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La réusrrection de la chair, peut-on y croire?

Prédication du pasteur Alain Houziaux au temple de l'Etoile à Paris le 21 octobre 2001

 

Le plus souvent, on lit et on associe les deux derniers articles du Credo : la résurrection de la chair et la vie éternelle, comme si c'était deux manières de dire la même chose.

Pourquoi ceci ? Parce qu'on confond la résurrection de la chair et la résurrection des morts ou la résurrection des corps. D'ailleurs, le plus souvent, on est tellement gêné par cette idée de résurrection de la "chair", c'est-à-dire, pense-t-on, de notre corps charnel, que l'on préfère l'expression de "résurrection des morts" parce qu'elle est moins précise et laisse plus de champ pour imaginer de quelle manière nous vivrons ressuscités, dans la vie éternelle.

En fait, il s'agit bien, dans le Credo tout au moins (mais pas dans le symbole de Nicée-Constantinople), de la résurrection de la chair. Mais encore faut-il savoir ce qu'est la "chair".

Les faiblesses de la chair.

Qu'est-ce que la chair ? Dans un premier sens, la chair, c'est la fragilité et la faiblesse. Lorsque la liturgie de la Synagogue dit : "nous ne sommes que des êtres de chair et de sang, de souffle et de néant, herbe desséchée, fleur qui se fane...", elle insiste sur le fait que nous sommes fragiles, faibles, précaires, vulnérables. Nous sommes mortels. Le moindre virus, la moindre bactérie, peut nous emporter. Quand Esaïe 40 dit : "Toute chair est comme l'herbe des champs" (Esaie 40,6, cf aussi I Pi 1,24), il veut dire que tout homme, dans sa fragilité, est comme l'herbe des champs. Il se fane. En fait, cela veut dire que tout homme est "poussière".

Quand l'Evangile de Jean dit, à propos de Jésus-Christ, "la Parole s'est faite chair", il ne veut pas dire que la Parole s'est faite viande, mais que la Parole s'est faite homme fragile, mortel, crucifiable, vulnérable.

Et dans un deuxième sens très proche du premier, la chair caractérise notre disponibilité au péché. Nous sommes faibles, dans le sens où nous sommes facilement enclins au mal. Nous ne sommes pas suffisamment forts pour résister à la tentation. Quand on parle des "faiblesses de la chair", c'est presque un pléonasme. Et ces faiblesses de la chair, ce ne sont pas seulement les faiblesses de notre corps charnel ( la luxure, la gourmandise), ce sont aussi les faiblesses de notre esprit (l'orgueil, la susceptibilité, l'avarice...). C'est en ce sens que le Nouveau Testament parle souvent des "convoitises de la chair" (Rom 13,14 etc...).

Ainsi la "chair", ce n'est pas seulement la fragilité mais c'est aussi la propension au péché. Et le péché c'est le fait d'être recourbé vers soi-même. C'est le contraire de l'amour, c'est-à-dire de la disponibilité à l'autre.

La rémission des péchés.

Puisque la "chair", c'est aussi la propension au péché, il vaut mieux rapprocher "la résurrection de la chair" de "la rémission des péchés", c'est-à-dire de l'article du Credo qui précède immédiatement celui relatif à la résurrection de la chair.

La rémission des péchés, comme le dit Alphonse Maillot, c'est la certitude que le péché est ou sera vaincu, qu'il a perdu la partie. C'est lui qui est perdu et non pas nous.

Et comment le savons-nous ? Par la crucifixion et la résurrection de Jésus-Christ.

En effet, la crucifixion de Jésus-Christ manifeste avec force la victoire provisoire du péché des hommes qui a réussi à crucifier Jésus-Christ. Le fait que les hommes (pas seulement les Romains et les Juifs du temps de Jésus, mais aussi vous et moi) sont toujours prêts à crucifier un innocent, montre et démontre la force du péché.

Mais, en ressuscitant Jésus-Christ, Dieu a été plus fort que la force de ce péché des hommes. Il a été victorieux sur le péché des hommes porté à son comble.

