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Le travail, bénédiction ou malédiction ?

Prédication prononcée le 1er mai 2011, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Le 1er mai c'est la fête du travail, et normalement pas une fête religieuse, comme si le travail n'avait rien avoir avec la religion. Et même, quand ça tombe un dimanche, « jour du Seigneur », c'est considéré comme une mauvaise nouvelle puisque ainsi on perd une journée de congé. Cette concomitance peut être l'occasion de voir ce qu'il peut y avoir de religieux dans le travail, ou l'absence de travail.

Il est d'ailleurs curieux que pour la fête du travail, on ne travaille pas, c'est paradoxal, comme si l'on interdisait de faire de la musique le jour de la fête de la musique. Mais cela montre que le travail est plutôt considéré comme quelque chose de négatif.

Il est vrai que dans la Bible, on trouve certains passages qui semblent dévaloriser le travail, en particulier dans la Genèse où il est présenté comme une punition de Dieu suite au péché originel. Mais on trouve aussi d'autres passages tout à fait valorisants, comme dans le psaume 128 : « Tu te nourriras du travail de tes mains, heureux es-tu. ».

En fait, cette contradiction n'est qu'apparente. La Genèse, bien comprise, ne dévalorise pas du tout le travail, et d'ailleurs, avant le péché originel, Adam et Eve ne faisaient pas rien, il est dit que Dieu crée l'homme et qu'il le place dans le jardin pour le cultiver et le garder. Cela n'est pas rien, c'est un vrai travail. La punition de Dieu, c'est que le travail devient pénible, tout comme l'enfantement de la femme.

Or il faut comprendre ce que signifie l'idée de « punition » dans Bible. Il ne s'agit pas vraiment d'une punition morale, Dieu ne punit pas, ce n'est pas un père fouettard, Dieu n'est que source de bien et de vie. Ce que l'on entend par là, c'est qu'il peut y avoir une conséquence au mal. Comme quand on dit à un enfant de ne pas mettre ses doigts dans la prise de courant sinon il se brûlera. S'il le fait néanmoins, il n'y aura pas de punition morale, mais une conséquence de son acte dont il aura été averti. Dans notre texte, ce qui est dit, c'est que par le péché originel, si l'on s'éloigne de Dieu, les conséquences sont que le travail devient une peine et une souffrance au lieu d'être une joie.

Or le « péché originel », ce n'est pas la faute historique d'un individu appelé Adam, il n'y a pas de culpabilité héréditaire d'une faute que nous n'aurions pas commise. Le péché originel, c'est le péché fondamental, le péché par excellence, le péché qui est à l'origine de tout péché. Il consiste à se prendre pour Dieu, pour le centre du monde, pour le critère absolu à partir du quel on juge toute chose, ce qui est bon et mauvais. Il consiste à appeler bon ce qu'on aime et à déclarer universellement bien ce qui nous plaît au lieu de se préoccuper de l'absolu (qui est Dieu), et de l'Universel (qui est Dieu aussi, et qui est les autres autour de moi).

Or si l'on est dans cette erreur, alors le travail devient pénible, parce que si l'on regarde seulement par rapport à soi et non par rapport à œuvre accomplie alors toute œuvre est une peine.

Si par exemple quelqu'un passe une journée à servir des repas pour des SDF, à la fin de la journée, que dira-t-il ? S'il ne regarde que par rapport à lui, il dira qu'il a passé une très mauvaise journée, parce qu'il est fatigué, qu'il a mal au dos, et qu'il a dû gérer des comportements inhabituels, et qu'il a gâché son dimanche alors qu'il aurait pu à la place se reposer ou s'amuser. Mais s'il regarde par rapport aux autres, par rapport à l'œuvre accomplie, alors il dira qu'il a passé la meilleure des journées, parce qu'il a donné à manger à des gens qui avaient faim, qu'il a apporté un peu de joie à des personnes malheureuses ou éprouvée, qu'il a donné de la présence de la chaleur, et le sourire à des malheureux, et de l'humanité à des gens à qui on la refuse trop souvent. Tout dépend donc du point de vue.

