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L'espérance

Prédication prononcée le 15 mai 2011, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

Des trois vertus théologales : la foi, l'espérance et l'amour, l'espérance est la moins bien comprise. L'amour, on sait ce que cela peut signifier, sur la foi, on a aussi des idées, mais pour beaucoup, l'espérance est une notion assez floue. Elle peut même avoir une tonalité négative, comme si l'on disait au croyant : « espère toujours », c'est-à-dire : « compte là dessus et tais toi ». L'espérance, concerne normalement une chose que l'on n'a pas et elle fait penser qu'on l'aura un jour.

Cela peut avoir affaire avec le salut : on est dans un monde de souffrance, mais on pense que dans l'autre monde, on aura une sorte de récompense. L'espérance concernerait alors le « Royaume de Dieu », compris là comme désignant l'autre monde, ce qui sera après notre mort. On peut interpréter ainsi les Béatitudes : Heureux ceux qui pleurent ils seront consolés, voudrait dire que ceux qui pleurent aujourd'hui, Dieu leur donnera une consolation dans l'autre monde, et que ceux qui sont pauvres aujourd'hui, Dieu compensera et les rendra riches dans le Paradis.

Ce peut être une façon de comprendre les propos de Paul dans l'épître aux Romains disant que l'espérance concerne ce qu'on ne voit pas. Le futur, en effet, on ne peut le voir.

Mais on peut ne pas apprécier ce type de théologie qui laisse penser que Dieu ne nous apporterait des bienfaits que pour l'autre monde. Le pari de Pascal est une démarche infiniment discutable et qui ,d'ailleurs, n'a jamais converti personne. Or les promesses de Dieu sont valables pour dès ici-bas, pour cette vie-ci. Il est certain que chacun fait un peu son paradis ou son enfer sur Terre. Celui qui sait vivre de l'amour et de la grâce trouve un certain bonheur, une paix, une harmonie, et inversement, celui qui ne vit que de la haine, du ressentiment, de la jalousie, se crée sur Terre un véritable enfer fait son propre malheur. C'est ainsi, sans doute, qu'il faut comprendre les mises en garde si fréquentes, en particulier dans l'Evangile de Matthieu. Ce n'est pas que Dieu veuille récompenser les justes, ou punir du « feu qui ne s'éteint point » ceux qui font le mal, Dieu n'est pas plus un distributeur de récompenses qu'un père fouettard punissant les mauvais élèves. Mais ces mises en gardes sont pour dire qu'il y a des conséquences dans notre vie. Certes, nous sommes sous la grâce, et nous pouvons être sauvés, mais pourtant tout n'est pas équivalent dans notre façon de vivre, certaines attitudes nous mènent à la vie, et d'autres à l'auto destruction et à la souffrance.

Les promesses du Christ sont d'ailleurs souvent explicitement pour ce monde ci : il dit par exemple après avoir donné un modèle de service avec le Lavement des Pieds : si vous savez cela, vous êtes heureux... dès aujourd'hui, pas plus tard.

Si l'on veut interpréter autrement cette idée d'espérance que comme renvoyant après notre mort, on peut le faire, en particulier à partir de ce que dit Paul que l'espérance concerne ce que l'on ne voit pas. Et l'on peut penser que ces choses que l'on ne voit pas ce sont les réalités invisibles, c'est-à-dire celles qui sont spirituelles. Et c'est là la base de la foi : le monde ne se réduit pas au visible, au matériel, mais il y a un essentiel qui est invisible pour les yeux. Ainsi Paul dira en 2 Corinthiens 4:16 : nous regardons non pas aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles, car les choses visibles sont pour un temps, et les invisibles sont éternelles. L'amour, la paix, la fraternité, le don, le pardon, la grâce, sont des valeurs non matérielles, on ne peut pas les peser, les compter, les épingler, mais ce sont des valeurs essentielles.