Il faut donc comprendre la rémission des péchés, et aussi, nous allons le voir, la résurrection de la chair comme une victoire de Dieu sur la force du péché et sur celle de la chair.

Cette image d'un Dieu combattant et victorieux, c'est une autre image de Dieu que celle que nous présentons de Lui dans notre méditation sur "la vie éternelle". En fait, l'image d'un Dieu combattant et victorieux est plutôt juive et biblique et l'image d'un Dieu éternel est plutôt grecque et philosophique.

Pour la pensée grecque, et aussi pour les premiers siècles du Christianisme, Dieu caractérise l'Eternité qui est au-dessus de l'histoire et du déroulement du temps, un peu à l'image du ciel des fixes (le ciel des étoiles fixes comme l'étoile polaire) qui reste immuable au-delà et au-dessus du déroulement des saisons, des années et des siècles.

Mais dans la Bible, Dieu est plutôt présenté comme un Combattant (le Dieu des armées !), une Force et une Energie qui sans cesse tente de délivrer l'homme du péché, des maladies, des souffrances et de la mort elle-même.

Et c'est en ce sens qu'il faut comprendre la résurrection de la chair.

La résurrection hors de la chair.

Il faut d'abord entendre le "de" de "la résurrection de la chair" dans le même sens que le "de" de "la sortie de prison", ou le "de" de la "sortie de maladie". C'est la résurrection hors de la chair, comme c'est la sortie hors de la prison, ou la guérison hors de la maladie. Dieu nous ressuscite de la chair comme il nous sort d'embarras ou nous relève de maladie.

Il nous ressuscite hors de la chair, hors de la prison de la chair, hors de la maladie de la chair, c'est-à-dire hors de la maladie de la tentation du péché.

De la même manière que Dieu a ressuscité Jésus hors de la mort, il nous appelle à ressusciter, c'est-à-dire à nous redresser hors de notre recourbement sur nous-mêmes, à nous réveiller hors des tentations de notre chair, à reprendre force loin de nos faiblesses pour les convoitises de la chair.

Et Jésus a repris à son compte cette geste inlassable du Dieu des résurrections. C'est ce que disent les Béatitudes en avant et en marche, vous les pauvres, les êtres de chair et de sang, car la force du Royaume vous ressuscite et vous aimante. En avant et en marche, vous qui pleurez, vous les non-violents, vous les persécutés, vous les faibles et les persécutés car Dieu est la force qui vous ressuscite et vous relèvera définitivement.

Chaque fois que nous reprenons courage, le matin, pour reprendre notre route de la journée, nous ressuscitons de la chair de nos rabâchages nocturnes et de nos rancunes diurnes. Et de même, nous ressuscitons de la chair chaque fois que nous reprenons confiance, chaque fois que nous nous remettons à espérer, et que nous tentons de nouveau l'aventure de l'amour. C'est alors que, dans notre maladie d'être pécheur, nous avons une "rémission", en attendant, nous l'espérons, une guérison ultime et une résurrection définitive.

Et lorsque, au dernier jour de notre vie, Dieu nous ressuscitera de la chair, nous espérons qu'il nous délivrera totalement de la convoitise de la chair, c'est-à-dire de notre péché et de notre enfermement sur nous-mêmes.

La guérison de la chair.

Mais je ne veux pas ignorer que "la résurrection de la chair", c'est aussi la résurrection de la chair elle-même. En effet "de", dans la "résurrection de la chair", a aussi la valeur d'un génitif. Cela veut dire que c'est la chair elle-même, c'est-à-dire notre propension au péché, qui est ressuscitée. Comment peut-on comprendre cela ?

L'Evangile de St-Jean nous dit que "la Parole s'est faite chair". Cela veut dire que Dieu s'est incarné dans la chair afin que ce soit la chair, c'est-à-dire notre faiblesse, notre propension au péché qui soit soignée, guérie, et même ressuscitée "de l'intérieur".

