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Dieu est-il masculin ou féminin ?

Prédication prononcée le 26 septembre 2010, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Florence Blondon

(Genèse 1:27 Esaïe 66:12-14 Osée 11 :9 Luc 15 :8-10)

Nous avons tous en tête ces images de Dieu, un vieillard, barbu, bienveillant et sympathique, ou parfois intraitable et justicier. Mais qu'elle soit faite pour nous effrayer, ou nous apaiser, ces représentations sont elles justifiées ? Il faut bien l'admettre, difficile de parler de Dieu autrement qu'en projetant des images de l'humain (à son image, à sa ressemblance), en le parant de sentiments : la colère, la compassion. Il a des sens : il entend, il voit, il sent, voire même parfois il se montre: il parle. La langue même de la Bible hébraïque, loin de toute tentation de conceptualiser, nous parle de son corps ainsi le nez lieu de la patience. Pourtant, je ne crois pas pour autant, que Dieu ait un corps, qu'il se présente sous forme humaine. Et les premiers chrétiens, (juifs et musulmans), puis les réformateurs en obéissant au commandement qui interdit de se faire de représentations ont probablement fait preuve d'une certaine sagesse en maintenant cet interdit.

Car d'où peuvent venir ces représentations ? Et, pourquoi le représenter en homme, Pourquoi un vieillard ? Est-ce symbole de sagesse ?Il faut probablement se référer aux religions de l'Orient ancien. Ainsi à Ougarit, le Dieu père, est représenté comme un vieillard, assis, alors que sa descendance, le Dieu Baal lui est jeune et vigoureux.

Pourtant, il nous faut bien dire Dieu, mais pour nous Dieu est parole et c'est probablement en déployant toute la richesse symbolique du langage que l'on peut s'approcher d'une vérité qui de toute façon, nous échappe. En réalité nous ait-il possible de parler de Dieu autrement qu'en l'humanisant ? En lui donnant un corps, ou plutôt une chair. Car, l'humain est caractérisé non par le corps, mais par la chair. Le corps est inerte, on le trouve dans l'univers matériel : il ne sent pas, ne s'éprouve pas lui-même, il n'aime ni désire: La table ne sent pas le mur, alors que le propre de notre corps, de notre chair c'est de sentir ce qui nous entoure. Donner chair à Dieu : est-ce grave ? Est-ce une déviation ? Ou, au contraire, n'est-ce pas le cœur même de la fois chrétienne, la religion de l'incarnation .C'est dans notre chair qu'il est venu nous retrouver, faire l'expérience de l'humanité de la finitude. Cela signifie que Dieu n'est pas lointain, il est le tout Autre, mais il aussi mon prochain. Un Père, une mère, un frère....Il me parle, il m'écoute, il me scrute...Finalement l'incarnation, c'est aussi une manière de se donner à voir.

Alors en effet il semble bien que projeter nos images ne soit pas si enfantin qu'il n'y paraît, et cet effort pour dire Dieu, pour le connaître a des conséquence également pour notre anthropologie, cela nous parle également de nous pour reprendre Calvin, en ouverture de son institution chrétienne : « la connaissance de Dieu et de nous sont choses conjointes ».

Pour essayer d'expliciter, je m'appuierais sur une certaine remise en cause de l'image « viril » de Dieu. Et si dans la les Ecritures il semble bien que le plus souvent on évoque une image de Dieu plutôt viril, et la tradition a insisté sur cet aspect, et sur l'aspect de la paternité, nous devons pourtant être vigilant : d'emblée le récit de la Genèse nous dit : « Dieu créa l'humain à son image, mâle et femelle, il les créa ». Si la théologie féministe s'est emparée du sujet, elle a eu le mérite de pointer un trop grand paternalisme, mais il ne faudrait pas tomber dans l'excès inverse. Le flou du texte de la Genèse est à cet égard tout a fait significatif et salutaire. Dieu lui-même dans le livre d'Osée dit : « Je suis Dieu et non pas homme » (Os 11, 9), signifiant qu'il n'est au moins pas masculin, mais là aussi le flou reste. Ainsi, si l'on s'interroge sur le sexe des anges, il n'est pas spécialement pertinent de s'interroger sur le sexe de Dieu C'est donc avec une certaine distance que pourtant nous pouvons entendre que Dieu prend aussi des attributs féminins. Dans les Deux testaments.

