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Le Graal et la Pierre philosophale

Prédication prononcée le 4 mai  2014, au temple de l'Étoile à Paris,

par le Pasteur Louis Pernot

Le Graal est un objet extraordinaire qui a passionné les mystiques du Moyen-Age. Il s’agit, comme on le sait, de la coupe qu’aurait utilisée Jésus lors de son dernier repas de la Cène, et la tradition dit que cette même coupe aurait servi à Joseph d’Arimathée pour recueillir le sang et l’eau coulant de la plaie de Jésus mort sur la croix, à partir de la blessure infligée par les soldats romains avec leur lance pour s’assurer de sa mort.

Ce Graal a été l’objet d’une quête assidue dont rend un peu compte la célèbre légende de la Table Ronde avec Perceval. On lui attribuait des pouvoirs extraordinaires, et en particulier celui de donner l’immortalité.

On peut vouloir reprendre aujourd’hui cette quête et trouver le secret de l’immortalité. Pour cela il faut, bien sûr, revenir au texte biblique.

Au moment de la Cène, Jésus célèbre la Pâque juive. On sait que cette fête commémorait la sortie d’Egypte. L’Ancien Testament raconte que la 10e plaie d’Egypte voulait que tous les premiers nés soient tués, des hommes, des animaux, de tous les êtres vivants. Et pour échapper à cette mort, l’Eternel dit aux Israélites de tuer un agneau, de le lui offrir en sacrifice, puis de prendre son sang pour en marquer les linteaux de leur porte. Et ainsi, l’ange exterminateur, passant sur leur pays allait épargner ceux dont la porte était marquée du sang de l’agneau, ils auraient la vie sauve.

Le parallèle chrétien est facile à faire : le Christ est comme l’agneau sacrifié, et ceux qui sont marqués de son sang sont sauvés de la mort, accédant à la vie Eternelle.

Il est vrai que Pâques célèbre pour les chrétiens la victoire du Christ sur la mort par la résurrection, la mort ne l’a pas retenu. Ses adversaires pensaient l’arrêter en le tuant, mais sa mort n’a rien arrêté du tout, parce que l’important du Christ n’était pas sa chair, mais son enseignement, son esprit, sa présence spirituelle. Or la résurrection n’est pas réservé à Jésus, Paul nous dit bien que comme Christ est ressuscité, nous de mêmes nous devons ressusciter, il est donc le paradigme de notre propre résurrection. Et en effet, le Christ nous dit comment nous pouvons ressusciter à notre tour : en mangeant sa chair et en buvant son sang : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie Eternelle et je le ressusciterai au dernier jour». Il s’agit bien d’immortalité, mais pas d’immortalité matérielle. Parce que la résurrection du Christ est une affaire spirituelle. Aujourd’hui, notre foi chrétienne est que le Christ est ressuscité, qu’il vit parmi nous, or cette présence du Christ parmi nous est évidemment d’ordre spirituelle, pas corporelle, nous n’attendons pas de rencontrer concrètement Jésus dans la rue pour lui serrer la main.

Voilà l’erreur de ceux qui n’ont pas parvenu à trouver le Graal, il s’agissait bien d’immortalité, mais pas pour que nos corps vivent toujours, pour que nous héritions d’une immortalité spirituelle. Ce que nous enseigne l’Ecriture, c’est que « la chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume de Dieu, le corruptible n’hérite pas de l’incorruptibilité ». (1 Cor 15 :50) et l’Evangile nous montre que pour hériter de cette vie spirituelle éternelle, il faut prendre part à la vie du Christ : se nourrir de sa vie, de son enseignement, de son Evangile, le mettre en nous comme la source du meilleur de nous mêmes que la mort n’atteint pas :  « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Il n’en est pas comme de vos pères qui ont mangé la manne et qui sont morts: celui qui mange ce pain vivra éternellement » (Jean 6:56).

Ce qui donne l’éternité, c’est le sang du Christ c’est-à-dire la vie du Christ lui-même. C’est ça le secret du Graal. Ceux qui n’ont pas parvenu à le trouver se sont égarés en ne comprenant pas la métonymie : quand on dit que le Graal donne l’immortalité, ce n’est pas l’objet lui-même, mais ce qu’il contenait : le sang du Christ. De la même manière si on dit qu’on « boit une bonne bouteille», ce n’est pas l’objet en verre qui est bu, pas le flacon qui compte, mais son contenu. Il ne faut donc pas s’attacher au contenant, mais au contenu, de même qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre les symboles. Une même erreur serait de penser que l’important dans le processus de manger le corps et de boire le sang du Christ serait de participer à un rite dans une église ou un temple. Le geste matériel n’est rien en lui-même, ce qui compte, c’est ce qu’il représente. Et quand nous communions, nous pensons que le vin représente le corps du Christ, et nous mimons d’une certaine manière le fait que nous voulons mettre en nous toute la vie du Christ telle que nous la connaissons par l’Evangile et dans notre vie spirituelle, cette dimension spirituelle nous donnant la force, l’espérance, nous remplissant d’amour, et jusque dans la vie Eternelle.

