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La grâce de l'Annonciation

Prédication prononcée le 25 décembre 2011, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

L'Annonciation avec sa salutation à Marie est un texte bien connu, mais qui n'est pas très facile à commenter. Un point de départ pour y découvrir du sens peut être trouvé dans le fait que les exégètes disent qu'on à dans ce texte la première mention de la grâce dans tout le Nouveau Testament. C'est en effet là que le mot « grâce » apparaît pour la première fois. Or la tradition rabbinique dit que la première occurrence d'un mot dans la Bible en donne souvent le sens essentiel. On peut donc essayer de lire ce récit comme une leçon sur ce qu'est la grâce.

La première chose remarquable, c'est qu'il n'y est pas question de paradis ou d'enfer, pas question de salut ou de perdition. Or pour beaucoup de gens, la grâce, c'est ce qui permet d'accéder au salut malgré ses péchés. Rien de cela ici, et il ne s'agit même pas de quelque chose pour le futur, ou l'après mort, mais pour tout de suite, quelque chose qui nous est offert pour tout de suite dans notre vie et qui peut changer notre vie.

Marie le comprend bien ainsi, et interprète la promesse de l'ange non pas pour plus tard, mais pour l'immédiat. L'ange lui annonce en effet qu'elle va être enceinte. Ce n'est pas une grande révélation pour une jeune fille qui va bientôt se marier, mais elle comprend qu'elle devra être enceinte là tout de suite, avant même d'avoir eu l'occasion de partager son lit avec son futur mari.

La grâce n'est donc pas une promesse, mais plutôt un cadeau offert là, tout de suite, qui est à prendre ou à laisser, et qui doit être reçu par le « fiat ». La grâce qui sera fait à Marie, c'est d'être acceptée telle qu'elle est pour servir Dieu. La grâce, c'est que Marie, même si elle n'est pas parfaite, pourra néanmoins participer au plan de Dieu. L'ange ne dit pas : « j'ai vu tes mérites, tu es parfaite, donc tu pourras être la mère du sauveur », mais : « une grâce t'est faite », tu seras mère du Sauveur.

Or justement, si on lit bien tout ce début de l'Evangile de Luc, on s'aperçoit que Marie n'est pas présentée comme exemplaire. Marie n'a aucun critère humain laissant prévoir qu'elle pourrait être la mère du Sauveur. Elisabeth est bien meilleure candidate à cela : Zacharie est prêtre, il a un maximum de sainteté, il est d'ascendance noble, et Elisabeth prie. Marie, elle, n'est pas de grande famille et elle n'est pas montrée priant, ni ayant la moindre vie religieuse particulière. Et en plus elle ne réclame rien. C'est sans doute une erreur de vouloir faire de Marie un modèle de pureté et de foi préalable, rien ne permet de le dire à partir des textes. Et en fait, son « fiat » est d'autant plus exceptionnel et extraordinaire qu'elle est ordinaire avant. Sinon, cela nous exclurait du processus du salut. Or Marie justement est présentée comme ordinaire, et c'est avec cette pâte ordinaire que Dieu va faire une grande chose. Même le pécheur peut servir Dieu, c'est ça la grâce, et c'est une constante dans l'histoire sainte.

Autre chose remarquable, c'est que la grâce est à l'initiative de Dieu, c'est Dieu qui donne la grâce, la grâce n'est pas une récompense, ni quelque chose que Dieu donne à celui qui le demande instamment. Marie en effet, contrairement à Elisabeth ne réclame rien, la grâce donc ne se réclame pas, c'est Dieu qui donne, et qui donne comme il le veut. La grâce ne se mérite pas ni ne se réclame, elle est à recevoir.

Et si Marie n'est pas présentée comme ayant des mérites particuliers, elle n'est pas présentée non plus comme ayant des manques dramatiques. Elle n'est pas pécheresse, et apparemment n'a besoin de rien en particulier, elle n'attend rien, elle est dans le bonheur de ses fiançailles, dans la joie de sa jeunesse. La grâce n'est donc pas là pour combler un manque, pour boucher un trou, mais pour ajouter quelque chose d'extraordinaire à une vie ordinaire.

Ce serait une erreur de croire que le Christ ne pourrait apparaître que dans le tragique d'existences problématiques, comme réponse à une attente éperdue. La grâce peut être offerte à tous. Il est dommage ainsi que bien des chrétiens évangéliques valorisent les « témoignages » de personnes qui ont eu des vies particulièrement perturbées avant de découvrir le Christ. On peut être un bon chrétien et vivre de la grâce même si on n'a pas été un drogué, un assassin ou un délinquant avant de découvrir le Christ. En fait, beaucoup d'existences sont ordinaires, et c'est aussi là que la grâce peut faire de grandes choses.

Peut-être même que la grâce, c'est précisément l'irruption de l'extraordinaire dans une vie ordinaire, quelque chose de plus qui fait sortir du quotidien, du banal et du trivial, qui fait entrer dans l'extraordinaire, dans l'unique et l'éternel.

La grâce, c'est un miracle. Miracle sans doute pas au sens gynécologique du terme, mais un miracle dans le sens où Dieu peut faire dans une vie des choses incroyables, inattendues, totalement imprévisibles. La grâce, c'est Dieu qui intervient dans nos vies pour nous faire sortir du déterminisme. Cela, pas forcément contre les lois de la nature, mais contre la loi de la répétition du même nous imposant un avenir sans imagination.

