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Le millénium

Prédication prononcée le 3 avril 2011 , au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Le millenium est une notion théologique issue d'Apocalypse 20 disant que le Christ doit venir régner 1000 ans avec les justes avant quelque chose comme le jugement dernier. Un certain nombre d'églises sont dites « millénaristes » parce qu'elle prêchent l'attente du retour du Christ qui devrait précéder ce millenium. C'est ainsi qu'on trouve un certain nombre de cantiques chrétiens disant de Jésus « il reviendra marcher sur nos chemins... » et certain film célèbre s'en est moqué en montrant un jeune curé dynamique chantant avec sa guitare : « Jésus, Jésus revient parmi les siens... »

On peut avoir un certain recul par rapport à cette prédication centrée sur le retour du Christ, et pour plusieurs raisons.

D'abord, cela risque d'être démobilisant. Si Jésus doit revenir bientôt pour accomplir toute chose, alors il n'est pas nécessaire que nous nous engagions à travailler pour rendre le monde meilleur, attendons et Jésus fera tout ça très bien.

Certes, on pourrait dire que le sens de la vie du Chrétien serait de se préparer au retour du Christ. Mais alors cela ferait deux mille ans que des chrétiens se préparent pour rien puisqu'il n'est toujours pas revenu.

Et puis, si l'on croit que tout texte de la Bible nous concerne et parle de chacun de nous aujourd'hui et maintenant, il n'est pas pensable que les textes parlant de la fin du monde, ou du retour du Christ ne puissent concerner qu'une seule génération sur des milliers qui se succèdent.

Il faut donc penser que ces textes parlent pour nous, et donc que le Christ ne reviendra pas à une date unique de l'histoire en un lieu donné, mais que depuis 2000 ans, il revient sans cesse, et pour chaque croyant, dans la vie de chacun, dans nos esprits, dans nos cœurs, dans notre foi. Il ne suffit pas, en effet, que le Christ soit né dans le monde il y a 2000 ans, il faut encore qu'il se rende présent dans le cœur du fidèle. C'est en ce sens qu'il doit venir, et être dans la vie de chaque croyant qui veut bien l'accueillir en lui.

Cela semble d'ailleurs aller dans le sens de ce que l'on peut entendre dans l'apocalypse synoptique de Matthieu 24:23ss : Si quelqu'un vous dit alors: Le Christ est ici, ou: Il est là, ne le croyez pas... Si donc on vous dit: Voici, il est dans le désert, n'y allez pas; voici, il est dans les chambres, ne le croyez pas. Car, comme l'éclair part de l'orient et se montre jusqu'en occident, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme. Il ne faut donc pas attendre le Christ dans un lieu particulier, mais « comme une grande lumière » partout à la fois. Or la lumière dans la Bible, il ne faut pas l'entendre au sens concret, c'est celle dont il est dit : « l'Eternel est ma lumière » (Ps. 27), ou comme Jésus dit lui-même : « je suis la lumière du monde » (Jean 8 :12). Le Christ revient donc comme une réalité spirituelle.

Et d'ailleurs, le mot même par lequel on désigne en théologie le retour du Christ : la «parousie », vient du grec parousia qui ne signifie ni « avènement », ni « apparition », ni « retour », mais simplement le fait d'être présent à côté, juste là. Or on peut croire que le Christ est présent, et accompagne la vie de chaque croyant, selon cette promesse de la fin de l'Evangile de Matthieu : « Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». Le Christ est présent dans sa parole, dans son Evangile, par son esprit qui nous conduit.

Ainsi, le Christ revient-il sans cesse, et sans cesse se tient à notre porte et frappe afin que nous le reconnaissions et que nous lui ouvrions notre porte (Apoc 3:20). Le retour du Christ n'est pas à attendre, mais à préparer en nous. L'apocalypse, le retour du Christ, c'est aujourd'hui et maintenant pour chacun de nous... si nous le voulons bien.

Reste à savoir ce que l'Apocalypse a pu vouloir dire avec ce règne de 1000 ans.