Le Dieu des résurrections est le Dieu des guérisons. Et cette guérison se fait par voie interne, par une médication interne et incarnée. Dieu est venu habiter notre chair afin de la sauver en s'infiltrant à l'intérieur de l'humanité comme un médicament de guérison. Ainsi la chair est soignée de l'intérieur, elle est sanctifiée de l'intérieur.

Ainsi, par cette guérison interne, la chair, alors qu'elle était la faiblesse vis-à-vis du péché, devient la faiblesse vis-à-vis de l'amour. La chair reste faiblesse mais cette faiblesse devient celle de l'amour. Car l'amour est une forme de faiblesse. Quand on dit que l'on a un faible pour telle ou telle personne, c'est là ce que cela veut dire. Avant d'être une force, l'amour est une faiblesse, c'est-à-dire une faiblesse de notre chair. L'amour, c'est une vulnérabilité et une fragilité. Et c'est tant mieux. Et c'est cela qui a du prix aux yeux de Dieu. Et c'est cela qui sera conservé de nous pour l'éternité.

C'est ce que veut dire St-Paul lorsqu'il écrit "Dieu a vaincu le monde par les choses faibles de ce monde" (I Cor 1,27). Il a vaincu la force du péché par la faiblesse de l'amour.

L'assomption de la chair.

Ainsi, vous le voyez bien, je ne veux pas oublier que la résurrection de la chair a aussi quelque chose à voir avec la vie éternelle. Et ce même si j'ai d'abord dit que "la résurrection de la chair", c'est plutôt " la rémission des péchés" que "la vie éternelle".

Ce que Dieu gardera de nous dans son ciel éternel, c'est notre faiblesse, c'est notre chair. Ce qu'il gardera de nous dans son ciel éternel, c'est notre cœur lorsqu'il a été faible, c'est aussi nos yeux lorsque nous avons pleuré sous le poids du remords, c'est aussi nos genoux lorsque nous les avons mis à terre dans la poussière, c'est aussi nos lèvres lorsqu'elles ont tenté de réapprendre à sourire, faiblement.

Anne Philippe, la femme de Gérard Philippe a écrit qu'elle a commencé à croire à la résurrection de la chair lorsqu'elle a compris que le sourire de son mari aurait toujours sa place dans l'éternité de Dieu. Et que serait un sourire, s'il n'y avait pas aussi les lèvres et leur chair ?

Ainsi, ce que Dieu ressuscitera de nous dans son ciel éternel, c'est notre chair, c'est-à-dire nos moments de "faiblesse". Et il ne ressuscitera que cela. Il ne ressuscitera que notre chair.

Et c'est pourquoi, mon frère, lorsque ton père meurt, apporte-le à Dieu, présente-le à Dieu, présente à Dieu sa vie, sa faiblesse et sa chair, et demande à Dieu de la garder, de la bercer pour toujours. Prends son corps lourd dans tes bras, son corps qui a peiné dans les labeurs et les souffrances et offre-le à Dieu. Prends ce corps qui conserve la mémoire et les blessures de sa chair.

Oui mon frère, fais comme Marie, la mère de Jésus, lorsque, au pied de la croix, elle a recueilli dans ses bras le corps lourd de chair de son fils que l'on a descendu de la croix.

Oui, mon frère, lorsque ton père meurt, prends son corps de chair, et présente-le à Dieu, élève-le vers Dieu, offre-le à l'amour, à la mémoire et à l'éternité de Dieu.

Offre-le à Dieu en disant seulement : mon Dieu, je t'apporte ce frère de chair et de sang, de souffle et de néant, je t'apporte son mystère et ses secrets, je t'apporte les jours où il avait besoin de toi et ceux où il marchait seul, je t'apporte les liens qu'il a tissés et les ruptures qu'il a supportées, je t'apporte son sourire et ses rides, je t'apporte ses blessures et ses kystes. Je t'apporte ses faiblesses et sa faiblesse, je t'apporte sa chair et son sang.

Amen.

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