Ce Graal, nous l’avons donc à disposition, tout près de nous, c’est Jésus lui-même, c’est son Evangile.

Mais le fait de se concentrer sur cet objet et cet épisode de ce dernier repas nous permet de prendre conscience d’un autre enseignement essentiel de l’Evangile. La coupe du Graal est en effet le lieu d’une transmutation : le vin est transformé en sang du Christ, et quand nous faisons mémoire de cela dans la Cène, nous voyons que le vin (souvent médiocre) servi dans la coupe devient, par la foi, le symbole du sang du Christ, la source de vie éternelle.
Cette idée de transmutation est essentielle dans l’Evangile et elle a été représentée par un autre objet mythique du Moyen âge : la Pierre Philosophale. Elle était recherchée par les alchimistes, et pouvait, disait-on, transformer le plomb en or, et on lui attribuait aussi beaucoup de pouvoirs extraordinaires. Les plus spirituels des mystiques de cet époque ont dit l’avoir trouvée, et c’est simple: c’est le Christ. Ceux qui ne l’ont pas trouvée sont restés dans leur échec parce qu’ils restaient dans le matérialisme, de même que ceux qui ont échoué à trouver le Graal doivent leur échec à avoir pensé qu’il s’agissait d’immortalité corporelle et non spirituelle. Les mauvais alchimistes voulaient simplement devenir riches matériellement, ils voulaient avoir plein d’or, mais leur quête était fausse, l’important, ce n’est pas la richesse matérielle, mais la richesse spirituelle, la richesse intérieure, les trésors invisibles. Ainsi le Christ dit-il : «  Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Matt. 6:19-20). Or en effet, on dit que l’argent ne fait pas le bonheur,  et c’est tout à fait vrai, les choses les plus précieuses de notre existence, ce sont les réalités indiquées par l’Evangile : l’amour, la grâce, le don, la paix, la confiance, la simplicité, et le trésor de la présence aimante de Dieu dans nos cœurs. Les occidentaux ont peut être plus de conforts que d’autres, mais ils ne sont pas plus heureux que bien des peuples orientaux qui manquent de tout. Et l’essentiel, c’est bien ce que nous donne Dieu par Jésus Christ, ce qu’il nous indique dans son Evangile.

Or voici que le thème de la Pierre philosophale dit quelque chose d’essentiel, certes nous pouvons désirer avoir ces trésors célestes, mais pour les avoir, il faut partir de quelque chose de terrestre, les dons de Dieu ne tombent pas du ciel à partir de rien, et Dieu est plus un transformateur qu’un créateur.

Or il y a plein de choses à transformer dans notre vie et sur quoi le pouvoir de cette Pierre philosophale qu’est le Christ peut s’opérer, pour transformer ce qui ne vaut rien en quelque chose d’infiniment précieux. D’abord tout ce qui nous arrive, la foi peut transformer les épreuves, les choses lourdes en richesses extraordinaires, avec le Christ même nos handicaps peuvent devenir des tremplins pour réaliser de grandes choses humaines ou relationnelles, Dieu en nous peut transformer l’épreuve destructrice en expérience constructive, et même toute notre vie, si elle semble lourde comme du plomb, avec le Christ, elle peut devenir d’une valeur infinie,  comme de l’or pur.

C’est vrai que de toute façon, notre vie physique ne vaut pas grand chose en soi, nous ne sommes que des mammifères comme les autres, comme les rats et les souris, mais cette vie animale peut être transmutée dans une autre dimension, celle de l’esprit qui est éternel.
Or un point essentiel de la théologie évangélique, c’est que Dieu nous invite non pas à renier cette dimension animale, mais à la convertir. Il n’est donc pas question d’ascétisme, ni de sacrifier le corps pour élever l’âme, mais de prendre cette vie physique, matérielle et de la transmuter pour qu’elle devienne quelque chose d’une richesse infinie et éternelle.

Et de même, tout ce qui se trouve dans notre vie, les événements, parfois difficile que nous subissons, peuvent être convertis, transformés pour devenir des trésors. Dieu n’est pas là pour enlever, pour éviter, pour que le juste n’ait pas de problème, mais il peut faire en sorte que tout devienne le support d’une richesse nouvelle. Et même, pourrions nous dire, Dieu n’offre pas des choses formidables à partir de rien au fidèle, il transforme ce qui est déjà. Pour avoir de l’or, il faut du plomb, et donc tout ce qui est dans notre vie, et qui pourrait sembler ne rien valoir à des yeux humains, tout ce que nous voudrions jeter, c’est ça en fait qui peut devenir, avec l’aide de Dieu notre richesse première. Le but de la vie chrétienne, ce n’est pas tant de chercher à enlever le mal, mais de le convertir en bien.

