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Ceux qui perdent la foi

 

Que nous reste-t-il lorsque nous n'avons plus la foi, ou lorsque nous n'avons jamais eu la foi ?

La foi n'a souvent qu'un temps, nous le savons bien; et il arrive qu'elle s'épuise. Oui, mais peut-il y avoir en nous, même lorsque nous n'avons pas (ou plus) la foi, quelque chose qui soit aussi fort, aussi vrai que la foi ? Et bien oui, je le crois.

Vous connaissez la parabole des dix vierges (Matthieu 25:1-13). C'est l'histoire de dix jeunes filles qui, toute une nuit, attendent le retour de l'Epoux pour lui faire un cortège d'honneur lorsqu'il entrera dans la chambre de la mariée. Et cet Epoux tarde à venir, à se montrer. Comme Dieu. Il n'arrive pas.

L'histoire se passe en deux temps. Perdant la première partie de la nuit, ces dix jeunes filles ont toutes une lampe qui brûle pour attendre l'Epoux, c'est-à-dire Dieu. Et ce que représente cette lampe, à mon avis, c'est la foi, c'est la confiance en Dieu. Puis ces dix lampes s'éteignent, toutes les dix. La foi s'épuise pour ces dix jeunes filles. Et c'est alors que cinq d'entre elles découvrent qu'elles disposent encore d'une nouvelle ration d'huile. Et c'est elle, cette deuxième ration, qui représente ce qui peut subsister en nous, même lorsque nous n'avons pas (ou plus) la foi.

Cette deuxième ration d'huile, pour moi, c'est celle de l'obsession de Dieu, ou plutôt c'est celle de l'obsession de l'absence de Dieu.

Laissez-moi vous expliquer. Lorsque ces cinq jeunes filles allument leur lampe avec cette deuxième ration d'huile, elles ne découvrent que la nuit, la nuit noire. Elles prennent conscience de l'absence de l'Epoux et elles sont obsédées par cette absence. C'et pourquoi elles continuent à réclamer sa venue, justement parce qu'elles ne voient que la nuit noire. C'est donc l'opacité de la nuit, c'est donc l'angoisse de l'absence de l'Epoux qui devient le moteur de leur obsession de la venue de l'Epoux.

L'obsession de Dieu, l'obsession de l'absence de Dieu, c'est le sentiment du tragique et de l'absurde de la vie, c'est le sentiment que tout est nuit. Et c'est ce sentiment qui nous fait chercher Dieu, attendre Dieu, appeler Dieu, en son absence. C'est la mort des enfants, c'est l'inacceptable des suicides, c'est le désespoir du monde qui nous fait griller toutes nos allumettes, oui toutes, jusqu'à la dernière, pour voir s'il n'y a pas quand même, ici-bas un signe de la présence de Dieu, de la venue de Dieu. Nous sommes pris à la gorge par l'absence de Dieu.

Cette deuxième huile, c'est celle de l'angoisse : il n'y a peut-être pas de Dieu. Et c'est aussi celle de l'obsession : il faut qu'il y ait quand même un Dieu. C'est elle qui nous fait réclamer Dieu à Dieu. C'est elle qui nous fait réclamer à Dieu d'être Dieu, pour le salut du monde, pour que la nuit prenne fin.

Cette deuxième huile, l'obsession de Dieu, c'est grâce à elle que les cinq jeunes filles finissent par rencontrer l'Epoux. Oui, elles retrouvent Dieu. Dieu ne peut devenir vraiment présent, pour nous, que lorsqu'il nous manque vraiment. Nous ne pouvons le trouver que s'il nous manque, vraiment.

C'est le sentiment de l'absence de Dieu qui nous le rend présent.

La foi, la première huile, c'est le sentiment que, quoi qu'il arrive, la porte de Dieu est toujours entrouverte (comme celle de la chambre de l'enfant qui dort) et que nous n'avons même pas besoin d'avoir la clé de cette porte. Dieu reste là, même si nous l'oublions. Et, au contraire, l'obsession de Dieu, la deuxième huile, c'est courir le monde, de nuit, la clé de son obsession à la main, en essayant cette clé sur toutes les portes que l'on rencontre pour tenter de les ouvrir, pour savoir si Dieu n'est pas caché derrière.

Cette obsession, elle a un nom très simple et très beau. Nous le connaissons tous : c'est "amour". Aimer quelqu'un, c'est toujours et toujours être en manque de lui, et c'est faire de ce manque son offrande et sa prière. Et aimer Dieu, de même, c'est toujours et toujours à nouveau être en manque de lui, et c'est faire de ce manque son chemin, sa vérité et sa vie.

Dans cette parabole des dix vierges, il est donc question de deux attitudes. D'abord la foi, qui est une flamme qui éclaire et qui rassure. Puis l'espérance et l'amour, qui sont une flamme qui dévore et qui crie dans les épines des souffrances. Et, ce qui peut nous rassurer, c'est que ces deux attitudes ont été toutes les deux, l'une après l'autre, utiles et nécessaires pour attendre tout le temps de la nuit. Chacune peut relayer l'autre. Sans doute peut-on trouver l'obsession de Dieu après avoir perdu la foi. Et trouver la foi et le sentiment de la présence de Dieu après avoir connu l'obsession de l'absence de Dieu.

Alain Houziaux

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