Au début du Christianisme, on a lu cela très littéralement en pensant que le Christ reviendrait incessamment, qu'il vaincrait l'antéchrist, et qu'alors il y aurait une résurrection de la chair suivie d'un règne de mille ans avec les justes jusqu'au jugement dernier. Saint Augustin semble avoir été l'un des premiers à dire que cette lecture littérale posait des problèmes justement par le fait que le Christ tardait à revenir, et il propose d'en faire une lecture plus spirituelle en disant que ce millenium, il commence à la naissance du Christ où son règne débute et où il donne la résurrection et la vie éternelle aux croyants, mais qu'après mille ans, on arriverait à des grandes catastrophes. Le passage de l'an 1000 a évidemment battu en brèche ce beau programme.

Restent alors les « post milénaristes » qui disent que ce règne de mille ans est en fait passé, en particulier certains disent qu'il a représenté l'âge d'or du Christianisme, commençant avec l'édit de Milan (qui se prononce comme « mille ans ») en 313 et qu'il se termine en 1313 avec la fin de l'ordre des Templiers. Nous serions alors dans la phase finale où le diable est libéré et il y aurait de plus en plus de problèmes et de catastrophes jusqu'à la fin effective du monde. Et, les plus courants dans nos milieux évangéliques, les « prémilénaristes » qui disent que le millenium commencera avec le retour du Christ suite à une grande bataille contre le mal : l'Harmaguedon où Christ sera vainqueur, ensuite il y aura une sorte de paradis sur Terre avec les justes avant le jugement dernier.

Pour les raisons exposées ci dessus, on peut ne vouloir entrer dans aucune de ces théories. Or si l'on croit qu'il faut interpréter le retour du Christ comme un événement spirituel auquel chaque croyant est invité, alors on peut essayer de voir ce que peut signifier ce texte de l'Apocalypse et le règne de 1000 ans en particulier.

Le message de l'Apocalypse est en fait particulièrement fort et important. D'abord pour savoir qui est concerné par ce règne avec le Christ. Il n'est pas dit que ce sera réservé aux purs, aux parfaits, ou à ceux qui sont totalement saints, mais simplement à ceux qui ne se sont pas laissés marquer par le signe du mal, donc à ceux qui n'ont pas voulu mettre leur vie au service de la haine, de la violence, de l'égoïsme ou du profit matériel, mais à ceux qui simplement, donc, on accepté de se laisser marquer du signe de leur Dieu. Sont concernés tous ceux qui veulent bien se dire appartenir au Dieu de l'Evangile, qu'ils soient parfaits ou non. Il faut choisir son camp, et savoir à qui l'on veut appartenir. C'est ce qu'on appelle autrement le salut par la foi. La foi ce n'est pas essentiellement le sentiment de la présence de Dieu, mais l'adhésion, la conviction, le fait de vouloir croire à l'amour, la paix, la grâce, le service et le pardon. Après, concrètement, chacun fait ce qu'il peut, mais l'important, c'est ce en quoi l'on croit.

Ensuite, l'Apocalypse dit ce ceux-là, qu'ils ressusciteront, et qu'ils ne mourront pas. Là encore c'est tout à fait compréhensible si l'on se place dans le cadre de la théologie de Jean ou de Paul, et non pas dans ce que l'on enseigne trop souvent aux enfants dans les catéchismes. Pour ces deux grands apôtres, la résurrection n'est pas quelque chose qui interviendrait après la mort, mais c'est le fait d'accéder à une vie nouvelle, de notre vivant sur Terre. C'est ainsi que Paul dit non pas « vous ressusciterez », mais « si donc, vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d'en haut ». Et de même Jean ne parle pas de la « vie éternelle » comme une réalité future, mais comme quelque chose que nous pouvons avoir déjà : Jean 5 :24 « celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie»

Ressusciter, c'est « naitre de nouveau » à une dimension spirituelle, comme le dit Jésus à Nicodème (Jean 3), notre vie physique peut alors s'adjoindre une dimension spirituelle qui, elle, est au delà du matériel et qui donc transcende la mort. C'est cela la vie éternelle, une dimension de notre vie que la mort n'atteint pas : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jean11 :25). Il y a en effet deux morts, la première qui est la plus grave et qui est la mort spirituelle (comme le père du fils prodigue dit : « mon fils était mort, il est revenu à la vie» et la « seconde mort » donc parle l'Apocalypse qui est la mort physique et qui ne peut toucher la dimension spirituelle de notre existence.

