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L'arc-en-ciel et l'alliance de Noé

Prédication prononcée le 24 juin 2012, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

L'alliance avec Noé, est la première alliance, avant celle avec Abraham, Moïse etc... Une alliance, normalement:, c'est un contrat entre deux parties, là entre Dieu et son peuple, disant souvent en substance "si vous croyez bien en moi, tout ira bien et je vous aiderai".

Pour shématiser, on pourrait dire que l'"Ancienne Alliance" repose sur la Loi, la loi de Moïse, il y a 613 commandements donnés par Dieu au Sinaïe, et il faut les respecter pour pouvoir bénéficier pleinement de l'aide divine. On sait que la "Nouvelle Alliance", elle, est d'un autre ordre, elle repose sur la grâce :Dieu nous aime en premier, et espère qu'en retour nous saurons au moins un peu lui être fidèles.

Mais on peut se poser la question sur ce qui se passe pour ceux qui ont précédé le don de la Loi, et pour cela, Noé est l'un des meilleurs exemples. En effet, pour les juifs, l'Ancienne Alliance repose sur le signe de la circoncision donné à Abraham, et donc ne concerne qu'Israël. Nous, païens, nous n'avons même pas le droit d'envisager d'y entrer... Alors qu'est-il proposé aux païens ? D'observer l'alliance de Noé, qui elle est universelle (son signe en est l'Arc-en-ciel, qui est visible par tout le monde, contrairement à la circonsision qui n'est pas universelle), et le Talmud dit que les paiens seront jugés non pas sur les 613 commandements des juifs, mais sur ce que l'on appelle les 7 commandements de Noé (qui sont: à peu près: d'observer la justice et le droit, de ne pas maudire Dieu, de ne pas se faire d'idole, de ne pas tuer, de ne pas commettre d'inceste, ni d'adultère et de ne pas manger de viande arrachée)

Mais on n'est pas forcé de voir les choses ainsi. D'abord, je ne crois pas dans un Dieu ethnique, mais dans un Dieu universel, Dieu n'est pas "raciste", et ne prend pas en considération les questions de généalogies ou de races. C'est du moins ce que je crois. Ensuite, cette histoire de 7 commandements Noachiques est une reconstruction qui n'est pas proprement biblique. A aucun endroit ils ne se trouvent explicitement dits à Noé, c'est une compilation faite à partir d'une lecture plus ou moins distendue des événements de la Genèse intervenant avant l'épisode du Sinaïe.

Ensuite, si l'on lit bien le texte de l'Alliance avec Noé, il me semble que justement, il ne s'agit pas d'un contrat d'échanges de services. L'alliance avec Noé, est un engagement de Dieu seul. C'est lui qui s'engage à ne plus faire de déluge, de ne plus détruire la Terre, de ne plus lui faire de mal, et apparemment, c'est dit comme ça, sans rien demander en échange. Il est vrai que Dieu donne, avant, des commandements à Noé, (qui sont d'être féconds, de pouvoir manger des animaux, mais de ne pas manger leur sang, et bien sûr de ne pas tuer d'être humain), mais il ne pose pas cela comme une condition de sa gentillesse, et d'ailleurs heureusement, puisque son alliance sera dite être faite, non seulement avec les hommes, mais aussi avec tous les êtres vivants, et on ne voit pas très bien les animaux respecter le commandement de ne pas manger de viande avec son sang...

Quand on lit le texte parlant de l'arc-en-ciel, on pense, en général, que Dieu nous donne le signe de l'arc pour que nous nous rappelions sa bonté, et (sous entendu) que nous agissions donc en conséquence... Mais en fait, ce n'est même pas cela. Le texte ne dit jamais que c'est pour nous qu'il donne le signe, mais pour lui. C'est pour que lui se souvienne de son alliance. Il semble bien le seul acteur réel de cette alliance, rien n'est demandé à l'homme.

Ainsi, cette alliance avec Noé me semble extraordinaire, justement parce qu'il n'y a pas de condition concernant l'homme. C'est une vraie image de la grâce. Ce que Dieu dit, c'est qu'il ne sera plus jamais une source de mal, quel que soit le mal que puisse faire l'homme. Il y a pour nous là une première et essentielle affirmation, quelque chose que nous devons absolument nous rappeler sans cesse: Dieu n'est que source de bien, jamais de mal. Dieu n'est jamais en rien responsable du mal, Dieu n'est que source de joie, de paix, de consolation, de vie, et d'amour, jamais d'épreuves. C'est la base absolue. Trouvez le responsable que vous voulez pour le mal, la souffrance, la maladie ou la mort, mais n'y mêlez pas Dieu.

