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Heureux (Le chemin des Béatitudes)

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Prédication prononcée le 10 janvier 2016, au Temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

 

Ce texte des Béatitudes est un beau texte, pour nous tous, il y a huit fois le mot « heureux », or, c’est bien ce que nous souhaitons à ceux que nous aimons et pour nous mêmes : d’être heureux. Or je crois justement que la foi, la religion, c’est un chemin de bonheur. Ces paroles des Béatitudes sont, d’après Matthieu, les premières du Christ dans son enseignement public. Jésus commence donc par huit fois « heureux » et cela déjà a un sens extraordinaire : la religion, selon le Christ, ce n’est pas de se rendre malheureux pour être sauvé, mais c’est bien d’être heureux. L’Evangile n’est pas la tristesse, les privations, l’austérité, mais le bonheur. Il est bon de le rappeler, parce que trop souvent dans son histoire, on a fait du christianisme une religion du sacrifice, que ce soit au Moyen Age et jusqu’à Calvin, on a essayé de faire croire aux chrétiens qu’il fallait se priver de tout, éviter le plaisir comme étant coupable, et que le summum de la sainteté consistait à renoncer aux joies terrestres. On a même dit que la souffrance pouvait avoir une valeur rédemptrice, et que plus on souffrait plus on avait des chances d’être sauvé. Jésus en tout cas, ne commence pas son enseignement en disant : « soyez malheureux et vous gagnerez le paradis », mais en disant huit fois « heureux ».

Cela dit, tout le monde voudrait être heureux, la question n’est pas là. La question, c’est comment on envisage le moyen de l’être, et là Jésus nous montre un chemin de bonheur tout à fait original.

D’abord, il y a les quatre béatitudes qui sont positives : heureux ceux qui procurent la paix, ceux qui sont doux ou humbles, ceux qui ont un cœur pur, et ceux qui sont pleins d’amour et de miséricorde. Nous avons là le chemin de l’Evangile : la pureté de cœur, l’amour, la paix, l’humilité... Cela peut sembler courant, mais c’est extrêmement important, surtout dans ces temps où la religion est mise en cause en disant qu’elle peut être une source de violence. Certes, elle peut l’être, mais la religion du Christ en tout cas, ce n’est pas la violence, c’est la paix, la douceur, l’humilité, l’amour et la pureté de cœur. Et même sans être menacé d’extrêmismes, nos vies sont sans cesse confrontées dans ce monde matériel à de la dureté, à de la fourberie, des prises et des abus de pouvoir, à de la haine, à de la violence de tout ordre. Et il est bon de rappeler que ce que nous propose le Christ, ce qu’il nous donne, ce sont ces valeurs données par les Béatitudes, et c’est aussi ce qu’il nous invite à vivre, ce au service de quoi nous devons nous mettre.


Et puis il y a quatre béatitudes qui sont un peu plus compliquées, parce que apparemment négatives : ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif, ceux qui sont pauvres etc. Ce n’est évidemment pas pour dire qu’il faudrait nécessairement avoir faim matériellement ou être pauvre économiquement pour devenir heureux. Nous avons mille contre-exemples avec des gens pauvres et malheureux, ou même si l’on voulait entendre ce « bienheureux » comme n’étant pas une promesse sur Terre, mais une sorte de récompense céleste, s’il s’agit de qualités spirituelles, être pauvre ou avoir faim n’est pas une qualité en soi, il y a des gens mal nourris ou pas riches qui peuvent être d’effroyables personnages, et inversement. Ces situations matérielles sont donc totalement indifférentes, ni des valeurs, ni des contre-valeurs. Mais Matthieu précise bien qu’il s’agit de disposition d’esprit spirituelles : par rapport à l’Evangile de Luc qui met ces béatitudes toutes brutes, lui, précise, qu’il s’agit d’être pauvre... en esprit, c’est-à-dire spirituellement, d’avoir un esprit de pauvreté ; et avoir faim et soif non pas de pain, mais, précise Matthieu,... de justice. Sans doute en effet que pour être heureux, il faut désirer certaines choses, il faut qu’il y ait une dynamique dans notre vie, avoir des aspirations, des projets, des désirs...

