans nos cœurs.

L'Évangile aujourd'hui : un souffle toujours puissant

La petite voix des Évangiles est, encore aujourd'hui, comme ce petit battement d'aile de papillon. Presque rien, et pourtant, elle peut provoquer un grand vent, une tornade chez tous ceux qui veulent bien l'entendre. L'histoire du paralysé, celle des hommes qui laissent tomber leurs pierres de lapidation, la libération des contraintes alimentaires qui empoisonnent la vie... c'est ce message qui nous parvient encore : ce n'est pas ce qui entre, mais ce qui sort de la bouche qui souille.

La multiplication des pains est toujours possible. Pensons à Coluche, qui n'était pas un grand croyant, mais qui a lancé les Restos du Cœur. Un petit battement d'aile dans la ville de Montrouge, rien du tout, qui a donné la tornade de générosité que nous connaissons aux quatre coins de la France et d'ailleurs. C'est l'esprit d'un dynamisme créateur, d'un renouveau qui apaise et qui ragaillardit.

Ce souffle est une méditation apaisée, tonifiée par le dynamisme créateur de Dieu. C'est un élan de vie, d'amour bienveillant, altruiste, de compassion, et un rejet de l'égoïsme instinctif. C'est une ouverture à la joie de l'amour universel, de la fraternité créatrice, la plénitude de la vie.

Pourquoi ce souffle est-il parfois étouffé ?

Il est vrai que cette petite voix est souvent étouffée. L'apôtre Paul disait : \"N'étouffez pas l'Esprit.\" Lorsqu'on l'étouffe, cette petite graine, ce battement d'aile, ne donne rien. Malheureusement, depuis 2000 ans, beaucoup n'écoutent pas ou n'aiment pas ce message.

Certains réduisent la religion à une liste d'interdits : l'homosexualité, le mariage pour tous, l'IVG, le divorce. Ils la rejettent en disant : \"Je n'en veux pas.\" Mais ce n'était pas cela, le battement d'aile d'amour que Jésus-Christ avait lancé.

D'autres la perçoivent comme un ensemble d'histoires surnaturelles et incroyables : Jésus qui marche sur l'eau, né miraculeusement, ressuscité corporellement. Face à ces récits, ils disent ne pas pouvoir y croire. Mais le véritable battement d'aile n'est pas non plus tout à fait cela.

Il y a aussi ceux qui sont rebutés par les dogmes : ne pas être aimé de Dieu sans baptême, un mariage non valide sans la bénédiction d'un prêtre, la cohabitation vue comme un mal. Ces dogmes leur semblent incroyables, mais ils ne sont pas l'essence du message qui avait séduit l'entourage de Jésus.

Enfin, certains pensent que Dieu se préoccupe avant tout de sexe, bien plus que de la qualité de vie des gens. Pourtant, Jésus ne se préoccupait jamais de ces questions. Il faut bien repenser de quel battement d'aile et de quelle graine nous parlons, et sur quel terrain elle tombe.

Notre rôle dans la propagation du souffle

Notre petit battement d'aile de papillon provoque un souffle étonnant lorsqu'il se propage parmi ceux qui savent l'écouter et qui l'aiment. C'est un dynamisme créateur, apaisant et tonique, pour soi-même et pour le prochain, y compris les plus inattendus, ceux dont on n'aurait jamais cru qu'ils y entreraient.

Après tout, ne sommes-nous pas nous-mêmes bien peu de choses ? Notre propre battement d'aile n'est-il pas bien petit, comme celui de ce lointain juif de Galilée vite crucifié, qui est pourtant notre Seigneur ? Néanmoins, notre petit battement d'aile de papillon, tel qu'il est, transmet ce souffle qui peut devenir une tornade à nouveau, dans notre cœur et dans celui de notre prochain. Un souffle tonifiant et apaisant pour la vie des hommes, qui se propage aux quatre coins du monde.

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