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L'engagement dans l'Eglise

Prédication prononcée le 25 novembre  2012, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Appartenir à l’Eglise est une chose, mais cela nous engage-t-il, et à quoi ? Tout dépend de la conception que l’on a de l’Eglise.

Si l’Eglise est comprise comme une institution définie par des règles, des lois, un dogme, alors appartenir à l’Eglise, c’est s’engager à en respecter ce qu’elle dit, c’est adhérer à sa doctrine, respecter la pratique demandée, et obéir aux exigences morales.

En cela, notre église protestante laisse une grande liberté, il n’y a pas de dogme ou de doctrine définie, pas de pratique imposée, et pas de consignes morales ou d’observance qui soient données. Cela dit, bien sûr, si on veut en faire partie, il faut en respecter les règles, mais ce ne sont que des règles de fonctionnement volontairement minimalistes.

Et en fait, pour les protestants, l’Eglise ce n’est pas avant tout une institution, et même aucune institution ne peut prétendre à être « l’Eglise du Christ », parce que Dieu seul sait qui lui appartient. C’est ce qu’on appelle en théologie réformée : « l’Eglise invisible du Christ ».

L’Eglise, elle est formée de tous ceux qui mettent leur confiance en Jésus Christ, ou qui vivent la bonne nouvelle de l’Evangile, que ce soit dans une Eglise particulière, une autre, ou aucune. Il y a ainsi certainement des membres d’Eglises institutionnelles qui ne mériteraient pas le nom de chrétiens, et des personnes membres d’aucune Eglise qui pourtant sont d’authentiques chrétiens. Aucune Eglise ne peut donc prétendre être la véritable Eglise de Dieu.

C’est vrai aussi pour notre Eglise locale : les limites n’en sont pas claires. Nous ne savons pas et même ne voulons pas mettre de limites ou déterminer qui en fait partie ou qui n’en fait pas partie. Bien sûr, il y a des « membres électeurs », ce sont ceux qui ont demandé à l’être. Mais c’est une formalité qui nous est imposée par la loi très laïque de 1905. Il y a bien sûr de vrais et bons paroissiens qui ne sont pas inscrits et certains membres électeurs qui n’ont aujourd’hui aucun rapport avec l’Etoile. Le paroissien est-il alors celui qui donne à l’Eglise ? Même pas, parce que chacun peut avoir la liberté de donner sans pour autant devoir être considéré comme appartenant à la paroisse, et inversement, on peut être paroissien sans donner, ou en donnant anonymement.

Pour savoir ce qu’est l’Eglise, dans le protestantisme, il y a deux principes essentiels, et en fait distincts : le sola fide (la foi seule) et le sola gratia (la grâce seule), et suivant le quel de ces deux principes on privilégie, on arrive à une conception différente de l’Eglise.

Si l’on met en avant le sola fide, alors, et l’Eglise sera considéré comme l’ensemble de ceux qui ont la foi en Jésus Christ. C’est ce qu’on appelle les Eglise confessantes, modèle en particulier le plus souvent utilisé par les églises dites Evangéliques. Faire partie de l’Eglise alors veut dire que l’on a une foi vivante, active et engagée. Faire partie d’une telle Eglise impose qu’on s’y engage, qu’on y soit fidèle et présent, et on y entre par un acte de foi exprimant sa conversion personnelle totale à Jésus Christ comme sauveur. L’Eglise est alors l’ensemble de ceux qui partagent cette foi.

Si l’on met en avant le sola gratia, alors l’Eglise devient l’ensemble de ceux à qui la grâce est prêchée, donc en fait à tout le monde, c’est le modèle des Eglises multitudinistes auquel se rattachent les Eglises historiques luthériennes et réformées.

Plus concrètement à l’échelle locale, on considérera que peut être paroissien tous ceux qui veulent bien se mettre à l’écoute de la prédication de la grâce, que se soit en venant parfois au culte, ou simplement en recevant le bulletin paroissial, sans préjuger de la qualité de la foi ou de l’engagement de la personne. Il y aura donc des paroissiens très engagés, et d’autres pas du tout, certains qui auront une grande foi, et d’autres une foi très faible, mais aucun n’est exclu a priori du message de la grâce. Alors ne demande pas d’engagement : on peut être membre de l’Etoile sans cotiser et sans venir au culte.

Mais donc, se dire appartenir à une Eglise, à quoi cela engage-t-il ?

A priori, on peut ne pas aimer l’idée d’engagement. La liberté du chrétien c’est d’être libre d’entrer et de sortir de l’Eglise. L’Eglise n’est pas une secte, et l’on ne fait prendre à ceux qui veulent en faire partie aucun engagement.

Cela n’a pas toujours été compris comme ça, même dans notre Eglise. Un vieux diplôme de confirmation retrouvé il y a peu dans nos archives montre que l’on faisait promettre aux jeunes gens : « de vivre et mourir dans la religion chrétienne » !. Nous ne faisons plus cela aujourd’hui, les jeunes qui confirment disent leur volonté d’être dans l’Eglise, mais il leur est dit qu’ils pourraient, bien sûr, en sortir quand il voudraient. De même, certains ont prétendu qu’a sa confirmation, le jeune « confirmait les vœux de son baptême ». Mais cela n’a pas de sens, à son baptême, le bébé ne fait évidemment aucun vœu ! Baptiser un enfant, c’est dire qu’il est sous la grâce, et qu’il est bienvenu dans l’Eglise tant qu’il veut, cela ne l’engage à rien. D’ailleurs notre liturgie dit bien : « aucune contrainte ne l’y retiendra, mais s’il venait à s’en séparer, sa place y resterait toujours marquée ».