L'espérance ce serait alors cela : prendre ces choses invisibles en considération, et compter dessus. Ainsi, dans l'Ancien Testament, le mot « espérance » : « elpiV » (elpis) en grec, traduit ordinairement le mot hébreu « BaTaH » qui signifie : « avoir confiance », « mettre sa confiance dans ». Dans les Psaumes où cette notion est si fréquente, les traducteurs mettront indifféremment : « espère en l'Eternel» ou « mets ta confiance en l'Eternel». L'espérance, serait donc, d'un point de vue biblique, mettre sa confiance dans ces valeurs spirituelles, et compter dessus pour donner sens à notre vie, pour donner le bonheur, de la paix et de la joie.

Et c'est bien en espérance que nous somme sauvés, parce que nous sommes sauvés précisément dans la partie invisible de notre vie, dans tout ce qui dépasse le corporel, le matériel. Le corporel, c'est du provisoire, il se dégrade petit-à-petit, et finit par la mort, le matériel, on le laissera aussi sur Terre. Ne reste que l'invisible, le spirituel qui, lui, est tellement au delà du matériel qu'il est au delà de tout, la mort n'a pas de prise sur lui, et il est au delà du temps.

Cette solution est séduisante, mais elle évacue sans doute un peu un sens de l'espérance qui comprend l'idée d'une attente comme on le voit en Romains 8, et comme le démontre la première occurrence du mot «elpiV» dans l'Ancien Testament : Tu n'opprimeras point le mercenaire, pauvre et indigent... Tu lui donneras le salaire de sa journée avant le coucher du soleil; car il est pauvre, et en lui il met son espérance. Deut 24:14,15. Il semble donc qu'il y ait tout de même l'idée de quelque chose que l'on n'a pas encore et que l'on aura plus tard.

Il faut donc réviser la proposition que nous avons faite, d'autant qu'elle était peut être trop optimiste. Elle dit que l'on peut trouver le bonheur en suivant l'Evangile, que l'on peut trouver la paix et l'harmonie en s'attachant à ces valeurs spirituelles. Mais est-ce vraiment possible ? Pouvons nous y parvenir parfaitement ? Certainement pas totalement. Nous voudrions bien, mais nous n'y parvenons pas en perfection. Le Royaume de Dieu ne peut pas être vraiment accompli sur la Terre, ni aujourd'hui, ni certainement jamais.

Pourtant ce que nous avons dit n'est pas faux, c'est en partie vrai quand même, mais pas totalement... donc c'est un peu vrai : si l'on est fidèle, si l'on attache son espérance aux trésors invisibles de Dieu, certainement que l'on peut bénéficier d'un peu des grâces promises par Dieu, mais pas en plénitude, nous ne savons réaliser cela parfaitement. La deuxième partie de l'espérance peut être que toutes ces bonnes choses que nous avons un peu, nous les aurons en plénitude plus tard. Sinon, c'est désespérant. Ainsi Paul dit-il : "Si c'est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes." 1 Corinthiens 15:19. Il faut donc faire un mixte des deux solutions.

L'espérance concerne quelque chose que l'on n'a pas encore pleinement, mais sur lequel on compte. Paul dit très justement que nous avons les prémices de l'Esprit. C'est une belle image : ces réalités spirituelles, nous les avons un peu, mais pas totalement, nous en avons comme un échantillon qui nous permet de savoir qu'elles existent et on peut les désirer ardemment.

Une image de cela, c'est l'étoile du berger dans la nuit. Le berger qui est dans la nuit pourrait croire qu'il est entièrement environné d'obscurité, de noir, de désespoir. Mais s'il y a dans le ciel une étoile, il pourra savoir que la lumière existe, et il n'aura plus peur. L'espérance, c'est alors pour lui de mettre sa confiance dans cette petite lumière, et d'en faire la base de sa vie. Bien sûr, il ne sera pas entièrement dans la lumière, mais sa vision de cette lumière peut le remplir d'espérance parce qu'il pourra dire : « je suis dans l'épreuve, mais je sais que la lumière existe, et je veux croire non pas dans la ténèbre qui m'entoure, mais dans la lumière, je crois que cette lumière que j'entraperçoit fugitivement, c'est ça la vraie réalité, ce en quoi je veux croire, et ce vers quoi je veux me diriger ». Et puis cette lumière de l'étoile annonce aussi la venue du jour, le moment où cette lumière viendra en plénitude illuminer toute chose.