Je suis tout à fait frappée par ce qui précède la parabole du fils perdu, cette histoire de drachme perdue et retrouvée, il s'agit d'une femme, Dieu est ici comparé à une femme.... Dieu est comparé à une femme qui cherche sa drachme perdue.Et ce juste avant la parabole du fils prodigue, comme contre point à l'image paternel (Rembrandt a si bien rendu cela, en représentant le père avec une main masculine et une féminine) L'image la plus courante est celle où Dieu enceinte va accoucher de son peuple. Ainsi, au début de notre texte d'Esaïe 66, et aussi en Esaïe 42, 14 : « Depuis toujours, je garde le silence, je me tais, je me contiens, comme une femme en travail, je gémis, je suffoque ». Et, s'il est un texte qui nous parle, qui chante par sa poésie, c'est ce magnifique texte qui arrive en clôture du livre d'Esaïe. Dieu est ici semblable à une femme qui prend soin de son enfant, son tout petit. Ainsi Dieu se pare des prérogatives des femmes.

Mais je voudrais à partir de cela m'inviter, nous inviter à revisiter aussi ce qui est de l'ordre du masculin et du féminin chez l'humain qui est à son image, sa ressemblance. Si l'accouchement est une spécificité féminine, câliner, de prendre soin, de donner à manger devrait aussi pouvoir être une image masculine. (je pense toujours à Rembrandt) Ces images sont donc une double manière de nous interpeller :

- elles mettent en critique nos façons stéréotypées d'être homme ou femme et nous rappelle que la tendresse peut être également une caractéristique masculine, (Dieu pleure ! Jésus pleure !), et à l'inverse les femmes peuvent exercer l'autorité.

- elles mettent en abîme une critique les images dominantes de Dieu dans les religions et même dans la Bible : Dieu ce n'est pas que la colère, la toute puissance, la jalousie, ça peut être le soin, la proximité, la douceur. Et c'est bien là qu'on rejoint le fond de la question. Ce sont des images de Dieu. On ne saura jamais si Dieu est homme ou femme, et sans doute est-il au-delà de tout ça.

Le mot qui compte dans le texte d'Esaïe, qui donne le sens à la notion d'image de Dieu, c'est le mot "comme" :« je vais prendre soin de vous comme une mère le fait pour le bébé qu'elle allaite ».A son image, à sa ressemblance, ici, ce n'est pas nous, pauvres humains qui tentons en vain de ressembler à Dieu, mais Dieu qui prend une image humaine et qui nous dit : je vous ressemble. Cela signifie : bien qu'au fond je sois très différent, je vais prendre votre forme presque totalement à l'identique .C'est n'est plus nous qui faisons le chemin vers lui, mais lui qui vient à notre rencontre. Et c'est bien tout le mouvement du texte que nous avons lu. Tout le début du texte, c'est Dieu qui prend au sérieux tous les sentiments des hébreux vis-à-vis de cette ville de Jérusalem qu'ils ont perdu, eux qui sont en exile en Babylonie. Il rejoint son peuple dans ses sentiments et aussi dans ses besoins les plus basiques : ceux de l'enfant qui a besoin de nourriture, les besoins matériels, et aussi affectifs et de sécurité : elle console, câline, assoit sur les genoux.

Dieu est très loin de nous, il est inaccessible, il est sans doute d'une nature toute autre. Mais justement, il fait le chemin vers nous pour nous rejoindre, dans nos sentiments. Il a pris cette forme qui nous parle le plus, en Christ, la Parole s'est faite chair.

En Christ Dieu est devenu mon prochain.

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Genèse 1:27

Dieu créa l'humain à son image : Il le créa à l'image de Dieu, mâle et femelle il les créa.

Esaï 66:12-14

Car ainsi parle l'Éternel : Voici que je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve, Et la gloire des nations comme un torrent débordé, Et vous serez allaités ; Vous serez portés sur les bras Et caressés sur les genoux. Comme un homme que sa mère console, Ainsi moi je vous consolerai ; Vous serez consolés à Jérusalem.

Osée 11:9

Je suis Dieu et non pas homme

Luc 15:8-10

Ou quelle femme, si elle a dix drachmes et qu'elle perde une drachme, n'allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu'à ce qu'elle la trouve ?

Lorsqu'elle l'a trouvée, elle appelle chez elle ses amies et ses voisines et dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai trouvé la drachme que j'avais perdue.

De même, je vous le dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.

Luc 15:8-10, Gen. 1:27, Esa. 66:12-14

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