De même pour l'enfantement, la Genèse à raison, si la femme se complaît dans le péché originel en ne pensant qu'a elle, alors oui, l'accouchement est une douleur, une peine, une souffrance, mais si elle en sort en pensant à l'enfant qu'elle met au monde, alors elle dira qu'elle vit la plus belle journée de sa vie, parce qu'avec Dieu elle a donné la vie à un être qui n'est pas elle. C'est d'ailleurs cela que Jésus dit explicitement en Jean 16:21.

Donc en effet, le travail, s'il est vu par rapport à soi, est une chose pénible, mais il peut devenir la plus belle des choses si on s'ouvre vers l'autre.

Ainsi un travail peut être bon de plusieurs manières

1. D'abord si l'on a la chance d'avoir un travail utile, un travail qui apporte quelque chose aux autres, qui contribue à monde meilleur, à apporter de la joie, soulager de la peine. C'est de la chance pour ceux qui ont un travail comme ça : médecin, infirmière, pompier, pasteur. Ce sont les plus beaux métiers, ou du moins les plus valorisants, parce que la question du sens est alors évidente. Bien sûr, à part ça, tous les métiers sont plus ou moins utiles parce qu'ils participent au fonctionnement de la société, et même celui qui ferait le travail le plut bête comme le travail à la chaîne pour monter une voiture, rend service et l'on est bien content que quelqu'un le fasse... Mais il y a donc des travails qui ont une utilité plus visible et motivante que d'autres.

Il faut remarquer par ailleurs que ce genre de travail n'est pas forcément une activité salariée. Il ne faut pas confondre la valeur d'un travail avec sa rémunération, il n'y a rien à voir. Il y a même certaines activités essentielles et fort belles qui ne sont pas payées. C'est le cas de tout le travail que l'on peut faire dans le bénévolat, ou même celui de « mère de famille ». Une mère au foyer ne fait pas « rien », et fait énormément, pour sa famille, pour ses enfants même si ce travail n'est par reconnu par un salaire.

Mais donc il faut bien avoir un métier pour gagner sa vie, et il est formidable quand il peut être aussi quelque chose que l'on aime et en lequel on croit. Le plus beau métier est celui que l'on ferait même si l'on n'était pas payé pour le faire.

2. Mais il se peut aussi que l'on ait un travail purement alimentaire, pour gagner sa vie, ou la vie de sa famille, où est le sens alors ? Déjà travailler pour sa famille ce n'est pas rien, mais que faire si ce travail est vraiment peu motivant ?

Il y a plusieurs issues.

La première, c'est de le prendre comme une chose nécessaire, mais il n'y a pas que 35 heures dans une semaine, et on peut en dehors de sa profession faire plein de choses belles et bonnes pour les autres et pour le monde. De toute façon, on ne peut pas faire des choses utiles ou extraordinaires tout le temps. L'essentiel, c'est que dans notre vie on trouve le moyen d'en faire au moins un peu pour les autres. Il faut garder du temps pour servir, c'est essentiel et cela rachète toute une vie.

La deuxième manière de donner du sens à un métier absurde, c'est de considérer que dans le lieu de son travail, on est dans une société avec d'autres, et que dans ce lieu, on peut, par sa façon d'être présent, avoir une œuvre humaine, apporter de la joie, de l'amitié, de la fidélité, de l'espérance, encourager, accompagner, écouter. Et cela on peut toujours le faire, où que l'on soit, que ce soit là où on aurait choisi d'être ou là où l'on est sans l'avoir choisi, comme dans un hôpital ou une maison de retraite.

Or c'est ça le sens de la vie de l'homme, pas forcément avoir un métier salarié, mais œuvrer, travailler comme Dieu pour apporter quelque chose au monde, pour donner aux autres, pour contribuer à construire avec Dieu un monde meilleur, créer du bien, de la paix, du mieux vivre, du bonheur, pour ceux qui nous sont confiés, auprès ou au loin.

