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« Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. » (Ecclésiaste 1,2)

 

Vanité des vanités, tout est vanité!

 

Le premier réflexe lorsqu’arrive une catastrophe c’est de s’interroger sur le pourquoi ? Le pourquoi du mal, le pourquoi de l’absurde. Certes ces questions ne sont pas à ignorer. Pourtant parfois nous sommes confrontés à des situations où le pourquoi reste sans réponse, comme un point d’interrogation qui nous hante et nous empêche d’avancer. Il existe dans la Bible un livre qui dé e cette impasse, qui ne nie jamais la réalité, mais qui l’affronte. Ce petit livre c’est Qohéleth ou l’Ecclésiaste suivant les traductions. Un petit livre étonnant, d’une lucidité décapante. Dès le deuxième verset, la difficulté de traduction nous confronte à la question de l’absurdité. Car, le célèbre « vanité des vanités » est pratiquement impossible à traduire. Le mot vanité traduit l’hébreu « hebel ». Il existe un sens concret à ce mot : buée, vapeur, fumée... C’est le souffle sur une vitre qui va s’évaporer. Certains traducteurs n’hésitent pas à proposer « buée des buées » ou « fumée des fumées ». Si ces essais donnent de la substance à la réalité, il faut reconnaître que cela peut sembler difficilement compréhensible. Certes, la fumée évoque ce qui est fragile, vaporeux, éphémère, furtif, mais aussi chimérique, futile, vain. Souffle d’un instant, qui ne fait que passer, aussitôt éteint : la vie humaine, la réalité du monde, tout cela, c’est du vent ! Les choses ne sont que de passage, dans une sempiternelle répétition. Cette buée nous ra- mène aussi à la vie et à sa finitude. Jusqu’à une époque récente, pour constater la vie, on faisait souffler les mourants sur un miroir, et lorsqu’il n’y avait plus de buée, on décrétait la mort. Le mot a également un sens abstrait : vanité, insignifiance, futilité, absurdité. Et, en n, il ne faut pas négliger la parenté avec Abel, première victime d’un meurtre dont l’existence aura été si éphémère, mais pour- tant il est connu de tous ! On constate donc ici presque l’impossibilité de traduire ce mot si important dans ce livre. C’est la lecture même de ce petit livre qui peu à peu nous dévoilera son sens. Personnellement j’ai un faible pour absurdité, mais déjà j’oriente ma lecture.

En n certaines traductions plus « dynamiques » essaient d’aller plus loin. Ainsi si la redondance des mots : « vanité des vanités, tout est vanité » est typique de la poésie hébraïque, cette insistances peut être rendue par la formule superlative : absolue vanité ! Absurdité totale ! On pourrait oser : fumisterie complète !

Les difficultés de traduction reflètent tous les problèmes de ce petit écrit. Ainsi l’ambiguïté inscrite en ouverture se retrouve dans des énoncés paradoxaux :

« Que reste-t-il а l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? » (1,3)
« Il n’est bon pour l’humain, que de manger, de boire et voir le bonheur dans son travail ; moi, je l’ai vu, cela vient de Dieu » (2,24)

La notion de l’éternel recommencement, cette négation du pro t tiré du travail, n’est pas sans évoquer Sisyphe, cet homme qui roule un rocher jusqu’en haut d’une colline dont il redescendait chaque fois juste avant de parvenir à son sommet. Ce mythe grec sera repris par celui qui a pensé l’absurde : Albert Camus. Camus entend montrer que la révolte est le seul moyen de vivre sa vie dans un monde absurde. Cette prise en compte de l’absurdité est ce qui fonde également la pensée de l’Ecclésiaste, qui n’est rien de moins qu’un homme révolté, un homme qui fait éclater toutes les pensées de son monde. Il se permet d’observer la réalité du monde, non pour sombrer, mais au contraire pour l’affronter, ouvrir la brèche de l’espérance. Il va faire une critique virulente de la pensée de son temps. Il est l’écrivain des limites de l’homme et du temps limité pour l’homme, mais loin de sombrer dans la dépression il nous invite à savourer les bonheurs simples. Il opère un déplacement, au « pourquoi » l’absurdité, il substitue le « que faire » devant les situations absurdes.

Trouver un tel livre dans la Bible est à la fois sur- prenant et vivifiant. En refusant de falsifier la réa- lité, comme le font si souvent les religions, il nous invite à ne jamais fuir hors de la vie. Son réalisme est une déchirure qui fait naître une espérance lucide. Car en bousculant tous les codes, il nous permet d’être pleinement humains. Accepter son humanité, n’est-ce pas le début de la sagesse ?

Florence Blondon

 

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