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Le chrétien est un équilibriste

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Prédication prononcée le 13 décembre  2015, au Temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot pour le culte de Noël des Ecoles bibliques

 

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A Noël, on fête l’anniversaire de la naissance de Jésus, mais qui est Jésus en fait ? Les théologiens disent qu’il est à la fois homme et Dieu. On peut avoir de la méfiance quant à ce genre d’affirmation. D’abord cette histoire de la naissance de Jésus fait un peu trop penser à celles des diverses mythologies païennes, comme chez les grecs où un dieu enfante avec une humaine un « demi-dieu ». Or Jésus vaut peut-être tout de même mieux que les héros imaginaires de la mythologie. Et puis notre expérience quotidienne nous apprend que ce qui est à la fois deux choses n’est en fait vraiment aucun des deux. On ne peut tout de même pas comparer Jésus à un fromage « mi-chèvre, mi vache » ! Et l’impression que l’on a est bien que si Jésus est Dieu, s’il est né miraculeusement, alors il n’est tout de même pas vraiment comme nous humains, et si on le regarde comme pleinement humain avec les faiblesses propres à notre espèce, alors il ne peut qu’être qu’une image bien piètre de la perfection divine.

Pour cela, beaucoup de chrétiens basculent d’un côté ou de l’autre. Certains poussent Jésus du côté de l’homme et d’autres de celui de Dieu.

Pour certains donc, Jésus n’est qu’un homme qui a bien compris qui était Dieu, qui en était très proche, et étant plein de foi, il en a merveilleusement parlé. Et ainsi, quand on dit qu’il est « fils de Dieu », ce ne serait pas matériellement vrai, parce que Dieu ne couche pas avec les humaines, mais spirituellement. Jésus a en effet tiré le meilleur de lui-même de Dieu, il en est comme le représentant, le serviteur privilégié. Et même certains chrétiens ont développé une théologie « adoptianiste » en disant que Jésus est un homme choisi par Dieu pour être son fils. Aujourd’hui d’ailleurs dans notre société, le père d’un enfant peut l’être pleinement même s’il n’en est pas la géniteur, le père, c’est celui qui aime, qui accompagne un enfant et qui le choisit pour son héritier. Ainsi Jésus aurait pu être comme adopté par Dieu au moment de son baptême dans le Jourdain par cette parole : « celui-ci est mon fils en qui j’ai mis toute mon affection » (Matt. 3 :17).

Pour d’autres, Jésus, c’est Dieu lui-même. Ainsi chante-t-on dans ce vieux chant de Noël « Minuit chrétien », « la naissance de l’enfant Dieu ». Et ainsi entends-on parfois dans les liturgies des formules comme: « Oh Jésus, toi qui es Dieu... ». Et pour ces croyants là, Jésus en fait joue tout à fait le rôle de Dieu : on le prie, il peut offrir des grâces, agir sur la terre, il nous aime, nous pardonne et nous sauve. On peut alors comprendre la critique des musulmans ou même de certains chrétiens qui disent qu’alors ces croyants là ne sont plus monothéistes, ils ont deux dieux et même trois avec le saint Esprit. Sans vouloir entrer dans la question de la Trinité qui est bien complexe, il faut bien reconnaître que ces deux positions extrêmes sont problématiques. En fait, Jésus ne peut être pensé comme seulement homme, ni comme purement Dieu, mais il faut bien tout de même qu’il ait un peu de l’un et de l’autre, qu’il soit, en quelque sorte à la fois homme et Dieu.

Cela se voit de différentes manières.

D’abord s’il était seulement homme, fêterions nous sa naissance avec tant de faste que nous le faisons à Noël ? On ne fête vraiment la naissance d’aucun grand homme. Qui sait le jour de la naissance de Napoléon 1er ? Ou quand est né Jules César ? On ne fête pas non plus la naissance de saint Paul, ni celle de Pierre, ni celle de saint Augustin, ni celle de Calvin. La raison c’est qu’un grand homme, quand il est bébé n’est pas encore un grand homme. Le grand Victor Hugo, merveilleux écrivain, à six mois n’écrivait pas de poèmes, il ne faisait que des babillages sans intérêt, il n’était pas encore un grand homme, il n’était qu’un petit bébé.
Or quand Jésus naît, c’est plus que la naissance d’un grand homme, même tout petit bébé, il représente déjà quelque chose, parce que en lui-même il est quelqu’un d’exceptionnel. Jésus n’est donc pas seulement important par ce qu’il a dit ou fait, mais intrinsèquement, en ce qu’il ne se réduit pas à ce qu’il a performé, il est en lui-même quelqu’un d’unique, de transcendant. Même bébé, même s’il ne parle pas, sa présence dans le monde est déjà une bonne nouvelle. Et cette bonne nouvelle c’est que Dieu n’est pas indifférent, il s’intéresse à nous, il nous envoie son fils Jésus Christ. Cet enfant, c’est le signe d’une réalité qui dépasse le monde, que Dieu ne reste pas lointain dans son ciel, indifférent, mais qu’il vient vers nous pour nous rencontrer, nous comprendre et nous parler.

