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Ma religion c'est la paix !

Prédication prononcée le 1er novembre 2020, au temple de l'Étoile à Paris,
par le pasteur Louis Pernot

 

 

Les Béatitudes de Matthieu 5 sont souvent commentées, on sait que sont heureux ceux qui procurent la paix, ceux qui ont le cœur pur, ceux qui ont faim et soif de justice etc… mais très rarement fait-on attention aux récompenses promises correspondant à chaque cas. On sait que certains hériteront la terre, d’autres seront appelés fils de Dieu, à d’autres le Royaume des cieux sera à eux. Or bien peu nombreux sont ceux qui seraient capables de savoir quelle récompense s’accorde avec quelle béatitude, et le lien entre la situation et la promesse associée est rarement commenté.

En particulier, on peut se demander de qui il est dit qu’« ils seront appelés fils de Dieu » ? Seront-ce ceux qui ont le cœur pur, ceux qui sont pleins d’amour, les miséricordieux, ceux qui font la paix, les doux et les humbles ? On pourrait bien le dire de chacun.

Or être appelé « fils de Dieu » est une très grande chose. C’est même le titre du Christ. Le fils de Dieu, c’est celui qui est vraiment son représentant, celui qui est le « lieutenant » de Dieu sur Terre et son serviteur, celui dont on peut dire que sa vie est issue de Dieu, qu’elle vient tout entière de Dieu, que ce qu’il est, et ce qu’il fait est né de la présence de Dieu.

D’après les Béatitudes, seront appelés « fils de Dieu » : « ceux qui procurent la paix ».

C’est en fait assez étonnant, aujourd’hui, nous aurions plutôt dit que cela devrait être promis à ceux qui sont plein d’amour, c’est à dire les miséricordieux. Nous prêchons en effet sans cesse que « Dieu est amour », que l’essentiel, c’est l’amour, qu’être digne de Dieu, c’est aimer et faire grâce, que la plus grande chose à donner, c’est l’amour. Bref nos messages chrétiens de nos jours sont tous centrés sur l’amour et la grâce, et nous répétons que le seul commandement, la seule exigence, c’est d’aimer son prochain.

Comment se fait-il que les Béatitudes, au lieu de centrer le message sur l’amour, la grâce et la miséricorde, le font sur le fait de donner la paix ? Peut-être y a-t-il là quelque chose à entendre de la part du Christ, justement parce que c’est surprenant.

Il faut bien dire tout d’abord que le message d’amour que les prédicateurs veulent faire passer est, le plus souvent, problématique.
Tout d’abord il est brouillé, le mot « amour » peut, en effet signifier bien des choses. Le grec qui est plus subtil que le français, lui, a plusieurs mots. Or de quoi parle-t-on quand on dit le mot « amour », de l’« eros », de l’« agape », de la « philia » ? Cela fait qu’on est sans cesse dans le contresens, ou tout au moins dans le flou. Ainsi certains ne comprennent pas que le Christ demande « d’aimer ses ennemis », comment pourrait-on trouver sympathique quelqu’un que l’on n’aime pas ? Et les jeunes époux veulent régulièrement lire le chapitre 13 de 1 Corinthiens sur l’amour éternel en pensant que cela parle du sentiment fort qui les uni. Mais le sentiment amoureux est tout sauf éternel, il est passager, il permet la rencontre, mais il demande à se prolonger dans un autre type de démarche. Et l’amour éternel dont il est question chez Paul, ce n’est pas l’amour des amoureux, c’est l’amour que chacun doit avoir pour tout le monde.

Et puis le message et brouillé, parce que nous ne savons pas très bien qui nous devons aimer comme nous mêmes. L’Evangile dit « son prochain », mais qui a une idée claire de ce que cela peut représenter ? Aujourd’hui, on le comprend le plus souvent comme désignant le « semblable », c’est-à-dire tout autre être humain, et on pense confusément que cet amour du prochain nous invite à être solidaires avec les pauvres du tiers monde. Mais il est plus facile d’envoyer un chèque à une ONG que d’aimer vraiment son beau-frère ou son voisin, voire vraiment son conjoint. Et à force de dire qu’il faut aimer tout le monde, ce commandement d’amour essentiel devient impossible et inopérant.

Donc on ne sait plus très bien ce que veut dire aimer, et on sait encore moins qui nous devons aimer, mais on ressasse sans cesse tout de même cette exigence évangélique, peut être avec d’autant de facilité que cela ne nous engage pas à grand chose de précis faute de savoir ce que cela veut dire ou implique pour nous.

