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Tendre l'autre joue ?

Prédication prononcée le 25 septembre 2011, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

La prédication du Christ n'est pas toujours très claire, ici elle l'est, il donne un commandement tout à fait compréhensible. Le problème, c'est qu'il est à peu près inapplicable, ou tout au moins semble-t-il faux à la majorité de nos contemporains. Et d'ailleurs, serait-il bon de toujours l'appliquer ? Ce n'est pas évident.

Ce commandement se présente donc comme une énigme, comment l'aborder ?

Il y a plusieurs manières de le faire.

La première, malheureusement, c'est de penser qu'en effet, ce commandement est absurde, donc que Jésus est un doux idéaliste et que son discours ne mérite pas vraiment d'intérêt. C'est ainsi qu'un certain nombre de gens sont rebutés par des passages de ce genre dans l'Evangile et s'en écartent en pensant que ce message n'est ni réaliste, ni applicable. Cela est dommage. Ce n'est pas parce qu'on ne comprend pas quelque chose que ce quelque chose est mauvais. Ce serait comme quelqu'un à qui l'on offrirait le meilleur violon du monde, mais ne sachant pas en jouer il n'en tirerait que des miaulements affreux, et jetterait le violon en concluant qu'on ne peut rien en tirer de bon. Il ne faut pas sous estimer le texte et chercher ce qu'il peut avoir de positif.

Une autre attitude par rapport à ce texte, tout aussi radicale et, je crois, fausse, serait de dire que c'est bien la vérité, et que, donc, le Christ défend une forme de « non-violence ». Cela en soi serait possible, la non-violence n'est pas absurde, Ghandi en a montré même la grandeur et l'efficacité. Mais je ne crois pas que le Christ prêche la non-violence comme un absolu. Il a même montré qu'il pouvait, dans certaines situations, avoir recours à la violence physique, comme dans l'épisode des marchands du Temple dans Jean où il a chassé les vendeurs avec des fouets, et parfois sa prédication a valorisé la violence possible comme quand il dit : « ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre, je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. ». Le Christ ne prêche ni la violence, ni la non-violence, il prêche l'amour, et l'attitude à adopter pour optimiser l'amour dépendra de la situation. Peut être que dans certaines circonstances, la non-violence peut être mauvaise, si en effet par ma passivité j'encourage l'agresseur à continuer sa violence, j'en serai complice d'une certaine manière.

Alors certains commentateurs essayent de trouver que la parole du Christ, si elle n'est pas un absolu peut contenir une certaine part de vérité.

C'est ainsi que dans certaines circonstances, dire à l'agresseur qui menace et qui s'attend à une réaction : «allez, vas-y, frappe moi... et alors ça t'avancera à quoi ? » peut désarmer la violence... Mais pas toujours.

D'autres commentateurs ont pensé astucieusement que ce pouvait vouloir dire qu'il faut lorsque l'on on a été victime d'une violence se tourner vis-à-vis de l'agresseur sous un autre visage, d'une autre manière. Peut être en effet que nous sommes parfois responsables de la violence qui nous est faite, parce que nous l'avons incitée par notre attitude, nous pouvons toujours nous demander pourquoi l'autre s'est trouvé amené à nous agresser, nous remettre en cause nous-mêmes, et essayer de se présenter autrement à lui, de modifier notre mode de relation pour retrouver une communication qui était perdue.

L'idée est belle, et parfois juste, mais elle est extrêmement dangereuse, parce qu'elle risque de laisser penser que la est coupable du mal qu'elle subit. Or il ne faut pas inverser les rôles, et les victimes de viol, par exemple ont justement trop souvent tendance à se croire, elles, coupables, il ne faudrait pas que l'Evangile prenne ce parti dangereux et culpabilisateur.

Si l'on ne peut penser que ce commandement est en soi totalement vrai et applicable, il reste à penser qu'il peut être de l'ordre d'une prédication provocatrice.

D'abord parce que Jésus s'adressait dans le Sermon sur la Montagne à des juifs qui pensaient que la religion, le rapport à Dieu devait s'accomplir par l'obéissance à des commandements moraux. Jésus, pris à parti, leur dirait d'une certaine manière : « vous voulez savoir ce qu'il faut faire pour plaire à Dieu ? Vous voulez des commandements ? Et bien en voici... » et il leur donne des commandements inapplicables ou trop élevés pour être réalistes, afin qu'ils comprennent que la juste relation à Dieu doit se trouver dans une autre logique que celle de l'obéissance morale. Peut être précisément que l'essentiel est que je sache que je suis pécheur, que je sois dans l'humilité de me savoir imparfait, et ainsi demander pardon à Dieu et à mes frères, en ne me prenant jamais ni pour un saint, ni pour quelqu'un de supérieur à qui que ce soit.