Certains ont même dit que c'est ce que Dieu a voulu signifier par le signe de l'arc-en-ciel. En effet, l'hébreu dit seulement l'"arc", et comme en Français, c'est le même mot qui désigne normalement l'arme, l'arc meurtrier des guerriers, des puissants, cet arc malfaisant dont le psaume nous dit que Dieu le brisera. Dieu dépose son arc, tourné non plus vers la Terre, mais vers le Ciel, comme quelqu'un qui se rendrait déposerait ses armes, en les rendant visibles, ou donnerait son pistolet en le tenant par le canon, dirigé vers lui. Dieu n'a plus d'arme, il renonce au pouvoir de nuire, il n'est plus qu'un Dieu d'amour, de patience et de pardon.

C'est d'ailleurs là un des nombreux traits d'humour ou de renversement incroyable de la part de Dieu, ce qui devient un signe de paix... c'est un arc... comme si les pacifistes d'aujourd'hui prenaient pour symbole une épée, un canon, ou une bombe. Mais peut-être est-ce justement cela la conscience de l'importance de la paix, de comprendre qu'en fait toute arme que l'on possède ou que l'on utilise, d'une façon ou d'une autre, c'est contre soi-même qu'on l'utilise. D'une certaine manière, celui qui a tué son prochain est déja mort, il n'est plus un être humain, celui qui a traité son frère d'imbécile est, en faisant cela, le premier des imbéciles. Celui qui est auteur d'une violence est la première victime de cette violence. Comme Dieu détruisant sa création se détruit lui-même en tant que créateur. Donc oui, l'arme désarmée et tournée vers soi, devrait être l'ultime symbole de la volonté de paix, parce qu'elle exprime le fonds de l'affaire.

Pour ce que Dieu attend de l'homme, c'est le minimum : multipliez-vous, mangez ce que vous voulez... mais ne soyez pas des bêtes, et ne vous entretuez pas. En dessous de ça, il n'y a même pas d'humanité...

Le reste, Dieu le dit d'une autre manière, non plus par des mots, mais par un signe: l'arc-en-ciel. Pourquoi en effet nous donne-t-il ce symbole ? En soi, c'est un discours.

Ce qui a été dit le plus souvent, c'est que l'arc-en-ciel forme justement un lien entre la Terre et le Ciel, entre les hommes et Dieu, entre le matériel et le spirituel. C'est une première chose dont on doit se souvenir toujours : pour être fidèle et vivre, il faut toujours qu'il y ait un lien entre le matériel et le spirituel. Ne jamais considérer le matériel seul, et ne jamais se réfugier dans le spirituel seul. Le matérialisme en lui-même, est désespérant, tout ce qui est matériel est conduit inexorablement au viellissement et à la mort, tout est relatif, et c'est finalement trop souvent l'injustice, la souffrance et le mal qui sont les plus visibles sur la Terre. Il est bon donc de se souvenir que nous sommes (par grâce) toujours en lien avec le spirituel. Nous ne sommes pas condamnés à la mort, mais promis à la vie, nous avons une dimension spirituelle qui fait que nous sommes plus que notre corps, plus que ce que nous possédons, ou que ce que nous réalisons effectivement, nous avons une espérance réelle qui nous pousse à être dans ce monde comme des témoins de lumière. Et c'est ainsi que nous pouvons dépasser la finitude de toute action matérielle, en lui donnant toujours une dimension spirituelle qui peut l'enrichir, l'informer, et même la transcender. De même nous ne devons jamais considérer le spirituel seul, comme une sorte de recette de bonheur personnel, ou comme une façon de nous échapper du monde pour échapper au mal qu'il nous fait. Le spirituel ne peut s'accomplir que dans l'action concrète, et ne trouve la pleinitude de son sens qu'en s'incarnant. (c'est d'ailleurs un des messages du discours chrétien de l'incarnation).

