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Le serviteur n'est pas plus grand que son maître...

 

ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé

 

Cette affirmation curieuse se trouve en conclusion de l'épisode du "Lavement des pieds" en Jean 13:16, et Jésus la répétera comme particulièrement importante en Jean 15:20.

Ce qui est curieux, c'est qu'à la première lecture, cette affirmation péremptoire semble, au mieux, banale et sans intérêt vraiment théologique, et au pire, fausse.

Elle est fausse... en ce qu'heureusement il y a sans arrêt des disciples qui dépassent leurs maîtres. Sinon, l'humanité ne ferait que décroître pour s'écraser dans la médiocrité. Heureusement en particulier Jésus a-t-il dépassé ses maîtres.

A moins donc que l'on ne comprenne le mot de Jésus pour le désigner, lui, en tant qu'envoyé du Père. Il est donc moindre que Dieu lui-même, les apôtres moindres que lui, les disciples moindres que les apôtres, et nous en fin de compte plus petits que tous.

Cela n'est sans doute pas faux... Mais quel intérêt a-ce ? On sait bien qu'il en est ainsi...

Sans doute faut-il s'intéresser alors au contexte dans lequel le Christ dit cela.

Il s'agit de la dernière grande action du Christ avant sa passion dans l'Évangile de Jean. Action qui a lieu alors que les disciples sont réunis lors du dernier repas de la Cène, pendant lequel les autres évangélistes nous disent qu'il prononcera les paroles d'institution que nous connaissons bien. Jean ne fait aucune allusion à cette institution de la Cène, et à la place, il présente le testament spirituel du Christ comme un acte de service... afin que nous fassions de même. Pour cela, il retire sa belle robe et se met à laver les pieds de ses disciples, un à un, ce qui était une tâche considérée comme tellement humiliante que, du temps du Christ, on ne la demandait même pas à son esclave.

Certes, nous avons là une grande leçon, nous rappelant l'importance du service. Les chrétiens devraient d'ailleurs prendre plus au sérieux cette importance du service dans leur vie. Le commandement d'amour est évidemment la plus belle des choses, mais il est dangereux, parce que nous ne savons pas très bien concrètement ce qu'il signifie, il est trop abstrait pour pouvoir nous diriger clairement. Oui, sûrement il faut aimer... mais qui ? Tout le monde ? Comment puis-je aimer tout le monde? Et comme je ne peux pas aimer tout le monde, finalement beaucoup de chrétiens se contentent de n'aimer finalement personne de plus que s'ils n'étaient pas chrétiens...

La notion de service, quant à elle, est beaucoup plus concrète et plus engageante : le chrétien n'est-il pas celui qui doit considérer sa vie comme devant être "au service" ? Au service des autres, au service du monde, au service de la paix, au service de la vie, de la joie, du pardon, de l'humain, ce qui se résume par "au service de Dieu".

Oui, considérer que nous sommes là, sur Terre, pour servir, et non pour être servis, pour avoir un rôle actif, et non pour profiter des situations, est une chose essentielle.

Mais là aussi il y a des risques de perversion... Certes, il faut servir, mais pas de n'importe quelle manière. Et c'est ce que nous précise le Christ dans ce verset auquel nous nous intéressons.

Le risque, c'est de tirer orgueil de notre service. C'est de servir en méprisant celui, ou ce que l'on sert. Le Christ nous rappelle alors que le propre du vrai service, c'est de ne pas se considérer plus grand que celui que l'on sert.

Nous ne devons pas nous prendre pour Dieu-le-Père en rendant service, ni pour le Messie. Servir ne peut se faire avec condescendance. Servir, ce n'est pas dire : "mon pauvre petit, tu es bien misérable, heureusement, je suis là pour t'aider", mais plutôt reconnaître la grandeur de l'autre, chercher ce que l'autre a, que moi je n'ai pas, lui faire prendre conscience de sa grandeur, lui donner confiance en lui, le poser comme sujet.

Peut-être justement est-ce le sens du commandement : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", c'est-à-dire que tu apprendras à considérer que ton prochain aussi a une personnalité, un "Je", qu'il a des richesses personnelles, et qu'il peut aussi t'apporter quelque chose... L'autre n'est pas un réceptacle à bonnes oeuvres, il n'est pas un objet anonyme me permettant de me donner bonne conscience.

C'est en cela qu'un certain paternalisme ou un certain colonialisme ont pu être odieux, l'essentiel n'est pas la bonne oeuvre, mais la qualité de la relation que nous avons avec l'autre, relation dans le respect, dans l'humilité, relation qui fait grandir l'autre, c'est ça qui le sert.

"Si vous savez cela, vous êtes heureux... pourvu que vous le mettiez en pratique" (Jean 13:17)

Louis Pernot

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