Ce peut être aussi une provocation pour inviter à rentrer dans une démarche de réflexion. Certes, ce que dit Jésus n'est pas à appliquer, mais quand je suis confronté à ce genre de propos, cela me fait réfléchir. Je me dis alors : « ce n'est pas ce qu'il faut faire dans tous les cas, mais en fait, comment devrais-je réagir ? Et quand cela pourrait-il être positif de faire ainsi ? Et quelle est ma réaction par rapport à la violence ? Y aurait-il d'autres manières de réagir ? » Toutes ces questions sont des bonnes questions. Parce que justement, je ne suis pas soumis à une loi, mais à des situations diverses et toutes différentes, parce qu'il n'y a jamais de réponse simple aux problèmes compliqués, ni de façon unique de faire dans tous les cas. Ce qu'il faut, c'est réfléchir, être responsable de ses actions, agir avec intelligence.

C'est d'ailleurs le point de cohérence avec le passage de la fin de l'Evangile de Jean quand, précisément, Jésus reçoit une gifle d'un garde. Il ne tend pas l'autre joue, il lui dit : «si j'ai mal agi, dit ce que j'ai fait de mal, sinon pourquoi me frappes tu ? ». L'attitude elle-même peut donc être un questionnement, pour surprendre l'autre, le contraindre à réfléchir sur sa propre manière d'agir.

Le but, dans tous les cas, c'est de faire baisser la violence, si en tendant l'autre joue l'autre en profite, j'ai eu tort, fait progresser la violence et je n'aurais fait que l'encourager. Il faut trouver comment faire progresser les choses, et il est vrai que c'est rarement en me vengeant sauvagement que je ferai progresser la situation.

Cela dit, la non-violence n'est pas forcément toujours l'attitude à adopter. Parfois, pour faire comprendre à l'autre qu'il se trompe, il faudra faire appel à la force, ou il faudra demander l'aide de la police, ou lui faire comprendre son injustice par une attaque en justice. Mais l'essentiel, c'est de ne jamais le faire mu par la haine, ou par un désir de vengeance, juste très objectivement pour lutter contre le mal, faire prendre conscience à l'autre du mal qu'il fait, et ne pas s'en faire complice.

On peut penser ensuite que le Christ, dans ses propos, fait preuve d'un idéalisme positif. Certes, ce qu'il dit n'est pas absolument applicable, certes, c'est une question, pourtant ce n'est pas totalement absurde, il y à la dedans quelque chose de vrai, même si c'est pas à appliquer bêtement, c'est l'image d'une attitude révolutionnaire par rapport à la violence que l'on subit parfois.

Peut-être que ce qu'il veut dire, c'est qu'il faut parfois briser le cercle vicieux de la violence réciproque, et qu'aimer l'autre peut précisément briser cette escalade violente. Dire à l'autre : « tu me frappes, pourtant tu es mon frère et je t'aime » peut en effet désamorcer la violence. J'en ai vu une fois une illustration lors de la préparation d'un repas de paroisse, tous les acteurs étaient un peu énervés. Une paroissienne contrariée prend à parti un paroissien en récriminant contre lui. Celui ci l'écoute, puis au lieu de se justifier lui dit avec un grand sourire : « Laurette, je t'adore », et lui fait une grosse bise ! La paroissienne en question était un peu interloquée, mais la tension était tombée.

Ce qui peut être bon, c'est de se tourner autrement, de renverser la situation : « tu me frappes... tu me forces à rentrer dans un type de relation de conflit, et bien moi je retourne dans l'autre sens, tu n'es pas mon ennemi, mais mon frère et je t'aime. ». Cela consiste à voir l'autre non pas comme un ennemi, mais comme un frère dont je suis responsable.