Et une fois encore, comme le dit l'Evangile de Jean, ceux qui sont concernés par cela, ce ne sont pas ceux qui auraient parvenu à être parfaits, mais ceux qui auront cru à la parole du Christ, ceux qui y auront adhéré de tout leur cœur. C'est par cette adhésion que le Christ peut venir être un ferment de vie.

L'Apocalypse dit enfin que le Christ règnera avec les justes. Cela aussi est une nouvelle assez extraordinaire. Il n'est pas dit, en effet, qu'il règnera « sur » les justes, mais qu'il règnera « avec » les justes. Il n'est donc pas question de rapport de soumission, comme si lui devait être tout, et nous de misérables vermisseaux. Mais il nous donne la dignité de régner avec lui. La vraie religion, ce n'est pas la soumission, mais la communion, la coopération avec Dieu. Par grâce, il nous donne de pouvoir être ses vis-à-vis. On trouve cela déjà dans l'Ancien Testament avec le concept d'alliance. Dieu fait sans cesse alliance avec son peuple. Or une alliance, c'est n'est pas quelque chose que l'on fait avec un inférieur, mais avec un égal

Et puis cela veut dire aussi qu'une grande responsabilité nous est donnée. Si nous régnons « avec » Dieu, c'est que nous sommes co-responsables du monde avec lui. Nous ne pouvons tout reporter sur lui, mais nous aussi sommes responsables de ce qui se passe. Ce que donc nous aimerions que Dieu fasse dans le monde, nous devons le faire avec lui.

Quant à la durée de 1000 ans, il y peut y avoir deux hypothèses pour la comprendre.

Soit 1000, c'est 10 fois 10 fois 10. Or 10, c'est le nombre des commandements. Cette situation d'adhésion et de relation de communion et de synergie avec Dieu serait alors l'accomplissement de toute la loi. Le but de la religion ne serait alors non pas de faire ceci ou de ne pas faire cela, mais d'accueillir le Christ dans son cœur pour qu'il revienne en nous.

Soit 1000, c'est un multiple de 1, or l'UN, c'est Dieu : « Ecoute Israel : l'Eternel est UN ». L'un, c'est l'unité parfaite, et c'est là le but ultime de la vie de l'homme : être un avec Dieu, être uni à lui et être un avec ses frères. C'est encore dans Jean que nous trouvons cela exprimé, dans la prière « sacerdotale » où Jésus prie pour ses disciples : « Ce n'est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un, - moi en eux, et toi en moi, -afin qu'ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » (Jean 17:20-23).

Cette unité, c'est aussi le commandement d'amour qui est fondamental : aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même. Il n'y aucun commandement plus grand que ces deux là. Et comme de toute façon, pour Dieu, « mille ans sont comme un jour », cette durée de mille ans, c'est ce que nous sommes invités à vivre tous les jours de notre vie.

Et puis il y a une mise en garde tout de même : à la fin il est dit que Satan est relâché pour un peu de temps. Peut être est-il bon de dire que certes Dieu nous accueille et nous donne infiniment par grâce, mais il faut tout de même toujours être vigilants, le mal règne sans cesse, et nous risquons de chuter. Il est bon donc que nous disions comme dans le Notre Père : « ne nous laisse pas entrer dans la tentation ». Mais nous avons confiance parce que le Christ a vaincu la bête, et si nous restons unis à lui, nous sommes toujours plus que vainqueurs par celui qui nous a aimé.

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 Apocalypse 20:1-10

Puis je vis descendre du ciel un ange qui tenait la clef de l'abîme et une grande chaîne à la main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. Il le jeta dans l'abîme, qu'il ferma et scella au-dessus de lui, afin qu'il ne séduise plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis. Après cela, il faut qu'il soit délié pour un peu de temps.

Je vis des trônes. A ceux qui s'y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et (je vis) les âmes de ceux qui étaient morts sous la hache à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu, et de ceux qui ne s'étaient pas prosternés devant la bête ni devant son image et qui n'avaient pas reçu la marque sur le front ni sur la main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ, pendant mille ans. Les autres morts ne revinrent pas à la vie jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis. C'est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La seconde mort n'a pas de pouvoir sur eux, mais ils seront sacrificateurs de Dieu et du Christ, et ils règneront avec lui pendant les mille ans.

Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison, et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre. Leur nombre est comme le sable de la mer

Ils montèrent à la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora

Le diable qui les séduisait fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles.

Apoc. 20:1-10

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