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C'est un rempart que notre Dieu

Prédication prononcée le 16 juin, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

• Le cantique de Luther bien connu chante : «C’est un rempart que notre Dieu». «Ein Festeburg ist unser Gott», affirmation qui ne va pas de soi. C’est, il est vrai un thème très biblique, en tout cas de l’Ancien Testament, dans les Psaumes, il y a un nombre incalculable de termes pour dire que Dieu est un rempart, une forteresse, un abri, une haute retraite, un rocher, un asile protecteur etc... Ainsi le Psaume 18 : «Je t’aime, ô Éternel, ma force! Éternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur! Mon Dieu, mon rocher, où je trouve un abri! Mon bouclier, la force qui me sauve, ma haute retraite !».

Il faut bien dire que ce vocabulaire militaire n’est pas forcément naturel pour nous, aujourd’hui, nous aimons mieux parler d’un Dieu tendre, un Dieu d’amour et de douceur, pas un Dieu qui serait une froide et dure muraille. Pourtant, il est vrai aussi que la vie n’est pas toujours facile et que nous avons besoin d’abris, de forts et de rochers parfois pour ne pas perdre pied.

Mais théologiquement, cela peut poser problème : l’idée d’aller s’enfermer dans un donjon par peur du monde ou des épreuves peut ne pas sembler vraiment évangélique. L’Evangile, ce n’est pas d’aller s’enfermer pour se protéger, mais au contraire d’aller dehors, d’aller se risquer dans le monde, fut-ce au prix de sa vie comme le Christ qui en est mort. Lui-même d’ailleurs, parmi toutes les images que nous donne l’Evangile, n’est jamais montré comme une muraille, une forteresse ou un roc, au contraire, il est montré comme la porte. Or une porte, ce n’est pas une défense, au contraire, c’est une faiblesse dans un ouvrage militaire. Il est le bon berger qui fait sortir les brebis dehors, justement parce qu’il n’y a pas à rester dans la logique de la peur, mais que dans la confiance, il n’y a plus besoin de protection.

Ensuite dans l’Apocalypse, on parle de la nouvelle Jérusalem, image de la relation idéale avec Dieu, et il nous est dit qu’elle est entourée de murailles, mais que ces murailles sont «comme du cristal». Voilà qui n’est pas très solide, ni défensif, il faut bien le dire ! Et aussi que dans ces murailles il y a 12 portes, 3 de chaque côté. Ce n’est plus une muraille, c’est une passoire !
On peut donc avoir un doute sur le caractère évangélique de l’idée de rempart, et il faut donc repartir avec sa Bible pour voir vraiment ce qu’il en est, et en fait, les choses sont plus subtiles qu’on pourrait le penser.

 

• D’abord, dans tous les mots utilisés par les Psaumes pour désigner ces défenses, il y en a, il est vrai, qui évoquent des fortifications passives : le rocher en particulier est l’image de ce qui est inébranlable, de ce qui ne bouge pas. Et il est important dans sa vie de pouvoir s’accrocher à quelque chose d’immuable. Il est un fait que dans notre monde matériel, tout passe, tout, un jour est, mais un jour n’était pas et un jour ne sera plus. Tout s’use, se détruit, tout peut être remis en cause, rien ne demeure. Héraclite le disait bien : «Panta rei» : tout coule, et Paul dans 1 Cor. 13, l’affirme aussi : tout passe et rien ne demeure. Il faut bien que le monde soit sous-tendu par une réalité solide, sinon, son existence même serait problématique. Et la quête de Dieu, c’est la recherche de cet absolu, la seule chose qui ne puisse connaître la genèse ou la corruption et vouloir y accrocher sa vie, s’y fonder. Sans cela, nous ne serions qu’un brin de paille enlevé par le vent, sans consistance ni lendemain. Le Christ nous invite à chercher ces réalités durables : «ne vous amassez pas des trésors sur Terre où le ver et la rouille détruise, et où les voleurs percent et dérobent, mais amassez vous des trésors dans le Ciel où ni le ver ni la rouille ne détruit, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent». (Matt. 6 :20)

Dieu, il est donc bien pour nous l’ «Eternel» : quand tout est passager la seule chose que personne ne puisse nous enlever. Il faut bien que nous ayions une base, un fondement, non pas pour s’y enfermer, mais pour avoir un point fixe, un point d’appui comme celui demandé par Archimède : « donnez moi un point d’appui, et je soulèverai la terre », une piste de décollage ferme, un point stable pour aller dans le monde, et une confiance une certitude, qu’il y a quelque chose dans ma vie que rien ne peut remettre en cause, que rien ne peut détruire, un trésor que personne ne puisse me ravir.