L'essentiel est de ne pas réagir par rapport à soi, mais par rapport à l'autre. Le vrai problème, ce n'est pas la violence que je subis, mais pourquoi l'autre est-il violent ? Réagir par rapport à soi, c'est égoïste et dangereux. L'Evangile incite à voir les choses plus globalement, et en priorité par rapport à l'autre. La question que je dois me poser, c'est donc : comment puis-je faire avancer la situation, lui faire comprendre quelque chose ?

Pour cela il faut être avant tout un questionnement, peut-être une provocation pour faire réfléchir l'autre, ou un appel à une tierce personne qui par son objectivité pourra faire prendre conscience du mal à celui qui fait mal. Mais l'idéal serait de faire comprendre que le plus important, c'est la relation humaine.

L'absolu est difficile, pourtant, dans l'idéal, j'aimerais pouvoir agir toujours dans cet état d'esprit. L'idéal, ce serait de pouvoir toujours agir sans violence, d'aimer, même l'agresseur au point de pouvoir toujours l'accueillir et l'écouter. L'idéal, ce serait, si je surprends quelqu'un en train de me voler, pouvoir lui dire : Mais mon ami, que te manque-t-il ? Je vais te le donner. Cela pourrait peut être plus le convertir qu'autre chose, comme l'abbé dans la Misérables à qui l'on confronte Jean Valjean qui est parti en lui volant ses couverts en argent. Il dit aux gendarmes, « ces couverts, il ne me les a pas volés, c'est moi qui les lui ai donnés, et d'ailleurs il a oublié ces chandeliers d'argent que je lui destinais aussi ». C'est là la base de sa conversion.

L'idée générale de l'Evangile, c'est d'essayer tant que possible de répondre au mal par le bien. L'épître aux Romains dit que ce sera comme d'amasser des charbons ardents sur la tête de l'agresseur, cela ne doit pas être entendu comme une manière de mieux l'agacer, mais de mettre sur sa tête une révélation du Dieu d'amour et de libération comme l'était celui qui est apparu à Moïse dans le buisson ardent.

Dans tous les cas, le but, ce n'est pas de se venger, mais de montrer qu'il existe une autre manière d'agir, mettre sur sa tête une lumière, une chaleur qui le fera avancer, lui révélera quelque chose

Il faut rompre la logique de la violence qui est de répondre à la violence par plus de violence. Un jour ou l'autre, rompre cette logique, il faut bien que quelqu'un le fasse passer dans une autre logique.

Donc Evangile n'est pas à appliquer bêtement, il est à la fois un idéal et un questionnement. C'est responsabilisant, et certes un peu angoissant, parce que finalement, il n'y a pas de recette, et il est bien difficile de savoir que faire. Mais l'important, c'est d'avoir la direction globale, de savoir vers où aller, et de toujours réfléchir, de se remettre en cause pour optimiser son comportement.

Et cela doit être vécu avec un corollaire essentiel, c'est que nous, nous avons un Dieu qui ne se venge pas, qui ne nous punit pas quand nous agissons mal, un Dieu qui toujours tourne vers nous une joue neuve pour qu'on l'embrasse même si on l'a offensé. Nous avons un Dieu qui toujours nous aime, nous pardonne, nous reçoit, ne nous juge pas... et simplement nous invite à nous remplir de son amour et de sa générosité pour agir dans ce monde tant que nous pourrons au mieux que nous pourrons, sans crainte, sans angoisse, librement et joyeusement.

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Matthieu 5:39-48

Moi, je vous dis de ne pas résister au méchant.

Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre.

Si quelqu'un veut te traîner en justice, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.

Si quelqu'un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.

Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochainet tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux...

Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Jean 18:19-23

Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : J'ai parlé ouvertement au monde ; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assemblent, et je n'ai parlé de rien en secret. Pourquoi m'interroges-tu ? Demande à ceux qui m'ont entendu de quoi je leur ai parlé ; voici qu'ils savent, eux, ce que moi j'ai dit.

A ces mots, un des gardes qui se trouvaient là donna une gifle à Jésus, en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ?

Jésus lui répondit : Si j'ai mal parlé, prouve ce qu'il y a de mal ; et si j'ai b

Romains 12:17-23

Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère, car il est écrit : A moi la vengeance, c'est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur.

Mais Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; S'il a soif, donne-lui à boire ; Car en agissant ainsi, Ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête.

Ne sois pas vaincu par le mal, mais vainqueur du mal par le bien.

Matt. 5:39-48, Jean 18:19-23, Rom. 12:17-23

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