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A chaque jour suffit sa peine

Prédication prononcée le 6 juin 2010, au temple de l'Étoile à Paris,

par la pasteur Florence Blondon

(Matthieu 6:24-34)

On qualifie Jésus de Messie, le Christ et cette appellation nous renvoie à sa royauté. Il prend parfois les prérogatives des prêtres. On le nomme également prophète...Tout au long se son ministère on s'interroge sur son identité. Mais ici, son discours se décline sur le registre de la sagesse. En nous invitant à contempler les oiseaux du ciel et le lys des champs pour en tirer l'expérience de la sollicitude divine, Jésus fait figure de sage. Il en adopte le ton, le vocabulaire....et ce qu'il dit devient un proverbe : « a chaque jour suffit sa peine » !

Entendre une telle phrase, situé dans le contexte de ce discours, nous fait prendre conscience qu'une des données anthropologiques constantes, quelque soit les temps où les lieux, c'est l'angoisse de l'être humain. Et, un tel message nous est offert pour nous alléger, nous libérer. Aujourd'hui encore il résonne si fort, tout particulièrement cette question au centre du développement : « qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à son existence ?». Bonne question à poser à tous ceux qui sont stressés par le travail, ceux qui vivent le chômage avec anxiété, ceux qui sont angoissés par les résultats scolaires, les examens, les concours. Egalement les malades, leur proches, toutes celles et tous ceux qui sont assaillis par les difficultés de l'existence. La question est plus que pertinente d'autant plus que l'on sait combien le stress est un facteur de morbidité, combien il ne fait qu'empirer les choses. La recommandation de Jésus est donc emplie de sagesse.

Mais si Jésus est un sage, il ne nous invite pourtant pas à une simple réflexion philosophique, et lorsqu'il en appelle à notre bon sens, il sait combien cela ne peut être suffisant. En effet à l'écoute de ce passage se présentent au moins deux écueils, deux tentations qui nous permettent de pointer que la dimension du message de Jésus dépasse largement le domaine de la philosophie : Suffirait-il de dire les choses pour qu'elles adviennent ? Ou encore est-ce une invitation à la désinvolture totale ?

1. A chaque jour suffit sa peine : Certes, c'est une bonne nouvelle ! Jésus se contente –t-il de nous dire cela, comme si nous pouvions nous le répéter encore et encore afin de nous en convaincre..... L'évangile ne peut ignorer ceux qui sont dans la plus profonde misère et Jésus ne peut se contenter de nous donner une méthode. Car, cela signifie bien plus, il ne s'agit pas de s'auto-convaincre, mais de déposer tout le poids de nos angoisses devant un autre, devant Dieu. Dieu prend notre souci au sérieux, il s'en charge ; c'est à cela que Jésus nous appelle, déposer nos lourdeurs, nos souffrances, nos inquiétudes et nos angoisses devant Dieu. Et, se tourner vers Dieu c'est tout simplement une invitation à se détourner de nous-mêmes. C'est le premier pas pour nous arracher à nos soucis, à nos angoisses qui nous enferment sur nous-mêmes. Il nous appelle également à lâcher prise, c'est probablement cela croire. Il nous invite à la foi. Et croire c'est ce tenir devant Dieu, vivre une relation personnelle avec lui. Croire, n'est pas un problème philosophique ou métaphysique, mais c'est une affaire profondément existentielle. Et croire c'est faire l'expérience de la relation avec Dieu, c'est dans cette confiance que l'on peut accueillir cette bonne nouvelle : c'est lui qui se soucie de nous ! Concrètement, cela peut se passer dans la prière dans un face à face avec Dieu, mais aussi en reconnaissant que nous avons besoin des autres, le souci de Dieu pour nous passe aussi par les humains. Se confier n'est pas une forme de faiblesse, mais au contraire reconnaitre notre besoin d'être en relation. Il y a des lieux et des personnes, (le confessionnal, le psychiatre...), et parfois une rencontre éphémère, un inconnu à qui l'on se confie, une écoute qui nous soulage.