De même, aujourd’hui, ne demandons nous à quiconque veut officiellement faire partie de l’Association Cultuelle aucun engagement, même pas de donner une cotisation. Le minium est de reconnaître que Jésus Christ est le Seigneur, expression minimale de la foi chrétienne, et c’est tout. L’Eglise est fondée sur la grâce, la gratuité, tout est gratuit, on y entre gratuitement, et c’est gratuitement que l’on peut y rester, sans que rien ne soit demandé en échange.

Il n’est donc demandé aucun engagement... Mais on peut s’engager. Et heureusement d’ailleurs que certains s’engagent, sinon l’Eglise n’existerait pas. Notre temple, tous nos locaux existent parce que des familles protestantes il y a presque 150 ans se sont engagés pour cela, ils ont donné, se sont mobilisés, sinon, il n’y aurait rien. L’Eglise n’est faite que de ceux qui la constituent. Elle n’a pas d’existence hors de ses membres. Aujourd’hui encore, l’Etoile sans ceux de ses membres qui s’y engagent n’existerait pas, ni financièrement, ni pour aucune activité. Il n’y aurait pas de catéchisme parce que les pasteurs seuls ne peuvent instruire 150 jeunes et enfants, pas de musique au temple parce que les organistes jouent bénévolement tous les dimanches, pas de vente, pas de scoutisme, pas de vestiaire, pas de chorale, pas de repas, pas de fête de Noël, pas de trésorier, pas de « lettre de l’Etoile », pas de service d’entraide, pas même d’existence juridique.

L’Eglise peut être un lieu de consommation pour certains à certains moments, mais elle est aussi un lieu d’engagement. Ce n’est pas un problème que certains « consomment » en étant dans l’Eglise, il y a un temps pour tout, à certains moments on a surtout besoin de recevoir, et à d’autres on peut donner, personne je peut juger que soi-même. Mais il est certain qu’on ne peut appartenir durablement à l’Eglise qu’en s’y engageant, sinon, on se lasse, même des plus belles prédications. Et certainement que ceux qui sont aujourd’hui les plus engagés dans l’Eglise ne sont pas ceux qui en profitent le plus.

Librement donc je peux m’engager, m’engager à faire des choses, à être utile, à donner... Et l’engagement, c’est plus que de rendre des services ponctuels, c’est s’imposer à soi-même une contrainte, une régularité, et ne pas juste servir quand n’a rien de mieux à faire. On ne peut pas être vraiment efficace sans s’engager, parce qu’il faut que les autres puissent compter sur vous, il faut être autonome dans son action, et qu’il ne soit pas nécessaire aux responsables de toujours devoir aller vous chercher ou vous solliciter. Sans engagement, il n’y a pas de fidélité, pas de suivi, ce sont des services qui peuvent être précieux, mais qui ne constituent pas l’Eglise.

Il est vrai qu’aujourd’hui beaucoup ont du mal à s’engager. Chacun prétend vouloir rester libre, et finalement font que leur valeur, leur énergie, leur compétence ne peuvent être vraiment au service d’une cause comme l’Eglise.

Mais pour quoi pouvons nous nous engager d’ailleurs ? En fait pas « pour » l’Eglise. L’Eglise n’est pas une fin en soi. On ne s’engage pas pour l’Eglise, mais dans l’Eglise pour le Christ. Dans l’Eglise, c’est le Christ, l’Evangile que nous voulons servir avant tout, de même que donner à l’Eglise, c’est une manière de donner au Christ, à Dieu. Mais évidemment, il faut faire la différence entre l’Eglise et le Christ, il faut relativiser l’engagement dont nous avons parlé dans l’Eglise, il y a d’autres manières de servir le Christ que dans l’Eglise, et nous ne pouvons donc pas juger des engagements ou des non engagements des uns et des autres.
Ce qui est vrai, c’est que l’Eglise est un lieu où on peut s’engager pour le Christ, s’engager à la suite du Christ à agir dans ce monde. L’Eglise est un lieu privilégié pour cela, parce qu’on peut déjà le faire parmi ses frères et sœurs, et aussi parce que ensemble, nous pouvons faire beaucoup plus que tous seuls.

Et donner, s’engager, agir, servir, c’est la plus grande gloire de notre vie, la plus grande chose que nous pouvons faire, c’est ce qui peut nous donner le plus de joies, de satisfaction, et même donner véritablement un sens à toute notre existence.

Ainsi les apôtres l’avaient bien compris, comme Pierre qui dit à Jésus : « Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi. Jésus répondit: Je vous le dis en vérité, il n’est personne qui, ayant quitté, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou sa mère, ou son père, ou ses enfants, ou ses terres, ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. » (Marc 10 :28)

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Matthieu 7:15-29

Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre produit de mauvais fruits, Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits est coupé et jeté au feu...

Quiconque me dit : Seigneur, Seigneur ! n'entrera pas forcément dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur ! N'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons chassé des démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité.


Marc 10:28-30

Pierre se mit à lui dire : Voici que nous avons tout quitté et que nous t'avons suivi. Jésus répondit : En vérité, je vous le dis, il n'est personne qui ait quitté, à cause de moi et de l'Évangile, maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou terres, et qui ne reçoive au centuple, présentement dans ce temps-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants et des terres, avec des persécutions et, dans le siècle à venir, la vie éternelle.

Matt. 7:15-29, Marc 10:28-30

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