Et cela n'est pas que sur des grandes choses. Il ne s'agit pas forcément de changer de vie, de tout abandonner pour aller évangéliser des tribus indigènes, mais de se montrer disponible à la grâce pour des petits moments inattendus, imprévus qui peuvent permettre une rencontre, un contact, un grain d'amour, ou quelque chose qui permet de grandir.

Les gens trop cadrés, qui prévoient tout n'ont plus de disponibilité pour rien, ni dans leur vie, ni pour eux, ni pour accueillir les autres. Or on dit que le Christ se déguise parfois en pauvre, ce n'est pas faux, Dieu se déguise en prochain, et accueillir le plan de Dieu se fait souvent dans notre possibilité même d'accueillir notre prochain, et précisément quand il n'est pas comme nous aurions voulu qu'il soit, ni qu'il se présente au moment que nous avions pensé opportun.

La grâce, c'est quelque chose qui vient de Dieu, et qui crée en nous quelque chose de neuf et d'inattendu. Ainsi, la grâce faite à Marie sera quelque chose qui bouleversera l'ordre établi, une nouveauté extraordinaire qui n'était pas du tout dans ses projets : devenir enceinte de quelqu'un d'autre que de son fiancé aimé.

La grâce, c'est un cadeau surprenant, qui peut changer une vie, et qui peut donner une grande joie, pour soi, et pour les autres. C'est la sagesse de Dieu qui peut être folie pour nous. Pour cela, il faut entrer dans l'apparente folie de Dieu. : C'est une sagesse que nous prêchons parmi les parfaits, sagesse qui n'est pas de ce siècle, ni des chefs de ce siècle, qui vont être anéantis; nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire, sagesse qu'aucun des chefs de ce siècle n'a connue, car, s'ils l'eussent connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. (1Cor. 2 :9)

Elisabeth et Zacharie auront, eux du mal à accepter le plan de Dieu. D'abord ils réclament, et veulent imposer à Dieu ce qu'il doit faire, ensuite ils doutent, ils demandent des signes des preuves, ils n'ont pas entièrement confiance, Marie au contraire accepte, bien sûr, elle discute un peu, mais pour essayer de comprendre, c'est une bonne chose.

Pour pouvoir recevoir la grâce, il faut être disponible quand elle se présente, la grâce est comme la chance, il faut la saisir par les cheveux, c'est une chance qui passe et à laquelle il faut s'accrocher, sinon on reste sur place. La grâce est un ange qui passe à la portée de notre main, de notre oreille, de notre esprit, à nous de l'entendre et de saisir sa main, sinon, il sera bientôt passé, peut être repassera-t-il, mais pas de la même manière.

La joie, de toute façon elle est nécessairement dans la surprise. La joie c'est celle des enfants qui découvrent les cadeaux à Noël qu'ils n'attendaient pas, elle n'est pas pour celui qui fait ses courses en suivant un programme qu'il s'est établi.

Ce qui est vrai, c'est que la grâce vient toujours de manière imprévisible. C'est pourquoi il est si difficile de l'accueillir et de se laisser transformer par Dieu. On le voit dans les paraboles du Royaume, quand le Christ dit qu'il vient comme un voleur, au moment où on ne l'attend pas, peut être en pleine nuit, et qu'il conclue en disant : « veillez et priez ! ». Il faut rester en veille pour savoir accueillir la grâce quand elle se présente.

Certes, cela montre qu'il n'est pas facile de recevoir la grâce et de l'accepter. D'autant que le chemin de la grâce n'est ensuite pas forcément facile. Quand l'ange dit à Marie : « sois heureuse toi à qui une grâce a été faite », c'est assez curieux. La vie de Marie sera difficile, et tout sauf confortable, elle va échapper de peu à la mise à mort par le Sanhedrin, puis au massacre d'Hérode, elle devra fuir, puis aura la douleur de voir mourir son fils à 33 ans sur une croix. Ce n'est pas la vie que nous souhaiterions, et aurait-elle raison de se réjouir ?

Mais il y a une bonne nouvelle dans le texte : nous ne sommes pas tous seuls. C'est ce que lui dira Gabriel : « le Saint Esprit te couvrira de son ombre ». Or, contrairement à ce que l'on pense, il ne s'agit pas là d'une image sexuelle, cela n'a rien à voir avec l'expression en français disant qu'un chien « couvre » une lisse. Dans la Bible, l'expression est courante et désigne la protection de Dieu. Dans un pays brûlé par le soleil, l'ombre est une protection permettant de conserver la vie et le bien être. Ce que lui dit l'ange n'a donc rien à voir avec la manière dont elle concevra, mais lui affirme qu'elle n'a pas à avoir peur, elle ne sera pas toute seule, Dieu l'accompagnera sur sa route.

La grâce, c'est donc une occasion à recevoir, mais c'est aussi de pouvoir être en relation avec Dieu qui que nous soyons, et l'assurance que Dieu nous accompagnera ensuite sur ce chemin de grâce, pour nous mener à la joie, et que ce puisse être une bonne nouvelle pour tout le monde.

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 Luc 2:26-38

Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une jeune fille fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la jeune fille était Marie. L'ange entra chez elle, et dit: Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi.

Troublée par cette parole, Marie se demandait [en elle-même] ce que pouvait signifier une telle salutation.

L'ange lui dit: Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin.

Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ?

L'ange lui répondit: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint engendré de toi sera appelé Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car aucune parole de Dieu n'est sans puissance.

Marie dit: Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole !

Et l'ange s'éloigna d'elle.

Luc 2:26-38

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