Et cette Pierre philosophale qui permet cette chose extraordinaire, c’est le Christ, bien sûr. Il est, dit dans l’Ecriture, « la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs qui est devenue la principale, celle de l’angle » et l’apôtre nous dit : (1 Pierre 2:4) : « Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu ».

Et le mode d’emploi, il est simple, c’est comme toutes ces pierres aux vertus extraordinaires qu’on nous vante pour notre ménage, il faut frotter avec. Il faut se frotter au Christ, à l’Evangile, et il nous transforme. Et tout ce qui nous semble sans valeur ou pesant dans notre vie, il faut le frotter au Christ, le confronter à l’Evangile pour que progressivement il se transforme et devienne brillant comme de l’or. Certes cela demande un certain travail, un peu d’huile de coude spirituelle, mais le résultat est exceptionnel et garanti, cela fait des siècles et des siècles que des croyants ont pu expérimenter la puissance de vie, de transformation, de guérison intérieure, de résurrection qui se trouve dans la parole du Christ.

Quant à notre vie toute entière, on peut aussi, bien sûr, la frotter en permanence à l’Evangile, mais on peut faire encore mieux, et cela se comprend par l’idée qu’en fait, la Pierre philosophale et le Graal sont le même objet ou en tout cas fortement liés.

Cela se voit d’abord par l’étymologie, il semble que « Graal » vienne de l’hébreu : « Gar-El » qui signifie « la pierre de Dieu ». Et la légende d’ailleurs dit que le Graal était non pas en métal, mais taillé dans une pierre. Et ce lien entre la Pierre philosophale et le Graal a toujours été si évident pour les mystiques qu’on le trouve sur le portail nord (dit « portail des initiés ») de la cathédrale de Chartres. Là, on voit Melchisédec tenant une coupe à la main.

Melchisédec représentant le précurseur du Christ, c’est le prêtre par excellence, et le roi dont le royaume n’est pas de ce monde, et cette coupe, c’est le Graal. Or on pourrait attendre que cette coupe soit creuse, et qu’il y ait le vin à l’intérieur, mais ce n’est pas ainsi. Ce qui est dans la coupe dépasse les bords, ce n’est donc pas du liquide, mais une pierre : la Pierre philosophale.

La Pierre philosophale, c’est donc le Graal, ou son contenu, c’est elle qui permet d’accéder à la vie Eternelle, justement en transformant notre vie physique dans quelque chose de noble et d’éternel.

Et donc encore, l’un comme l’autre étant le Christ, le mode d’emploi de la Pierre philosophale, c’est de la manger, il faut manger le Christ, se nourrir de son Evangile, de sa parole, l’intégrer, le mettre en soi, en faire la source de sa vie, de tout son être. C’est le sens du discours de Jésus sur le « pain de vie », dans Jean 6 : « c’est ainsi le pain vivant qui descend du Ciel, celui qui en mange vivra éternellement ».

C’est là un grand secret, mais en même temps quelque chose de très simple, le tout, c’est d’apprendre à regarder, non pas aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles, car les choses visibles sont pour un temps, et les invisibles sont éternelles (2 Cor 4 :18).
Mais en même temps, les légendes du Moyen Age nous disent bien que cette quête est une quête difficile, certes, on ne tombe pas sur le Graal ou la Pierre philosophale par hasard, il faut se donner du mal, il faut chercher, quêter, se perdre, repartir, garder son objectif avec confiance. Mais il y a la promesse dans l’Evangile que « qui cherche trouve, et on donnera à celui qui demande ». (Luc 11 :10). L’important, c’est donc d’être en quête, de chercher, et bien des légendes disent même que ce qui compte, c’est plus la quête que de parvenir un jour à un but et de n’avoir plus rien à chercher. Cette quête, c’et en tout cas l’objet de toute une vie, et c’est cette quête de Dieu qui donne sens à une vie et qui fait qu’on est en Dieu, ainsi que Pascal l’a compris : « tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».

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Luc 22:14-20

L'heure venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. Il leur dit : J'ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir, car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. Il prit une coupe, rendit grâces et dit : Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous ; car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu.Ensuite, il prit du pain ; et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même il prit la coupe, après le repas, et la leur donna, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous.

Philippiens 3:20-21

Pour nous, notre cité est dans les cieux ; de là nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps humilié, en le rendant semblable à son corps glorieux par le pouvoir efficace qu'il a de s'assujettir toutes choses.

1 Pierre 2:4-6

Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu, et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, en vue d'offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ ; car il y a dans l'Écriture : Voici, je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse, Et celui qui croit en elle ne sera pas confondu. L'honneur est donc pour vous qui croyez...

La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la principale, celle de l'angle.

 

Melchisédec

 Melchisédec portant le Graal au portail nord de la Cathédrale de Chartres (Cliché Philippe Michaud)

 

Melchisedech

Melchisédech avec d'autres personnalités de l'Ancien Testament au portail nord de la cathédrale de Chartes (Cliché Philippe Michaud)

Luc 22:14-20, I Pierre 2:4-6, Phil. 3:20-21

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