Cela, c’est évangélique, et le Christ d’après Matt. 7 nous invite à construire notre vie comme une maison sur le roc. (Mat. 7 :24ss)

 

• C’est dans ce sens certainement que Dieu est montré comme : un rempart, une forteresse. Ces mots dans nos traductions rendent en général l’hébreu «Ma’OZ», or ce mot fait de deux parties vient de «OZ» (la force) et mot-à-mot signifie : «pour-force». C’est pourquoi on a pensé qu’il s’agissait, d’un fort, d’une forteresse, d’une ville forte, d’une place forte etc... bref, quelque chose de fort et qui résiste.

L’idée de résistance est chère aux protestants, et on connaît l’histoire des femmes enfermées pendant des décennies dans la Tour de Constance à Aigues-Morte, dont Marie Durand qui a gravé sur une pierre ce mot qu’on peut encore lire : «Résister». Oui, le chrétien doit résister, résister au mal, rester inébranlable et fort dans sa foi.

Mais la force, c’est surtout pour agir, pas juste pour « résister », ou plutôt sans doute doit-on envisager la résistance comme quelque chose d’actif et non une attente passive. La Résistance pendant la guerre de 40 n’a pas consisté à baisser la tête en attendant patiemment que les Nazis veuillent bien s’en aller, mais en actions concrètes.

On trouve cela aussi présent dans d’autres mots souvent traduits par «forteresse» : «MaTsOuD», vient de «TsOuD» qui signifie «chasser», cela peut ainsi désigner une forteresse, mais aussi un piège pour prendre quelqu’un. Il est vrai sans doute que la meilleure défense c’est l’attaque, c’est certainement une idée tout à fait biblique, en tout cas en tant que l’action est toujours valorisée.

Cette dimension active, on la retrouve même dans le rocher dont nous avons parlé tout à l’heure : «TsOuR», le rocher vient de «TsOuR» qui signifie «assiéger», «être ennemi», c’est en fait un verbe plutôt négatif du fait même de sa proximité avec le mot «TSaR» qui signifie «l’angoisse», «l’oppression», et «les oppresseurs». Cela peut sembler curieux, mais ce n’est peut-être pas inutile. Un rocher, ça peut aussi faire du mal, on peut l’envoyer sur quelqu’un, on peut en faire un couteau pour trancher... en tout cas le rocher dans la Bible n’est pas une chose statique, et si Dieu est un rocher, c’est un rocher combattif, une force active. Il ne s’agit pas pour le croyant de rester caché derrière son rempart, mais d’aller à l’assaut pour lutter contre le mal.

Sans doute est il bien d’arroser le monde d’amour, mais il faut aussi combattre dans ce monde, lutter, lutter contre le mal, lutter pour défendre la justice, pour combattre la haine, l’intolérance, pour défendre le plus faible. On ne peut pas juste regarder le monde se faire assassiner et dire : «mes enfants je vous aime», ou : «débrouillez-vous, moi je suis bien à l’abri derrière ma muraille». Il faut combattre, et la tradition chrétienne l’a bien compris, et en particulier au XIXe siècle qui nous a laissé quelque cantique bien guerrier comme « Debout Sainte cohorte », et de belles œuvres comme « l’Armée du Salut » sans doute l’institution la plus active aujourd’hui dans notre société pour lutter contre la précarité et l’exclusion.

