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Venez, et mangez... la parole

 

Le fait de manger a une grande importance dans la Bible : que l'on pense aux très nombreux commandements alimentaires de la Loi, ou à ce Dieu présenté comme celui qui nourrit son peuple (par exemple par la Manne), et tant de passages où la nourriture matérielle est prise comme symbole de la nourriture spirituelle dont nous avons besoin d'une façon tout aussi vitale.

Ainsi le Christ reprend-il au début de son ministère le verset du Deutéronome (8:3): L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, et à la fin, il le conclura par un repas et ces célèbres paroles : mangez, ceci est mon corps. En disant cela, Jésus nous montre que cette parole de Dieu qui nous est donnée, et qui est incarnée en Jésus Christ, il ne faut pas seulement la connaître vaguement, mais la " manger ", la mettre en soi, la faire sienne, en faire la source même de sa force, de sa vie, de ce que l'on est.

L'Apocalypse (ch.10) reprend ce commandement qui se trouvait déjà dans Ezéchiel (3:1), quand l'ange montre au croyant un livre, et lui dit : " prends le livre... et mange-le ". Oui, manger cette parole, c'est l'intérioriser. Quand on mange un aliment, avant il nous est étranger, et ensuite, il devient à l'intérieur de nous, une partie de nous-mêmes.

Et c'est encore plus que cela, parce que dans le fond, nous sommes constitués de ce que nous avons mangé, chaque partie de notre corps, nos yeux, notre cerveau etc... est faite de molécules que nous avons, un jour ou l'autre, mangées. Mais cela se fait à notre insu, mystérieusement, lentement. Si notre corps est fait de la nourriture matérielle que nous avons mangée, notre être intérieur, notre personnalité, est fait de la nourriture spirituelle que nous avons bien voulu lui donner. Ce qui nous constitue, ce sont les idées auxquelles nous voulons prêter attention, les lectures que nous faisons, les sources que nous choisissons pour notre réflexion. Ainsi Jésus dira à ses disciples : méfiez vous du levain des pharisiens, (Matt 16:6) parce qu'il y a dans leur enseignement quelque chose de délétère si l'on en fait le centre de sa vie. Le Christ, lui, dira (Jean 6) qu'il est le pain de vie, le pain vivant qui descend du ciel, le chrétien, c'est celui qui choisit l'enseigne-ment du Christ et le Christ lui-même pour le mettre en lui et y trouver la source de l'essentiel de son être.

Et il est vrai, sans doute, que l'on devient ce que l'on mange. De même que l'on devient à l'image de ce à quoi l'on croit, (Ps 115). Notre vie finit par ressembler à ce que nous lui donnons à manger. Si nous ne lui donnons rien à manger, notre vie devient une sorte de carcasse vide et privée de sens, si nous ne lui donnons à manger que des choses insipides, faciles et courantes, notre vie a peu de chance d'acquérir de la vraie valeur, de la profondeur. Mais si nous prenons la peine de lui donner une nourriture forte, consistante, avec un vrai message fondateur et essentiel, alors notre vie s'assoit, elle s'approfondit, elle s'enrichit pour prendre cette dimen-sion non matérielle qui dure jusque dans la vie éternelle.

Cette idée est très forte dans le judaïsme, avec ce précepte fait sur un petit jeu de mot en allemand : " Man ist was er ißt " l'homme est ce qu'il mange. Nous devons prendre garde de quoi nous nourrissons notre vie, c'est une question que nous devons nous poser. Et il faut le faire avec son intelligence, parce que contrairement au corps qui réclame quand on ne le nourrit pas assez, dans le domaine spirituel, moins on mange, et moins on a faim.

Nous devons donc prendre garde de ne pas oublier de nourrir notre vie spirituelle, réellement. Rester avec un rôti à côté de soi dans le réfrigérateur ne nourrit pas. Ce n'est pas parce que nous croyons connaître l'Evangile, que nous savons qu'il n'est pas loin que notre vie va être nourrie, il faut un acte concret.

Le livre de l'Exode donne d'ailleurs à propos de la Manne d'autres recommandations sur la façon de se nourrir. Il est dit d'abord que chacun doit ramasser pour lui sa part. C'est vrai : ce n'est pas parce que mon voisin se nourrit que moi je le serai, ce n'est pas parce que mes parents ont une démarche de recherche que moi je vais en bénéficier automatiquement. Dans ce domaine, chacun est responsable de lui et pour lui. Il est dit aussi qu'on ne peut pas conserver la Manne d'un jour sur l'autre, et donc qu'il faut la récolter chaque jour, et chaque jour se nourrir de ce que l'on a récolté. Cela est bien vrai aussi, de même que pour la nourriture terrestre, la meilleure façon de se nourrir spirituellement, c'est de le faire régulièrement et petit à petit. Lire un Psaume tous les matins est une merveille, en lire même dix à la suite ne peut provoquer qu'une indigestion et finalement du dégoût.

Et puis quand on lit la Bible, c'est comme quand on mange, tout n'est pas nourrissant. De ce que nous mangeons, une grande partie est rejetée " dans quelque lieu secret " comme dit l'Ecriture, seule une infime partie nous sera vraiment utile. Quand nous lisons, beaucoup de passages ne nous intéressent pas, entrent par une oreille et sortent par l'autre, tant pis, ce n'est pas une raison pour arrêter de se nourrir.

En fait, la nourriture nous profite d'une manière curieuse. Même si elle nous constitue, on ne peut pas dire exactement comment. Cela se fait petit à petit. De même, il est rare de trouver le verset fondamental, passionnant qui change notre vie. Le plus souvent, nous lisons, nous prions, et apparemment, il n'y a pas de révolution, comme pour tout aliment, il y a des passages que l'on aime plus ou moins... et c'est à la longue que cela nous construit, nous change, nous fait grandir et nous fortifie.

Et puis il y a enfin une dernière dimension essentielle : c'est la convivialité. On mange mieux à plusieurs que tout seul. Le repas, c'est l'occasion de partager avec des frères et des soeurs. Tout seul, on risque de perdre un peu la motivation de manger. Lire la Bible tout seul, c'est possible, mais on risque de se décourager, de le faire de plus en plus vite, de tourner en rond, et finalement de manger un peu toujours la même chose et la lassitude s'installe. Manger avec les autres, manger chez les autres c'est donner au geste une toute autre dimension, tout aussi essentielle.

Louis Pernot

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