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La tyrannie du bonheur

Prédication prononcée le 19 mai 2011, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Nous sommes dans une société qui cherche le bonheur à tout prix et qui le met comme un idéal. On peut penser que ce la vient du fait qu'aujourd'hui, nos contemporains ne croient plus au salut, à l'éternité, alors le but de la vie devient projeté dans l'immédiat : il faut être heureux, il faut avoir le Paradis tout de suite, ici bas sur Terre, et tout de suite. Or cela est dangereux, et certainement fait le malheur de beaucoup.

C'est dangereux, parce qu'alors, s'il faut toujours être heureux et rayonnant, beau et en bonne santé, il n'y a dans notre société plus de place pour les pauvres, les déprimés, les gros, les moches, ni pour ceux qui souffrent et sont malheureux. Cette pression faisant croire que tout doit être brillant entraîne des dépressions, et sans doute des usages immodérés de médicaments, ou de drogues pour essayer d'avoir ce bonheur tant recherché.

Le problème, c'est qu'il faut bien dire que les théologiens sont certainement complices pour une part de cette dérive. Il est, en effet, habituel de dire dans nos églises que le but de l'Evangile, c'est le bonheur, que la foi nous remplit de joie et nous fait tressayer d'allégresse.

Sans doute, la foi donne-t-elle du bonheur, et sans doute y a-t-il une grande joie dans le service de l'Evangile, pourtant, je crois que ces affirmations ont quelque chose de dangereux, et même de faux.

C'est d'abord faux sans doute, parce que l'important dans sa vie, ce n'est pas d'être heureux, mais de faire ce qu'on a à faire, d'accomplir sa mission, que ça nous rende heureux ou pas, n'est pas la question.

D'ailleurs, le Christ, a-t-il été heureux ? Cela n'est pas dit, et ce n'est pas évident. Etait-il heureux quand il pleurait sur la mort de son ami Lazare ? Et à Getsémané quand pris d'angoisse il suait du sang ? Et sur la croix ? Jésus n'était pas forcément heureux, il faisait juste ce qu'il avait à faire. Il ne promet d'ailleurs pas le bonheur à ceux qui le suivront : il dira : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. Et cela, il le dit juste après l'intervention de Pierre qui le tente en lui disant qu'il ne faut pas qu'il sacrifie son bonheur, qu'il ne doit pas souffrir... mais Jésus lui dira : Arrière de moi Satan. C'est ça c'est la tentation de Satan, vouloir être heureux, chercher son bonheur est toujours une fausse piste, c'est un danger qui fait retourner le sujet sur soi même, sur son propre égoïsme. Or le but de l'Evangile, ce n'est pas de courir après son bonheur, mais de « donner sa vie pour ses amis ».

Et puis il y a aussi quelque chose de dangereux dans cette démarche intellectuelle, parce que cette idée que l'Evangile, la foi devraient donner le bonheur, ajoute une sorte de devoir supplémentaire, devoir d'être heureux, et une sorte de jugement : si la foi donne le bonheur, alors si je ne suis pas heureux, je me trouve coupable de ne pas l'être, ce serait un signe de mon manque de foi.

Or on dit trop que le Chrétien doit être heureux. Par exemple on critique les chrétiens qui communient parfois avec l'air sinistre, ou concentré. Pourquoi faudrait-il afficher un sourire radieux en communiant ? On peut avoir une foi profonde, intérieure, on peut partager avec Dieu ses soucis, on peut être confiant, mais triste...

Etre heureux n'est pas un devoir, on fait ce qu'on peut. On peut ne pas être très heureux et avoir quand même une belle vie, être un bon chrétien, ne manquer ni de foi, ni d'amour, ni d'espérance.

Et par ailleurs, il y a des chrétiens malheureux. Et il faut comprendre à quel point le discours habituel sur le bonheur promis par Dieu etc... a de destructeur, de culpabilisateur pour eux. Et que devrais-je dire à celui qui me dit être malheureux ? Que c'est à cause de son manque de foi ? Donc que c'est de sa faute ? Ce serait ignoble.