Enfin, il se peut que quelqu'un fasse un travail non seulement absurde, mais aussi solitaire, il n'y a alors aucune action humaine possible, mais il y a là encore une solution. C'est de faire de cette activité absurde une œuvre spirituelle, convertir ce travail en prière, en relation à Dieu. C'est une solution qui a toujours été chère aux protestants, penser que quoi que l'on fasse, si on le fait non pour les hommes, mais comme pour Dieu, cet acte prend un autre sens et devient un acte religieux offert à Dieu. L'activité humaine change alors de catégorie pour n'être plus une chose pénible faite comme une corvée, pour être quelque chose que l'on fait joyeusement pour la seule gloire de Dieu et en rendant grâces à Dieu.

Ainsi la tradition rabbinique disait qu'un Rabbin doit faire un métier, et si celui ci ne peut être vraiment utile en soi autant qu'il soit le plus simple possible, et ne prenant pas l'esprit pour permettre de penser à Dieu et de prier en même temps. Ainsi l'apôtre Paul avait pour profession : couseur de tentes, c'est un métier tout à fait rabbinique. Mais aujourd'hui, certaines personnes disent, par exemple, qu'elles aimaient faire la vaisselle, parce qu'elles peuvent prier magnifiquement en même temps. Pourquoi pas ?

Dans tous les cas, la question est celle du sens. Le travail est bon quand il a du sens. Soit qu'il ait du sens en soi, ce qui est le plus commode, soit que le sens soit moins évident et que l'on choisisse de lui donner alors du sens. Donner du sens, c'est le tourner vers quelque chose qui dépasse, vers un objectif, un idéal, une mission. C'est la même chose pour notre vie, son sens vient du sens qu'on lui donne. C'est ce qu'on appelle le « salut par la foi ». La foi, c'est la visée, l'idéal, la conviction, ce au service de quoi l'on veut se mettre. Et c'est ça qui donne du sens à notre vie, comme à notre travail, quand on se sent attiré par autre chose que par soi-même, quand on s'ouvre sur l'autre, sur le monde, sur un idéal, sur une mission.

C'est donc la foi qui donne du sens au travail, et cette même foi qui donne sens à sa vie. Il ne faudrait surtout pas penser que le travail pourrait, en soi donner sens à une vie. Il y là un grand danger : croire que notre vie tienne parce que l'on fait, par le rôle que l'on joue dans la société. Le sens, la quête de sens doit précéder le travail, sinon le travail en lui même n'est qu'une vaine agitation. Comme dit l'Ecclésiaste 1:14 : J'ai vu tout les travails qui se dont sous le soleil, voici que tout est vanité et poursuite du vent. Sans sens c'est bien ce à quoi risque de tourner tout travail.

Il faut se rappeler que nous sommes sauvés par la foi, et pas par les œuvres. C'est la foi, la quête de sens, la conviction, l'engagement qui peut faire que mes œuvres soient bonnes et pas le contraire. Avant de poser question du travail, il faut donc poser la question du sens, de la foi.

C'est la signification du commandement du Sabbat : travailler six jours, et un jour ne pas travailler. Cela est pour inviter à ne pas se noyer dans son activité, savoir vivre en dehors du travail, ne pas s'identifier à son action, à ce que l'on fait, mais c'est cette quête du 7e jour qui donne sens aux 6 autres.

Et puis surtout, il faut se rappeler que le sens de ma vie tient par autre chose que par mon utilité dans ce monde, il m'est donné par l'amour de Dieu. Certes, il est bien d'œuvrer dans ce monde pour qu'il soit meilleur, et nous devons tous aspirer à le faire, que ce soit dans une activité rétribuée ou non, mais il ne faut pas croire que ce soit ça qui donne sens à une fie. Le sens d'une vie, c'est simplement d'aimer et d'être aimé. Sinon, quel serait le sens de la vie d'un handicapé, ou d'un nourrisson ? Ils ne font rien, et pourtant leur vie a un sens en soi. Il n'y a donc pas d'angoisse à avoir sur ce que nous pouvons faire ou le trop peu que nous sommes en mesure d'apporter au monde. Chacun fait ce qu'il peut, et s'il ne faut pas s'identifier à son travail, il ne faut pas non plus s'identifier à son absence de travail, comme risque de le faire un chômeur, ou une personne âgée qui ne peut plus faire grand chose matériellement pour les autres. Ce que nous faisons ne nous définit pas, parce que le sens de ma vie, je n'ai pas tant à le construire qu'a accepter de le recevoir par le fait que je suis aimé par Dieu et que où que je sois, il m'est toujours possible d'aimer et d'accepter d'être aimé.