L'arc-en-ciel apparaît donc en une première approche comme un signe de dialectique, dialectique entre le spirituel et le matériel. Mais ce n'est pas tout, parce que si l'on y pense, tout est dialectique dans l'arc-en-ciel. Prenons par exemple le simple fait que pour qu'il apparaisse, il faut justement la concommitance de deux événement normalement contraires, le soleil et la pluie. C'est lorsque ces deux antinomiques se rencontrent que l'on peut trouver le sens même de la bonté de Dieu. Et c'est vrai. Certes, Dieu est souvent comparé à une pluie qui irrigue et fait vivre, Dieu nous pousse à être, à agir, a vivre, à grandir, à avancer... mais si Dieu n'était que cela, nous péririons tous de découragement, noyés dans les obligations et dans la culpabilité. C'est vrai aussi que Dieu est souvent comparé à la lumière du soleil, il est celui qui éclaire, qui réchauffe, qui fait du bien... mais si Dieu n'était que cela, nous péririons desséchés, brûlés par sa présence, et finalement notre vie ne serait qu'un désert de stérilité, sans œuvre, sans action, sans rien. La bonté de Dieu ne peut s'expérimenter vraiment que dans la conjonction des deux. La fécondité réelle de notre vie ne peut être que si nous avons une foi qui nous fait du bien tout en nous envoyant en mission, nous calme et nous secoue, nous calme et nous dérange. C'est ainsi lorsque nous avons les deux aspects de la foi que naît le trésor de la beauté de l'arc-en-ciel qui est la couronne entourant le soleil et décorant le Ciel comme la Terre.

Et l'œuvre de cet arc-en-ciel est encore en elle-même une chose extraordinaire, parce qu'elle reste encore dans la dialectique. L'arc-en-ciel c'est la multiplicité, c'est en soi même la diversité. Il prend la lumière blanche, la seule vraie lumière et il la sépare en une multitude de couleurs différentes, toutes séparées, dont aucune ne peut prétendre à être en elle même la vraie représentante de la lumière divine, mais y participe, et c'est l'union de toutes qui fait le blanc. Et j'aime cette image. La réponse à l'amour de Dieu ne peut être codifiée comme dans l'alliance de Moïse par un comportement unique décrit par la loi. La foi, la grâce ne fabriquent pas des clones de bons-chrétiens-bien-comme-il-faut, qui seraient tous semblables, croyant de la même manière, ayant la même morale, la même liturgie...Les réponses à la grâce sont multiples, il n'y a pas qu'une manière d'être chrétien, de s'engager dans le monde, personne ne peut prétendre à être un modèle pour les autres. Chacun est une couleur, chaque église chrétienne a une couleur, et c'est ce qui fait leur beauté et leur complémentarité.

Et voilà le point de départ de toute juste relation à Dieu, et aussi son accomplissement selon le Christ. Tout est dialectique... et ce qui est la seule source d'unité et de salut, c'est la grâce inconditionnelle et univoque de Dieu.

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 Genèse 9:8-17

Dieu parla encore à Noé et à ses fils avec lui, en disant : Quant à moi, j'établis mon alliance avec vous et avec votre descendance après vous, avec les êtres vivants qui sont avec vous, tant les oiseaux que le bétail et tous les animaux de la terre, avec tous ceux qui sont sortis de l'arche, avec tous les animaux de la terre. J'établis mon alliance avec vous : il n'arrivera plus que toute chair soit retranchée par les eaux du déluge, et il n'y aura plus de déluge pour détruire la terre.

Dieu dit : Voici le signe de l'alliance que je place entre moi et vous, ainsi que tous les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir : je place mon arc dans la nuée, et il sera un signe d'alliance entre moi et la terre. Quand j'aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l'arc paraîtra dans la nuée, et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, ainsi que tous les êtres vivants, et les eaux ne se transformeront plus en déluge pour détruire toute chair. L'arc sera dans la nuée, et je le regarderai pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants qui sont sur la terre. Dieu dit à Noé : Tel est le signe de l'alliance que j'établis entre moi et toute chair qui est sur la terre. .

Esaïe 54:7-10

Un court instant Je t'avais abandonnée, Mais avec une grande compassion Je te recueillerai ;

Dans un débordement d'indignation, Je t'avais un instant dérobé ma face, Mais avec un amour éternel J'aurai compassion de toi, Dit ton rédempteur, l'Éternel.

Il en sera pour moi comme aux jours de Noé : J'avais juré Que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre ; Je jure de même De ne plus m'indigner contre toi Et de ne plus te menacer.

Quand les montagnes s'ébranleraient, Quand les collines chancelleraient, Ma bienveillance pour toi ne sera pas ébranlée, Et mon alliance de paix ne chancellera pas, Dit l'Éternel, qui a compassion de toi.

Luc 15:3-7

Quel homme d'entre vous, s'il a cent brebis et qu'il en perde une, ne laisse les 99 autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve ? Lorsqu'il l'a trouvée, il la met avec joie sur ses épaules, et, de retour à la maison, il appelle chez lui ses amis et ses voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai trouvé ma brebis qui était perdue.

De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de repentance.

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