Certes, Jésus a peu utilisé ce genre de vocabulaire guerrier, mais pourtant, il n’était pas si pacifique que ça. Il ne faut pas en rester sur l’image de Jésus héritée des années 70, le faisant ressembler à une sorte de hippie avec les cheveux longs disant «peace and love brohters» avec un sourire mièvre. En fait, à la lecture de l’Evangile, Jésus n’apparaît pas si «gentil» que ça, il est même franchement agressif parfois, physiquement lors de l’épisode des marchands du Temple où il se fait un fouet pour chasser les vendeurs, et d’une manière plus constante, et verbale avec toutes ses invectives contre les pharisiens en particulier. Certes, avec eux, il n’était ni courtois, ni neutre, menant un réel combat contre cette conception de la religion qu’ils véhiculaient et qu’il trouvait culpabilisante et stérilisante.

L’apôtre Paul, lui a été plus explicite dans ce sens, invitant le croyant à se munir de toute une panoplie guerrière, allant du bouclier de la foi à l’épée de la parole en passant par le casque du Salut.

 

• Mais si le combat peut être une solution, certainement que ce n’est pas le dernier mot de l’Evangile, et ce qu’apporte notre Dieu, rocher et rempart ne peut se réduire à cela. Il recelle un bien infiniment plus important. Cela peut se voir dans le fait que dans la Bible, le rocher (sous ses deux formes de «TsOuR» ou de «CeLa’») est évoqué régulièrement dans des conditions particulières et avec un pouvoir peu banal. Le premier, c’est dans l’histoire de Moïse, puisque c’est du rocher qu’il fait jaillir de l’eau. Ainsi le Psaume (Ps 78 :16) le mentionne-t-il : «Du rocher il fit jaillir des sources, Et couler des eaux comme des fleuves». Ainsi, le rocher est important plus pour ce qui peut en sortir que pour le simple fait d’être dur et solide. Et il n’y a pas que de l’eau qui peut en sortir : en Deutéronome 32:13, il est dit : « Il l’a fait monter sur les hauteurs du pays, et Israël a mangé les fruits des champs; Il lui a fait sucer le miel du rocher, l’huile qui sort du rocher le plus dur». Et plus important encore, la personne qui confessera sa foi en Dieu comme rocher, c’est Anne en 1 Sam 2:2, elle souffre de stérilité, et elle dit : « il n’y a point de rocher comme notre Dieu» sa foi la rendra féconde et lui donnera un fils : Samuel. Ainsi ce rocher, non seulement il fait couler de l’eau, il en sort du miel et de l’huile, mais en plus il rend fécond. En Deutéronome 32:18, encore, il est fait reproche au peuple de l’oublier : «Tu as abandonné le rocher qui t’a fait naître, Et tu as oublié le Dieu qui t’a engendré». D’une manière constante, le rocher est source de vie et de fécondité.

La tradition rabbinique l’a bien compris, et elle a mise en relation le mot rocher en hébreu : «TsOuR » avec le mot de même racine : « TsaIaIR » qui signifie l’artiste, le sculpteur, pour dire que ce Dieu-rocher, c’est celui qui nous engendre en nous façonnant comme un artiste.

Ainsi, Dieu est un rocher qui est source de vie, de fécondité, il nous engendre, nous façonne sans cesse, et c’est par là sans doute qu’il nous sauve, non pas en nous préservant comme des chefs d’œuvres en péril, mais en ouvrant de nouveaux chemins, en nous mettant en route, dans des chemins de fécondité et en nous mettant dans la chaîne de la genèse et de la transmission.

L’idée de rester peureusement derrière des remparts qui risquent de se fendre devant les attaques de l’ennemi n’est pas une attitude du peuple hébreu. Jamais il n’a fait ça, c’est plutôt le contraire, les remparts, il les détruits, il les perce, comme à Jéricho où les murailles sont détruites.

D’ailleurs par curiosité on peut se demander quel mot se trouve sous ces murailles néfastes de Jéricho. Mais c’est une recherche vaine, il n’est pas question dans le texte de muraille, juste d’une ville dans laquelle il est difficile d’entrer. Le mot «muraille» se trouve dans l’épître aux Hébreux : (Heb 11:30) : « C’est par la foi que les murailles de Jéricho tombèrent, après qu’on en eut fait le tour pendant sept jours. », or le mot grec, là, traduit par « muraille » est le mot «  teichos » dont les dictionnaires nous disent qu’il vient du verbe  «tikto» signifiant «enfanter», «enlacer». Ainsi, là encore l’idée qui se trouve derrière l’idée de rempart, c’est celui de l’enfantement, ou plutôt de l’enlacement, comme une mère fait un rempart autour de son enfant en l’enlaçant de ses bras.