Le travail ainsi, comme toute activité, toute œuvre, peut être une belle chose, et en même temps comporte des risques importants. Il est dangereux si il est considéré par rapport à soi, et non pour l'œuvre qu'il accompli. Il est dangereux si l'on attend trop de lui pour donner du sens, soit maintenant s'il en a peu, soit plus tard si je deviens privé de pouvoir faire ce travail.

Mais le travail est bon quand il a du sens en soi-même, ou quand on a su lui donner un sens, sens parce qu'il accomplit, parce qu'il participe à faire un monde meilleur, parce qu'il participe à l'œuvre de la création, comme le travail scolaire des enfants qui contribue à les faire grandir et à pouvoir être plus efficaces comme acteurs dans ce monde. Ou bon simplement si il permet au moins de gagner son pain, mais qu'en plus on sait lui donner un autre sens. Parce qu'il ne faut pas oublier que le corps est plus que le vêtement, et que la vie plus que le boire et manger... et l'essentiel certainement ailleurs que dans un salaire.

Mais il faut toujours garder une distance, parce que le salut est en Dieu seul, et que le sens de notre vie est en Dieu seul, et dans l'amour. Tout le reste qui nous attire risque toujours d'être comme des miroirs aux alouettes qui ne sont que mensonges.

Et souvenez vous que quoi que vous fassiez,

Si L'Éternel ne bâtit la maison les bâtisseurs travaillent en vain

Si L'Éternel ne garde la ville c'est en vain que veillent les gardes

En vain tu devances le jour retardes le moment de ton repos tu manges un pain de douleur Dieu comble son bien aimé quand il dort !

Des fils, voilà ce que donne L'Éternel des enfants, la récompense qu'il accorde. (Ps. 127)

C'est-à-dire que la seule chose importante est, que l'on ait des enfants dans la chair ou non, que notre vie ait une vraie fécondité, quelle donne quelque chose qui sorte de nous mêmes, qu'il y ait en nous une source de vie qui soit donnée pour les autres, avec l'aide de Dieu.

Amen

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Genèse 3:16-19

Il dit à la femme : Je rendrai tes grossesses très pénibles, C'est avec peine que tu accoucheras. Tes désirs (se porteront) vers ton mari, Mais il dominera sur toi.

Il dit à l'homme : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger, Le sol sera maudit à cause de toi ; C'est avec peine que tu en tireras ta nourriture Tous les jours de ta vie, Il te produira des chardons et des broussailles, Et tu mangeras l'herbe de la campagne.

C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, Jusqu'à ce que tu retournes dans le sol, D'où tu as été pris ; Car tu es poussière, Et tu retourneras à la poussière.

Psaume 128

Heureux qui craint L'Éternel

et marche selon ses voies !

Tu te nourriras du travail de tes mains

heureux es-tu !

A toi le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse

et tes fils autour de la table

comme des plants d'olivier

Voilà comment sera béni

l'homme qui craint L'Éternel

De Sion, que L'Éternel te bénisse ! Tu verra le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie

et tu verras les fils de tes fils !

Paix sur Israël !

Jean 16:21

La femme, lorsqu'elle enfante, a de la tristesse, parce que son heure est venue ;

quand elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de sa douleur, à cause de la joie de ce qu'un homme soit venu au monde

Gen. 3:16-19, Ps. 127, Ps. 128, Jean 16:21

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