A force de présenter le bonheur comme une grâce de Dieu, comme le but de l'Evangile, celui qui est malheureux le devient deux fois plus. Il se sent coupable en plus, coupable d'être malheureux.

Or l'Evangile c'est d'accueillir tout le monde, même le malheureux. La Bible ne dit pas tellement que Dieu rendra heureux le malheureux, mais plutôt que le malheureux n'est pas abandonné : Ps 9:19 Car le malheureux n'est point oublié à jamais, L'espérance des misérables ne périt pas à toujours.

Et même dans les Béatitudes, il n'est pas dit qu'il faille y voir vraiment une promesse de bonheur, ou tout au moins pas comme nous l'entendons aujourd'hui. Le bonheur, est-ce vraiment de pleurer, d'avoir faim, d'être pauvre ? Le mot traduit par « heureux » : « Acheréi » ne veut pas dire tant « heureux » en hébreu que « Debout et en marche ». C'est d'ailleurs ce qu'a mis Chouraqui dans sa traduction. Le but de l'Evangile, ce n'est pas de se trouver dans une situation heureuse, mais d'être en marche, d'avoir une dynamique dans son existance. Il ne s'agit pas de se vautrer dans la bonheur, mais d'être debout et en marche. Il ne s'agit pas de consommer du bonheur et des chances dans sa vie, mais de donner du bonheur. La vie chrétienne ne se regarde pas par rapport à ce que l'on subit, ce que l'on consomme, mais par rapport à ce que l'on donne et ce que l'on fait.

C'est le danger justement du bonheur comme nous l'entendons aujourd'hui, de croire qu'il s'agit d'un état dans lequel on espérerais demeurer. Et peut-on vraiment être heureux quand on pleure, quand on est pauvre, quand on est persécuté, ou qu'on a faim ? Non, mais on peut vivre, on peut avancer, on peut être sur une route qui mène quelque part

Et c'est ça l'essentiel, c'est ça la vie : être en marche, être en route, sur le chemin, chemin qui n'est pas une route semée de pétales de roses du bonheur, mais un chemin qui peut être aride et rocailleux. Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. Matthieu 7:13-1

Et je crois d'ailleurs que c'est comme ça qu'on peut trouver le bonheur. Le bonheur ne se trouve que si on ne le cherche pas. A vouloir chercher le bonheur, à le présenter comme un idéal, on se rend malheureux. Le bonheur, c'est de se dé-préoccuper de cette question, de soi-même et de vouloir donner.

Mais Dieu ne nous laisse pas seuls parce qu'il y a des promesses dans l'Evangile : d'abord la paix, c'est ça que Dieu donne : la paix, pas le bonheur, quoi qu'il arrive on peut vivre en paix. Et puis l'amour : Je sais qu'il y a un Dieu qui m'aime. Et enfin la grâce : ma vie n'est peut être pas parfaite, et moi je ne parviens pas à être comme il faudrait, mais Dieu a déjà agréé ma vie, je suis accepté, je suis aimé et sauvé.

En Dieu je suis libre, je suis aimé, je suis sauvé, et je suis libéré de tout asservissement, de tout tyrannie, serait-ce même de la tyrannie du bonheur obligatoire. Je suis comme je suis, Dieu m'aime ainsi, me sauve ainsi, et quoi que je suis, je peux être une lumière dans ce monde.

Amen.

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Matthieu 16:21-25

Jésus commença dès lors à montrer à ses disciples qu'il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour.

Pierre, le prit à part et se mit à lui faire des reproches en disant : A Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas.

Mais Jésus se retourna et dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! Tu es pour moi un scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.

Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la trouvera.

Matthieu 7:12-14

Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes.

Entrez par la porte étroite car large [est la porte] et spacieux le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là.Mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui le trouvent.

 

 

Matt. 16:21-25

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