Cette idée, c’est plus généralement celle qui se trouve dans tous les autres mots traduits par «abri», « refuge » etc.. qui ne sont pas des mots militaires, mais désignent toute sorte d’abri. Et parmi ces mots, il y a le mot «Ma’ON», traduit par «demeure», «habitation», «refuge» (par exemple dans le Psaume 71:3), or «Ma’ON» vient de «‘ONaH» qui signifie la cohabitation, le droit conjugal. Encore un lieu de fécondité, on ne s’en étonne plus. Tout cela ne peut plus être un hasard, c’est une idée force.

Ainsi Dieu n’est-il pas qu’une tour forte, ou un donjon dur froid et stérile, mais un abri de tendresse, et il nous protège à l’ombre de ses ailes, il est un rempart, mais comme les bras d’une mère forment un rempart autour de son nouveau né. Ainsi de même le Psaume 8 (v.2) chante-t-il : «Jusqu'aux cieux Ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits, rempart que tu opposes à l'adversaire où l'ennemi se brise en sa révolte». Jésus, lui, il n’est pas dans la force dure et défensive, il est dans la confiance, il est la porte, l’ouverture, il conduit son troupeau à l’extérieur, sans crainte, justement parce que Dieu est sa force, non pas extérieurement, mais intérieurement. Et le croyant n’a pas peur parce que suivant les paroles de Paul (Rom 8), il sait que dans toute chose il est plus que vainqueur, Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ?  J’ai l’assurance que rien, ni les puissances d’en haut, ni celles d’en vas, ni la vie ni la mort, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus Christ.

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Psaume 62

Au Chef des Chantres, d’après Jeduthun, Psaume de David

Je n'ai de repos qu'en Dieu seul
mon Salut vient de Lui
Lui seul est mon rocher, mon Salut
ma citadelle: je suis inébranlable.

Combien de temps tomberez-vous sur un homme
pour l'abattre, vous tous
comme un mur qui penche, une clôture qui croule?
Détruire mon honneur est leur seule pensée
ils se plaisent à mentir
Des lèvres ils bénissent
au fond d'eux mêmes, ils maudissent.

Je n'ai de repos qu'en Dieu seul
oui, mon espoir vient de Lui
Lui, seul est mon rocher, mon Salut
ma citadelle: je reste inébranlable
Mon Salut et ma gloire se trouvent près de Dieu
Chez Dieu, mon refuge, mon rocher imprenable!
Comptez sur Lui en tous temps, vous le peuple
Devant Lui épanchez votre cœur
Dieu est pour nous un refuge
L'homme n'est qu'un souffle
les fils des hommes un mensonge
sur un plateau de balance tous ensemble
ils seraient moins qu'un souffle
N'allez pas compter sur la fraude
et n'aspirez pas au profit
si vous amassez des richesses
n'y mettez pas votre cœur
Dieu a dit une chose, deux choses que j'ai entendues
Ceci : que la force est à Dieu
à Toi Seigneur, la grâce !
Et ceci: Tu rends à chaque homme selon ce qu'il fait

Apocalypse 21:9-14

Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes remplies des sept dernières plaies vint et me parla, en disant : Viens, je te montrerai l'épouse, la femme de l'Agneau.Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu.Elle avait la gloire de Dieu ; son éclat était semblable à celui d'une pierre très précieuse, d'une pierre de jaspe transparente comme du cristal. Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges. Des noms y étaient inscrits, ceux des douze tribus des fils d'Israël : à l'orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes et à l'occident trois portes. La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'Agneau.

Romains 8:31-39

Que dirons-nous donc à ce sujet ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi tout avec lui, par grâce?

Qui accusera les élus de Dieu? Dieu est celui qui justifie ! Qui les condamnera? Le Christ-Jésus est celui qui est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous ! Qui nous séparera de l'amour de Christ? La tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou le dénuement, ou le péril, ou l'épée?...

Mais dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l'avenir, ni les puissances, ni les êtres d'en-haut, ni ceux d'en-bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur.

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