On pourrait penser que ce genre de propos finalement reviendrait à dire que Jésus est Dieu, Dieu qui vient nous visiter d’en haut ; mais non, on ne peut pas aller jusque là. Dieu ne naît pas, il est éternel bien sûr, il n’a ni père ni mère, Dieu ne descend pas du Ciel, il est au Ciel dans le domaine du spirituel, il ne perd pas son identité en se mélangeant à quoi que ce soit. Jésus nous a appris d’ailleurs à dire :  « Notre père qui es aux Cieux » et non pas « notre père qui est maintenant sur Terre ». Et puis Dieu n’est pas Jésus, Dieu ne porte pas une barbe et des sandales, il ne peut pas se dire à lui même « mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné », il ne meurt pas sur une croix, il est éternel, ou alors Dieu n’est plus Dieu, il devient juste une sorte d’ami humain dont on garderait la mémoire.

Alors donc, Jésus est-il homme, ou Dieu ? Il est un peu les deux, il est un homme divin, il est le point où Dieu s’unit à l’homme, où Dieu vient à la rencontre de l’homme. Dire que Jésus serait un homme seulement est évidemment insuffisant, dire qu’il serait Dieu amènerait de graves problèmes théologiques, il faut en fait garder en tête les deux dimensions, rester en équilibre entre les deux, et avoir une christologie qui ne bascule ni trop du côté de l’homme, ni trop du côté de Dieu. Jésus est juste à la frontière entre le divin et l’humain, le lieu où Dieu rencontre l’homme, où il s’unit à l’homme. C’est d’ailleurs ce que représente la croix : le point de rencontre entre le vertical du spirituel et l’horizontal du matériel. C’est en ce sens qu’il est infiniment précieux, il est « homme-Dieu », mais plus précisément, comme le trait d’union entre « homme » et « Dieu ».


Mais en fait, cette recherche d’équilibre est ce qui doit diriger toute la vie du chrétien. Nous sommes comme Jésus, tiraillés entre le matériel et le spirituel, nous devons vivre matériellement et savoir que nous sommes physiquement des mammifères avec des besoins et des désirs, mais nous ne sommes pas que cela, nous sommes aussi des êtres spirituels, appelés à une destinée surnaturelle, à nous affranchir des anciennes programmations animales, ou à les dépasser en tout cas. Et nous devons sans cesse cheminer difficilement, en équilibre entre ces deux dimensions. Si on oublie le spirituel, on devient des bêtes, des animaux, si on oublie le matériel, on risque tout simplement de mourir, ou que ce matériel nous rattrape et nous impose sa loi d’une manière désordonnée. Nous sommes à la fois anges et démons, on pourrait préférer alors basculer du côté de l’ange, mais quand la sagesse populaire dit « qui veut faire l’ange fait la bête », elle n’a pas tort, il faut rester dans l’équilibre. Charles Wagner, le grand pasteur du début du XXe siècle écrivait :  « Cet au-delà, il ne faut jamais s’y absorber sous peine d’oublier de vivre, ni l’oublier sous peine de ne plus savoir pourquoi on vit ». On ne saurait mieux dire.

Et cet équilibre à trouver ne se limite pas à cela, à propos du spirituel, on peut dire aussi que nous devons rester en équilibre entre une sorte de bon sens terrien, nous incitant à la responsabilité et à l’action, et notre foi dans la providence divine invitant à l’abandon. Ne pas avoir la foi est tomber dans le matérialisme, ou une sorte d’expression de désir de toute puissance, avoir trop la foi et tout attendre de Dieu serait évidemment une utopie dangereuse et démobilisante.