Par ailleurs, l’amour est une belle chose, certes, mais il n’est pas dénué de risques, il ne fait pas forcément que du bien. On pense parfois qu’il suffit d’aimer et qu’alors on est forcément dans le bien selon cette belle parole de saint Augustin : « Dilige et quod vis fac » : « aime et fais ce qu’il te plait ». Beaucoup croient dans ce bel adage, en pensant que si on aime, alors on ne peut que faire du bien à l’autre. Mais, en fait, rien n’est moins certain. L’amour peut être bon, mais il peut aussi être mauvais, il y a des mauvaises façons d’aimer, on peut aimer, vouloir le bien de l’autre, et pourtant se tromper, et faire du mal. Et il peut y avoir des amours mauvais, néfastes, pervers même, il y a des amours qui enferment, qui étouffent, et même parfois qui tuent.

Celui qui a dit « délivre moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge » (Georges Bernard Shaw ?) a bien senti cette difficulté : le mal fait par les ennemis a quelque chose d’objectif contre le quel il est possible de se défendre, mais le mal que nous font ceux qui nous aiment, et parfois en pensant nous faire du bien peut être extrêmement dangereux, l’amour tisse des liens parfois pervers dont il est extrêmement difficile de se dégager, des amours qui génèrent des sentiments de culpabilité épouvantables chez ceux qui essaient s’en sortir. A l’extrême, il y a les parents qui font subir des violences à leurs enfants parce qu’ayant été eux-mêmes victimes, ils ne savent pas exprimer leur amour autrement.

Et cette perversion de l’amour n’est pas réservée aux relations humaines, même dans le domaine religieux, une certaine idée de l’amour de Dieu peut devenir pesante et destructrice. Il suffit de voir les ravages qu’une prédication de la grâce a pu faire dans le monde puritain. Peut-on en effet supporter d’être aimé quand on sait pertinemment qu’on n’est pas aimable ? Et que faire d’un amour qui maintient prisonnier, d’un amour qui infantilise au lieu de permettre de devenir soi même libre et en marche, d’un amour qui crée un lien pour mieux anéantir ?

Le fait d’être aimé risque toujours de nous imposer quelque chose, et peut nous rendre redevables, voire même enlever notre liberté.
Certains parents le savent d’ailleurs et disent à leur enfant : « si tu m’aime… tu ne peux pas faire ça… ou partir… » ou avec des plus grands enfants : « si tu m’aimais, tu viendrais me voir… ». L’amour risque toujours de ne pas être vraiment gratuit, il demande une réponse, exige des signes, impose des gestes, des devoirs, et nous fait retomber dans une théologie des œuvres, dans le devoir et la culpabilité. Cette culpabilité, c’est de ne pas la mériter, de ne pas savoir aimer assez, de ne pas savoir le dire comme il faut, de ne pas agir avec assez d’attention à l’autre…

L’amour donc est évidemment très bien… mais jusqu’à un certain point, et en tout cas n’est pas dénué de risques ou de problèmes.

Peut être donc, qu’en effet, une chose plus importante encore, c’est la paix. Et peut être que ce que donne Dieu avant tout, c’est la paix. Et celui qui, dans ce monde, est fils de Dieu, il n’est pas dit que c’est celui qui aime, mais c’est celui qui apporte la paix.

La paix intérieure, d’abord est une belle et grande chose. Quel beau cadeau de la part de Dieu que de pouvoir être en paix avec soi même, parce qu’on ne sens pas coupable, parce que ses désirs sont harmonisés, parce qu’on s’assume comme on est, parce qu’on n’a pas de désirs exalté irréalisables qui nous feraient souffrir, parce qu’on est heureux de ce que l’on a, et parce que l’on est confiant, en sécurité spirituellement, qu’on se sait aimé et sauvé.

Et puis la paix avec Dieu est aussi une grâce. Quand il n’y a pas d’obstacle entre Dieu et nous, que le péché est dissout, qu’il n’y a pas de punition, pas de jugement, juste une relation de proximité et de transparence avec lui.

Et enfin la paix avec l’autre qui est si difficile, mais dont nous avons tant besoin. Cette paix, c’est d’accepter l’autre, de le prendre comme un partenaire, un vis-à-vis, comme celui avec qui je peux parler, avec qui je peux partager un repas. L’autre qui est libre et qui me laisse libre. L’autre que je ne cherche à dominer, et qui ne veut pas me dominer. L’autre que je ne possède pas et qui ne me possède pas. C’est ça en fait le vrai amour, celui qui construit, qui respecte, pas celui de l’amour gluant qui emprisonne.