D’ailleurs dans la langue de la Bible, en hébreu, le mot que l’on traduit par « heureux », «acherei » vient du verbe : «achar» qui signifie «être debout et en marche». Ainsi le bonheur, pour la Bible, n’est pas une notion statique, mais dynamique. Etre heureux, c’est être en marche, en mouvement. Cela est très différent de l’idée que nous avons souvent du bonheur aujourd’hui : le bonheur, ce n’est pas un état, mais un mouvement. Etre heureux, ce n’est pas avoir plein de choses et se dire, pourvu que ça dure, mais précisément être en marche pour aller vers ce que l’on n’a pas encore. La notion occidentale du bonheur est très angoissante, on a l’impression qu’il dépend de ce que l’on a, et qu’il est comme un état qu’il faudrait préserver contre toutes les attaques qui ne manquent pas. C’est ce que beaucoup resentent, par exemple lors des mariages qui deviennent des situations anxiogènes parce qu’on se dit : ces jeunes sont heureux, ils sont beaux, en bonne santé, ils ont de l’amour... pourvu que ça dure ! Et on pense en fait que de toute façon leur bonheur est non seulement fragile mais pratiquement condamné. La jeunesse ne dure pas toujours, la beauté non plus, et l’amour-passion se dissipe aussi parfois. Mais pour la Bible, le bonheur n’est pas là, il est chemin, il consiste à avancer, à s’adapter, et ainsi, quelles que soient les situations, un couple peut être heureux longtemps si chacun avance avec l’autre. Et le jour de leur mariage n’est pas le plus beau de leur vie, ni ncessairement le plus heureux, il est un point de départ, un tremplin vers un vrai bonheur qu’ils vivront ensemble en avançant dans la vie. Ainsi le bonheur n’est pas comme le château de sable que construisent les enfants au bord de la mer en espérant toujours qu’ils résisterait. Et toujours le château est détruit par la mer, plus vite qu’ils ne pensaient, et il ne reste rien. Le bonheur serait plutôt comme les enfants qui jouent sur la plage en courant devant les vaguelettes de la mer qui montent en tentant de ne pas se mouiller les pieds. Ils avancent, reculent, s’adaptent, et si la mer monte, ils montent avec elle, si elle recule, ils reculent avec elle. Parfois certes, ils se mouillent un peu les pieds, mais le jeu et le bonheur est infini parce qu’ils sont maître de leur bonheur, et qu’il ne dépend pas des événements subis. Ainsi le bonheur n’est-il pas de tenter de préserver et de faire durer un état que l’on a aimé, mais d’avancer pour inventer un demain qui n’est pas encore. Le bonheur, il n’est pas derrière, il est devant. Et pour cela, il faut avoir un objectif, un but, une dynamique dans sa vie.

C’est pour quoi sans doute Jésus nous présente-t-il ces béatitudes difficiles, le bonheur, ce n’est pas d’avoir la paix, mais de travailler à la paix, ce n’est pas d’être aimé, mais de vouloir aimer, ce n’est pas d’être celui à qui l’on fait justice, mais d’avoir faim et soif de justice, ni d’avoir le maximum de foi, mais de se savoir pauvre en foi, d’avoir des désirs, des aspirations, des objectifs, des visées dans sa vie parce qu’on tourne son regard vers autre chose que ce que l’on est. Et pour cela, il faut un objectif, un idéal, quelque chose qui tende notre vie vers l’avant, et ces quatre béatitudes que nous avions qualifiées de « négatives » ne le sont pas tant que ça, ce sont juste des situations qui sont aptes à nous mettre en mouvement, en marche.