Et la dialectique ne se limite pas à cela, elle est le principe même de toute vie : nous devons garder l’équilibre entre le maintenant et l’après : le bien de tout de suite doit parfois être un peu sacrifié pour attendre un meilleur bien plus tard, entre se préoccuper de soi-même et donner aux autres, entre la conviction et la tolérance, entre le fait d’être pécheur et néanmoins pardonné.

Dans tous les cas, nous connaissons les deux pôles et nous devons rester en équilibre entre les deux sans nous écraser ni d’un côté ni de l’autre. Le chrétien est toujours sur le fil du rasoir, sur une sorte de ligne de crête qu’il doit suivre, la vie de chrétien est une vie d’équilibriste. Pour cela il doit être sans cesse extrêmement vigilant, bien regarder où il met les pieds et toujours reconstruire cet équilibre.


Mais si l’on demande à un funambule professionnel comment il parvient à exceller dans son art, il explique qu’en fait, il est pratiquement impossible de rester sans bouger en équilibre et sans aide, l’équilibre doit se faire dans la dynamique, dans le mouvement. Il en est sans doute de même pour la vie du chrétien. Celui-ci ne doit pas sans cesse se poser la question de son équilibre, ni trop penser à lui-même où à ses pieds, il lui faut avoir un idéal, une conviction, une foi, et avancer. Quand on a un but, tout devient plus facile. C’est un des sens possible de cette vieille affirmation que le croyant est sauvé par la foi. La foi, c’est la visée qui oriente la vie. Il faut y aller avec confiance sans se poser trop de questions peut-être. Ainsi y a-t-il une dimension de confiance aussi dans la foi. Si l’on sait que c’est possible, ne serait-ce que parce que Jésus nous a montré le chemin, alors on peut y arriver plus facilement. La peur elle-même fait chuter, Pascal l’a montré en parlant de cette planche sur laquelle on marche sans difficulté quand elle est par terre, mais sur laquelle on serait incapable de passer si elle traversait un abîme vertigineux. La foi, c’est de tourner son regard non pas vers le vide, vers le mal, vers la chute, mais vers la vie, l’espérance, la paix, le salut, la joie, et de se laisser attirer par son regard. Alors tout devient plus facile, et l’équilibriste n’a même plus à garder sans cesse la préoccupation de son équilibre, il peut jouer, courir, sauter, et même jouer avec le déséquilibre.
Oui, le déséquilibre lui-même peut être un facteur d’équilibre. Comme l’enfant qui apprend à faire du vélo et qui doit se lancer, ce n’est qu’en mouvement qu’on peut trouver cet équilibre. Il ne faudrait donc pas réduire ce travail d’équilibriste à une sorte de quête permanente du raisonnable, du bien équilibré. La célèbre expression « in medio stat virtus » n’est pas toujours juste. Et les personnages de la Bible montrent souvent une sorte de folie, de déraison. Noé qui construit son arche, Abraham qui part en laissant tout, Jésus même qui va jusqu’à la croix, c’est l’expression de cette sagesse de Dieu qui peut être folie pour les hommes (1 Cor. 1 :20ss). Mais toute folie n’est pas pour autant sagesse pour Dieu, c’est ce qui l’oriente, ce vers quoi elle est dirigée qui compte pour qu’elle mène quelque part.

Et puis l’autre aide essentielle qu’utilisent les fildeféristes, c’est le balancier : avoir en main quelque chose qui en lui-même est équilibré. On pourrait trouver beaucoup d’images à ce sujet : mais peut-être que la meilleure est de dire que c’est le Christ lui-même qui est notre meilleure source d’équilibre, à condition que lui-même soit équilibré dans ce que nous pensons de lui. Ceux qui ont une christologie trop humaine risquent de tomber eux-mêmes du côté de l’homme, et de ne faire de la religion qu’une sorte d’humanisme social, et ceux qui ont une christologie trop divine vers un genre de religion magique ou une pensée sectaire invitant à la déresponsabilisation, à haïr le monde et à vouloir en sortir.

Avoir une christologie équilibrée et en faire le fonds de sa foi, s’est mettre en soi une source d’équilibre qui nous tient en équilibre, quand nous-mêmes, livrés à nous-mêmes nous aurions tendance à tomber d’un côté ou de l’autre.

Et quoi qu’il en soit, c’est à chacun de gérer son propre équilibre et de le chercher comme il peut, et nous ne tomberons ni à gauche ni à droite, parce que nous sommes attachés à un fil de vie jusqu’au Ciel qui est Dieu lui-même : « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui ? S’il se tient debout, ou s’il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de le soutenir. » (Rm 14.4).

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