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La chasse au trésor

 

« Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L’homme qui l’a trouvé le cache ; et dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il a et achète ce champ. » Evangile selon Matthieu Chapitre 13, verset 44

Juste avant l’été, je vous invite à faire un détour, par un village du Rhône, Condrieu. Les amateurs de vins le connaissent. Pourtant, il s’en est fallu de peu que cette petite cité soit totalement oubliée. Car ce village détenait un trésor, mais tout le monde l’avait oublié. Ce trésor, c’était un cépage : Le viognier, cépage cultivé sur les coteaux de Condrieu, taillés dans le granit, incroyablement pentus et difficiles à cultiver. Ce cépage offre un vin blanc des plus intéressants. Seulement voilà, en 1960, le trésor est en déshérence, et  il n’y a plus que 8 hectares cultivés, 8 hectares de ce cépage si capricieux, mais si délicieux. Pour Condrieu et le reste du monde.

Mais, avec la mondialisation, et l’engouement pour les vins de cépage, on a redécouvert ce trésor, et aujourd’hui on le cultive dans le monde entier. Mais, il faut l’avouer c’est toujours à Condrieu qu’il est le meilleur. Et ce ne sont plus 8, mais plus de 150 hectares qui sont cultivés, occupant tous les meilleurs sites. Il aura donc fallu le regard de l’autre, pour que le village de Condrieu (re)découvre toute sa richesse. Et l’histoire de ce cépage nous invite à changer notre regard sur ce qui nous environne pour découvrir des trésors dans ce qui nous entoure.

J’entends en écho ou plutôt en surplus de sens, dans cette histoire de ce village une parabole qui me renvoie à cet étrange verset de l’évangile de Matthieu. Cette courte parabole, le plus souvent couplée avec celle de la perle qui la suit, ce qui a incité la plupart des commentateurs a en donner la même interprétation. Certes, toutes deux possèdent une thématique commune : une réalité précieuse, que l’on découvre et que l’on acquiert au prix de tous ses biens. Mais, notre trésor est ici caché dans le champ, l’homme le trouve par hasard, il ne l’a pas cherché. Et, étonnamment, ce n’est pas le trésor que l’homme acquiert, mais le champ. Plus, même, l’homme qui découvre le trésor, le recache aussitôt dans la terre, comme s’il voulait le protéger. Il effectue le geste inverse de celui attendu, qui consisterait à extraire le trésor de sa cachette pour l’emporter.

Son geste d’enfouissement, nous renvoie au geste de la femme dans la parabole précédente : elle introduit, enfouit le levain dans trois mesures de farine ; geste indispensable pour que toute pâte lève. De la même façon, la présence du trésor caché fait lever la valeur du champ. Tout se passe ici, comme si le trésor devait rester invisible, au profit de la fécondité du champ. Le trésor est indissociable du champ. En voulant isoler le trésor, on peut le dégrader, car il est inextricablement mêlé au champ. Un peu comme la poule aux œufs d’or dans la fable de Jean de la Fontaine.

« Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
à celles dont les œufs ne lui rapportaient rien».
Une fois éventrée la poule ne produit plus rien.

Ainsi, notre le trésor est caché, mais, il est également indissociable du travail qui se fait dans le champ. Il s’agit bien d’un trésor caché dont la découverte est inattendue, et dont la nature n’est pas précisée. Sa nature a d’ailleurs moins d’importance que son effet : effet du travail sur le champ qui produit davantage mais aussi effet de la découverte de celui qui s’en trouve rempli de joie.

Aussi lorsqu’on croit l’avoir trouvé, au lieu de l’extraire, l’homme de la parabole sait qu’il faut vite le recacher, le ré-enfouir dans cette terre comme un indispensable engrais. Comme si ce champ était fécondé par le trésor invisible, qui joint au travail de l’agriculteur lui donne sa fécondité.

Souvent nous pensons que nous possédons un trésor dans la Bible. Les éditions Fleurus ont édité, il y a quelques années, une Bible pour enfants intitulée La Bible est un trésor, mais le trésor ce n’est pas tant le livre, que la découverte que nous faisons en le lisant, en le cultivant, en faisant dialoguer notre existence et ce que nous découvrant au fil des pages. La Bible est comme le champ, dont on perçoit confusément qu’il contient un trésor.

Mais il nous est dit également que l’homme a vendu tout ce qu’il possédait pour acheter ce champ. Sans aller jusqu’à cette radicalité, il faut entendre que pour découvrir le trésor il faut nous concentrer sur notre champ, pour y découvrir et faire fructifier le trésor. Nous sommes invités, peut-être pas à tout vendre, mais tout du moins à troquer pour un temps nos habitudes, nos routines indispensables, pour renouveler notre quotidien, changer notre regard afin de percevoir les trésors.

Alors, profitez de ce temps d’été, ce temps de respiration pour partir à la chasse au trésor, lorsque vous ouvrez ce livre, le lecteur que vous êtes peut alors se transformer en cultivateur. Pour cela il faut un peu de temps et de labeur, il faut préparer le terrain, semer, récolter, mais la joie de la découverte est au rendez-vous.

Pour cet été (et plus si affinité) c’est ce que je nous souhaite à tous.

Florence Blondon  

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