C’est sans doute le sens de ce que l’on appelle le « salut par la foi ». Cette expression qui est de la pure langue de bois religieuse, du « patois de Canaan » comme nous disons, nous parle difficilement.Pourtant elle dit l’essentiel, c’est que le salut, c’est-à-dire ce qui donne sens à notre vie, ce qui structure notre vie, ce qui l’accomplit, ce qui nous rend heureux, ce n’est pas ce que nous avons ou notre situation, mais ce vers quoi nous tendons. Parce que, oui , en effet, la « foi » dans la Bible n’est pas ce que beaucop entendent aujourd’hui par ce mot, ce n’est pas le sentiment religieux, ou celui de la présence de Dieu. Cela, tout le monde ne l’a pas, certains prient facilement, pour d’autres cela ne veut rien dire. Cela dépend de notre nature, de notre éducation. La foi dans la Bible, c’est la conviction, c’est ce que l’on croit vrai, essentiel, fondamental, ce qui fonde notre vie, l’oriente, c’est la visée de notre existence, ce vers quoi l’on tend. Hereux celui qui a une foi, qui ne se contente pas de ce qu’il a, qui ne fait pas que d’attendre ou d’espérer recevoir ceci ou cela, heureux celui qui se fait acteur de sa vie, sujet, qui la prend en main sans subir et qui regarde non pas ce qu’il reçoit mais ce qu’il donne. Le pire sans doute, c’est de ne pas avoir de foi, d’attendre sans rien faire, de ne croire en rien, de ne rien attendre en fait, mais de craindre, avoir un idéal, c’est déjà pouvoir être en mouvement... Maintenant, je crois que la foi chrétienne est un but merveilleux, croire dans la paix, l’amour, la tendresse, la douceur, le pardon et la grâce, vouloir avancer vers cela, c’est sans doute le meilleur chemin de bonheur possible.

Paul a donc bien raison quand il dit qu’au milieu de tout ce qui passe dans ce monde, les seules choses qui durent éternellement, ce sont la foi l’espérance et l’amour. La foi, nous l’avons vu, c’est la visée, c’est ça qui donne de la consistance à une vie, et l’espérance, c’est justement de croire dans cette foi, d’y mettre sa confiance, de s’y engager, par delà les choses visibles. L’espérance, c’est faire en sorte que cette foi ne soit pas qu’intellectuelle, mais s’engager pour elle, y accrocher sa vie et y faire dépendre sa vie. L’espérance, c’est croire dans ce que l’on n’a pas totalement. Ainsi peut-on croire dans la paix et la générosité quand même nous pourrions être pessimistes quant-à l’espèce humaine, c’est vouloir y croire, comme un idéal, et avancer vers cet idéal quand bien même il ne serait jamais atteint. Et quant à l’amour, oui, il est éternel, si là aussi on ne le confond pas avec un sentiment qui lui-même peut évoluer. Le sentiment amoureux est, bien sûr, passager, mais ce n’est pas ce dont parle Paul. Les mariés qui choisissent souvent ce texte pour leur mariage sans doute se trompent, ils se disent qu’il parle de ce qu’ils ressentent, parce qu’ils sont amoureux. Mais l’amour de Paul n’est pas le même amour, c’est celui que nous devons tous avoir les uns pour les autres, et même pour nos ennemis. Ce n’est pas d’avoir du sentiment pour quelqu’un ni même de le trouver sympathique, mais de s’ouvrir à l’autre, de l’accueillir, de le considérer de le respecter et de lui vouloir du bien. Cet amour de Paul, c’est donc ce que les jeunes mariés doivent apprendre à avoir l’un vis-à-vis de l’autre, pour pouvoir aller au delà du sentiment qui les a fait se rencontrer, et construire quelque chose de solide entre eux. Ainsi peut-il y avoir une volonté de cheminer avec l’autre en acceptant qu’il est lui aussi un sujet en marche et non un objet pour se faire plaisir. L’amour, c’est justement d’être en marche, de savoir donner et de savoir recevoir.

Et cette dynamique, c’est celle du bonheur, c’est celle du Dieu de l’Evangile qui n’est pas un concept philosophique ou moyenâgeux, stérile et statique, mais un Dieu vivant. C’est un Dieu qui est lui-même amour, joie, paix, pardon, espérance, bonheur, lumière et amour. Tout ce que nous vous souhaitons pour chacun, tout ce que nous pouvons donner aux autres autour de nous, et tout ce que nous pourrons trouver si nous savons nous ouvrir à cette dimension.

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Matthieu 5:1-10

Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne, il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Puis il ouvrit la bouche et se mit à les enseigner :

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !

1 Corinthiens 13

 Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis du bronze qui résonne ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais (le don) de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture (des pauvres), quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien.

L’amour est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne médite pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.

L’amour ne succombe jamais. Que ce soient les prophéties, elles seront abolies ; les langues, elles cesseront ; la connaissance, elle sera abolie. [...]
Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande, c’est l’amour.

I Cor. 13:1-13, Matt. 5:1-10

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