2. A chaque jour suffit sa peine : Cette bonne nouvelle est-elle bien évangélique ? N'est-ce pas un appel à l'insouciance ou plutôt à la désinvolture ? A la déresponsabilisation ? (pourquoi faire aujourd'hui, ce qu'un autre peut faire demain ?). Certainement pas, et s'arrêter à cette lecture ne permet aucunement de sentir toute l'ampleur du message. Il serait erroné de penser que nous aurons automatiquement tout ce dont nous avons besoin, grâce à Dieu ? D'ailleurs, il ne est pas dit ne faites rien, ne vous fatiguez surtout pas pour trouver à manger ou pour vous vêtir, mais « ne vous inquiétez pas ». Cette erreur risque de se réaliser lorsque nous lisons ce discours de Jésus comme une analogie dans laquelle nous nous identifions aux protagonistes de l'histoire. Comme si nous nous comparions à eux, et nous n'aurions rien d'autre à faire que picorer la vie comme les oiseaux du ciel ou nous laisser nonchalamment dorer par le soleil comme les lys des champs. Or c'est là, à mon avis un complet contresens. Jésus nous dit en réalité : quand l'oiseau fait son métier d'oiseau, il vit très bien. Quand le lys fait son métier de lys, il vit très bien. Alors vous les humains faites votre part d'humanité, et vous vivrez bien également. Cela ne signifie aucunement : ne faites rien, ou faites en le moins possible, n'alourdissez pas la peine, mais cela signifie que nous ne pouvons tout faire, et tout supporter. Remettons nos fardeaux à Dieu. Il connaît nos limites. Et, si les oiseaux sont les oiseaux ; les lys, les lys, et les humains des humains, cela nous rappelle également que nous sommes donc pas pour Dieu. Nous ne sommes pas tout puissants, nous sommes même parfois si démunis que nous sommes invités à tout déposer devant Dieu, avec reconnaissance. (Dans les 2 sens du terme) : reconnaître en lui l'Autre, et dans la gratitude. Il ne s'agit donc pas de ne rien faire, mais de s'orienter autrement.

3. Dans l'Evangile nous ne sommes jamais soumis à une obligation de résultat, on peut se tromper. Il ne s'agit donc pas de travailler plus, ni même de travailler moins, mais d'œuvrer de manière juste, c'est cela que signifie « cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice ».Et là pour sûr, il y a du boulot ! Pour en sentir l'exigence, mais aussi la saveur il faut nous rappeler dans quel contexte intervient ce discours de Jésus. Nous sommes au cœur du sermon sur la montagne, ce sermon, où Jésus donne nombre de lois, de commandements, qui semblent si difficile, voir impossible à réaliser. Cette exigence extrême, ne doit pas être un poids pour nous. Cet appel à la remise de nos soucis, est là pour nous rappeler notre condition humaine, notre incapacité à obéir à la loi, elle n'est pas là pour nous terrasser, c'est avec Dieu que nous pourrons tendre vers ce qui peut devenir le Royaume de Dieu, nous sommes inviter à bâtir ce monde que Dieu désir, pas pour plus tard mais dès aujourd'hui, et le préalable à cette quête, c'est se savoir vulnérable, se savoir limité, et donc pouvoir compter sur Dieu dans notre quête.

4. Pourtant ce passage n'est en rien un code de lois, mais bien un écrit de sagesse, le style : proverbes, adages...., « Il y a un temps pour tout », « rien de nouveau sous le soleil ». La référence à Salomon est en ce sens est tout à fait explicite :il est le sage par excellence, lui qui a demandé la sagesse et non la richesse, et Dieu lui a accordé les deux. Ainsi la loi est ici tissée avec la sagesse. Un écrit où se mêlent la sagesse et la loi cela nous renvoie au récit de création de la genèse, 1, (croissez et multipliez, 10 paroles) Dieu a le souci de sa création, les oiseaux et le lys, mais son regard ne s'arrête pas sur eux, il s'étend à l'humanité. Comme pour nous dire que la venue du Christ signifie la création d'une nouvelle identité pour l''être humain. Désormais, il n'est plus caractérisé n par ce qu'il fait mais par ce vers quoi il tend. Sur quoi se fonde mon identité ? Non dans l'avoir, ni dans le passé, mais bien dans l'être, dans la quête de l'avenir, Ce qui caractérise l'humain c'est ce à quoi il aspire.

5. J'ai commencé en énonçant que Jésus se présentait comme un sage, mais, « à chaque jour suffit sa peine », est-ce vraiment un conseil de sage ? Si le fond du discours part en effet de constat tout à fait sage, il énonce une exigence somme toute assez imprudente : abandonner le souci du lendemain, qui d'entre vous le conseillerai à son ami ? C'est que, Jésus ne nous propose aucunement un programme de conformité au raisonnable, mais il nous invite à la folie de la foi. C'est dans cette folie que l'on trouve la joie et le bonheur. « Heureux », c'est par une série de béatitudes que Jésus inaugure le sermon sur la montagne. Ici il nous invite également au bonheur : Si à chaque jour suffit sa peine, c'est aussi une invitation à discerner et bénéficier des joies du jour.

« Heureux ceux qui remettent leur peine à Dieu ».

Amen.

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 Matthieu 6:24-34

24Nul ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.

25C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? 26Regardez les oiseaux du ciel : Ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? 27Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? 28Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Observez comment croissent les lis des champs : Ils ne travaillent, ni ne filent ; 29cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. 30Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs qui existe aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne vous (vêtira-t-il) pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? 31Ne vous inquiétez donc pas, en disant : Que mangerons-nous ? Ou : Que boirons-nous ? Ou : De quoi serons-nous vêtus ? 32Car cela, ce sont les païens qui le recherchent. Or votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 33Cherchez premièrement son royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus. 34Ne vous inquiétez donc pas du lendemain car le lendemain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

Matt.6:24-34

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