La paix les uns avec les autres, c’est ça qui est la vraie forme d’amour, loin de cet amour pathologique qui peut si vite se transformer en haine.

C’est comme cela qu’est l’amour du père du fils prodigue de la parabole : il donne, ne retient pas, ne fait pas de reproche, et n’exige rien. Il est tout dans la joie de la présence de l’autre qui est prise comme une grâce, sans rien attendre.

Le contraire de cette paix, c’est la jalousie, l’acrimonie, la querelle, la revendication, la critique perpétuelle, c’est usant, insupportable, destructeur, plus que de ne pas être aimé peut-être.

Les gens qui donnent la paix, les gens pacifiques, sont infiniment précieux, constructifs.

La paix, c‘est donc bien sans doute ce qu’il y a de plus précieux dans ce monde, même pour vivre. Et nous, le mieux que nous puissions donner autour de nous, c’est la paix. La paix, ce n’est pas l’ignorance ou l’indifférence, ce n’est pas le désintérêt, c’est l’amour libérateur, et nous devenons comme Dieu quand savons donner la paix.

C’est d’ailleurs ce que le Jésus ressuscité donnera selon l’Evangile de Jean. Il ne dira pas « je vous aime », mais « je vous donne la paix ».
Et mon expérience pastorale, dans l’accompagnement des mourants m’a souvent fait poser la question : que dire ? Je vous aime ? Dieu vous aime ? Aimez vous vos enfants ? Tout cela n’est pas faux, mais ne semble pas le plus important. Le plus important, peut-être n’est-il pas de dire : « vous sentez vous aimé ? », mais « êtes vous en paix ? ». Et la dernière parole ne doit-elle pas être : « soyez en paix », et « Dieu vous donne la paix » ?

La paix, c’est le plus beau des cadeaux, et c’est très concret. Et il est plus facile de comprendre de quoi il s’agit que l’mour qui est si compliqué qu’il ne dit plus rien.

Mais en fait, l’amour que nous avons dénoncé, ce n’est pas l’amour dont parle l’Evangile, c’est l’amour humain tout plein de contradictions. Le véritable amour de l’Evangile, c’est une manière de respecter l’autre, de l’écouter, de lui permettre d’être lui-même, jamais de l’enfermer ou de le contraindre. L’amour Evangélique en fait, il contient la paix.

Et d’ailleurs, les Béatitudes, ne parlent pas d’amour, parlent de miséricorde, ce n’est pas tout à fait la même chose. Il ne s’agit pas de l’amour intelligent de l’Evangile, mais d’un sentiment, de l’amour du ventre, des tripes. Or ça, c’est précieux, mais ce n’est pas l’essentiel absolu, et ne devient le vrai « amour » que si se concorde avec la liberté, et la paix.

« Que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix en tout temps, de toute manière!

Que le Seigneur soit avec vous tous! » (2Th 3:16) nous dit l’apôtre Paul. Et « je vous donne la paix » Voilà ce que nous offre notre D. de Jésus Christ. La paix ! Paix intérieure, paix dans le cœur, tranquillité. Pouvoir se nourrir de paix pour rayonner de paix. Le christianisme est une religion de paix : paix, paix, paix avec Dieu, paix dans la prière, paix avec soi-même, paix avec les autres, et paix pour les autres.

Louis Pernot

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Matthieu 5:1-13

3Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
4Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
5Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
6Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
7Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
8Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
9Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
10Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !

 

Jacques 3:13-18

13Lequel d’entre vous est sage et intelligent ? Qu’il montre, par sa bonne conduite, ses œuvres empreintes de douceur et de sagesse. 14Mais si vous avez dans votre cœur une jalousie amère et de la rivalité, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. 15Cette sagesse n’est pas celle qui vient d’en haut ; mais elle est terrestre, charnelle, démoniaque. 16Car là où il y a jalousie et rivalité, il y a du désordre et toute espèce de pratiques mauvaises. 17La sagesse d’en-haut est d’abord pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie. 18Le fruit de la justice est semé dans la paix par les artisans de paix.

Jean 20:19-23

19Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient fermées, par la crainte qu’ils avaient des Juifs ; Jésus vint, et debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent en voyant le Seigneur. 21Jésus leur dit de nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. 22Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. 23Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

Jean 20:19-23, Matt. 5:1-13, Jacques 3:13-18

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