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L'argent fait le bonheur

 

Jésus a eu des paroles très dures contre les riches. Mais on ne pourrait conclure trop vite à une diabolisation de l’argent de sa part.

D’abord, Jésus était-il pauvre ? Cela n’est pas évident, son père en tout cas, comme artisan ne l’était pas vraiment, il possédait une robe somptueuse que les soldats se sont disputée à sa mort, et il possédait avec ses disciples une cagnotte avec un trésorier. Quant à ses disciples, il y en avait des péagers qui étaient nécessairement fort riches, et d’autres comme Pierre dirigeaient visiblement comme une entreprise de pêche avec des bateaux et des marins et ce même pendant son « ministère » d’Apôtre.

Et puis, l’argent, en soi ce n’est rien de particulier, c’est potentiellement beaucoup de choses matérielles. Et Jésus n’a pas dédaigné le monde matériel. Il accepté les joies terrestres, il a bien mangé, bien bu, il n’était pas comme Jean-Baptiste une sorte d’ascète se privant de tout.

Or, pour bien manger, bien boire, et être bien vêtu, il faut de l’argent, ou profiter de celui des
autres, comme de la vaste demeure de Pierre qui était toujours un lieu d’accueil pour lui et ses amis. Il n’a pas craché sur les richesses et il en a même profité.

Cela dit, il est vrai que la richesse est un danger. Elle comporte un risque qui est de nous happer dans des préoccupations très terrestres. Il y a une tentation de la richesse qui est de croire que tout cela est très important, alors que ça ne l’est pas fondamentalement.

« Heureux les pauvres en esprit », dit l’Evangile, l’important est donc, même si l’on est riche, d’avoir un esprit de pauvreté avec un certain détachement par rapport aux richesses matérielles, et le psaume 62 dira : « Si tu accumules des richesses, n’y mets pas ton coeur ». Ce contre quoi Jésus met en garde, ce n’est pas l’argent en tant que tel, mais « Mammon », c’est-à-dire le Dieu de l’argent, l’argent divinisé. Il ne faut pas faire de l’argent un Dieu, c’est à dire un but en soi, une préoccupation ultime, mais que l’argent soit un moyen et non pas un but. L’erreur serait d’attendre de lui les dons normalement attendus de Dieu : la paix, la vie, le bonheur. Or ces dons sont donnés par la dimension spirituelle, pas par les possessions.

Il convient donc de séparer les deux règnes : l’argent est une chose, c’est du matériel avec un pouvoir seulement matériel, le spirituel est d’un autre domaine, et c’est là que réside
l’accomplissement possible de notre vie. Il faut « rendre à Dieu ce qui est à Dieu et rendre à César ce qui est à César », sans confondre. Le matériel ne peut pas remplacer le spirituel, il peut l’aider. Le spirituel, lui, il peut donner le sens.

L’argent n’a pas de sens en soi-même, il a le sens qu’on lui donne par ce qui donne sens à toute notre vie : la foi.

Mais en soi, l’argent n’est ni bon ni mauvais. L’argent c’est du pouvoir et comme tout pouvoir, il n’est pas mauvais en soi, mais dépend de ce au service de quoi on le met, pour le bien, ou pour le mal, pour soi, ou pour les autres. Il est bon s’il est mis au service du bien, mauvais s’il est au service du mal, et s’il n’est que pour son propre confort, il est juste nul (ou preuve d’égoïsme).

L’argent, aussi, peut être bon parce qu’il est source de liberté, il permet d’avoir du temps pour se préoccuper d’autre choses que du matériel. Si c’est pour rien alors c’est dommage, si c’est pour du mal, c’est affreux. Bien utilisé, il peut permettre d’avoir de la disponibilité pour l’esprit, ou l’art.

C’est à partir de là qu’apparait la valeur du don.

Il peut être vu comme un apport raisonnable à une oeuvre, un moyen de réalisation de quelque projet. L’argent, non divinisé, peut alors être bon: il est un moyen de développement du monde, et même un instrument au service de Dieu.

Mais il a aussi une autre valeur indépendamment de toute utilité, c’est de désacraliser l’argent. Donner pour rien, retire sa valeur divine à l’argent. Donner, c’est montrer qu’il y a plus important que l’argent. Le don prouve notre liberté à l’égard de l’argent : c’est une pénétration de la gratuité dans un monde qui en est tant privé.

Le don est un système : c’est vivre de grâce pour faire grâce. Tout est reçu, aucune richesse ou pauvreté n’est vraiment « méritée » donc je rends grâce, et ne mérite rien, mais je fais de ma vie une vie fondée sur la grâce, sur le don, l’humilité et la générosité. Et cette chance que j’ai je la partage un peu avec les autres, je peux en faire profiter d’autres
moins directement chanceux.

Il y a là un saint gaspillage tout à fait encouragé par l’Evangile, alors même qu’il nous dit par ailleurs, comme dans la parabole des Talents, de nous sentir responsables des dons qui nous sont confiés.

En fait, « tout est grâce », et tout est transcendé par la grâce, tout prend son sens par la grâce. C’est vrai pour nous : vivre sous la grâce et de la grâce, pour faire grâce, et c’est vrai pour cette partie de notre vie terrestre qui est l’argent, ou les possessions, nous pouvons les vivre comme une grâce, pour faire grâce, en rendant grâces, et en faisant grâce.

« Comme vous avez reçu gratuitement, dit le Christ, donnez gratuitement ».(Matt 10 :8).

 

Louis Pernot

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