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Bible et culture

 

La Bible appartient au patrimoine culturel de l’humanité. Si cette collection de livres, véritable petite bibliothèque, fait partie aujourd’hui de notre monde, elle n’y est pas née. Elle est l’héritage d’une autre société, d’une autre culture. Le rappel de l’inscription de ces écrits dans cette culture qui nous est étrangère est essentiel, cela nous invite à lire la Bible autrement.

Cela pourrait paraître paradoxal de commencer une réflexion sur Bible et culture par cette inscription dans un passé, car, vous le savez nous sommes toujours attachés à rendre l’actualité du message : que me dit cette parole pour aujourd’hui ? Aussi la question qui semble la plus immédiate est : quelle est la place de cet écrit dans le monde actuel ? Quelle relation entre Bible et culture ? Nous y viendrons, mais le détour par une autre culture est indispensable pour nous éviter tout dogmatisme, toute lecture fondamentaliste, toute erreur d’interprétation.

Pour illustrer mon propos je voudrais revisiter un interdit, celui de « l’image taillée ». Cet interdit intervient dans un monde où religion et culture sont intimement liées. Toute représentation est d’autre religieux. Cet interdit est à inscrire dans la perspective de la culture du Proche Orient Ancien, où les nombreuses divinités étaient représentées. Un interdit pour s’opposer à la vénération des statues des dieux.  Il ne peut y avoir de représentation.

Mais le christianisme, me semble-t-il, se situe sur un autre terrain. Le Christ a été représenté très tôt, l’image devient le support de la catéchèse, les vitraux des cathédrales en sont de magnifiques exemples. La Réforme va remettre en cause ce qui est jugé comme une vénération des images, et introduire une grande méfiance de toutes représentations. Aussi avons-nous banni toute image de nos temples. Circulez, il n’y a rien à voir ! Heureusement, grâce à David, il y a à entendre.

Pourtant, aujourd’hui, nous sommes en droit de réinterpréter cet interdit. Car le temps de la Réforme n’est plus le notre : la surabondance d’images, de statues, de saints pouvaient faire penser à l’idolâtrie. Notre monde est profondément différent, la distinction entre l’image et ce qu’elle représente est acquise. Le problème est tout à fait autre, presqu’en opposition : nombres de représentations sont coupées de leur culture, la culture biblique. Elles sont devenues presque illisibles pour nos contemporains. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes, c’est par elles que le texte biblique sera peut-être sauvé. Et, ce, par un double mouvement :

En premier l’engouement pour retrouver l’accès au sens de ses œuvres, nous ramène au texte biblique : il n’est qu’à voir le nombre de publications sur ce sujet, les débats sur l’enseignement du fait religieux à l’école… Ensuite, la mise en abîme du texte et des images nous protège de l’idolâtrie du texte. Car le texte peut devenir lui aussi idole, et l’esprit de l’interdit est là : nous protéger de toute idolâtrie. D’ailleurs, l’image comme le texte appelle à l’interprétation, c’est cet appel qui nous coupe de la tentation d’idolâtrie.

De plus, une dimension essentielle de l’art, c’est de faire appel à nos sens. Dans l’Evangile, à travers un parcours de guérisons et de rencontres, c’est tous nos sens qui sont convoqués, la foi nécessite un engagement plein, plein de sens et de sensualité. L’art dans ces multiples dimensions est une invitation à faire vibrer nos sens. La musique, la peinture, ces variations pour dire l’indicible, pour montrer l’invisible. Un tableau de la femme au parfum avec sa chevelure voluptueuse nous dit plus de l’humanité et de la divinité du Christ que bien des prédications.

La Bible est un patrimoine, un héritage, mais au-delà d’un élément de culture, c’est un écrit inscrit dans une culture, qui a généré toute une partie de la culture occidentale, littérature, musique, peintures, mais elle est aussi « outre-culture ». Car, c’est avant tout un écrit subversif, et cette dimension, les artistes l’ont parfaitement saisie. Quiconque est familier de la Bible sait qu’elle est traversée par des débats, que les événements sont sans cesse relus, réinterprétés, nous invitant à nous inscrire dans ce mouvement. Il n’y a pas de Bible en dehors des espaces de l’interprétation. C’est en ce sens qu’elle est inspiration, et que l’on retrouve son souffle. Les artistes ont également saisi cette invitation à s’engager du texte biblique, tout particulièrement au 20ème siècle :

Pour exemple le peintre allemand Emil Nolde. L’artiste a représenté de manière novatrice de nombreux sujets bibliques, loin des « standards » classiques. Il n’obéissait pas aux canons d’une esthétique conservatrice, passéiste, bourgeoise et antisémite. Si son immense retable en 9 panneaux :  La vie du Christ (1911-12), est aujourd’hui considéré comme l’une des plus grandes œuvres artistiques et religieuse du XXe siècle, il fut pourtant rejeté par tous, les chrétiens, les milieux artistiques et bien évidemment par les nazis.

Mais le 20ème siècle a vu l’éclosion de l’art non représentatif, en lien intime avec le « spirituel ». Il y a connivence entre cet art abstrait et le Dieu biblique irreprésentable.

Pour conclure, j’aimerais convoquer un artiste qui m’interpelle : Pierre Soulages. Ses tableaux sont une invitation à creuser ma foi. Ils ne représentent rien. Il aime à dire « qu’il ne dépeint pas » mais « qu’il peint », « il ne représente pas, il présente. ». Ces écrits sont également des interpellations, et, ce qu’il dit de la peinture est si vrai pour l’Ecriture : « la peinture ne transmet pas de sens, elle fait sens ». Il est le peintre de l’oxymore, « noir-lumière », qu’il intitule outre-noir. Et, ma foi s’encre dans les oxymores : la gloire dans la confusion, une croix de vie, un tombeau vide, et au bout de la course, tout comme le disciple bien-aimé : un croire sans voir.

 

Florence Blondon

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