Là intervient la foi : l'espérance c'est la vision des réalités spirituelles, de la joie de Dieu, mais cette vision est fugace et fragile. La foi, c'est la décision d'en faire la base, de sa vie. On trouve d'ailleurs là l'un des mots de cette belle définition de la foi dans l'épître aux Hébreux : La foi est une ferme assurance des choses que l'on ne voit pas. Ce que l'on traduit par « ferme assurance », c'est le mot «upostasiV» (Hypostasis) qui veut dire « ce qui se trouve dessous », « le fondement », « la fondation ». La foi, c'est donc de prendre cette vision fugace comme base pour construire sa vie, pour se poser dessus, comme le fondement de ce que l'on veut croire vrai et durable. La foi est donc un acte volontaire, un acte de responsabilité, c'est un choix, et il ne faut pas se tromper de foi, afin de pouvoir dire comme Paul : « je sais en qui j'ai cru ». Il faut savoir en quoi on met sa confiance, ce que l'on croit essentiel, et éternel.

Une illustration de cela, c'est le concept de la « famille Ricoré » cher aux psychologues de la famille : image de la famille idéale, heureuse, avec des enfants beaux, bien élevés, rayonnants, dans une famille unie. Les psychologues disent que la famille Ricoré, elle n'existe pas, ou tout au moins jamais de façon durable, il peut y avoir dans une famille des moments fugaces où tout-à-coup c'est comme ça, mais cela ne dure pas. Mais moi, je veux croire en cela, dans ces moments. C'est ça que je veux regarder, de cela que je veux me nourrir, ce sont ces moments qui donnent sens à mon projet familial, et là dessus que je veux me construire. Ces moments de grâce sont essentiels, ce sont les points d'accrochage de la vie pour qu'elle ait un sens. Ils montrent que le bonheur existe, que la paix, la joie, l'harmonie existent, que ce ne sont pas des inventions, et je veux croire que c'est ça qui est vrai, c'est le reste qui est des mensonges passagers.

C'est la même chose pour la vie : il y a plein de moments pénibles, douloureux qui ne donnent pas envie de vivre, mais il y a aussi quelques belles choses dans la vie, des beaux moments, des gouttes de bonheur, et on peut construire là dessus. C'est comme de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Le voir à moitié plein, c'est savoir que le bon vin existe, qu'on peut en trouver, et qu'on peut compter dessus. Le reste, ce ne sont que les scories de l'existence. Il ne faut pas s'en préoccuper plus qu'il n'en faut. L'Evangile dit que la paille, le mauvais grain, on les jette dans la Géhenne, c'est-à-dire dans la décharge publique, mais le bon grain, même s'il est rare, il faut le garder dans ses greniers, c'est un trésor.

C'est aussi ce que nous dit l'image du pressoir. Le pressoir est très présent dans la Bible sans qu'on s'en rendre compte parfois, comme en Gethsémané qui signifie le « pressoir à huile » (de gath = le pressoir et shemen = l'huile), ou dans le mot « Galilée » qui désigne quelque chose de rond qui roule comme une meule de pressoir. Passer sa vie au pressoir, c'est prendre tout, le bon comme le mauvais, et ensuite faire le tri. Le moins bon, on ne s'en formalise pas, on le met de côté et puis voilà, par contre, le bon jus, on le garde, on le partage et il est source de vie et de joie. C'est encore l'image dans l'Evangile de la moisson. Toujours, il y a du bon grain, et de la paille. On brûle la paille et on garde le bon grain, et c'est le bon grain qui poussera dans la bonne terre, même s'il est rare qui donnera sens à toute la démarche du semeur

Il faut alors se garder de la tentation de vouloir n'avoir que du bon dans sa vie. C'est dangereux et mauvais, parce qu'on risque alors de tout perdre, de tout gâcher. C'est ce que l'on voit dans cette autre parabole agricole qui est celle du bon grain et de l'ivraie. Il faut accepter que dans le monde, le bien et le mal soient mélangés, que l'on ne puisse avoir la joie, la paix, la foi, et l'amour en plénitude dans ce monde, il faut être patient et accepter que la salut ne puisse être vécu en plénitude aujourd'hui.

La Paradis, c'est donc un peu pour aujourd'hui, sûrement, puisqu'il y a dans ce monde la possibilité de travailler à son bonheur ou à son malheur. Mais ce n'est que partiel, et certainement que cette joie ne sera en plénitude que quand nous serons en Dieu, quand tout le reste sera jeté au feu. C'est ainsi que cette vision fugace de l'espérance des promesses divines nous ouvre vers l'attente de l'accomplissement de ces promesses en plénitude dans l'autre monde.

Alors pourquoi vivre dans de monde ? D'abord pour œuvrer dans ce monde. Nous ne sommes pas là pour profiter du monde, mais pour le transformer, pour lui apporter quelque chose. Nous sommes ouvriers de Dieu, c'est parfois difficile, mais c'est aussi une grande responsabilité et une grâce qui nous est faite, malheur à celui qui veut tirer au flanc. Rester uni à Dieu, c'est aussi vouloir travailler avec lui et pour lui dans sa vigne. C'est aussi dans ce travail que nous nous ouvrons à la joie éternelle qu'il nous promet et dont nous pouvons goûter dès aujourd'hui. Ensuite parce qu'on ne peut pas tout arracher avant l'heure, sinon on détruit tout. Il faut laisser les choses grandir jusqu'à leur maturité, ne pas manger son blé en herbe. La vie doit aller jusqu'à son terme, sans trop se poser de question. Le berger qui voit l'étoile dans la nuit doit attendre sagement que le jour vienne, il ne peut, ni précipiter les choses, ni faire comme s'il faisait déjà jour. La patience est une vertu essentielle de l'Evangile, et seule la patience peut permettre au jour d'advenir.

La foi nous dit donc l'épître aux Hébreux, c'est la démonstration des choses que l'on ne voit pas. Ce que l'on traduit par « démonstration », c'est le mot «elegcoV» (Elenchos), qui signifie le fait de montrer du doigt, de pointer. La foi, c'est de se montrer à soi-même cette petite lumière prémice d'une grande réalité et dans laquelle on croit. Pour soi et pour les autres. Et aussi pointer l'invisible pour les yeux qui est l'essentiel : pointer le spirituel. La foi, c'est exprimer l'invisible, le faire voir, l'exposer, le mettre au premier plan, le montrer. C'est de dire ce qui est pour soi l'essentiel. C'est s'attacher à cet invisible, le rendre présent dans sa vie ne pas l'oublier et le mettre en lumière.

Et ces choses invisibles, cet essentiel, ils ne nous sont pas totalement étranger, on en a les prémices dans l'espérance, de ce que l'on attend, de ce que l'on veut garder pour l'avenir, pour l'éternité. C'est ce que ce l'on veut emporter de ceux que nous avons aimé et qui sont morts, et c'est ce que nous pensons qui est tellement essentiel pour nous que nous l'emporterons au ciel avec nous.

Et c'est cette foi dans notre espérance qui nous sauve comme dit Paul :

Le fait de s'accrocher à cette vérité de vie nous tire vers la vie, Comme le naufragé qui voit une planche qui flotte et qui décide de s'y accrocher, comme l'alpiniste perdu qui saisit le crochet qui lui vient des sauveteurs en hélicoptère. C'est un point de lumière, mais qui ouvre sur un monde de lumière, et si on tourne ses yeux vers cette lumière, toute notre vie bascule dans la lumière, dans la vie et dans le salut.

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 Hébreux 11:1

Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère,

une démonstration de celles qu'on ne voit pas.

Romains 8:22ss

Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement.

Et ce n'est pas elle seulement; mais nous aussi, qui avons les prémices de l'Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l'adoption, la rédemption de notre corps.

Car c'est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l'espérance qu'on voit n'est plus espérance: ce qu'on voit, peut-on l'espérer encore?

Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance.

Heb. 11:1, Rom. 8:22ss

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